L’adoption par le parlement irakien de l’accord de retrait des troupes américaines du pays d’ici à décembre 2011 offre un cadre d’action allant au-delà des seize mois promis durant sa campagne par le président-élu.
D’ici trois ans, les troupes américaines devraient quitter l’Irak. C’est en tout cas ce que dit l’accord, adopté après d’âpres négociations entre les gouvernements Bush et Maliki, sans consultation des parlements irakien et américain.
Avant de partir, l’administration américaine laisse donc en futur héritage un accord de retrait avec calendrier - ce à quoi le président américain s’était toujours refusé – qui va dans le sens de l’approche prônée par le candidat Obama et oriente la politique américaine vers la fin de l’occupation sans fin que rejette désormais une majorité d’Américains.
Il est douteux que l’accord sera respecté, compte tenu des échéances électorales et surtout des événements qui peuvent survenir d’ici trois ans, sans parler des interprétations concurrentes qui pourront être données de telle ou telle clause. Les élections irakiennes, mais aussi un référendum prévu en juillet 2009 en Irak sur l’accord, l’instabilité d’un pays où l’équilibre des forces en présence reste mouvant, et enfin la possibilité pour les Etats-Unis de défendre l’Irak contre des menaces à sa sécurité et de collaborer à la formation de ses forces, laissent beaucoup de marge.
Malgré cela, cet accord offre un socle pour la prochaine administration. Les dirigeants actuels se seraient-ils rangés à la vision d’Obama ou auraient-ils été frappés par la réalité après des années d’aveuglement idéologique et d’ignorance du terrain ?
Le nouvel état des choses facilitera en tout cas l’action de l’équipe Obama-Biden.
1 déc. 2008
Le cadeau de Bush à Obama en Irak
16 oct. 2008
Débats présidentiels: tombée de rideau
La prochaine fois, ce sera en 2012. Le dernier débat des candidats à la présidence américaine qui s'est tenu hier clôt un affrontement en douceur, qui aura globalement eu de la tenue, même si les simplifications habituelles qui caractérisent le débat américain, comme les médias, n'aura pas été à la hauteur de la situation et des attentes.
Les échanges sur Joe le plombier, cet homme qui aura interpellé Barack Obama lors d'une tournée dans l'Ohio, auront frisé le grotesque. La démagogie étant un jeu de surenchère, Obama a dû s'exécuter en s'adressant directement à Joe, devenu soudain le symbole de tous les "average Joes", c'est-à-dire les Américains moyens, à la suite de son concurrent républicain.
Car c'est bien McCain qui aura joué le plus sur les slogans et les idées simples et, selon le titre d'un article américain du jour, "actionné toutes les ficelles". Reprenant un axe essentiel du credo économique républicain, McCain aura beaucoup insisté sur les impôts dont il fait Obama un champion. Le républicain aura paru plus hargneux que son rival et indubitablement son style et un discours très électoraliste n'ont pas amélioré sa position.
Seulement, même si les sondages donnent Obama vainqueur du débat, leur fiabilité doit être considérée avec prudence, et il reste encore trois semaines avant le scrutin. Les coups de poing de McCain auront aussi été, il me semble, efficaces - comme ceux de Sarah Palin. On reproche à McCain d'avoir perdu son ton d'antan et de se fondre dans la peau d'un républicain classique, un brin obtus. Il est vrai qu'il a opéré un virage serré, mais c'est dans l'espoir que, sur le fil, il l'emportera. McCain doit aussi penser que sa réputation d'opposant à Bush et les comptes qui restent entre eux sont connus des électeurs et que sa "droitisation" ne lui portera pas préjudice aurprès des indécis. On peut en douter.
Obama, de son côté, s'il a conservé une attitude calme et confiante, n'a pas plus réussi qu'auparavant à affaiblir la crédibilité de son adversaire et l'on reste sur la même frustration que précédemment. Les sondages lui ont peut-être dicté sa ligne qui consistait à maintenir son avance sans risquer de dérailler la dynamique très favorable qui joue pour lui, et qui semble difficile à retenir pour les républicains.
Le résultat est que, au total, un doute légitime peut s'instaurer sur les attentes qu'il faut placer en une présidence Obama. L'élection d'Obama est souhaitable, surtout depuis la choix de Palin, mais l'extraordinaire symbole que représenterait son élection résisterait-il longtemps aux déceptions inévitables qui font partie de l'alternance démocratique? Quant à Joe Biden, élu sénateur à 29 ans et choisi sur le tard comme candidat à la vice-présidence, après une déroute aux primaires, sans avoir marqué la vie politique américaine au cours de ces trente années passées au Sénat (les responsabilités s'y obtiennent par ancienneté et Biden est aujourd'hui président de la prestigieuse commission des Affaires étrangères), s'il est très honorable, il n'inspire pas l'enthousiasme que justifierait la situation de l'Amérique débarrassée de "W". Au plus l'on espère d'Obama, au plus le risque d'une déception s'impose.
3 oct. 2008
Super Sarah c. Vénérable Joe
Sarah Palin, que l'on attendait lors du débat de cette nuit pour juger de sa capacité à assumer la campagne présidentielle, après que des doutes légitimes se soient exprimés à son endroit, a repris la main de façon assez magistrale. Absence d'hésitation, débit élevé, formules percutantes, la colistière de John McCain ne s'est pas ridiculisée, tout au contraire. Elle a su incarner l'Amérique ordinaire et a voulu s'identifier à elle.
Joesph Biden, dont on craignait aussi quelques écarts, de l'ordre de l'arrogance plus que de l'incompétence, a évité cet écueil et a confirmé son image et son statut de vénérable sénateur des Etats-Unis. Un homme de qualité, compétent, au vocabulaire articulé, bref un vice-président qui ressemble plus à Al Gore et George H. W. Bush qu'à Dan Quayle ou... Sarah Palin.
Au total, un débat qui a eu de la tenue et qui fait plutôt jeu égal, car malgré sa longue expérience Biden n'a pas su créer une vraie distance avec sa rivale.
Si l'ignorance de Sarah Palin a été compensée par une réactivité et une combativité hors pair, la perspective qu'elle devienne vice-présidente n'est pas rassurante car l'Alaskienne est un peu la version féminine de George W. Bush: instinct et certitude dictent son discours, pas l'analyse et la réflexion. Ces défauts-là se sont révélés avec la même force que son aptitude à faire face dans un débat difficile. Sarah Palin sait apprendre, combler ses lacunes et rebondir, mais elle incarne l'Amérique sûre d'elle-même, à tort ou à raison.
En réitérant des formules choc et simples, comme l'indépendance énergétique et les emplois créés par les baisses d'impôts, et en sachant faire d'une faiblesse (son manque d'expérience) une force (elle se déclare étrangère aux us et coutumes du monde politique washingtonien, aux "combines" et à la langue de bois), exploitant l'anti-élitisme débridé de l'opinion qui touche Washington et Wall Street, Palin parle à l'Amérique ordinaire, à "mainstreet" (je suis une mainstreeter, affirme-t-elle). Il est à craindre que son style soit électoralement plus efficace que celui, plus cérébral, de Biden.
Sur un point en tout cas l'émotion est venue au secours de Biden. Après que Palin ait évoqué les difficultés financières rencontrées par son jeune ménage, Biden a contre-attaqué en démontrant qu'un père de famille aussi avait un coeur. Le souvenir de la disparition de sa première femme et de l'éducation de ses enfants l'amis au bord des larmes, mais ce léger embarrassement a aussi pu attirer la sympathie du public et défaire le monopole de Palin sur les choses de la vie...
Biden a toutefois manqué une occasion de mettre à nu les lacunes de son adversaire. Un des enjeux de ce débat était de rester courtois. La démocratie américaine fut la grande gagnante. Mais il aurait été facile de souligner par exemple combien l'image des Etats-Unis dans le monde était dégradée en raison de politiques soutenues par McCain et, plus encore, par l'esprit bushien qui y a conduit et qui est si bien accepté et repris par Palin.
Les Américains considéreront peut-être que Biden a remporté ce débat. Souhaitons-le. Il faut souhaiter aussi que lors des prochaines rencontres, les 7 et 15 octobre, Obama fasse preuve de plus de punch face à McCain. Il faudrait pour cela qu'il s'inspire de Super Sarah plus que du Vénérable Joe.
29 sept. 2008
Débat présidentiel : suite
La presse américaine, ces derniers jours, s'est décidée à délivrer une sanction ferme contre Sarah Palin, notamment après sa prestation désastreuse sur CBS, avec des pharses inachevées et un vide de substance très inquiétant sur la Russie. Bob Herbert fut particulièrement sévère. Sa visite au bureau new-yorkais de Kissinger avec le "maître" de la diplomatie américaine a suscité une certaine compassion, tant elle paraissait décalée devant Dr Henry.
Le regain qu'elle a provoqué en faveur de la candidature républicaine semble s'épuiser. Ma première réaction fut de dire que le choix de Palin permettait à une bonne partie de l'électorat républicain de s'identifier à une femme porteuse de valeurs traditionnelles et d'une "certitude" toute bushienne, qui dédaigne l'analyse et la force des idées au profit du "gut feeling", c'est-à-dire de l'intuition. Il est heureux de constater que ce phénomène ne dure pas, car le choix de Sarah Palin est déconcertant et désespérant.
Venons-en maintenant au débat McCain-Obama de vendredi soir. Les sondages montrent qu'une majorité d'Américains désignent Obama vainqueur. Quelle heureuse surprise! Mon sentiment personnel, que j'ai eu l'occasion d'indiquer - à savoir qu'Obama fut bien meilleur mais que les simplifications et les tacles de McCain étaient une prestation plus efficace dans le contexte américain - semble être en phase, à mon étonnement, avec l'opinion d'une majorité d'Américains. Cette nouvelle me conforte dans l'idée qu'Obama et Biden peuvent remporter cette élection, scénario auquel je ne croyais pas jusqu'à la semaine dernière, c'est-à-dire jusqu'aux débats sur la crise financière face à laquelle la qualité des commentaires d'Obama était supérieurs à ceux de McCain. Un élan en faveur du ticket démocrate se dessine, y compris dans des États clés. Il serait cependant imprudent de crier victoire.
Souhaitons que ce petit basculement, qui laisse derrière nous un "effet Palin" aussi navrant que prévisible, se poursuive jusqu'au 4 novembre.
Mais pour gagner, il faudrait que le prochain débat nous révèle un Obama tout aussi articulé mais plus incisif, plus combattif face à McCain. Pour l'heure, nos regards se tournent vers Biden, qui pourrait entamer un peu plus la crédibilité de Sarah Palin.
Le flottement fugitif qui avait saisi le camp Obama-Biden, après les premiers pas très réussis de l'Alaskienne, pourrait céder à une euphorie à même d'amplifier le petit élan qui se dessine.
Une fois éloignée l'immédiateté du débat de vendredi, le filtre de l'analyse fait apparaître plus nettement la maîtrise des problèmes économiques et internationaux démontrée par Obama. Même les Américains semblent se ranger à ce jugement. C'est de bon augure. C'est la première bonne nouvelle de la campagne en ce qui me concerne.
15 sept. 2008
La question Palin - et la crise

Le choix de Sarah Palin continue de soulever des questions : son "inspiration divine", son (in-)expérience, et les mini-scandales qui la touchent.
Je crois aussi que les révélations sur les manigances légales de Palin à toucher des per diem alors que la famille dormait chez elle, ne sont pas de nature à entamer durablement son apport au "ticket". Ces choses-là vont et viennent et le "timing" est tout ce qui compte. Bien plus durable est l'identification d'une partie de l'Amérique à cette femme qui ne manque pas de caractère - le leadership, toujours le leadership...
Il ne faut pas "juger" Palin selon nos critères européens et français car cela induit en erreur. Je le répète, de ce point de vue, la perspective offerte est navrante.
Je tendrais à penser enfin que la crise financière spectaculaire, qui laisse sans voix (crash de Lehman et Merril), est d'une telle ampleur que c'est un peu une question de sécurité vitale qui se joue ici, à tel point qu'elle pourrait être assimilée à la sécurité tout court qui joue généralement en faveur des républicains.
Peut-être ces notions ne seront-elles pas validées par les tendances des prochaines semaines, mais elles méritent réflexion.
4 sept. 2008
Palin joue son rôle
Sarah Palin a prononcé son discours à la convention républicaine de St Paul Minneapolis. Un discours classique, sans grand panache mais qui attaque Obama durement, non sur son inexpérience mais sur l'absence d'accomplissement. C'est en effet une grande différence entre Palin et Obama-Biden. Comme gouverneur, celle-ci doit gérer quotidiennement des problèmes et prendre des décisions alors qu'un sénateur est détaché de ces contingences. Ce sera un argument que l'on entendra encore dans les deux mois qui nous séparent du scrutin.
L'intervention de Palin appelle plusieurs commentaires :
- la gouverneur s'est bien tirée de l'affaire de la grossesse. Il m'a semblé que, bien expliquée, cette nouvelle pouvait non être défavorable mais au contraire favorable au ticket républicain, car beaucoup d'Américains, quelle que soit leur opinion politique, pourraient constater que la famille Palin fait face en mettant en pratique les principes affichés. D'une certain façon, l'affaire a été un exercice en direct de réconciliation des actes et du discours et a montré que les dirigeants les plus importants du pays pouvaient être exposés aux mêmes problèmes que les Américains ordinaires.
Dans un pays où l'honnêteté est à ce point révérée comme vertu politique, autour de notions de bien et de mal simplifiées, l'authenticité est un véritable atout.
- le discours de McCain ce soir est très attendu car ce sera un exercice d'équilibriste très serré, on y reviendra, qui pourra compenser aussi le manque de charisme de sa colistière. Palin n'est pas une oratrice, ce qui est d'autant plus évident que son discours ressemblait à une série de slogans anti-démocrates devant un auditoire acquis. Tout ceci manquait d'allure, même si elle n'a pas démérité. En un mot, il faudra s'étoffer avant d'affronter Joe Biden en duel.
- Palin incarne, beaucoup plus que McCain, la continuité. L'Amérique traditionnelle, ancrée autour des valeurs exacerbées par Bush en 2004, est parfaitement représentée par sa candidature. Ce pourra être un argument pour les démocrates, qui veulent caricaturer la présidence McCain en 3e mandat Bush, mais l'on sait bien qu'un vice-président n'a qu'un rôle largement secondaire, et donc au fond c'est l'attractivité électorale de Palin qui seule compte. Pour cela aussi, elle remplit bien son rôle.
En bref, la convention progresse malgré les obstacles qu'ont représentés l'ouragan et l'annonce de la grossesse. Les républicains ne s'en tirent pas mal jusqu'ici.
Pas de quoi être enthousiasmé par ce ticket, mais je maintiens qu'il reste plus représentatif que le ticket démocrate.
31 août 2008
McCain-Palin : à l'image de l'Amérique de toujours
En choisissant Sarah Palin, John McCain semble laisser reparaître sa vraie nature, celle de l'affranchi, de l'électron libre, qui surprend et prend des risques (notamment car une procédure judiciaire à l'encontre de Palin est en cours pour abus de pouvoir). Par ce choix, McCain évince aussi d'un coup l'image de la vieille baderne que l'on pourrait associer à sa chevelure de senior.
Le nom de Palin était dans l'air, mais elle n'était clairement pas en tête de liste. McCain a eu l'avantage de laisser Obama dévoiler le nom de son colistier avant de se prononcer. Le choix est donc d'autant plus réfléchi. On attendait Mitt Romney, candidat malheureux aux primaires mais qui fit néanmoins une campagne très honorable, ou Tom Ridge, l'ancien gouverneur de Pennsylvanie et ancien secrétaire à la Sécurité intérieure (Homeland Security).
J'avais écrit que McCain cherchait Obama et Obama cherchait McCain. Avec Biden, Obama a trouvé son McCain, mais en choisissant Palin, McCain s'offre un peu son Hillary...
En apparence, le parallèle tourne cependant court car Palin est un gage à l'aile franchement conservatrice du parti alors que Clinton s'est forgé une conscience politique dans les années de la Contestation et vient de la gauche. De plus, l'Alaskienne n'a pas l'expérience de la sénatrice de New York.
En apparence seulement car beaucoup de femmes pourront s'identifier, se reconnaître dans Palin. Mère de famille, faisant face, réussissant dans un monde d'hommes, en particulier dans la vie politique corrompue de l'Alaska, bref une battante, belle et sportive, qui, contrairement à Hillary, porte avec sincérité les valeurs familiales. Cela ne suffira peut-être pas à rallier les électrices démocrates déçues par l'échec de leur héroïne, mais cela pourra sûrement gagner les anciens "Reagan Democrats", c'est-à-dire les démocrates qui votèrent pour Reagan en 1980.
Palin est ce que l'on appelle une "soccer mom", une maman qui accompagne ses fils au football américain - l'expression raisonne très bien dans les foyers (à cette nuance qu'étant alaskienne elle est une "hockey mom" - chacun son sport régional de prédilection).
Anti-avortement, membre de la puissante association des porteurs d'armes longtemps présidée par Charlton Heston, Palin incarne l'Amérique traditionnelle qui ignore la frontière partisane entre républicains et démocrates.
Palin est sûrement plus représentative en tout cas que Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, venue de San Francisco, probablement la seule femme élégante du Congrès qui, pour être donc "libérale", est l'épouse d'un homme très fortuné alors que Palin est celle d'un travailleur syndiqué...
On pourra certes lui faire le procès de l'inexpérience. Elle est, comme le dit la chanson de Bowie, une "absolute beginner".
Mais attention à l'effet boomerang - Obama a le même âge qu'elle et relativement peu d'expérience politique non plus. En outre, comme gouverneur, Palin dirige effectivement un Etat, tandis qu'un sénateur fait surtout des discours. Tout en étant résolument conservatrice, Palin a plutôt dirigé l'Alaska contre son parti et en sachant s'entendre avec l'opposition démocrate, ce qui tempère quelque peu l'image extrême que l'on pourrait lui associer.
Elle s'est aussi, comme McCain, levée contre les pratiques corrompues de l'État, y compris la gabegie financière qui voit les parlementaires allouer des fonds à des projets d'intérêt strictement local et contestable, comme le "pont vers nulle part" devenu un symbole de l'incurie d'un Congrès qui rivalise d'impopularité avec le président Bush.
Le choix de Palin est donc surtout un message intérieur, et c'est bien le rôle du colistier que d'apporter un équilibre géographique et électoral. McCain, le "maverick" en mal de légitimité républicaine, a choisi un candidat qui rassure une vaste base conservatrice, des plus militants aux plus ouverts, et c'est une femme.
Un éditorial du Washington Post soulignait à raison que John McCain aurait dû se demander si Sarah Palin était capable de le suppléer en cas d'accident plutôt que de l'aider à remporter l'élection. Palin présidente, cela donne sérieusement à réfléchir.
Pourtant, que penser par exemple de Dan Quayle, qui fut vice-président de G. H. W. Bush entre 1988 et 1992 (sans parler de Bill Clinton ou George W. Bush, qui n'étaient pas des monstres politiques avant d'accéder à la Maison-Blanche)? L'argument n'est pas déplacé, mais c'est bien gagner l'élection qui compte.
En Europe, l'ascension de Sarah Palin soulèverait plutôt de franches réserves. Mais on est en Amérique, et c'est pourquoi le choix de McCain paraît, au total, judicieux.
Le fils aîné de Palin porte l'uniforme en Irak, ce qui coupe court à bien des critiques, car d'accord ou pas avec cette guerre, on ne peut que rendre hommage.
Je pense donc qu'avec Palin McCain a pris une sérieuse option sur la victoire - indépendamment de ce qui peut arriver d'ici là, notamment un débat face à Joe Biden où elle échouerait lamentablement (mais là encore, on vote pour le président, pas pour le colistier).
Les démocrates diront le contraire, mais ce ticket quelque peu insolite me paraît ressembler à l'Amérique qui votera, en secret et en conscience, le 4 novembre, plus que la paire démocrate, aussi séduisante soit-elle, convenons-en.
24 août 2008
Joseph Biden
En choisissant Joe Biden comme colistier, Obama se conforme aux prédictions. Un sénateur d'expérience sans être usé par la politique washingtonienne même s'il en est plus que familier, et un homme qui a porté attention aux aspects civils de la lutte contre le terrorisme en Afghanistan-Pakistan. Biden pourra aussi faciliter le ralliement des électeurs démocrates traditionnels qui soutenaient Hillary Clinton (cols bleus, seniors, etc.), compensant les difficultés du candidat dans les États pivots comme la Pennsylvanie ou l'Ohio.
C'est un choix qui mérite d'être salué, et je pense que c'est un choix positif pour le candidat car les relations entre eux sont bonnes, et cette alchimie sera ressentie au cours de la campagne. Ce n'est pas le cas de McCain et de Mitt Romney par exemple, qui a toujours eu de bonnes chances d'être sollicité et qui pourrait être désigné par le candidat républicain dans les prochains jours.
Mais revenons à Obama-Biden : la question est de savoir quelle sera la sincérité et l'intensité de l'engagement de Hillary à les soutenir. Pour les Clintons, il y a un intérêt évident à un échec d'Obama pour pouvoir s'imposer en 2012.
21 juil. 2008
Derrière l'Afghanistan, le Pakistan
Je sais que je me répète un peu, mais le Pakistan, qui occupe assez peu les informations françaises, est un danger qui me paraît de loin plus inquiétant que l'Iran. J'ai beaucoup évoqué le Pakistan. Aujourd'hui, l'excellent Christian Science Monitor publie un article dans lequel il rappelle que derrière le front afghan se cache le front pakistanais.J'en profite pour souligner à mon tour l'initiative des sénateurs démocrate Biden (possible secrétaire d'Etat d'Obama) et républicain Lugar sur l'aide civile au Pakistan. Leur projet de loi, que j'évoque aussi dans mon livre à paraître en septembre, vise à renforcer le soutien américain aux infrastructures et aux écoles, triplant ainsi l'aide américaine sur les cinq prochaines années, comme le précise l'article du Monitor. Dans un pays où l'anti-américanisme est puissant, prêter attention aux conditions de la vie quotidienne permet de modérer l'hostilité répandue à l'endroit des Américains.
Les Etats-Unis ont largement négligé cela en Afghanistan après la victoire des Moudjahidin sur les Soviétiques, ce qui a joué en faveur des groupes extrémistes. Augmenter les fonds de l'aide civile au Pakistan est essentiel pour faire face aux tensions dangereuses qui s'y observent, car le Pakistan sera sûrement le problème le plus épineux à gérer dans les prochaines années : c'est un allié des Etats-Unis et en même temps la base arrière de leurs pires ennemis.
Qu'une attention nouvelle soit portée à ce front-ci de la lutte anti-terroriste, par des personnages de la stature de Biden et Lugar, mais aussi par les candidats eux-mêmes (en particulier Obama), est bon signe pour 2009 et cela dans un contexte politique et économique qui n'est pas vraiment encourageant.
6 juin 2008
Pourquoi Hillary ne devrait pas figurer sur le ticket démocrate
Hillary n'a pas déclaré Obama candidat du parti dans son discours d'acceptation de la défaite aux primaires. Curieuse attitude qui soulève des doutes sur la sincérité de son engagement à soutenir Obama et à placer l'unité du camp démocrate devant ses intérêts. Ambiguïté qui laisse planer l'hypothèse de sa présence sur le ticket, comme vice-présidente.
Il est douteux que Clinton choisisse ce lot de consolation pour plusieurs raisons :
- Comme je l'ai écrit le 3 juin (Hillary en 2012 ?), elle n'a pas besoin de cela pour exister et son intérêt est celui d'une défaite d'Obama pour mieux s'imposer en 2012.
- L'acrimonie de la bataille laisse peu de crédit à un ticket Obama-Clinton. Difficile de recoller les morceaux.
- La présence de Bill rendrait l'exercice difficile pour Obama.
- Le ressentiment à l'endroit des Clinton est puissant dans une partie de l'électorat, et la combinaison d'un jeune Noir et d'une Clinton ne renforcerait pas, selon moi, les chances de gagner.
- Obama a besoin d'un candidat plus classique, expérimenté en politique étrangère.
Les profils de Joe Biden ou de Jim Webb, ancien secrétaire à la Marine de Reagan, désormais sénateur démocrate du Sud, sont nettement plus appropriés.
26 mai 2008
Derrière la confusion de McCain, le danger Lieberman
John McCain attaque Barack Obama en soulignant qu'une rencontre avec le président iranien sans précondition serait naïf et traduirait un défaut de stratégie.
McCain a lui-même fait aveu de naïveté en assénant que la situation s'améliorait nettement pour les Américains en Irak lors d'un voyage au Moyen-Orient en début d'année. Dans la vidéo ci-dessus, il confond les Iraniens et al-Qaïda. Mais ce n'est pas la gaffe qui est le plus gênant ici. Le plus inquiétant est la présence à ses côtés de son complice Joe Lieberman, ancien démocrate devenu indépendant, sénateur du Connecticut, faucon favorable à l'invasion de l'Irak et brebis noire du parti démocrate.
VIDEO : "Oh, I mean the Iranians are training extremists, not al-Qaeda" (John McCain, 18 mars 2008, Jordanie) - Confusion Sunnites/Chiites
Si Lieberman devait devenir secrétaire d'Etat du président McCain, les Etats-Unis persisteraient dans leur erreur de reformatage et de démocratisation du monde arabe, d'alliance inconditionnelle avec un Etat hébreu qui glisse vers le militarisme et une conception ethnique de son identité, et avec une approche culturelle exacerbée des relations internationales. Il est à souhaiter que la politique étrangère de McCain et ses tendances bellicistes ne soient pas encouragées en ce sens par Joe Lieberman.
Joe Lieberman
Mieux vaudrait, si le prochain secrétaire d'Etat devait être démocrate, un Joe Biden, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat. Beaucoup plus posé et moins idéologique que l'autre Joe, il pourrait être le secrétaire d'Etat d'Obama. Ce couple-là serait nettement plus rassurant que le précédent...