Barack Obama aura eu un printemps chargé en déplacements - alors que sa priorité est la réforme de la sécurité sociale. La principale leçon que l'on peut en tirer est que les réalités s'imposent, même à un personnage entouré d'une aura qui prolonge son état de grâce.
A Moscou, mis à part un engagement à réduire les armements nucléaires, axe central de la politique russe des Etats-Unis, et l'accord sur le transit militaire américain vers l'Afghanistan, le "reset" ou redémarrage des relations bilatérales, paraît très difficile. Les Russes sont plus méfiants que jamais et attendent des garanties que les USA ne sont pas près de leur donner sur leur zone d'influence. La refonte des relations russo-atlantiques patine. Pas de magie, et donc pas de main dans la main pour contenir le nucléaire en Corée du Nord et en Iran.
A Téhéran, la présentation de la situation par la presse occidentale est très surprenante car non seulement Ahmadinejad semble avoir été réélu confortablement, mais voir en Moussavi un libéral et dépeindre le clivage entre pro-démocrates et théocrates autoritaires semble tout à fait déconnecté des réalités locales. Premier ministre pendant la guerre Iran-Irak, de 1980 à 1988, années traumatiques pour un Iran isolé du monde (tout l'Occident et les Arabes soutenaient sans ambiguïté l'Irak de Saddam Hussein, auprès duquel Donald Rumsfeld fut en 1983 l'envoyé de Ronald Reagan...), Moussavi est un fils de la révolution khonmeiniste. Celle-ci a donné naissance à un régime singulier où mollahs et ayatollahs se disputent pouvoir et argent, et qui isole l'Iran, d'où un mécontentement, notamment au sien de la jeunesse urbaine, mais cela ne veut pas dire que les ressorts de la révolution de 1979 ne soient plus d'actualité. Les motivations des pro-Moussavi semblent ressembler pour partie à ceux des anti-chah des années 1970. En bref, l'Iran n'est pas près de nous ressembler, même si le président et le Guide devaient demain être renversés par la rue (avec quelque soutien extérieur?).
Cela pose problème pour Obama, car les tensions nées des élections avivent l'antagonisme avec le monde extérieur, et particulièrement les USA. Le tohu-bohu autour des élections iraniennes complique l'ouverture américaine, déjà mise à mal par la reconduction d'Ahmadinejad.
Enfin la Chine, et l'obligation de doser sans cesse l'approche américaine pour ne pas compromettre des objectifs stratégiques (gestion des enjeux économiques mondiaux) au profit d'avancées de court terme (sur la concurrence déloyale), ou les sujets politiques (le soutien de la Chine face à Pyongyang) au profit des sujets économiques ("enforcement" ou respect rigoureux des règles commerciales). Les Etats-Unis cherchent toujours la voie entre rivalité et partenariat et cette oscillation semble devoir être la marque des relations sino-américaines pour de longues années.
Avec la Chine plus encore que sur tout autre sujet, Obama fait face aux réalités, toujours aux réalités...
14 juil. 2009
Les réalités, toujours les réalités
20 mars 2009
Ouverture iranienne
Dans son allocution aux Iraniens, le président américain procède à un appel longtemps attendu destiné à renouer les échanges entre l'Iran et les USA, et qui marque le grand retour de la diplomatie.
Rien d'étonnant à cette ouverture iranienne après l'échec de la politique américaine au Moyen-Orient, où l'invasion de l'Irak a pleinement bénéficié à la position stratégique de l'Iran en éliminant son adversaire irakien de toujours et en lui offrant un théâtre d'action supplémentaire, en plus du Liban et de la Palestine. L'amélioration de la situation depuis le renforcement des troupes (surge) de 2007 et l'action du général Petraeus n'empêchent pas que l'occupation soit un vaste échec et que l'influence iranienne soit déterminante.
Lorsque Barack Obama déclare:
" Les Etats-Unis veulent que la République Islamique d'Iran prenne la place qui lui revient dans la communauté des nations. Vous avez ce droit, mais il s'accompagne de vraies responsabilités, et cette place ne peut être obtenue par la terreur et les armes, mais par des actions pacifiques qui démontrent la véritable grandeur du peuple et de la civilisation iraniens. Et cette grandeur ne se mesure pas par la capacité à détruire mais par votre talent à construire et à créer", on se demande toutefois s'il ne fait pas preuve d'humour, car l'invasion de l'Irak et la connivence avec un Israël qui vient de ravager Gaza n'est pas exactement un comportement pacifique. Sans parler d'un ton paternaliste ou condescendant qui pourrait ne pas plaire à tout les Iraniens, même si les paroles du président américian semblent avoir été bien accueillies par le régime (qui au juste au sein du régime compliqué de Téhéran? Nul ne sait).
Car l'on ne peut occulter que les contradictions internes en Iran et l'opacité du pouvoir réel dans cette épouvantable république islamique imposent ses limites à l'exercice tenté par Obama. L'ouverture est nécessaire, mais les enjeux intérieurs et l'instrumentalisation de la relation avec les USA au sein du pouvoir iranien rendent aléaoire la réponse de Téhéran.
Soulignons aussi que les perceptions mutuelles sont assymétriques; des Américains qui pensent que c'est aux Iraniens de se comporter différemment, que les régions du monde doivent s'approcher de la démocratie américaine, mais un Iran qui est entouré par les troupes US en Irak, dans le Golfe et en Afghanistan, et contre lequel des courants israéliens poussent des projets d'intervention, et qui donc considère que la bombe atomique serait une façon de dissuader quiconque de l'attaquer - sans parler de l'enjeu émotionnel que le régime a réussi à faire de cette question et qui la rend plus difficile encore à résoudre.
En bref, l'appel d'Obama est fidèle à son approche, mais il ne faut pas être trop candide et se placer du côté iranien pour mieux percevoir la portée de ce message qui en dit au fond assez peu. Pourquoi l'initiative doit-elle être iranienne? Pourquoi ne pas envisager publiquement une levée prochaine de l'embargo US? Il est vrai que celle-ci pourrait renforcer le régime, le pays étant économiquement exsangue.
Le régime iranien est un repoussoir et il faudra attendre qu'il se délite. L'Amérique ne pourra le renverser. C'est là la limite majeure du "dialogue". Les USA veulent donc s'adresser aux Iraniens plus qu'à leurs dirigeants, et la voie est étroite, mais même la population, plutôt en sympathie américaine, peut penser qu'en dépit d'un régime tel qu'il est en Iran, côté US les actions contredisent parfois les principes...
L'élection présidentielle du 12 juin sera en tous cas une étape importante avant que les Américains ne détaillent davantage, peut-être, leurs intentions.
23 janv. 2009
Obama ou la continuité américaine
Que l’Amérique se retrouve et qu’elle projette dans le monde ses valeurs sans ignorer les réalités extérieures, telle est la mission du nouveau président. Au fond, la négritude de Barack Obama a peu d’importance ; tout change est tout reste pareil. Il s’agit de l’Amérique, de sa capacité à demeurer le centre névralgique de l’économie mondiale et à guider la politique internationale.
La vraie rupture, la sortie de route, ce fut « W » avec l’invasion irraisonnée de l’Irak et la polarisation de la société américaine autour des mœurs. Obama sera l’homme du recadrage, dans la tradition qui a dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan. Reagan ne fut-il d’ailleurs pas d’abord un démocrate du New Deal avant d’adhérer au parti républicain ? Et Obama n’est-il pas, comme Roosevelt et Reagan, placé devant des défis économiques et stratégiques considérables ? Une fois de plus, l’Amérique doit réinventer son contrat social et son rôle mondial.
En homme de synthèse qui toute sa vie fut en quête de son identité, cherchant à concilier négritude et américanité, Obama cherchera à répondre aux défis du monde, dont il saisit sans peine toute la complexité, dans le respect des principes américains ; voilà deux différences majeures avec l’administration sortante. Qu’en sera-t-il donc de l’Amérique et du monde ?Les accents reaganiens du discours d’Obama, c’est la confiance que les Américains doivent retrouver en eux-mêmes, et la promotion des valeurs de liberté qu’ils doivent inspirer et non imposer, par une approche pragmatique et réaliste de la politique internationale. Ce réalisme se trouve dans le diagnostic : Obama a très tôt perçu que le vrai danger, ce n’était ni l’Irak ni l’Iran, mais l’Afghanistan et le Pakistan. C’est là que se loge le venin de la politique internationale. Là aussi que le cataclysme tant redouté du nucléaire peut survenir : une guerre indo-pakistanaise beaucoup moins improbable que l’on pense. Au Pakistan, les Etats-Unis sont pris dans des contradictions inextricables ; comment favoriser la démocratie dans un pays où l’armée, colonne vertébrale du pouvoir et allié des Américains, nourrit en même temps l’islamisme et soutient les talibans afghans ? Comment aussi soutenir l’Inde sans affaiblir l’alliance avec les militaires pakistanais de façon irréversible et incalculable ? Comme le dit astucieusement l’Indien de l’ONU, Sashi Tharoor, en Inde l’Etat a une armée, au Pakistan l’armée a un Etat. Le rapprochement nucléaire américano-indien légué par Bush est une grande ouverture stratégique, mais elle complique l’équilibre régional et affaiblit le régime de non-prolifération.
Pour espérer résoudre ces difficultés, Obama doit renouer avec le réalisme reaganien sur deux fronts : rétablir immédiatement une relation fonctionnelle avec la Russie et instaurer un dialogue avec l’Iran, que les erreurs bushiennes ont placé en position clé dans la région. Les Etats-Unis et l’Iran partagent au moins un intérêt majeur : éradiquer le nihilisme sunnite à la al-Qaïda. Il faudra cependant attendre l’élection présidentielle iranienne en juin pour pouvoir bouger sérieusement sur ce front. La Russie passe donc en premier, et ici les Européens sont concernés directement : un dialogue euro-américain sur la Russie permettrait de se coordonner et d’envisager un grand accord sur la sécurité énergétique européenne, la sécurité russe et l’avenir de l’OTAN, bêtement élargie depuis la chute de l’URSS au lieu de faire place à un nouveau schéma d’ensemble. Mais ce que voudra Obama, en toute logique, c’est un appui en Afghanistan que les opinions européennes ne sont pas prêtes à consentir, ce qui promet des tensions…
Un deuxième front est l’Asie-Pacifique, où l’Europe est absente. L’échec patent de l’administration Bush face aux imprévisibles Nord-Coréens a irrité le Japon et la Corée du Sud, et renforcé le poids diplomatique de la Chine. Une relation triangulaire stable et constructive sino-nippo-américaine est un défi considérable de la nouvelle administration pour maintenir la tumeur nord-coréenne sous contrôle, et accompagner ce qui sera la grande continuation de Bush à Obama, le Dialogue économique stratégique (SED) instauré par Henry Paulson. Le « grand ajustement » économique qui caractérise la mondialisation fait du face-à-face sino-américain la priorité des priorités de la politique économique extérieure. Le réalisme consistera ici à renforcer le dialogue avec une Chine à la fois rivale, concurrente et partenaire.
Le retour de la diplomatie et de l’art du possible, fortifiés par une dissuasion militaire efficace (l’Amérique d’Obama n’hésitera pas plus que celle de Bill Clinton à recourir unilatéralement à la force) sont donc déjà le sceau de la présidence Obama, dont l’action intérieure et extérieure sera facilitée par une disposition au consensus bipartisan (John McCain pourrait être un allié précieux). Le maintien à la Défense du reaganien Robert Gates, numéro deux de la CIA à l’époque de la lutte antisoviétique en Afghanistan au nom de la liberté, et grand correcteur du tir bushien, est un hommage à la continuité américaine dans le centre rationnel. Car il y a aussi les valeurs, et notamment le désarmement nucléaire que soutenait Reagan – Obama était ici pleinement en phase avec McCain, dont les héros s’appellent Reagan et Theodore Roosevelt, le républicain dont le Square Deal fut le devancier du New Deal de Franklin. Continuité et synthèse dans la fidélité aux grands principes qui ont dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan, tel est l’esprit de la présidence qui s’ouvre. Le premier président noir, se voulant un héritier digne des Pères fondateurs, pourrait en effet être celui par lequel l’Amérique retrouvera intelligemment le chemin de la raison.
20 oct. 2008
Obama, la crise et le bazar
La presse américaine rapportait récemment des manifestations du bazar contre le gouvernement Ahmadinejad, qui vient d’imposer une TVA de 3%. Les commerçants sont très remontés contre cette mesure, et plus généralement contre la stagnation économique. Le mécontentement grandit en Iran, et l’ampleur de la fronde fait repenser à celle qui conduisit au renversement du chah en 1979. Le bazar s’était alors allié au clergé chiite dans la condamnation du régime répressif et une modernisation économique déséquilibrée, accusée de faire la part belle aux intérêts étrangers. La baisse des prix du pétrole, source essentielle du revenu public, ne va faire qu’aggraver les choses.
Les Etats-Unis et l’Iran ont en commun une situation économique difficile, que la crise bancaire rend aujourd’hui catastrophique aux Etats-Unis, mais qui pointait déjà depuis au moins deux ans. Cette situation porte-t-elle des bénéfices collatéraux ? Comme Obama l’a habilement souligné lors de son dernier débat avec McCain, Ahmadinejad n’est pas l’homme le plus puissant à Téhéran. Le mécontentement exprimé par le bazar expose la fragilité du président iranien, sinon du régime. La nécessité d’intégrer l’économie du pays au commerce international, et l’enjeu du dialogue avec Washington, pousseront-ils l’Iran à rechercher plus activement l’apaisement avec les Etats-Unis ? La perspective aujourd’hui sérieuse d’une victoire d’Obama, qui s’est dit favorable au dialogue avec l’Iran, devrait ajouter à cette tendance.
Trouver les moyens de sortir du marasme économique et apporter des réponses aux tensions politiques entre les deux pays, voilà une possibilité de bien commencer l’année 2009 à Téhéran et Washington.
27 sept. 2008
Débats présidentiels Acte I
Pas de vainqueur net, un débat assez ennuyeux mais qui avait le mérite d’une certaine tenue alors que les débats américains sont souvent très simplificateurs.
McCain, qui avait voulu repousser la rencontre avec Obama, n’a pas perdu de points et en a même gagné.
L’Arizonien s’est montré plus agressif et plus efficace dans le ton, répétant à de nombreuses reprises : « le sénateur Obama n’a pas l’air de comprendre ».
C’est que McCain ne s’est pas départi de cette habitude américaine consistant à simplifier et que le discours nettement plus structuré d’Obama a permis de contenir, de sorte que le débat dans son ensemble a été de qualité honorable.
Hélas, la simplification marche plus aux États-Unis qu’en Europe, et ainsi Obama, qui fut supérieur à son adversaire sur le fond, n’a pas réussi à se distancer ni à le mettre en difficulté.
Autre déception : l’économie fut le sujet de la première partie du débat, mais Obama n’a pas été capable – pas plus que McCain, mais cela était attendu – de se démarquer en faisant des propositions choc qui aurait vérifié l’idée commune selon laquelle les démocrates sont meilleurs sur les questions économiques. Cette fable répétée à l’envi s’est effondrée hier. Obama ne s’est pas imposé sur le terrain économique. J’ai rappelé dans mon message d’hier qu’il n’était pas plus économiste que McCain… Aucun n’a pu répondre à la question répétée du présentateur sur leurs recettes pour faire face à la crise.
Paradoxalement, la position d’Obama était meilleure sur les affaires de sécurité internationale, lorsqu’il a notamment pu opposer à McCain que lui n’avait pas soutenu l’invasion de l’Irak et qu’il avait dès le début des opérations indiqué que le Pakistan et l’Afghanistan étaient les zones de lutte antiterroriste prioritaires.
Obama est l’un des rarissimes hommes politiques américains à avoir eu la prescience et le courage politique de dénoncer l’invasion de l’Irak, et cela semble ne pas lui avoir beaucoup servi hier soir, chose extraordinaire alors que McCain a soutenu la politique de George W. Bush – s’en étant toutefois démarqué en prônant des renforts depuis bien avant que le président ne se décide au « surge » de 2007.
Obama a souligné les erreurs de jugement de McCain et de l’administration qu’il a soutenue, mais McCain a répondu par l’émotion en évoquant les soldats qui sont au front, leur patriotisme. Chaque candidat portait le bracelet d’un jeune soldat mort au combat – là-dessus, Obama a répondu du tac-au-tac à McCain.
Obama était à l’aise, expliquant avec clarté et maîtrise la complexité de la situation en Afghanistan-Pakistan. Pourtant, il n’a pas percé.
Sur l’Iran, McCain s’est montré très ferme, comme sur la Russie. Jeu égal sur la Russie, mais sur l’Iran, si Obama a pu clairement défendre sa position de vouloir par principe être ouvert à un dialogue, McCain a là encore recouru à l’émotion, évoquant Israël et un second holocauste – référence aux déclarations d’Ahmadinejad sur la disparition de l’Etat juif.
Obama a su balayer ces semi-arguments en mentionnant que le président iranien n’était pas l’homme le plus puissant à Téhéran.
Mais ses tirades n’ont pas été pleinement efficaces, et il n’a pas réussi, ayant parfaitement raison sur le fond et montrant qu’il saisissait les nuances des problèmes internationaux comme les Américains les expriment très rarement, à marginaliser son adversaire, à le clouer et à le caricaturer.
McCain a été meilleur à ce jeu-là. Obama est moins prisonnier que McCain de la vision binaire du monde extérieur, mais cela est trop compliqué aux États-Unis.
Au total, d’un point de vue américain, s’il n’y a pas de vainqueur, c’est bien McCain qui a tiré bénéfice de ce débat.
D’un point de vue européen, c’est Obama qui a montré une vision conceptuelle et juste des défis, notamment internationaux, et présenté un message cohérent de nécessaire intervention de l’Etat pour juguler les forces du marché et rappelé le besoin de « remettre les classes moyennes sur les rails ».
Un Européen vote forcément pour Obama, mais un Américain… ?
18 juil. 2008
Iran : changement de cap ?
Le diplomate en chef de l'UE Javier Solana et le négociateur iranien sur le nucléaire Saïd Jalili, samedi à Genève.
Le président américain a accepté de dépêcher un haut représentant pour participer aux discussions conduites à Genève sur le nucléaire iranien. Revirement tardif qui donne raison au Groupe d'étude sur l'Irak qui avait suggéré d'engager un dialogue direct avec Téhéran, et à Barack Obama qui n'a pu que se féliciter de ce changement de cap "réaliste" après les excès de la stratégie de confrontation des néo-conservateurs ("l'Axe du Mal"). Il faut se souvenir que Bob Gates, le secrétaire à la Défense, était un membre du Groupe d'étude sur l'Irak.
Cela me rappelle un éditorial de Nicholas Kristoff dans le New York Times en 2004, qui soulignait que la population iranienne était probablement la plus amicale envers les Etats-Unis dans tout le Moyen-Orient. Ne serait-ce que pour prendre le contrepied des faucons du régime à Téhéran, et façon aussi de se démarquer de l'opinion dominante dans les pays arabes de la région, que les Perses n'ont jamais tenu en haute estime.
Ce grand retour de la diplomatie est une bonne nouvelle, mais il faut aussi que les Iraniens répondent à la bonne volonté américaine. A suivre...
15 juin 2008
John, Barack et les Beach Boys
Le centre de sondage et de recherche Pew souligne l'amélioration de l'image des Etats-Unis à la faveur de la candidature démocrate, et le site d'Obama s'est empressé de répercuter la nouvelle reportée par ABC.
Mardi dernier un raid de l'aviation américaine contre les talibans à la frontière afghano-pakistanaise aurait tué une dizaine de militaires pakistanais, aggravant l'impopularité des Etats-Unis dans le pays.
C'est pourtant au Pakistan qu'Obama a dit et redit qu'il fallait frapper, y compris sans l'accord du gouvernement d'Islamabad. A juste titre, car c'est l'Afghanistan-Pakistan qui est le danger le plus grave pour la paix mondiale, plus que l'Iran.
Alors Obama, président unilatéraliste, serait-il aussi populaire dans le monde arabo-musulman? Je crois que oui, car les opinions arabes savent bien que le fondamentalisme ne résoudra pas leurs problèmes économiques et sociaux, surtout si elles entendent un discours nouveau sur la Palestine auquel elles seraient très sensibles de la part d'un président américain. Je crois que la popularité d'Obama est un atout majeur et que son élection permettrait un réel tournant dans les relations de l'Amérique avec cette partie du monde.
Quant à l'unilatéralisme tant décrié des Américains, il restera un trait de l'Amérique, même avec Obama, et pourrait être à bon escient, ce qui relégitimerait l'usage de la force par Washington.
En somme, la fin importe plus ici que les moyens.
En 2001, les alliés avaient soutenu les États-Unis dans leur campagne en Afghanistan et l'OTAN avait même pour la première fois de son histoire déclaré l'article 5, par lequel l'Alliance est autorisée à défendre un autre membre attaqué.
Au fond, McCain a eu tort sur une seule chose lorsqu'il s'est amusé à reprendre les Beach Boys en chantant "bomb bomb bomb, bomb Iran", c'est sur la fin.
2 juin 2008
Obama en Irak ?
Les attaques continues de John McCain contre Obama, qui a déclaré être prêt à rencontrer sans préconditions le président iranien, tendent à remplir leur objectif : semer le doute sur la capacité du sénateur de l'Illinois à occuper le Bureau ovale.
En martelant constamment depuis plusieurs jours sur ce thème, McCain réussit à fixer l'ordre du jour. Après qu'il a mentionné l'absence de voyage d'Obama auprès des troupes en Irak, où lui-même s'est rendu à plusieurs reprises, la campagne d'Obama a laissé entendre que celui-ci pourrait se rendre dans le pays. Après l'Iran, l'Irak.
McCain s'impose, moyennant quoi Obama ne parvient pas, malgré ses déclarations sur le libre-échange, à tirer vers lui les questions de relations internationales. Mais le temps ne joue-t-il pas pour lui?
L'économie sera à n'en pas douter au coeur de la campagne, et il aura sur ce dossier un avantage politique. Renverser la vapeur et caricaturer une présidence McCain en troisième mandat Bush devient pressant.
La bataille continue chaque jour. Avantage au républicain pour l'instant. Attendons la suite avec confiance.
21 mai 2008
McCain : sortie d'Irak en 2013 ?
John McCain entrevoit un retrait d'Irak en 2013. Sera-t-il le Nixon qui a libéré l'Amérique du guêpier tonkinois dans lequel l'avaient entraînée Kennedy et Johnson, s'interroge le Huffington Post dans "McCain: From McBush to Mc Nixon?".
L’article commence ainsi : « Les passes d'armes Bush-McCain face à Obama sur l'apaisement avec l'Iran pourraient cacher un début de repositionnement stratégique de McCain sur l'Irak. »
Pas encore.
Le candidat républicain adopte pour l'instant un discours de fermeté en accusant Obama de chercher avec Téhéran un apaisement qui le disqualifierait de la course au commandement en chef de novembre.
Il marque son territoire en maintenant l'alerte et en apparaissant comme le candidat le mieux placé pour traiter des questions internationales et de sécurité.
En même temps, une sortie est inévitable. McCain a soutenu le surge en 2007 précisément pour être en mesure de se retirer dans des conditions acceptables. Il oscille ainsi entre une posture faucon à la Bush et une attitude "réaliste" à la Reagan qui correspond d'ailleurs davantage à ses propres convictions.
Mais la bataille électorale exige de marquer des points et de choisir des messages simples. Son discours évoluera avec les « temps » de la campagne.
D’abord taper dur pour ensuite laisser voir sa propre stratégie et se distancer de Bush, car il ne pourra gagner sur la notion d'un 3e mandat Bush.
Comme Bush père avait pu, lui, incarner un 3e mandat Reagan...
19 mai 2008
Première salve entre Obama et les republicains
Barack Obama se rapproche chaque jour de la nomination du parti démocrate.
La semaine dernière, le président Bush lui-même a accusé Obama de rechercher l'apaisement avec l'Iran. Cela vaut reconnaissance de son statut de candidat. C'est donc lui qui affrontera John McCain en novembre, ce qui fait déjà de cette élection un moment politique exceptionnel de l'histoire américaine. Deux candidats aux marges de leur parti écartent l'establishment pour s'imposer a un moment charnière pour l'Amérique au plan international, mais aussi au plan intérieur.
Le débat de politique étrangère est donc lancé avec cette première salve présidentielle, a laquelle a répondu Joe Biden, président de la puissante Commission des Affaires étrangères du Senat. McCain a emboite le pas au président. Cela veut-il dire que la veine belliqueuse de la présidence sortante lui survivra ? Probablement pas, car les républicains plus traditionnels eux-mêmes, le secrétaire Gates, James Baker et d'autres, se sont prononcés pour des pourparlers avec les Iraniens. Obama n'a qu’à s'inspirer d'eux pour caricaturer son opposant dans le mauvais rôle d'héritier du bushisme...