Barack Obama aura eu un printemps chargé en déplacements - alors que sa priorité est la réforme de la sécurité sociale. La principale leçon que l'on peut en tirer est que les réalités s'imposent, même à un personnage entouré d'une aura qui prolonge son état de grâce.
A Moscou, mis à part un engagement à réduire les armements nucléaires, axe central de la politique russe des Etats-Unis, et l'accord sur le transit militaire américain vers l'Afghanistan, le "reset" ou redémarrage des relations bilatérales, paraît très difficile. Les Russes sont plus méfiants que jamais et attendent des garanties que les USA ne sont pas près de leur donner sur leur zone d'influence. La refonte des relations russo-atlantiques patine. Pas de magie, et donc pas de main dans la main pour contenir le nucléaire en Corée du Nord et en Iran.
A Téhéran, la présentation de la situation par la presse occidentale est très surprenante car non seulement Ahmadinejad semble avoir été réélu confortablement, mais voir en Moussavi un libéral et dépeindre le clivage entre pro-démocrates et théocrates autoritaires semble tout à fait déconnecté des réalités locales. Premier ministre pendant la guerre Iran-Irak, de 1980 à 1988, années traumatiques pour un Iran isolé du monde (tout l'Occident et les Arabes soutenaient sans ambiguïté l'Irak de Saddam Hussein, auprès duquel Donald Rumsfeld fut en 1983 l'envoyé de Ronald Reagan...), Moussavi est un fils de la révolution khonmeiniste. Celle-ci a donné naissance à un régime singulier où mollahs et ayatollahs se disputent pouvoir et argent, et qui isole l'Iran, d'où un mécontentement, notamment au sien de la jeunesse urbaine, mais cela ne veut pas dire que les ressorts de la révolution de 1979 ne soient plus d'actualité. Les motivations des pro-Moussavi semblent ressembler pour partie à ceux des anti-chah des années 1970. En bref, l'Iran n'est pas près de nous ressembler, même si le président et le Guide devaient demain être renversés par la rue (avec quelque soutien extérieur?).
Cela pose problème pour Obama, car les tensions nées des élections avivent l'antagonisme avec le monde extérieur, et particulièrement les USA. Le tohu-bohu autour des élections iraniennes complique l'ouverture américaine, déjà mise à mal par la reconduction d'Ahmadinejad.
Enfin la Chine, et l'obligation de doser sans cesse l'approche américaine pour ne pas compromettre des objectifs stratégiques (gestion des enjeux économiques mondiaux) au profit d'avancées de court terme (sur la concurrence déloyale), ou les sujets politiques (le soutien de la Chine face à Pyongyang) au profit des sujets économiques ("enforcement" ou respect rigoureux des règles commerciales). Les Etats-Unis cherchent toujours la voie entre rivalité et partenariat et cette oscillation semble devoir être la marque des relations sino-américaines pour de longues années.
Avec la Chine plus encore que sur tout autre sujet, Obama fait face aux réalités, toujours aux réalités...
14 juil. 2009
Les réalités, toujours les réalités
25 mars 2009
Obama et la crise scène 2
En bref, la colère ne faiblit pas, et elle touche aussi les rangs parlementaires, où l'opposition républicaine au budget démocrate dément toute vélléité de "bipartisanisme". Le mot d'ordre est toujours le même; restaurer le crédit et la confiance avec, en filigrane, la condition de la classe moyenne. En recevant le serment du nouveau Haut représentant au Commerce, l'ancien maire (noir) de Dallas Ron Kirk, le VP Biden a insisté sur cet axe essentiel de l'administration; améliorer la vie de la classe moyenne américaine.
Les débuts d'Obama sont donc agités car la grogne chez les démocrates est perceptible, ceux-ci hostiles aux versements de subventions aux banques tandis que l'interventionnisme de la politique annoncée, en particulier en matière de protection sociale, fait hurler la droite.
L'Amérique change-t-elle? On le voit, noir ou pas, la question raciale est hors sujet. Obama s'inscrit dans la continuité américaine et il est submergé par des événements d'une ampleur sans précédent. Il doit travailler à remettre la machine USA Inc. sur les rails, et les promesses d'aube nouvelle sont renvoyées à plus tard. Cela peut être frustrant, mais n'oublions pas que, sans cette crise qui empêche de s'atteler au renouveau promis par Obama, Obama ne serait probablement pas là. C'est paradoxal, mais c'est ainsi.
Sans compter que dans l'ombre des joutes sur le budget, les enjeux de politique étrangère ne paraissent pas être radicalement modifiés. De récents incidents navals avec la Chine ont causé des tensions tandis que le nouveau rapport annuel du Pentagone au Congrès sur la puissance militaire chinoise alerte les USA des périls encourus par la modernisation de l'arméee populaire. L'aide publique US au Moyen-Orient, dans le budget 2009, ne semble pas davantage introduire des conditions nouvelles du soutien américain aux acteurs du conflit israélo-palestinien, noeud de la politique US dans la région.
Comme disent les Américains, plus ça change...
23 févr. 2009
Nouvelles têtes: le retour de la grande Amérique?
Un mot sur les nominations ici et là dans les domaines de la sécurité et de la diplomatie après un mois de présidence Obama.
Tout ce qui a pu être dit dans ce blog sur le caractère cérébral du nouveau président et de son approche non conventionnelle de la politique mondiale se vérifie par quelques nominations, dont on est en droit de se réjouir.
Pour remplacer John Negroponte comme DNI (Director of National Intelligence) ou "tzar du renseignement", poste créé par l'administration Bush, Obama a choisi l'excellent amiral Blair, ancien commandant des forces dans le Pacifique. L'amiral signa en 2006 un article de grande qualité avec notre ami Jerry Hultin dans Politique Américaine sur la politique navale des USA. Le DNI couvre l'ensemble des agences de renseignement et de sécurité, y compris, bien sûr, la CIA, qui échoit à Leon Panetta, secrétaire général de la Maison-Blanche sous Clinton.
Le même amiral Blair a nommé Chas Freeman comme directeur du National Intelligence Council, qui produit notamment les documents de stratégie nationale et les rapports NIE (National Intelligence Estimates) qui guident la politique américaine. Sinisant, diplomatie de carrière, l'ambassaderu Freeman représenta notamment les USA à Riyad sous Bush I entre 1989 et 1992, pendant la première guerre du Golfe. Freeman se distingue cependant par des idées peu conventionnelles sur le Moyen Orient aux Etats-Unis et n'hésite pas à dire des vérités qui dérangent, comme le veto systématique des USA à l'ONU lorsque Israël est condamné. Freeman est cité dans "Après Bush" (pp. 156 et 160) pour illustrer qu'il existe une vision plus équilibrée du Moyen-Orient parmi certains "insiders" à Washington. Au choix de Freeman s'ajoute celui de Mitchell comme envoyé pour le conflit israélo-palestinien qui était assez étonnant.
Du côté des universités, c'est Anne-Marie Slaugther et Steve Bosworth qui sont distingués, la première, universitaire de renom et doyenne de la Woodrow Wilson School de Princeton, comme chef de l'important département de la planification au département d'Etat (dont il est question dans "Après Bush" car cette unité, alors dirigée par George Kennan, conçut la politique américaine d'après-guerre et notamment l'endiguement du communisme mondial), le second, ambassadeur de Clinton à Séoul et doyen de la Fletcher School of Law and Diplomacy de Tufts, comme envoyé spécial pour la Corée du Nord. Signalons que l'ancien doyen de la Kennedy School de Harvard, Joe Nye, devrait devenir ambassadeur au Japon. Merci pour Politique Américaine, ces trois personnages étant membres du conseil de patronage international...
Bref, des experts ayant une réelle connaissance du monde extérieur et des aptitudes linguistiques sérieuses. L'Amérique va-t-elle changer? Revenir à la tradition américaine de la retenue et de la distance, sûrement, mais peut-être même aller au-delà, et concevoir une politique mondiale qui imite celle devisée par l'immense Kennan en 1946-47, et qui soit à la hauteur des enjeux économiques et de sécurité...
Attention cependant à l'exemple de Wilson, le père de la Société des Nations, dont l'intransigeance desservit ses projets (les républicains ne ratifièrent pas la SDN). gageons que Barack Obama, en fin connaisseur de l'histoire américaine, saura éviter ce travers qui fut celui de George W Bsuh: la certitude.
23 janv. 2009
Obama ou la continuité américaine
Que l’Amérique se retrouve et qu’elle projette dans le monde ses valeurs sans ignorer les réalités extérieures, telle est la mission du nouveau président. Au fond, la négritude de Barack Obama a peu d’importance ; tout change est tout reste pareil. Il s’agit de l’Amérique, de sa capacité à demeurer le centre névralgique de l’économie mondiale et à guider la politique internationale.
La vraie rupture, la sortie de route, ce fut « W » avec l’invasion irraisonnée de l’Irak et la polarisation de la société américaine autour des mœurs. Obama sera l’homme du recadrage, dans la tradition qui a dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan. Reagan ne fut-il d’ailleurs pas d’abord un démocrate du New Deal avant d’adhérer au parti républicain ? Et Obama n’est-il pas, comme Roosevelt et Reagan, placé devant des défis économiques et stratégiques considérables ? Une fois de plus, l’Amérique doit réinventer son contrat social et son rôle mondial.
En homme de synthèse qui toute sa vie fut en quête de son identité, cherchant à concilier négritude et américanité, Obama cherchera à répondre aux défis du monde, dont il saisit sans peine toute la complexité, dans le respect des principes américains ; voilà deux différences majeures avec l’administration sortante. Qu’en sera-t-il donc de l’Amérique et du monde ?Les accents reaganiens du discours d’Obama, c’est la confiance que les Américains doivent retrouver en eux-mêmes, et la promotion des valeurs de liberté qu’ils doivent inspirer et non imposer, par une approche pragmatique et réaliste de la politique internationale. Ce réalisme se trouve dans le diagnostic : Obama a très tôt perçu que le vrai danger, ce n’était ni l’Irak ni l’Iran, mais l’Afghanistan et le Pakistan. C’est là que se loge le venin de la politique internationale. Là aussi que le cataclysme tant redouté du nucléaire peut survenir : une guerre indo-pakistanaise beaucoup moins improbable que l’on pense. Au Pakistan, les Etats-Unis sont pris dans des contradictions inextricables ; comment favoriser la démocratie dans un pays où l’armée, colonne vertébrale du pouvoir et allié des Américains, nourrit en même temps l’islamisme et soutient les talibans afghans ? Comment aussi soutenir l’Inde sans affaiblir l’alliance avec les militaires pakistanais de façon irréversible et incalculable ? Comme le dit astucieusement l’Indien de l’ONU, Sashi Tharoor, en Inde l’Etat a une armée, au Pakistan l’armée a un Etat. Le rapprochement nucléaire américano-indien légué par Bush est une grande ouverture stratégique, mais elle complique l’équilibre régional et affaiblit le régime de non-prolifération.
Pour espérer résoudre ces difficultés, Obama doit renouer avec le réalisme reaganien sur deux fronts : rétablir immédiatement une relation fonctionnelle avec la Russie et instaurer un dialogue avec l’Iran, que les erreurs bushiennes ont placé en position clé dans la région. Les Etats-Unis et l’Iran partagent au moins un intérêt majeur : éradiquer le nihilisme sunnite à la al-Qaïda. Il faudra cependant attendre l’élection présidentielle iranienne en juin pour pouvoir bouger sérieusement sur ce front. La Russie passe donc en premier, et ici les Européens sont concernés directement : un dialogue euro-américain sur la Russie permettrait de se coordonner et d’envisager un grand accord sur la sécurité énergétique européenne, la sécurité russe et l’avenir de l’OTAN, bêtement élargie depuis la chute de l’URSS au lieu de faire place à un nouveau schéma d’ensemble. Mais ce que voudra Obama, en toute logique, c’est un appui en Afghanistan que les opinions européennes ne sont pas prêtes à consentir, ce qui promet des tensions…
Un deuxième front est l’Asie-Pacifique, où l’Europe est absente. L’échec patent de l’administration Bush face aux imprévisibles Nord-Coréens a irrité le Japon et la Corée du Sud, et renforcé le poids diplomatique de la Chine. Une relation triangulaire stable et constructive sino-nippo-américaine est un défi considérable de la nouvelle administration pour maintenir la tumeur nord-coréenne sous contrôle, et accompagner ce qui sera la grande continuation de Bush à Obama, le Dialogue économique stratégique (SED) instauré par Henry Paulson. Le « grand ajustement » économique qui caractérise la mondialisation fait du face-à-face sino-américain la priorité des priorités de la politique économique extérieure. Le réalisme consistera ici à renforcer le dialogue avec une Chine à la fois rivale, concurrente et partenaire.
Le retour de la diplomatie et de l’art du possible, fortifiés par une dissuasion militaire efficace (l’Amérique d’Obama n’hésitera pas plus que celle de Bill Clinton à recourir unilatéralement à la force) sont donc déjà le sceau de la présidence Obama, dont l’action intérieure et extérieure sera facilitée par une disposition au consensus bipartisan (John McCain pourrait être un allié précieux). Le maintien à la Défense du reaganien Robert Gates, numéro deux de la CIA à l’époque de la lutte antisoviétique en Afghanistan au nom de la liberté, et grand correcteur du tir bushien, est un hommage à la continuité américaine dans le centre rationnel. Car il y a aussi les valeurs, et notamment le désarmement nucléaire que soutenait Reagan – Obama était ici pleinement en phase avec McCain, dont les héros s’appellent Reagan et Theodore Roosevelt, le républicain dont le Square Deal fut le devancier du New Deal de Franklin. Continuité et synthèse dans la fidélité aux grands principes qui ont dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan, tel est l’esprit de la présidence qui s’ouvre. Le premier président noir, se voulant un héritier digne des Pères fondateurs, pourrait en effet être celui par lequel l’Amérique retrouvera intelligemment le chemin de la raison.
2 déc. 2008
Sécurité nationale et politique étrangère à la Obama
Que signifie la désignation de Hillary Clinton et des autres figures de la sécurité nationale américaine?
Avec Clinton, Gates et Jones, c'est la compétence et le bipartisanisme qui dominent. Le retour à une pratique bipartisane du pouvoir, en particullier en matière de sécurité nationale, était un leimotiv de la campagne et les deux candidats partageaient cet état d'esprit. Il n'est donc pas surprenant que Barack Obama suive cette voie dans la constitution de son équipe, et au Sénat John McCain sera probablement un allié de poids pour qu'une politique extérieure capable de restaurer le leadership américain soit conduite dans le consensus. Cela est particulièrement imortant dans les circonstances (Iraq, Afghanistan-Pakistan, Iran, Corée du Nord).
Le maintien de Bob Gates n'est donc pas une surprise. Continuité dans le service et esprit bipartisan sont les deux ressorts de cette décision attendue. Le choix du général Jones ressemble aussi à cela.
Quant à Clinton, donc: nommer une ancienne rivale à ce poste, cela renforce l'étoffe d'Obama, qui montre ne pas craindre de s'etourer d'une machine politique de cette force, redoublée par la présence d'un ancien président dans son ombre. Cela montre que l'expérience, là encore, est prise au sérieux pour relever les défis graves de l'Amérique au plan international. La présence de Clinton au département d'Etat, cela évitera peut-être aussi à Obama de trouver sur sa route au Sénat une voix forte qui puisse concurrencer les projets présidentiels en matière économique et sociale. Hillary au gouvernement, c'est une façon de souder la majorité présidentielle qui, plus elle est large, plus elle peut être source de difficultés. Quant à la rivalité possible, le fait est que le président a toujours autorité et le dernier mot.
Je ne crois pas non plus à plus loingue échéance que la présence de Clinton pourra lui ouvrir les voies de la contestation en 2012. Un président sortant qui souhaite se représenter est souvent reconduit. D'autant que l'on peut attendre toute loyauté de la part du vice-président Biden.
S'ajoute à cette équipe Susan Rice, ambassadrice près l'ONU, et Bill Richardson, secrétaire au Commerce. Celui-ci aurait probablement hérité du département d'Etat si Clinton avait décliné l'offre. Ancien ambassadeur de Bill Clinton près l'ONU puis secrétaire à l'Energie, muni d'un doctorat en affaires internationales, d'ascendance mexicaine, Richardson a aussi rempli des missions diplomatiques officieuses sous W. Son expérience et son poids politique, comme gouverneur du Nouveau Mexique, ajoutent à la qualté de l'équipe désignée pour gérer les relations extérieures, y compris commerciales. Car sous l'effet de la crise et de l'humeur protectionniste des Américains, défendre le libre-échange exige un négociateur roué et un familier des affaires mondiales.
Au total, les choix d'Obama paraissent mûris et cet assemblage que l'on aurait pu prdire improbable semble au contraire constituer une armature gouvernementale ultra solide.
31 oct. 2008
Politique étrangère américaine
Une question revient très souvent: à quoi ressemblera la politique étrangère américaine en 2009?
McCain semble conserver dans ses idées une veine néoconservatrice et une propension à agir selon un schéma qui privilégie les principes, tandis qu'Obama, sans renier les fondements de la démocratie américaine et la force de l'exemple auquel elle prétend, paraît plus sensible aux réalités internationales. Cette approche n'est pas fausse mais elle ne correspond sans doute pas pleinement à ce que l'on peut attendre en janvier 2009.
McCain a montré récemment qu'il prenait aussi en compte - comme Reagan - le besoin de communiquer avec l'adversaire, tandis qu'Obama, connu pour s'êtr déclaré prêt à rencontre Ahmadinejad sans condition, se veut dur sur le nucléaire iranien même civil et n'hésite pas à déclarer vouloir lancer des opérations militaires depuis le territoire pakistanais.
Les deux candidats se sont entourés de conseillers divers, certains portés à l'idéalisme militant comme les néoconservateurs, d'autres plus attentifs aux rapports de force et à la faisabilité des politiques à conduire.
La réalité est que le président quel qu'il soit sera probablement différent du candidat, mis devant la responsabilité du décideur qu'il sera devenu. Chacun, Obama et McCain, sera capable de faire preuve d'un réflexe idéaliste selon une lecture américaine du monde où l'exemple, y compris par le moyen de la force, reste un ressort puissant, que ce soit pour combattre la prolifération ou promouvoir les droits de l'homme. Chacun sera aussi en mesure, en particulier après Bush, de mesurer son action.
Les noms qui circulent illustrent la diversité des influences (les démocrates Tony Lake et Madelein Albright, Lee Hamilton et Bill Richardson, les républicains Richard Lugar et Chuck Hagel, Susan Rice côté Obama, les néocons Lieberman (ancien démocrate) et Kagan, mais aussi Henry Kissinger côté McCain) - même si les néoconservateurs qui restent sont chez McCain. Mais rappelons-nous Clinton et le réflexe unilatéraliste de sa politique, laquelle n'effraie pas Joe Biden.
La leçon? Les Européens ne doivent tout attendre de l'Amérique, ils doivent avoir quelque chose à lui proposer, comme l'a fait la présidence française de l'UE sur la Géorgie et la crise bancaire, sinon même Obama devra agir seul, selon les intérêts natioanux américains.
5 juil. 2008
Gorbatchev : choisir entre empire ou démocratie
Lu aujourd'hui un article de Mikhaïl Gorbatchev sur les États-Unis paru dans l'International Herald Tribune.
L'ancien président de l'Union soviétique souligne que le débat américain occulte une question majeure : la militarisation de la politique étrangère du pays. Selon lui, le prisme militaire par lequel l'administration analyse les événements mondiaux déforme la vision américaine du monde et du rôle international des États-Unis, et il n'est pas certain que les candidats en lice changeront cette perspective.
Le déficit public dû aux dépenses militaires est aussi un enjeu colossal qui contraste avec l'angoisse économique répandue dans le pays. Gorbatchev se dit "gravement alarmé par la tendance à militariser l'action et la réflexion publiques". Avec ses plus de 700 bases militaires dans le monde, l'Amérique doit choisir, dit-il, entre empire et démocratie.
Un des correspondants américains de Politique Américaine, basé en Arabie, est plus sévère : "démocratie" ou "ploutocratie impériale" dit-il, se référant à la tendance oligarchique de la société américaine que j'évoque dans mon livre, Après Bush, dans la rubrique "Le pouvoir, les élites et l'argent".
Ce thème de la ploutocratie revient dans différentes analyses, comme celle d'Emmanuel Todd en 2002 (Après l'empire) ou d'Anatol Lieven en 2005 (Le nouveau nationalisme américain) : l'élite détournerait l'attention des citoyens ordinaires des questions de richesse en focalisant le débat public sur guerre et paix, maintenant ainsi sa domination sur la société... Analyse fine mais qui tient trop de la théorie du complot social.
L'article de Gorbachev revient sur les initiatives de désarmement abouties sous sa présidence et celle de Reagan, appelant à une relance du désarmement. Son approche rappelle celle d'Andrew Bacevich dans The New American Militarism, et dans un article paru dans Politique Américaine intitulé "La Véritable Quatrième Guerre Mondiale". En bref, la sécurisation des flux pétroliers du Golfe à prix stable a entraîné une militarisation de la politique extérieure américaine après le second choc pétrolier et la révolution iranienne, qui ne s'est jamais démentie depuis.
Gorbachev s'inquiète de cette dérive, mais il a raison aussi de se montrer sceptique sur un changement majeur de perspective. Comme le remarque notre correspondant déjà cité, il est extraordinaire que le débat entre McCain et Obama tourne autour de leur capacité à être commandant en chef plus que président...
L'Amérique ne changera pas... La patriotisme à la fois naïvement démonstrateur, presque enfantin (les drapeaux aux fenêtres, les pin's obligatoires à la boutonnière, etc.), et militarisé, est devenu un trait culturel dont le prochain président aura du mal à se défaire, y compris Obama.
30 mai 2008
McCain sur le nucléaire : « Comme le président Reagan »
John McCain a établi les grandes lignes de sa politique en matière nucléaire.
McCain se dit favorable à une réduction de l'arsenal nucléaire, à la poursuite des accords START négociés par Nixon avec l'URSS et à la politique reaganienne de réduction des armements, avec la perspective d'une élimination totale des missiles déployés en Europe.
McCain négociera un accord avec la Russie sur le système antimissile que les Etats-Unis veulent installer et se dit favorable à un dialogue avec la Chine sur le nucléaire.
Il se dit déterminé à renforcer les institutions internationales comme l'AIEA ou le Traité de Non-Prolifération et à permettre le développement contrôlé du nucléaire civil sur la base d'un accord avec les autres puissances, en particulier la Chine et la Russie, avec des structures d'enrichissement de l'uranium sous contrôle international. Il est aussi favorable à la ratification de l'accord d'interdiction des essais (CTBT).
En bref, McCain renoue, pour l'essentiel, avec la politique traditionnelle et se place dans la continuation de Ronald Reagan, âge d'or et figure révérée d'un parti républicain ébranlé par Bush Jr.
Prudence, coopération, désarmement. Mais les déclarations de campagne sont une chose et la politique conduite en sont une autre : qui se souvient de la politique étrangère « humble » que devait conduire un Bush Jr peu intéressé par la marche du monde ?
21 mai 2008
McCain : sortie d'Irak en 2013 ?
John McCain entrevoit un retrait d'Irak en 2013. Sera-t-il le Nixon qui a libéré l'Amérique du guêpier tonkinois dans lequel l'avaient entraînée Kennedy et Johnson, s'interroge le Huffington Post dans "McCain: From McBush to Mc Nixon?".
L’article commence ainsi : « Les passes d'armes Bush-McCain face à Obama sur l'apaisement avec l'Iran pourraient cacher un début de repositionnement stratégique de McCain sur l'Irak. »
Pas encore.
Le candidat républicain adopte pour l'instant un discours de fermeté en accusant Obama de chercher avec Téhéran un apaisement qui le disqualifierait de la course au commandement en chef de novembre.
Il marque son territoire en maintenant l'alerte et en apparaissant comme le candidat le mieux placé pour traiter des questions internationales et de sécurité.
En même temps, une sortie est inévitable. McCain a soutenu le surge en 2007 précisément pour être en mesure de se retirer dans des conditions acceptables. Il oscille ainsi entre une posture faucon à la Bush et une attitude "réaliste" à la Reagan qui correspond d'ailleurs davantage à ses propres convictions.
Mais la bataille électorale exige de marquer des points et de choisir des messages simples. Son discours évoluera avec les « temps » de la campagne.
D’abord taper dur pour ensuite laisser voir sa propre stratégie et se distancer de Bush, car il ne pourra gagner sur la notion d'un 3e mandat Bush.
Comme Bush père avait pu, lui, incarner un 3e mandat Reagan...
We must change America, not the world.
Andrew Bacevich, du Los Angeles Times, publie d'excellents articles sur la politique étrangère américaine. C'est selon moi l'un des meilleurs analystes actuels sur le sujet, ce que cet article démontre encore :
The 'Long War' fallacy
Iraq has shown the limits of U.S. power. We must change America, not the world.
By Andrew J. Bacevich
May 13, 2008
Donald Rumsfeld is today a discredited and widely reviled figure. Robert Gates, Rumsfeld's successor as Defense secretary, is generally admired for manifesting qualities that Rumsfeld lacked -- a willingness to listen not least among them. Yet on one crucial point, the two see eye to eye: Both believe that the United States has no alternative but to wage a global war likely to last decades.
In the wake of 9/11, Rumsfeld wasted no time in telling Americans what to expect. "Forget about 'exit strategies,' " he said on Sept. 28, 2001, "we're looking at a sustained engagement that carries no deadlines." Speaking at West Point last month, Gates echoed his predecessor's assessment: "There are no exit strategies," he announced. Instead, Gates described a "generational campaign" entailing "many years of persistent, engaged combat all around the world."
For the United States, the prospect of permanent war now beckons.
[...]
Suite et fin de l'article sur le site du LA Times
Annuaire GeekySpeaky
20 mai 2008
Après Bush, McCain
Le débat de politique étrangère se poursuit. John McCain adopte une posture bushienne qui se veut dure sur les pays en marge des grands principes du système international, et souligne les faiblesses des démocrates. Cette tactique a marché par le passé, mais il n'est pas certain qu'Obama se laisse piéger.
Les prochaines semaines vont être un test de sa capacité de montrer qu'il tient tête et qu'il peut lui aussi créer le débat, sans laisser ses adversaires marquer le pas et réagir plutôt qu'ouvrir les sujets, comme a su le faire de candidat Sarkozy en 2007. L'option Obama est diablement tentante, mais à ce jour un halo d'incertitude entoure le futur candidat démocrate, alors que McCain est plus « prévisible ».
Obama avait raison de voter contre la guerre en Irak. Il a raison aujourd’hui de designer le Pakistan comme le front le plus dangereux du combat contre le terrorisme. Mais ces jours-ci les républicains ont créé le débat. C'est à lui de montrer qu'il peut en faire autant.
19 mai 2008
Première salve entre Obama et les republicains
Barack Obama se rapproche chaque jour de la nomination du parti démocrate.
La semaine dernière, le président Bush lui-même a accusé Obama de rechercher l'apaisement avec l'Iran. Cela vaut reconnaissance de son statut de candidat. C'est donc lui qui affrontera John McCain en novembre, ce qui fait déjà de cette élection un moment politique exceptionnel de l'histoire américaine. Deux candidats aux marges de leur parti écartent l'establishment pour s'imposer a un moment charnière pour l'Amérique au plan international, mais aussi au plan intérieur.
Le débat de politique étrangère est donc lancé avec cette première salve présidentielle, a laquelle a répondu Joe Biden, président de la puissante Commission des Affaires étrangères du Senat. McCain a emboite le pas au président. Cela veut-il dire que la veine belliqueuse de la présidence sortante lui survivra ? Probablement pas, car les républicains plus traditionnels eux-mêmes, le secrétaire Gates, James Baker et d'autres, se sont prononcés pour des pourparlers avec les Iraniens. Obama n'a qu’à s'inspirer d'eux pour caricaturer son opposant dans le mauvais rôle d'héritier du bushisme...