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24 nov. 2009

Obama en Asie: déception

Le président américain n’a pas assisté aux commémorations de la chute du mur de Berlin. Il a passé près de dix jours en Asie. Le contraste s’explique : agenda intérieur chargé qui impose des priorités, tuerie à Fort Wood, Texas, avant son départ, préoccupation de l’avenir qui se joue non plus dans une Europe pacifiée mais en Asie, et où il est important de rencontrer à la fois le Japon, la Chine et la Corée du Sud, ce qui allonge nécessairement la durée du séjour.

Obama a cependant manqué son passage. Il n’y a pas eu de discours fondateur sur le rôle des Etats-Unis en Asie, de déclaration éclatante sur l’importance de l’alliance nippo-américaine – approche qui aurait galvanisé les prétentions légitimes du nouveau pouvoir de favoriser une autonomisation du Japon face aux Etats-Unis et signalé la bonne entente durable entre les deux pays – ou sur la réunification coréenne, même si l’alliance avec Séoul est ressortie solide de la rencontre Lee-Obama.

De même, la visite en Chine n’a pas produit d’avancée sur une entente sino-américaine en matière monétaire ou posé les bases d’une vision globale commune qui aurait projeté une relation bilatérale désormais au centre de la politique mondiale, à la manière des efforts conceptuels entrepris par Obama depuis son entrée en fonction. Peut-être est-il trop tôt encore, mais on ne peut s’empêcher de penser que le déroulé fut classique, dépourvu d’imagination.

Peut-être la visite d’Etat de l’Indien Singh cette semaine à Washington permettra-t-elle de compenser ? Les Etats-Unis ont raté leur partenariat avec l’Inde à l’heure de l’indépendance, et cet échec a été figé dans les équilibres de la guerre froide. Le contexte international appelle à affirmer l’ère nouvelle des relations américano-indiennes que l’administration Bush a commencé de bâtir avec l’accord nucléaire de 2005. A voir.

L’implication des Etats-Unis dans les équilibres changeants et les institutions de l’Asie aurait en tout cas gagné à une stratégie et un projet novateurs lors de la visite en Asie Pacifique. Du coup, n’aurait-il pas mieux valu faire un saut à
Berlin ?

25 juil. 2009

Le renversement américano-indien

La visite d’Hillary Clinton en Asie la semaine dernière a montré l’importance prise par les relations entre les USA et l’Inde. Cette montée en gamme est un renversement historique.

Les rapports entre les deux pays sont l’histoire d’une occasion manquée. Lorsque l’Inde indépendante glisse vers l’amitié socialiste avec l’URSS, trop contente de s’entendre avec l’Inde et de faire un pied de nez à la Chine, la distance s’installe avec les Etats-Unis et la visite de Dwight Eisenhower en 1959 ne changera rien. Le rapprochement américano-pakistanais dans les années 1980, pour lutter contre l’influence soviétique en Afghanistan, ajoute à l’étrangeté entre les deux démocraties.

L’année 2000 voit le renversement s’opérer, dans un contexte stratégique transformé. Après les sanctions économiques imposées par les Etats-Unis en 1998, suite aux essais nucléaires auxquels a procédé le gouvernement BJP (et auxquels les Pakistanais répondirent en espèce, avec leurs propres essais), Clinton change de main. Visite d’Etat et rapprochement : le tournant de la politique économique de 1991, engagé par l’actuel Premier ministre, et le besoin de repenser les équilibres stratégiques régionaux avec une Chine qui ré-émerge, dictent cette politique.

George W. Bush va plus loin encore avec la signature d’un accord de coopération nucléaire civil en 2005, tenu en otage par les alliés communistes du parti du Congrès revenu au pouvoir, mais soutenu au Congrès par de nombreux sénateurs démocrates parmi lesquels Obama, Biden et Clinton. L’éclatante victoire aux élections du printemps 2009 laisse les mains libres au gouvernement reconduit pour resserrer les liens stratégiques avec les USA.

Cet axe nouveau ne cesse de s’affirmer depuis dix ans et la visite de Clinton sanctionne ce mouvement. Les attentats de Bombay en novembre 2008 ont quelque peu rapproché les deux pays au plan émotionnel face au terrorisme. Les désaccords sont toutefois nombreux, notamment en matière commerciale, dans le cadre de Doha (OMC) ou au plan bilatéral, et s’agissant de règles environnementales que les Indiens rejettent. Mais une ère nouvelle est solidement entamée, et si l’acrimonie ancienne qui fait des Indiens des alliés sceptiques des Etats-Unis persiste, le resserrement qui se poursuit remarquablement de Clinton à Clinton en passant par « W », devrait peu à peu effacer le souvenir des occasions manquées.

Dans les années qui viennent, l’on verra émerger en douceur un dialogue stratégique américano-indien appelé à concurrencer en importance le SED sino-américain (Security and Economic Dialogue) légué par l’administration Bush.

(Sur les relations américano-indiennes, voir les excellents papiers de Jaswant Singh, ancien ministre des Affaires étrangères BJP, et Robert Blackwill, flamboyant ambassadeur US et architecte de l’accord nucléaire de 2005, in Politique Américaine n°5, automne 2006)

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



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