Obama semble être déjà critiqué pour mesurer ses propos de campagne quant au retrait des troupes d'Irak. Ses discussions avec l'équipe de sécurité nationale (le secrétaire Gates, le général Jones et le chef interarmes, l'amiral Mullen) et ses déclarartions sur une sortie responsable contrediraient sa promesse de mettre fin à la guerre de façon décisive.
Je ne crois pas que prendre la mesure des modalités de ce retrait, et d'envisager que des troupes demeurent stationnées en Irak au delà des seize mois promis -ce qui vaut surtout pour le gros des troupes - voire au-delà de décembre 2011, date de retrait complet établie par l'accord sur le statut des troupes approuvé mercredi par le parlement irakien, signifie renier la volonté de se retirer de ce front.
L'objectif politique me paraît clair et sans compromis. Adapter cet objectif aux conditions du terrain semble plutôt une attitude responsable et réfléchie, à laquelle Obama nous a habitués. Que vaudrait un retrait rapide et total suivi d'une instabilité violente en Irak: ce serait accepter que les sacrifices consentis par les Américains dans cette occupation injustifiée et mal préparée aient été inutiles.
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Intervention hier à Sciences Po Rennes - magnifique endroit et audience intéressée.
En conclusion d'un débat vigoureux, cette remarque qui me paraît lier énergie, Moyen-Orient et changement à la Obama:
l'Amérique atteint les limites de son modèle de consommation avec des exigences environnementales qui condamnent le grand symbole américain de l'industrie automobile à se transformer, et invite le pays à reconsidérer les modalités de sa présence au Moyen-Orient.
Aujourd'hui se repose donc la question apparue à Jimmy Carter en 1979, celle de la dépendance pétrolière, non pas tellement en termes d'importations américaines (l'essentiel du pétrole utilisé aux USA vient de l'hémisphère ouest et l'Afrique occupe une part croissante de ces importations)) mais de stabilité du système pétrolier mondial. L'impossibilité de réduire la consommation américaine a entraîné la décision de garantir des flux pétroliers constants à prix stable depuis le Golfe, et la militarisation croissante de la politique extérieure américaine. Cette militarisation n'a été émentie par aucune administration, républicaine ou démocrate.
Le changement de fond qu'Obama parviendra peut-être, même modestement, à engager, est celui qui consiste à lier le mode de vie américain et sa projection à l'extérieur, c'est-à-dire la politique étrangère. Obama a une particularité: il a conscience de la complexité des réalités qui l'entourent, analyse beaucoup, et sait que les crises ne sont pas isolées mais que, au contraire, tout est lié. De la réforme du mode de vie intérieur et des grands équilibres entre Etat et marché qui résulteront de la crise actuelle pourra ressortir une approche différente de la politique américaine au Moyen-Orient, à savoir une démilitarisation de la politique étrangère.
Cela me certes paraître une utopie, mais c'est changement fondamental qui pourrait naître des circonstances exceptionnelles de l'heure; la présidence Obama, le bourbier irakien, la crise économique, et l'ardente obligation de traiter sérieusement les questions d'environnement.
5 déc. 2008
Retrait d'Irak?
1 déc. 2008
Le cadeau de Bush à Obama en Irak
L’adoption par le parlement irakien de l’accord de retrait des troupes américaines du pays d’ici à décembre 2011 offre un cadre d’action allant au-delà des seize mois promis durant sa campagne par le président-élu.
D’ici trois ans, les troupes américaines devraient quitter l’Irak. C’est en tout cas ce que dit l’accord, adopté après d’âpres négociations entre les gouvernements Bush et Maliki, sans consultation des parlements irakien et américain.
Avant de partir, l’administration américaine laisse donc en futur héritage un accord de retrait avec calendrier - ce à quoi le président américain s’était toujours refusé – qui va dans le sens de l’approche prônée par le candidat Obama et oriente la politique américaine vers la fin de l’occupation sans fin que rejette désormais une majorité d’Américains.
Il est douteux que l’accord sera respecté, compte tenu des échéances électorales et surtout des événements qui peuvent survenir d’ici trois ans, sans parler des interprétations concurrentes qui pourront être données de telle ou telle clause. Les élections irakiennes, mais aussi un référendum prévu en juillet 2009 en Irak sur l’accord, l’instabilité d’un pays où l’équilibre des forces en présence reste mouvant, et enfin la possibilité pour les Etats-Unis de défendre l’Irak contre des menaces à sa sécurité et de collaborer à la formation de ses forces, laissent beaucoup de marge.
Malgré cela, cet accord offre un socle pour la prochaine administration. Les dirigeants actuels se seraient-ils rangés à la vision d’Obama ou auraient-ils été frappés par la réalité après des années d’aveuglement idéologique et d’ignorance du terrain ?
Le nouvel état des choses facilitera en tout cas l’action de l’équipe Obama-Biden.
21 août 2008
McCain : Obama est remarquable
« Il a dit que ça [le renfort de troupes] ne marcherait pas. Il a annoncé sa politique en Irak la veille de sa première visite là-bas après 900 jours, et refuse ensuite de reconnaître que le "surge" a réussi. Remarquable, remarquable. »
La déclaration de McCain contre Obama ce mercredi met les choses au point. Elle indique clairement que la sécurité nationale reste la clé du positionnement du républicain auquel il faut absolument éviter que le moindre doute s'installe sur sa capacité à diriger un pays en guerre et sur l'incapacité de son adversaire à prendre les rênes du pouvoir. Parce que ce que dit McCain n'est pas faux, contrairement à certains spots publicitaires ou déclarations de la campagne, ses arguments font mal. Car au fond, ce qui risque de compter davantage que l'opposition d'Obama à la guerre en Irak en 2003, c'est la bonne stratégie pour sortir de l'ornière, et là-dessus le républicain est loin d'être mal placé. Comme Obama avait raison de condamner la guerre "stupide" selon ses propres termes, McCain avait raison, bien avant que la décision soit prise par le président, de considérer que des renforts substantiels étaient nécessaires pour reprendre le dessus en Irak. Cela était vrai en 2007, ce le sera encore en 2009 (Obama annonce un retrait des troupes dans les seize mois suivant son intronisation).
2 juin 2008
Obama en Irak ?
Les attaques continues de John McCain contre Obama, qui a déclaré être prêt à rencontrer sans préconditions le président iranien, tendent à remplir leur objectif : semer le doute sur la capacité du sénateur de l'Illinois à occuper le Bureau ovale.
En martelant constamment depuis plusieurs jours sur ce thème, McCain réussit à fixer l'ordre du jour. Après qu'il a mentionné l'absence de voyage d'Obama auprès des troupes en Irak, où lui-même s'est rendu à plusieurs reprises, la campagne d'Obama a laissé entendre que celui-ci pourrait se rendre dans le pays. Après l'Iran, l'Irak.
McCain s'impose, moyennant quoi Obama ne parvient pas, malgré ses déclarations sur le libre-échange, à tirer vers lui les questions de relations internationales. Mais le temps ne joue-t-il pas pour lui?
L'économie sera à n'en pas douter au coeur de la campagne, et il aura sur ce dossier un avantage politique. Renverser la vapeur et caricaturer une présidence McCain en troisième mandat Bush devient pressant.
La bataille continue chaque jour. Avantage au républicain pour l'instant. Attendons la suite avec confiance.
26 mai 2008
Derrière la confusion de McCain, le danger Lieberman
John McCain attaque Barack Obama en soulignant qu'une rencontre avec le président iranien sans précondition serait naïf et traduirait un défaut de stratégie.
McCain a lui-même fait aveu de naïveté en assénant que la situation s'améliorait nettement pour les Américains en Irak lors d'un voyage au Moyen-Orient en début d'année. Dans la vidéo ci-dessus, il confond les Iraniens et al-Qaïda. Mais ce n'est pas la gaffe qui est le plus gênant ici. Le plus inquiétant est la présence à ses côtés de son complice Joe Lieberman, ancien démocrate devenu indépendant, sénateur du Connecticut, faucon favorable à l'invasion de l'Irak et brebis noire du parti démocrate.
VIDEO : "Oh, I mean the Iranians are training extremists, not al-Qaeda" (John McCain, 18 mars 2008, Jordanie) - Confusion Sunnites/Chiites
Si Lieberman devait devenir secrétaire d'Etat du président McCain, les Etats-Unis persisteraient dans leur erreur de reformatage et de démocratisation du monde arabe, d'alliance inconditionnelle avec un Etat hébreu qui glisse vers le militarisme et une conception ethnique de son identité, et avec une approche culturelle exacerbée des relations internationales. Il est à souhaiter que la politique étrangère de McCain et ses tendances bellicistes ne soient pas encouragées en ce sens par Joe Lieberman.
Joe Lieberman
Mieux vaudrait, si le prochain secrétaire d'Etat devait être démocrate, un Joe Biden, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat. Beaucoup plus posé et moins idéologique que l'autre Joe, il pourrait être le secrétaire d'Etat d'Obama. Ce couple-là serait nettement plus rassurant que le précédent...
23 mai 2008
La Politique étrangère ouvre la campagne
La politique étrangère continue de nourrir le débat entre les deux candidats présumés.
Le site de John McCain a publié mercredi un communiqué sur la position d'Obama. C'est une façon d'asséner que le futur candidat républicain est le champion de la sécurité, point fort des républicains. Il me semble que cette approche est d'autant plus nécessaire que la situation actuelle est unique depuis soixante ans :
Ce sont les démocrates qui ont commencé les guerres et les républicains qui ont éteint les feux, pas le contraire: Truman en Corée, Kennedy et Johnson au Vietnam, conflits interrompus par Eisenhower et Nixon. Cette fois-ci, c'est un républicain qui a envahi l'Irak. McCain doit donc réussir l'exercice de s'imposer en matière de sécurité puis de se démarquer des actions du président sortant.
Quant à Obama, il lui faut donner plus de substance à son discours d'ouverture et en préciser les contours. Pour McCain, le débat de politique étrangère est aussi une façon de reprendre la main après que les projecteurs aient été braqués sur les primaires démocrates et d'affaiblir son opposant présumé avant même sa nomination.
L'économie reviendra au cœur du débat, mais ce départ éclatant de la campagne sur la politique étrangère pourrait annoncer un débat captivant.
Cliquer sur l'image pour l'aggrandir.
21 mai 2008
McCain : sortie d'Irak en 2013 ?
John McCain entrevoit un retrait d'Irak en 2013. Sera-t-il le Nixon qui a libéré l'Amérique du guêpier tonkinois dans lequel l'avaient entraînée Kennedy et Johnson, s'interroge le Huffington Post dans "McCain: From McBush to Mc Nixon?".
L’article commence ainsi : « Les passes d'armes Bush-McCain face à Obama sur l'apaisement avec l'Iran pourraient cacher un début de repositionnement stratégique de McCain sur l'Irak. »
Pas encore.
Le candidat républicain adopte pour l'instant un discours de fermeté en accusant Obama de chercher avec Téhéran un apaisement qui le disqualifierait de la course au commandement en chef de novembre.
Il marque son territoire en maintenant l'alerte et en apparaissant comme le candidat le mieux placé pour traiter des questions internationales et de sécurité.
En même temps, une sortie est inévitable. McCain a soutenu le surge en 2007 précisément pour être en mesure de se retirer dans des conditions acceptables. Il oscille ainsi entre une posture faucon à la Bush et une attitude "réaliste" à la Reagan qui correspond d'ailleurs davantage à ses propres convictions.
Mais la bataille électorale exige de marquer des points et de choisir des messages simples. Son discours évoluera avec les « temps » de la campagne.
D’abord taper dur pour ensuite laisser voir sa propre stratégie et se distancer de Bush, car il ne pourra gagner sur la notion d'un 3e mandat Bush.
Comme Bush père avait pu, lui, incarner un 3e mandat Reagan...
20 mai 2008
Après Bush, McCain
Le débat de politique étrangère se poursuit. John McCain adopte une posture bushienne qui se veut dure sur les pays en marge des grands principes du système international, et souligne les faiblesses des démocrates. Cette tactique a marché par le passé, mais il n'est pas certain qu'Obama se laisse piéger.
Les prochaines semaines vont être un test de sa capacité de montrer qu'il tient tête et qu'il peut lui aussi créer le débat, sans laisser ses adversaires marquer le pas et réagir plutôt qu'ouvrir les sujets, comme a su le faire de candidat Sarkozy en 2007. L'option Obama est diablement tentante, mais à ce jour un halo d'incertitude entoure le futur candidat démocrate, alors que McCain est plus « prévisible ».
Obama avait raison de voter contre la guerre en Irak. Il a raison aujourd’hui de designer le Pakistan comme le front le plus dangereux du combat contre le terrorisme. Mais ces jours-ci les républicains ont créé le débat. C'est à lui de montrer qu'il peut en faire autant.