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22 août 2008

Lectures d'été

Avec beaucoup de retard, "La malédiction d'Edgar", de Dugain (Gallimard) - à lire, cette plongée dans les années 1950 et 1960, sur la carrière d'Edgar Hoover à la tête du FBI pendant près de 25 ans. Je retiens surtout que l'auteur démolit le mythe d'un président qui me semble largement surestimé mais qui survit par la tragédie d'une fin brutale et précoce, comme son frère peu après lui : JFK. Au passage, Bobby et le père, Joe Kennedy, en prennent aussi pour leur grade. Du reste, l'exploit qui porte le clan au pinacle, l'élection de 1960 contre le vice-président sortant, Richard Nixon, fut à un cheveu.

Nixon est évidemment un des grands présidents américains. "Nixon et le Watergate", de Claude Moisy (Hachette Littératures) - publié aux vingt ans du Watergate en 1994, fait justice à Nixon. Homme d'État comme ne le fut pas JFK, et individu complexé et mesquin dans l'exercice du pouvoir, jusqu'à perdre le contrôle des choses et se faire quasiment destituer (il démissionnera pour éviter cette suprême humiliation). Le récit de l'auteur, ancien président de l'Agence France-Presse et longtemps son correspondant à Washington, est passionnant. A lire absolument, d'autant que l'ouvrage nous épargne les traditionnelles piques journalistiques à l'endroit de ce président qui fut toujours mal-aimé par la presse (et le lui rendit bien). Là aussi une démystification et une analyse qui paraît très juste du président républicain. L'auteur souligne notamment combien Nixon avait négligé l'image par laquelle JFK avait tant séduit, et notamment celles du clan familial réuni à Cape Code, près de Boston, les hommes riches, beaux, sportifs, sans complexe, tandis que ses frères à lui étaient des encombrements. Déjà, le rôle de l'image, du paraître, dans la politique. La télévision favorisa donc Kennedy en 1960, qui remporta facilement la bataille de l'image avec ce nouveau média encore mal maîtrisé. Mais quant à la substance, Nixon fut sans conteste, le livre rend cette justice, un grand président.

"L'Amérique que nous voulons" (ou "La conscience d'un démocrate" ; Flammarion, août 2008), de l'économiste Paul Krugman, auteur et éditorialiste du New York Times et démocrate affiché. Très bon ouvrage pour comprendre les transformations économiques et politiques de l'Amérique depuis quarante ans, avec quelques réserves quant à certaines interprétations de l'auteur. Je dois signaler que mon propre ouvrage, "Après Bush", lui ressemble beaucoup. Des analyses de fond, sinon la thèse principale, se rejoignent. Cela devrait justifier que vous lisiez de temps à autres ce blog.

24 juil. 2008

Barack Obama à Berlin



Obama est très attendu. Partout se multiplient les parallèles avec JFK (John Kennedy) et son fameux « Ich bin ein Berliner » d'historique mémoire. Mais à élever à ce point les attentes, ne peut-on pas qu'être déçu ? Et au fond, qu'Obama va-t-il bien pouvoir dire qui ne sera que rhétorique ou bien démonstration destinée au seuls Américains, les seuls à décider qui succèdera à George W. Bush en janvier 2009 ?


Symbole pour symbole, la chancelière allemande a décidé que le discours n'aurait pas lieu devant la Porte de Brandebourg, haut lieu historique où le président Reagan appela Gorbatchev à abattre le Mur. Obama n'est encore qu'un candidat, et la Porte ne saurait servir de tribune électorale. Sage décision. Le discours sera donc prononcé devant la colonne de la Victoire.

Quant au contenu ? La popularité d'Obama en Europe est certes un argument pour compenser l'accusation d'inexpérience en politique étrangère, mais cela ne sera pas suffisant. Surtout, plaire trop aux Européens ne sera pas nécessairement bien perçu par tous aux États-Unis, et pourrait déterminer certains électeurs à se porter sur un McCain incarnant mieux la liberté d'action américaine, sans l'entrave d'une coopération internationale systématique et d'un multilatéralisme inefficace ; « ne le voit-on pas à l'ONU face à l'Iran ? » pourraient se dire ces électeurs-là.

Obama devra donc modérer l'internationalisme de son discours, car ce ne sont pas les Allemands mais les Américains qu'il faut convaincre. « Trop courtiser la "vieille Europe", à quoi cela sert-il ? » pourrait-on lui reprocher. Les vrais défis sont en Asie et en Irak, et là les Européens sont absents. C'est ailleurs qu'il faut aller, comme McCain, qui se soucie d'abord des troupes (qu'il a visitées plusieurs fois déjà). Bref, un succès en Europe servira incontestablement l'image d'Obama aux États-Unis, mais elle ne fera pas de lui un président.

S'agissant maintenant des Allemands, leur enthousiasme risque d'être déçu si Obama appelle à un rôle militaire plus important aux côtés des États-Unis dans cette guerre contre la terreur qu'il faut bien finir, ce qui ne sera pas fait en 16 mois (le calendrier de retrait des troupes d'Irak proposé par Obama) tant le piège afghano-pakistanais reste complexe et la situation au Moyen-Orient fragile.

Les symboles en politique sont puissants. Récupérer un peu de l'aura (exagérée) de JKF ne fera que du bien à Obama, mais les discours, et plus encore les actes en 2009 s'il gagne, risquent de ne pas être à la hauteur des attentes exprimées à Berlin.

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



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