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16 avr. 2009

Relations franco-américaines

Il fallait laisser la poussière retomber comme on dit en anglais, pour apprécier ce qu'il en serait des relations franco-américaines après la rupture engagée dans le langage politique français par le président de la République - qui lui a valu le surnom facile de "Sarko l'Américain" - et l'élection à la Maison-Blanche d'un homme dont les Français sont fans.

Le président a démystifié. Il a rappelé, notamment lors de son discours devant le Congrès en 2007, la place de l'Amérique dans l'imaginaire de beaucoup, en particulier de sa génération et des suivantes qui n'ont pas connu la guerre, comme symbole de liberté et d'avant-garde. Il a voulu casser ce réflexe antiaméricain où l'ignorance se mêle à l'idéologie, et qui est parfois viscéral en France. Comme il a voulu réconcilier les Français avec l'argent, ou plutôt avec la réussite personnelle dont l'argent est le signe extérieur, il a voulu enrayer cette tendance contradictoire ou schizophrène qui nous fait admirer et haïr les Etats-Unis. La question de l'argent a inspiré des choix malheureux, comme cette nuit passée au Fouquet's, que l'on peut raisonnablement juger déplacée, indigne d'un président à peine élu. La question américaine est associée à la précédente parce que l'Amérique est terre de réussite (land of opportunity), où la fortune est le marqueur de la réussite sociale et ouvre les portes de la reconnaissance par cette pratique toute américaine des "charities" et des dons (fiscalement déductibles) considérables aux institutions culturelles.

Je ne crois pas qu'il y eut dans cette rupture, à laquelle le facteur générationnel doit beaucoup, aucune trahison gaullienne. Cela est assez grotesque compte tenu de l'écart de situation. A l'inverse d'ailleurs, il n'y aurait aujourd'hui avec aucun président américain la fraternité qui a pu être celle liant Eisenhower et de Gaulle, que l'on retrouva causant seuls en pyjama lors d'une visite du Français à la Maison-Blanche (l'anecdote est confirmée)... On n'est pas prêt de trouver cette familiarité entre M. Sarkozy et un quelconque homologue américain, à commencer par Obama, si peu ont-ils en commun.

Il reste que l'effort de réhabilitation de l'Amérique était bienvenu. Bien compris d'une partie de l'électorat de droite, plus aisé, plus familier des Etats-Unis, celui des familles privilégiées dont les enfants font des voyages linguistiques outre-Atlantique, cet effort s'adressait à l'ensemble des Français, pour les sortir de leurs habitudes, pour rompre avec la méfiance qui habite leur approche des USA.
Il ne signifiait pas qu'il fallait être naïf, car les Américains savant être féroces lorsque leurs intérêts sont en jeu, mais qu'il fallait en finir avec l'antiaméricanisme. Perdre notre complexe de supériorité, et se défaire aussi d'un complexe inverse dans un monde où s'imposait un nouveau schéma encore à napitre de coopération élargie à d'autres puissances émergentes ou réémergentes - ce que la crise vient d'imposer avec le G20 et le rôle nouveau de la Chine.

La phase 1 de cette "réinvention" franco-américaine accomplie avec l'énergie qui caractérise le nouveau président français, renforcée par le choix des Etats-Unis pour ses premières vacances d'été comme chef de l'Etat (la visite à Kennebunkport, Maine, dans la maison familiale des Bush, ne fut pas le volet le plus heureux de l'affaire), il restait à attendre l'alternance à Washington.

McCain était bien parti, mais la crise en a décidé autrement - cela d'ailleurs était incontestablement préférable. Coup de tonnerre: un démocrate quadragénaire, pur comme neige, et métisse. L'Europe était en joie et, chose étonnante, nos banlieues à l'unisson du reste de la population - pas pour les mêmes raisons sans doute, la preuve en furent les sottises irréfléchies sur "à quand un Obama en France?".

Ce mois-ci donc, Obama est venu en France, à l'occasion d'un rendez-vous d'autant plus symbolique du changement des relations franco-américaines qu'il s'agissait de l'OTAN, dont la France venait de réintégrer le commandant militaire - on a pu réentendre parler de 1966, du général, et des platitudes d'usage sur l'amitié franco-US, La Fayette, etc.

Le résultat? Peu de choses. L'Europe et avec elle la France n'évoquent rien pour Obama. Celui-ci a par ailleurs dû assister à Prague (sommet UE-US) aux bizarreries de la Construction européenne et à la cohabitation de strates différenciées du pouvoir européen, Conseil et Commission, pour une absence très claire de soutien militaire en Afghanistan. L'économie? Le G20 de Londres venait de se tenir, et LA relation importante fut évidemment celle entre Hu et Obama, avec une petite mention pour le tête-à-tête Obama-Medvevev. Au-delà des assommants discours, y eut-il durant ces journées quoi que ce fut de nouveau, de significatif dans le franco-américain? Des nèfles.

Mais il n'y a pas de quoi s'en offusquer. Outre que l'assymétrie entre les deux nations est évidente et que seul un groupe de pays européens peut parler sérieusement d'égal à égal avec les Etats-Unis, nousn sommes d'accord sur l'essentiel car nous nous abreuvons aux mêmes principes, celui de l'état de droit et du libre marché. Il existe évidemment des divergences, et des absences (les Etats-Unis portent seuls la responsabilité de maintenir la stabilité en Asie Pacifique), mais l'Europe n'est pas un enjeu. Tout va bien en Europe, à l'exception de la relation russe qui mériterait un effort de concertation plus volontaire, tout en prenant compte du fait, c'est ainsi, que son amour propre exige que la Russie puisse parler sur le même pied avec l'Amérique, comme au temps de l'URSS. Même si c'est une illusion, cela ne coûte rien de l'entretenir, pourvu que l'on fasse avancer le schmilblik - sécurité énergétique européenne, modernisation de l'économie russe, stabilité en Caucase, prolifération, pourparlers sur la Corée du Nord, Iran, etc.

Pas de gratitude quelconque donc, pour une France qui a rompu avec de vieux réflexes irritants pour les Etats-Unis. Pas de grand-messe transatlantique non plus, tant ce qui importe est un effort de pensée stratégique qui donne un deuxième souffle à l'Alliance. Devant les défis du jour, l'assise incomparable des relations euro-américaines est d'une grande importance, aussi importante que sont dérisoires les attentes d'une distinction de tel ou tel parmi les alliés de toujours, France et Angleterre, ou de l'allié incontournable de l'ordre post-Seconde guerre, l'Allemagne.

L'Europe ne peut peser que si elle apporte des élements de réponse aux défis qu'il revient à l'Amérique de gérer, le terrorisme bien sûr, et surtout l'Asie.

L'Europe n'est pas un théâtre de lignes de front. Si le XXe siècle fut celui de l'Amérique, il fut surtout le siècle transatlantique, et plutôt que celui de la Chine, le XXI siècle sera celui de l'Amérasie. L'Europe ne peut donc qu'être en lisière, et c'est vers l'Asie que la France doit s'investir. Il suffit d'observeer son commerce extérieur pour appréhender l'ampleur de la tâche.

Obama a grandi en Indonésie et dans le Pacifique. La France, l'Europe, c'est de l'histoire et des alliés sur lesquels il ne peut pas vraiment compter car ils n'ont guère de moyens. Etre inventif, créer des lignes d'action nouvelles avec des pays jusqu'ici absents de l'écran radar, particulièrement de notre écran radar français, c'est cela qui compte. L'Indonésie est un bon exemple.
La France n'a pas besoin d'être l'Amérique pour s'intéresser à ces pays intermédiaires, pour construire une stratégie d'ancrage commercial et culturel. Elle a raté le coche des pays est-européens, et singulièrement de la Pologne pour renouveler son influence. Les relations franco-américaines, cela nous fait plaisir mais il vaudrait mieux se distinguer par des actions nouvelles dans des régions trop peu explorées, comme Obama le fait en commandant à sa secrétaire d'Etat de réserver sa première visite non seulement à l'Asie et non plus à l'Europe, mais à l'Indonésie avant que de se rendre chez les Grands du Nord-Est, Japon, Chine, Corée.

Si elles s'inscrivent dans le contexte amérasiatique, les relations franco-américaines prendront un sens nouveau. Cela peut déconcerter, mais cela veut dire que la France peut favoriser la réinvention de l'alliance euro-américaine dans son ensemble, en faisant une part plus large aux enjeux de l'Asie Pacifique.

18 févr. 2009

La victoire de Tom Hanks...

"La guerre selon Charlie Wilson", excellente production de Tom l'acteur Hanks, revient en mémoire à l'occasion des décisions du président Obama sur le front du terrorisme.

Comme prévu, la priorité est donnée à l'Afghanistan et au Pakistan, qui font l'objet d'une révision de la stratégie américaine. D'ores et déjà des renforts de 17000 hommes seront redéployés sur le front afghan et autant pourraient être transférés dans les mois à venir.

Fidèle à son analyse de la question terroriste, Obama engage les USA sur le front qui fut depuis 2001 à l'origine du mal, et qui cache le sujet le plus diabolique pour la diplomatie américaine, l'avenir du régime pakistanais. Voilà donc en quelque sorte l'Amérique revenue à une guerre juste.

Cependant, si l'opinion internationale, et notamment européenne, approuvera cette réorientation, les demandes qui l'accompagnent vont tendre les relations euro-américaines. L'Europe n'est pas prête à envoyer plus de troupes en Afghanistan comme le demande Obama.

C'est là le coeur du dilemme européen: prétendre peser davantage et rendre à l'alliance transatlantique tout son sens, tout en refusant d'y mettre les moyens. La lune de miel entre Obama et les Européens se heurtera invariablement à cette réalité.

Et au fond, faut-il oui ou non s'engager sur le front afghan contre les Talibans et al-Qaida?
Oui car combattre les réseaux terroristes par une intervention armée au pays de Massoud est nécessaire. Sur le long terme, la transformation de l'Afghanistan est toutefois douteuse. Jusqu'où s'arrêter? Il faut donc bien des objectifs précis pour savoir quand prend fin l'engagement.
Non car l'Afghanistan est ingagnable et beaucoup a déjà été fait. Il faudrait se concentrer maintenant sur le Pakistan.

Les deux approches se discutent. Le certain est que le Pakistan est l'objectif de long terme le plus cohérent, mais il est le plus difficile. Un soutien aux USA pour circonscrire la capacité de nuisance du Pakistan et favoriser la stabilisation politique et oeuvrer à la paix avec l'Inde, voilà un axe essentiel et durable qui pourrait définir la coopération euro-américaine en Asie du Sud (selon la classification américaine).

Le rôle de l'Europe dans l'action de l'OTAN en Afghanistan sera sujet à de vives discussions, mais une offre politique de long terme sur le dossier pakistanais est de l'ordre du possible pour les Européens. Il y a là matière à un vrai renouvellement.

25 juil. 2007

Obama's European tour

Barack Obama delivered a much-awaited speech before the Column of Victory in berlin yesterday - nia wise decision, the German Chancellor dismissed the idea to have the speech given under the Brandeburg Gate, which is too high a symbol where only Presidents have addressed the Berlin people, JFK and Ronald Reagan.

The European press did not help Obama when it reminded the opinion of the youthful JFK's "Ich bin ein Berliner" of all memories, because that raised expectations tremendously in a country whose opinion is massively in favour of Obama.

Obama's visit in Germany was disappointing and that was to be expected. The situation is no way as dramatic as it was in 1961 when the berlin Wall was being built by the Soviets and the city divided, and so Obama could have hardly matched the emotion despite its widely recognized eloquence - which he proved time and again. As it turned out, his speech did not read such golden line as JFK's or Reagan's "Mr Gorbachev tear down this wall" that still resonates in German ears.

Obama's speech was eloquent nonetheless, evoking freedom and the great history of Euro-American relations over the past sixty years. There was a Reaganian accent to it, of optimism, confidence, and faith in freedom. It was, in short, an plainly American speech. The second part was somewhat a full bag of good intentions with a tag on it reading Obama the juvenile, however.

And indeed the specifics were short. Vagueness is acceptable, but then a catch-phrase must make for it. Or else a bold proposal. None of that was in for the Euros.

As a matter of fact, Obama is campaigning for US President and only Americans will decide who succeeds "W" in January. So Obama could not alienate some US voters by looking too Europhile or too multilateralist when it is America that is doing the job in Iraq and in Afhanistan for the most part. In the end, some Americans may think that Obama is too different after all and that he should seek making friends at home rather than hanging with Old Europeans.

Similarly, calls for more European efforts in the war on terror would not have gone down very well, and so the future Democratic candidate remained somewhat elliptic on that. Giving rise to fierce reactions from Euros unhappy about calls for more defnse spending and more troops would have clouded Obama's reputation-in the making on foreign affairs.

All in all, the mission is accomplished. Obama's profile was raised by his tour in the Middle East and Europe, but the German speech will not be remembered for long.

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



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