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9 sept. 2008

Gingrich à propos de Palin, le Congrès, l'avenir des républicains

Newt Gingrich, ancien Speaker de la Chambre des représentants et portevoix de la conquête conservatrice du Congrès en 1994, a récemment fait quelques observations intéressantes sur C-Span, le canal parlementaire américain.

- Obama a commis une erreur en ne choisissant pas Hillary Clinton. Celle-ci aurait rendu le ticket démocrate imbattable. Selon Gingrich, Obama aurait craint de s'entourer de poids lourds et anciens opposants dans son cabinet, comme Bill Clinton le fit en 1993. Serait-ce alors que le candidat démocrate manquerait de confiance en lui-même ?

- Gingrich défend Palin, qui aurait selon lui une réelle expérience militaire comme Chef de la garde nationale alaskienne. Beaucoup de soldats stationnés en Irak sont issus des gardes nationales des États et en effet, Palin s'est rendue auprès des troupes américaines sur le front, contrairement à Obama qui ne le fit que durant la campagne. Selon Gingrich, Palin a la bonne "attitude" et les bonnes valeurs pour devenir Commandant en chef.



Les faits et l'aisance de Sarah Palin face aux militaires sont réels, mais les arguments de Gingrich suffisent-ils a dire que Palin est à la hauteur? C'est douteux.

- Gingrich a une formule qui fait mouche à propos de ce que j'ai déjà pu évoquer: "elle n'a pas de problème à ne pas se sentir citoyenne du monde" dit-il, soulignant qu'Obama reste un intellectuel détaché des préoccupations des Américains ordinaires. Je pense aussi que beaucoup d'américains pourront plus facilement s'identifier a Palin qu'à Obama, et que pour cette raison les républicains devraient l'emporter en novembre.



Faire de la politique autrement reste le maître-mot de cette élection. Les indépendants tiennent probablement la clé du scrutin de novembre. McCain ayant auprès de ceux-ci une réputation de républicain rebelle, ses chances sont d'autant plus sérieuses que cette réputation s'adosse à des projets de loi et des positions tandis qu'Obama ne peut se prévaloir que d'un discours, certes post-partisan.

Autre nouvelle de la rentrée américaine, le Congrès reprend sa session: l'humeur très anti-parlementaire risque d'être regonflée par un Congrès taxé d'être un "do-nothing Congress", étant donné que les élections approchant, les élus ne pourront, ni ne voudront, faire grand chose. Le mécontentement des Américains sera d'autant plus grand que le prix de l'essence reste une préoccupation majeure et que le Congrès peut difficilement agir aujourd'hui.

J'ai souvent mentionné Theodore Roosevelt, le président républicain qui inventa le progressisme et dont les initiatives préfigurèrent le New Deal de Franklin Roosevelt. Teddy Roosevelt (TR) est le modèle de McCain. Le parti progressiste de TR s'appelait le Bull Moose, c'est-a-dire l'élan. Est-ce prémonitoire que la colistière de McCain soit issue du pays des caribous? C'est en tout cas une ironie qui sera peut-être bientôt historique... Gingrich a un mot assez dur pour la chasseresse de caribous: elle ressemble a une femme...

Plus sérieusement, le parti républicain doit se réinventer car la présidence Bush est le point haut et ultime du cycle conservateur de la politique américaine, et je suis convaincu que son succès futur passe par des chemins qui ressemblent à ceux ouverts par TR, soit un conservatisme ouvert et innovant. McCain l'électron libre en est-il capable ?

4 sept. 2008

Palin joue son rôle

Sarah Palin a prononcé son discours à la convention républicaine de St Paul Minneapolis. Un discours classique, sans grand panache mais qui attaque Obama durement, non sur son inexpérience mais sur l'absence d'accomplissement. C'est en effet une grande différence entre Palin et Obama-Biden. Comme gouverneur, celle-ci doit gérer quotidiennement des problèmes et prendre des décisions alors qu'un sénateur est détaché de ces contingences. Ce sera un argument que l'on entendra encore dans les deux mois qui nous séparent du scrutin.



L'intervention de Palin appelle plusieurs commentaires :

  • la gouverneur s'est bien tirée de l'affaire de la grossesse. Il m'a semblé que, bien expliquée, cette nouvelle pouvait non être défavorable mais au contraire favorable au ticket républicain, car beaucoup d'Américains, quelle que soit leur opinion politique, pourraient constater que la famille Palin fait face en mettant en pratique les principes affichés. D'une certain façon, l'affaire a été un exercice en direct de réconciliation des actes et du discours et a montré que les dirigeants les plus importants du pays pouvaient être exposés aux mêmes problèmes que les Américains ordinaires.

    Dans un pays où l'honnêteté est à ce point révérée comme vertu politique, autour de notions de bien et de mal simplifiées, l'authenticité est un véritable atout.

  • le discours de McCain ce soir est très attendu car ce sera un exercice d'équilibriste très serré, on y reviendra, qui pourra compenser aussi le manque de charisme de sa colistière. Palin n'est pas une oratrice, ce qui est d'autant plus évident que son discours ressemblait à une série de slogans anti-démocrates devant un auditoire acquis. Tout ceci manquait d'allure, même si elle n'a pas démérité. En un mot, il faudra s'étoffer avant d'affronter Joe Biden en duel.

  • Palin incarne, beaucoup plus que McCain, la continuité. L'Amérique traditionnelle, ancrée autour des valeurs exacerbées par Bush en 2004, est parfaitement représentée par sa candidature. Ce pourra être un argument pour les démocrates, qui veulent caricaturer la présidence McCain en 3e mandat Bush, mais l'on sait bien qu'un vice-président n'a qu'un rôle largement secondaire, et donc au fond c'est l'attractivité électorale de Palin qui seule compte. Pour cela aussi, elle remplit bien son rôle.

En bref, la convention progresse malgré les obstacles qu'ont représentés l'ouragan et l'annonce de la grossesse. Les républicains ne s'en tirent pas mal jusqu'ici.

Pas de quoi être enthousiasmé par ce ticket, mais je maintiens qu'il reste plus représentatif que le ticket démocrate.

2 sept. 2008

L'"affaire" Palin, piège ou aubaine ?

Une des filles de Sarah Palin, Bristol, 17 ans, est enceinte. Conformément aux convictions familiales, elle accouchera et épousera le père: pas d'avortement.
Cette affaire, qui est venue se substituer à l'ouragan Gustav comme la tempête imprévue du script de l'investiture républicaine, est-elle une catastrophe? Il est trop tôt pour le dire sans plus d'information sur la vie plus mouvementée que l'on pensait de la gouverneur de l'Alaska.



La nouvelle pourrait cependant avoir des effets bénéfiques sur la campagne et, plutôt que d'ajouter aux légitimes interrogations sur le choix de McCain, convaincre certains électeurs de se porter sur le ticket McCain-Palin. Une femme devant faire face à une grossesse précoce de sa fille et qui reste fidèle à ses principes malgré l'embarras que peut causer à une famille pareille situation, beaucoup d'Américains pourront se reconnaître, compatir ou accepter. Et surtout beaucoup d'Américaines...

Les conséquences de la nouvelle de la grossesse de Bristol Palin demeurent, à ce stade, potentiellement bénéfiques pour la campagne. Cela pourrait "humaniser" le ticket républicain et rendre secondaires dans les esprits les critiques sur l'inexpérience du gouverneur.

31 août 2008

McCain-Palin : à l'image de l'Amérique de toujours

En choisissant Sarah Palin, John McCain semble laisser reparaître sa vraie nature, celle de l'affranchi, de l'électron libre, qui surprend et prend des risques (notamment car une procédure judiciaire à l'encontre de Palin est en cours pour abus de pouvoir). Par ce choix, McCain évince aussi d'un coup l'image de la vieille baderne que l'on pourrait associer à sa chevelure de senior.



Le nom de Palin était dans l'air, mais elle n'était clairement pas en tête de liste. McCain a eu l'avantage de laisser Obama dévoiler le nom de son colistier avant de se prononcer. Le choix est donc d'autant plus réfléchi. On attendait Mitt Romney, candidat malheureux aux primaires mais qui fit néanmoins une campagne très honorable, ou Tom Ridge, l'ancien gouverneur de Pennsylvanie et ancien secrétaire à la Sécurité intérieure (Homeland Security).

J'avais écrit que McCain cherchait Obama et Obama cherchait McCain. Avec Biden, Obama a trouvé son McCain, mais en choisissant Palin, McCain s'offre un peu son Hillary...

En apparence, le parallèle tourne cependant court car Palin est un gage à l'aile franchement conservatrice du parti alors que Clinton s'est forgé une conscience politique dans les années de la Contestation et vient de la gauche. De plus, l'Alaskienne n'a pas l'expérience de la sénatrice de New York.

En apparence seulement car beaucoup de femmes pourront s'identifier, se reconnaître dans Palin. Mère de famille, faisant face, réussissant dans un monde d'hommes, en particulier dans la vie politique corrompue de l'Alaska, bref une battante, belle et sportive, qui, contrairement à Hillary, porte avec sincérité les valeurs familiales. Cela ne suffira peut-être pas à rallier les électrices démocrates déçues par l'échec de leur héroïne, mais cela pourra sûrement gagner les anciens "Reagan Democrats", c'est-à-dire les démocrates qui votèrent pour Reagan en 1980.

Palin est ce que l'on appelle une "soccer mom", une maman qui accompagne ses fils au football américain - l'expression raisonne très bien dans les foyers (à cette nuance qu'étant alaskienne elle est une "hockey mom" - chacun son sport régional de prédilection).

Anti-avortement
, membre de la puissante association des porteurs d'armes longtemps présidée par Charlton Heston, Palin incarne l'Amérique traditionnelle qui ignore la frontière partisane entre républicains et démocrates.

Palin est sûrement plus représentative en tout cas que Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, venue de San Francisco, probablement la seule femme élégante du Congrès qui, pour être donc "libérale", est l'épouse d'un homme très fortuné alors que Palin est celle d'un travailleur syndiqué...

On pourra certes lui faire le procès de l'inexpérience. Elle est, comme le dit la chanson de Bowie, une "absolute beginner".

Mais attention à l'effet boomerang - Obama a le même âge qu'elle et relativement peu d'expérience politique non plus. En outre, comme gouverneur, Palin dirige effectivement un Etat, tandis qu'un sénateur fait surtout des discours. Tout en étant résolument conservatrice, Palin a plutôt dirigé l'Alaska contre son parti et en sachant s'entendre avec l'opposition démocrate, ce qui tempère quelque peu l'image extrême que l'on pourrait lui associer.

Elle s'est aussi, comme McCain, levée contre les pratiques corrompues de l'État, y compris la gabegie financière qui voit les parlementaires allouer des fonds à des projets d'intérêt strictement local et contestable, comme le "pont vers nulle part" devenu un symbole de l'incurie d'un Congrès qui rivalise d'impopularité avec le président Bush.

Le choix de Palin est donc surtout un message intérieur, et c'est bien le rôle du colistier que d'apporter un équilibre géographique et électoral. McCain, le "maverick" en mal de légitimité républicaine, a choisi un candidat qui rassure une vaste base conservatrice, des plus militants aux plus ouverts, et c'est une femme.

Un éditorial du Washington Post soulignait à raison que John McCain aurait dû se demander si Sarah Palin était capable de le suppléer en cas d'accident plutôt que de l'aider à remporter l'élection. Palin présidente, cela donne sérieusement à réfléchir.
Pourtant, que penser par exemple de Dan Quayle, qui fut vice-président de G. H. W. Bush entre 1988 et 1992 (sans parler de Bill Clinton ou George W. Bush, qui n'étaient pas des monstres politiques avant d'accéder à la Maison-Blanche)? L'argument n'est pas déplacé, mais c'est bien gagner l'élection qui compte.

En Europe, l'ascension de Sarah Palin soulèverait plutôt de franches réserves. Mais on est en Amérique, et c'est pourquoi le choix de McCain paraît, au total, judicieux.
Le fils aîné de Palin porte l'uniforme en Irak, ce qui coupe court à bien des critiques, car d'accord ou pas avec cette guerre, on ne peut que rendre hommage.
Je pense donc qu'avec Palin McCain a pris une sérieuse option sur la victoire - indépendamment de ce qui peut arriver d'ici là, notamment un débat face à Joe Biden où elle échouerait lamentablement (mais là encore, on vote pour le président, pas pour le colistier).



Les démocrates diront le contraire, mais ce ticket quelque peu insolite me paraît ressembler à l'Amérique qui votera, en secret et en conscience, le 4 novembre, plus que la paire démocrate, aussi séduisante soit-elle, convenons-en.

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



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