Une question revient très souvent: à quoi ressemblera la politique étrangère américaine en 2009?
McCain semble conserver dans ses idées une veine néoconservatrice et une propension à agir selon un schéma qui privilégie les principes, tandis qu'Obama, sans renier les fondements de la démocratie américaine et la force de l'exemple auquel elle prétend, paraît plus sensible aux réalités internationales. Cette approche n'est pas fausse mais elle ne correspond sans doute pas pleinement à ce que l'on peut attendre en janvier 2009.
McCain a montré récemment qu'il prenait aussi en compte - comme Reagan - le besoin de communiquer avec l'adversaire, tandis qu'Obama, connu pour s'êtr déclaré prêt à rencontre Ahmadinejad sans condition, se veut dur sur le nucléaire iranien même civil et n'hésite pas à déclarer vouloir lancer des opérations militaires depuis le territoire pakistanais.
Les deux candidats se sont entourés de conseillers divers, certains portés à l'idéalisme militant comme les néoconservateurs, d'autres plus attentifs aux rapports de force et à la faisabilité des politiques à conduire.
La réalité est que le président quel qu'il soit sera probablement différent du candidat, mis devant la responsabilité du décideur qu'il sera devenu. Chacun, Obama et McCain, sera capable de faire preuve d'un réflexe idéaliste selon une lecture américaine du monde où l'exemple, y compris par le moyen de la force, reste un ressort puissant, que ce soit pour combattre la prolifération ou promouvoir les droits de l'homme. Chacun sera aussi en mesure, en particulier après Bush, de mesurer son action.
Les noms qui circulent illustrent la diversité des influences (les démocrates Tony Lake et Madelein Albright, Lee Hamilton et Bill Richardson, les républicains Richard Lugar et Chuck Hagel, Susan Rice côté Obama, les néocons Lieberman (ancien démocrate) et Kagan, mais aussi Henry Kissinger côté McCain) - même si les néoconservateurs qui restent sont chez McCain. Mais rappelons-nous Clinton et le réflexe unilatéraliste de sa politique, laquelle n'effraie pas Joe Biden.
La leçon? Les Européens ne doivent tout attendre de l'Amérique, ils doivent avoir quelque chose à lui proposer, comme l'a fait la présidence française de l'UE sur la Géorgie et la crise bancaire, sinon même Obama devra agir seul, selon les intérêts natioanux américains.
31 oct. 2008
Politique étrangère américaine
23 juil. 2008
Bataille de mots
La campagne de John McCain souligne les supposées contradictions d'Obama sur le statut de Jérusalem, où le démocrate est en visite officielle, dénonçant son retour sur ses propres propos selon lesquels la Ville sainte doit être la capitale unifiée d'Israël, et que le destin de Jérusalem sera l'objet de négociations entre les parties concernées.
Bataille de mots. Comme sur le port d'arme ou l'interdiction du mariage homosexuel, les candidats doivent s'adapter à leur audience, rien de plus. L'insistance de la campagne de McCain sur les formulations des adversaires n'élève pas le débat. Ça tourne en rond. Or, si le républicain garde l'avantage en matière de politique extérieure et de sécurité, le démocrate se défend bien sur ce terrain, en dépit d'un manque d'expérience qui restera un reproche majeur.
Quelle leçon tirer de ces escarmouches et de la visite d'Obama en Israël ? D'une part, que le poids de la question israélienne dans la politique intérieure américaine est considérable et le restera. D'autre part, que pour cette même raison, il n'y a guère à attendre quant à un ajustement de la politique des Etats-Unis sur ce dossier même en cas de victoire - souhaitable - d'Obama. Si McCain est élu, ce qui me paraît le plus probable, il est à craindre que son indépendance d'esprit n'aille pas jusqu'à remettre en cause les fondamentaux de la politique bushienne vis-à-vis du conflit du Proche-Orient. Surtout s'il s'entoure des ineffables Lieberman et Giuilani au département d'Etat et au Pentagone, comme cela est parfois évoqué.
31 mai 2008
Encore Lieberman ? La politique étrangère du président McCain, réaliste ou faucon ?
Les sénateurs John McCain et Joe Lieberman ont cosigné un article d'opinion, paru dans le Straits Times de Singapour, sur la politique américaine en Asie du Nord, soutenant le renforcement de l'alliance nippo-américaine comme l'axe essentiel de cette politique.
Leur intervention est classique, et du point de vue des relations avec le Japon, l'administration Bush n'a pas rompu avec les précédentes administrations. Les relations ont même atteint un sommet avec Bush et Koizumi.
Ce qui est à noter, c'est que Joseph Lieberman a cosigné avec McCain, signe que son influence, regrettable sur d'autres sujets qui appellent une profonde réorientation, et notamment le Moyen-Orient, s'impose.
On peut toujours parler de désarmement, mais avec un Lieberman à la barre, ayant l'oreille d'un président McCain assez sanguin, le leadership américain ne sera pas restauré dans les meilleures conditions, même si McCain entend faire des efforts avec la Russie.
30 mai 2008
McCain sur le nucléaire : « Comme le président Reagan »
John McCain a établi les grandes lignes de sa politique en matière nucléaire.
McCain se dit favorable à une réduction de l'arsenal nucléaire, à la poursuite des accords START négociés par Nixon avec l'URSS et à la politique reaganienne de réduction des armements, avec la perspective d'une élimination totale des missiles déployés en Europe.
McCain négociera un accord avec la Russie sur le système antimissile que les Etats-Unis veulent installer et se dit favorable à un dialogue avec la Chine sur le nucléaire.
Il se dit déterminé à renforcer les institutions internationales comme l'AIEA ou le Traité de Non-Prolifération et à permettre le développement contrôlé du nucléaire civil sur la base d'un accord avec les autres puissances, en particulier la Chine et la Russie, avec des structures d'enrichissement de l'uranium sous contrôle international. Il est aussi favorable à la ratification de l'accord d'interdiction des essais (CTBT).
En bref, McCain renoue, pour l'essentiel, avec la politique traditionnelle et se place dans la continuation de Ronald Reagan, âge d'or et figure révérée d'un parti républicain ébranlé par Bush Jr.
Prudence, coopération, désarmement. Mais les déclarations de campagne sont une chose et la politique conduite en sont une autre : qui se souvient de la politique étrangère « humble » que devait conduire un Bush Jr peu intéressé par la marche du monde ?
26 mai 2008
Derrière la confusion de McCain, le danger Lieberman
John McCain attaque Barack Obama en soulignant qu'une rencontre avec le président iranien sans précondition serait naïf et traduirait un défaut de stratégie.
McCain a lui-même fait aveu de naïveté en assénant que la situation s'améliorait nettement pour les Américains en Irak lors d'un voyage au Moyen-Orient en début d'année. Dans la vidéo ci-dessus, il confond les Iraniens et al-Qaïda. Mais ce n'est pas la gaffe qui est le plus gênant ici. Le plus inquiétant est la présence à ses côtés de son complice Joe Lieberman, ancien démocrate devenu indépendant, sénateur du Connecticut, faucon favorable à l'invasion de l'Irak et brebis noire du parti démocrate.
VIDEO : "Oh, I mean the Iranians are training extremists, not al-Qaeda" (John McCain, 18 mars 2008, Jordanie) - Confusion Sunnites/Chiites
Si Lieberman devait devenir secrétaire d'Etat du président McCain, les Etats-Unis persisteraient dans leur erreur de reformatage et de démocratisation du monde arabe, d'alliance inconditionnelle avec un Etat hébreu qui glisse vers le militarisme et une conception ethnique de son identité, et avec une approche culturelle exacerbée des relations internationales. Il est à souhaiter que la politique étrangère de McCain et ses tendances bellicistes ne soient pas encouragées en ce sens par Joe Lieberman.
Joe Lieberman
Mieux vaudrait, si le prochain secrétaire d'Etat devait être démocrate, un Joe Biden, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat. Beaucoup plus posé et moins idéologique que l'autre Joe, il pourrait être le secrétaire d'Etat d'Obama. Ce couple-là serait nettement plus rassurant que le précédent...