Dans son discours sur l'état de l'Union de janvier 2006, George W. Bush avait évoqué la compétitivité américaine comme un des axes de sa politique. Il reste que le désastre de Katrina en 2005 et l'effondrement d'un pont traversant le Mississppi à Minneapolis, Minnesota, en 2007, ont dramatiquement révélé le besoin d'investissements dans les infrastructures du pays, ce qui valait aussi pour le système éducatif.
Ces investissements, dont la plupart sont toutefois à l'initiative des Etats, auraient pu être réalisés dès les années 1990. Les années 2000 ont exposé les défaillances du système américain et l'effet de ciseau budgétaire, en quelque sorte, provoqué par un déficit dû à une guerre d'Irak désormais rejetée par une majorité d'Américains et l'évidence de besoins d'investissements à l'intérieur - y compris pour la transformation d'industries traditionnelles comme l'automobile que de nombreux élus se refusent à renflouer.
Comme le soulignait ce week-end Larry Summers, futur Conseiller économique national et ancien président d'Harvard, c'est moins la relance de la consommation que les investissements de long terme que l'administration Obama privilégiera avec son plan de relance et de modernisation. On sait que les intentions sont rarement réalisées pleinement, cependant la préparation de l'équipe de transition et la qualité des hommes qui la composent officiellement et pro bono,
laissent penser que la présidence qui s'ouvrira dans trois semaines saura engager des réformes structurelles pour permettre à l'économie américaine de se redresser et de renouer avec un cycle long de croissance après 2010.
Obama doit jouer sur le long terme et remise en perspective, sa présidence, dont on peut penser qu'elle durera huit ans, pourrait être décisive.
31 déc. 2008
Obama doit jouer sur le long terme
24 déc. 2008
Pas de confiture à Noël pour Washington
Joe Biden, le vice-président élu, est connu pour son sens des formules. Le plan de relance ne doit pas "devenir un arbre de Noël" a-t-il déclaré, prévenant qu'il n'y aurait pas de place pour les "earmarks", ces allocations spécifiques de fonds qui servent des projets d'intérêt local parfois au détriment du bon sens, et dont John McCain est connu, lui, pour être un farouche adversaire.
En d'autres termes, les parlementaires ne doivent pas s'attendre à pouvoir mettre la main dans le pot de confiture pour détourner des fonds fédéraux à usage local. Parole de vieux routier sénatorial, croix de bois croix de fer, il n'y aura pas de "business as usual" au Capitol... Pour un pilier du Sénat, en effet, l'avertissement a de quoi faire sourire, mais peut-être que la nouvelle majorité démocrate du 111e Congrès qui entrera en fonction le 20 janvier, saura résister aux tentations. L'idée que Caroline Kennedy, fille de JFK, succède à Hillary Clinton au poste de sénateur de NY montre que, tout de même, certaines pratiques ne sont pas prêtes de disparaître... Après le fils Bush, la fille Kennedy, alors qu'oncle Ted siège toujours pour le Massachusets. On se demande comment les Américains n'en ont pas marre.
Plus important sans doute est le débat qui se déroule aux Etats-Unis sur le bien fondé de la relance à hauteur d'un trillion de dollars, qui s'ajoute aux 700 milliards du plan Paulson. Beaucoup renâclent au parti républicain, qui ont déjà échouer le plan auto du gouvernement et qui demandent si les fonds du plan Paulson ont produit quelque effet.
Faut-il sauver l'industrie automobile en l'état? Pas sûr qu'ils aient tort de refuser des dépenses dont le bon usage ne les convainc pas. Quant à l'industrie en question, symbole américain, elle est aussi le symbole de la reconversion nécessaire de l'économie et du mode de vie américains. Non que les Etats-Unis doivent se passer d'autos, mais adopter de nouveaux standards - il en a déjà beaucoup été question, notamment en matière de normes d'émission de Co2 au kilomètre - et repenser les transports (cela est plus vrai encore en Europe, car la voiture en ville, cela devient de plus en plus dépassé) s'imposent comme des exigences du futur que seule une crise profonde peurt déterminer. Rappelons que GM a abandonné ses Hummers, ce qui fut un signe important d'un changement de pratique.
Les républicains, qui doivent se soumettre à un exercice de réinvention, ont avec la crise et les discussions sur l'intervention de l'Etat, une occasion d'afficher un discours politique épuisé par les huit années Bush, et aussi une occasion de s'en distancer. Car il y aurait un trait d'union économique entre Bush et Obama, c'est le déficit. Bush l'a creusé pour de mauvaises raisons, avec des baisses d'impôt dont l'équivalent aurait pu être investi, au moins pour partie, dans des investissements publics aujourd'hui au goût du jour (éducation, recherche, infrastructures), et avec la guerre d'Irak. Obama est contraint par les événements et par des tendances de fonds négligées par l'administration sortante (pouvoir d'achat des classes moyennes, emploi, déclassement sur le marché du travail, etc.).
Certaines requêtes, comme celle des détaillants du commerce qui demandent 25 milliards de remise sur la TVA, que l'Etat fédéral paierait aux Etats fédérés qui perçoivent cet impôt, aurait-elles un effet déterminant - comme la baisse de la TVA décrétée au Royaume-Uni?
Bien sûr, on partagera l'avis de Larry Summers: l'Etat doit intervenir pour éviter la plus grave récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais les préventions de principe sur le gaspillage de sommes colossales et la justification de l'action publique, et les questionnements sur le bon usage des fonds dont devra décider le 111e Congrès en janvier, sont parfaitement acceptables. Miné par Katrina, le parti républicain a là de quoi reformuler un message crédible et reconstruire un avenir politique.
Le déficit existant ne favorise pas l'économie américaine et la perspective de nouveaux déficits, alors que la Fed a dû baisser ses taux à zéro pour tenter de relancer le crédit, impose à l'opposition de suivre de près les fonds alloués pour éviter, comme le dit Joe Biden, que le plan de relance (que le président Obama obtiendra) ne devienne un arbre de Noël.