| Articles en français | Posts in English | Abonnement | Liens |


Affichage des articles dont le libellé est John McCain. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est John McCain. Afficher tous les articles

24 nov. 2008

Le prochain Roosevelt

La presse américaine ne parle que de Franklin Delanoe Roosevelt (FDR). Le président élu Obama ayant déclaré relire une biographie de l'icône démocrate, les comparaisons se multiplient après celles avec Kennedy (JFK), ainsi qu'en témoigne Time magazine de la semaine dernière.


Cette ombre de Roosevelt, Politique Américaine en a fait un thème central dès le printemps dernier pour son numéro d'été-automne. FDR est le sauveur du capitalisme américain. Si le mot est inconvenant aux Etats-Unis, il a été le fondateur de la social-démocratie américaine. Sa grande réussite fut l'intervention de l'Etat par les instruments de protection sociale aujourd'hui au coeur des inquiétudes, un grand compromis social et économique par lequel les grandes entreprises et des syndicats puissants régissaient le partage des richesses par des négociations collectives, et enfin l'émergence d'une classe moyenne de propriétaires. Tout ceci est mis à mal par un capitalisme financier qui échappe à l'encadrement de la puissance publique, voire à ses propres acteurs.

L'élection de Barack Obama en pleine crise rejouerait en gros le scénario de 1932, et sa mission première est donc de forger un nouvel équilibre entre Etat et marché. Au passage, la couleur de la peau du président n'a, à cette aune, qu'une importance très secondaire, signe que la question raciale est largement apaisée aux Etats-Unis. L'élection d'Obama marque cette évolution, elle n'est pas son point de départ.

Mais il y a plus que la refonte du contrat social. L'Amérique avait besoin de se retrouver autour d'un relatif consensus excluant une pratique partisane du pouvoir.

Ce sonsensus hérite non seulement du démocrate FDR, mais aussi du républicain Theodore Roosevelt (TR), qui le premier s'inquiéta de la condition humaine dans l'économie. Dans l'Amérique en expansion des années 1900, TR inventa le Square Deal, qui préfigura le New Deal. TR est le héros de John McCain. Obama est McCain ont ainsi tous les deux incarné cette aspiration de l'Amérique à retrouver un chemin commun qui assure la longévité de son modèle et lui redonne confiance.

Le prochain Roosevelt, c'était celui qui allait le mieux rendre à l'Amérique l'espoir que les instabilités du système allaient être corrigées. Le prochain Roosevelt, ç'aurait pu être le McCain du discours de la défaite le 4 novembre. Républicain ou démocrate, le prochain Roosevelt est celui qui allait rebâtir le contrat social américain.

Obama élu, les marges de manoeuvre réduites, saura-t-il remplir cette fonction historique?

16 nov. 2008

Obama; entre cohabitation et pleins pouvoirs

Il est beaucoup question de cohabitation depuis que Barack Obama a été élu. Cette marche vers un centre rationnel et un exercice bipartisan du pouvoir, démontrant une volonté et une capacité à s'entendre avec l'adversaire, est un thème important de "Après Bush". L'Amérique entre-t-elle en cohabitation, ainsi que le titrent Les Echos dans mon dernier article ?

Il y aura probablement des ministres républicains dans le gouvernement Obama, y compris, ce qui serait une excellente idée politique et médiatique, le gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger, républicain modéré très actif sur l'environnement. Il est plus question encore d'inclure dans le prochain cabinet des démocrates de poids. S'inspirant d'Abraham Lincoln, Obama veut faire de ses anciens rivaux des alliés, rejouant ce qu'une récente biographie de l'ancien président républicain abolitioniste titre par "Team of Rivals" - une équipe de rivaux. IL y est expliqué comment le sens politique de Lincoln l'a amené à s'entourer de ses rivaux aux primaires républicaines de 1860 plutôt que de les écarter. Ainsi Hillary Clinton pourrait-elle hériter du département d'Etat - ce qui aurait la fâcheuse conséquence d'en priver notre préféré pour ce poste, le gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson, membre du conseil de Politique Américaine...

La cohabitation risque donc de se jouer d'abord au sein du parti démocrate. POur Lincoln, elle s'était très bien déroulée, comme l'explique l'historien Goodwin. Il faudra attendre pour voir ce que cela donnera pour Obama. Le fait est qu'un capital politique renforcé par la présence de figures démocrates et républicaines ne sera pas de trop compte tenu de la tâche qui attend le nouveau président. De ce point de vue d'ailleurs, le rôle de John McCain au Sénat sera sans doute crucial, celui-ci étant prêt à jouer un rôle "bipartisan" comme il l'a fait par le passé. Son discours de concession de la victoire le soir du 4 novembre a montré de quoi il était capable.

Trois élections sénatoriales clé se déroulent en ce moment et jusqu'au début décembre, qui pourraient amener les démocrates à contrôler pleinement le Légistatif - et à pouvoir se passer du soutien de républicains modérés à la McCain. En Alaska, en Géorgie et dans le Minnesota, où devrait être élu le sarcastique Al Franken, homme de média et auteur d'un livre satirique sur les mensonges du pouvoir bushien et la comédie politique, trois sénateurs pourraient être élus, faisant peut-être basculer la majorité démocrate au seuil clé de 60 membres dans la Chambre haute. Le scrutin géorgien paraît plus incertain, mais avec 58 sénateurs démocrates et les deux indépendants votant généralement avec les démocrates sur les questions économiques et sociales, le pouvoir pourrait être plein. La barre des 60 au Sénat interdit de recourir à ladite "flibusterie", c'est-à-dire au blocage dezs projets de loi par une minorité trop large pour être ignorée.

Parmi les deux indépendants se compte Joe Lieberman, ancien colistier de Gore en 2000, allié fidèle de McCain. Lieberman vote avec les démocrates sur les sujets qui importent le plus au nouveau président et sont sa priorité, le social.

La cohabitation pourrait ainsi se conjuguer de nombreuses manières. Le certain est qu'il faudra gérer la majorité démocrate, qu'elle soit pleine ou relative, avec des courants et des individus qui ne rangeront pas instinctivement derrière Obama et son centrisme politique.

5 nov. 2008

Président Obama

Bien sûr, la nuit fut historique. L'Amérique avait besoin de retrouver confiance par une action extraordinaire qui est aussi une condition de la restauration de son leadership mondial. Elle avait besoin de tourner radicalement la page "W". Pour cela, l'élection d'Obama est un symbole d'une portée incomparable et l'on ne peut que s'en réjouir. A l'annonce des résultats, en Arizona John McCain a prononcé un discours remarquable qui a conforté le message central d'Obama, celle de l'unité et du rassemblement de tous les Américains. Espoir et changement, c'est un peu Kennedy et Reagan à la fois.

Il convient cependant de noter qu'au vote populaire, si la victoire est très nette, et malgré une participation très élevée, on ne peut parler de raz-de-marée. C'est évidemment le cas pour les grands électeurs avec 350 voix, mais l'Amérique reste à peu près divisée en deux. Sans refaire l'élection, la crise a beaucoup servi cette victoire démocrate. Sans elle, McCain pourrait aujourd'hui être le successeur d'un président républicain... Il est vrai qu'au-delà de la crise, le rejet de Bush et de républicains est tel que le poids à porter était spécialement lourd. En quelque sorte, la crise a fait le reste.

Quant à l'avenir? Obama dirigera comme McCain en avait aussi eu la volonté, sans esprit de parti. Des républicains modérés au gouvernement? Très probablement, y compris le maintien possible de Gates à la Défense.

Face au Congrès démocrate, il faudra aussi composer, comme le veut le système de la séparation des pouvoirs. Outre les contraintes budgétaires, les desiderata de courants ou de personnalités démocrates au Congrès devront donc être ménagées. Il est peu probable qu'Obama puisse avoir les moyens de recréer le lien social américain comme il le souhaite en revigorant la classe moyenne. Sa marge de manoeuvre sera serrée.

Quant au plan international, aucune option ne sera écartée. L'Europe n'est pas une prorité et si les Européens ne se montrent pas des partenaires crédibles, l'Amérique n'hésitera pas à suivre sa route seule. Se rappeler Bill Clinton...

Avec plus de distance, il faut se ranger à l'idée que l'Amérique est capable d'extraordinaires rebondissements. J'ai parlé de réinvention américaine. Avec cette élection, l'Amérique se réinvente, balayant d'un coup le lourd passif laissé par "W" pour son image dans le monde. Ira-t-elle au bout de cette réinvention par la refondation d'un contrat social comme les Roosevelt surent le proposer? Nous avons quatre ans pour voir.

3 nov. 2008

L'Amérique entre espoir et domesticité

IL semble qu'à l'approche de la fin de cette campagne exténuante, John McCain aborde la faible possibilité d'une victoire à l'arrachée, et celle, plus probable, d'une défaite, avec sérénité. Le retour du vrai McCain en quelque sorte, après les excès simplistes et défensifs des dernières semaines.

Que dit McCain? Ses partisans le rappellent: prospérité, libre-échange, une Amérique forte qui n'hésite pas si nécessaire à user de sa puissance militaire, et surtout baisse des impôts, particulièrement en ces temps de crise, et bannissement de toute idée de resistribution comme le souhaite Obama. En bref, l'Amérique classique, traditionnelle, qui déborde l'électorat républicain, celle qui porta deux fois Reagan au pouvoir.

Les questions domestiques, emploi et liberté économique, et le rejet de l'interventionnisme, dominent cette Amérique qui se méfie de l'Etat et préfère compter d'abord sur elle-même plutôt que sur la puissance publique pour s'en sortir. C'est à celle-là que McCain veut s'adresser. Le discours antisocialiste de la dernière ligne droite, qui stigmatise la "redistribution" dont Obama veut faire un axe de sa politique en s'interrogeant sur les fondements des opportunités offertes par le libre marché, suffira-t-il à arracher la victoire?

L'Amérique semble encore hésiter, à l'image des indécis. Car ceux-ci ne sont pas insensibles à cette vague d'espoir, un peu irrationnelle, qui parcourt le pays à la faveur de la rhétorique préceuse d'Obama et de son élégance gestuelle et physique. L'Amérique qui ne craint pas le risque, contrairement à la vieille Europe, qui est prête à sauter à pieds joints dans la nouveauté, cette Amérique-ci, c'est à Obama qu'elle pense.

Quel réflexe l'emportera-t-il le 4 novembre? Les questions immédiates et la suspicion quant à une intrusion de l'Etat, c'est-à-dire le réflexe du contribuable, ou bien celui du changement radical, en grand, comme seule les Etats-Unis semblent en être capables, c'est-à-dire le réflexe du citoyen américain qui a confiance en l'Amérique?

A leur façon les deux candidats portent ces deux aspects. Mais il y a une prime assez nette pour Obama - comme dans les sondages. Ce qui fait dire que, sans la crise, le rapport de force serait très différent.

31 oct. 2008

Politique étrangère américaine

Une question revient très souvent: à quoi ressemblera la politique étrangère américaine en 2009?

McCain semble conserver dans ses idées une veine néoconservatrice et une propension à agir selon un schéma qui privilégie les principes, tandis qu'Obama, sans renier les fondements de la démocratie américaine et la force de l'exemple auquel elle prétend, paraît plus sensible aux réalités internationales. Cette approche n'est pas fausse mais elle ne correspond sans doute pas pleinement à ce que l'on peut attendre en janvier 2009.

McCain a montré récemment qu'il prenait aussi en compte - comme Reagan - le besoin de communiquer avec l'adversaire, tandis qu'Obama, connu pour s'êtr déclaré prêt à rencontre Ahmadinejad sans condition, se veut dur sur le nucléaire iranien même civil et n'hésite pas à déclarer vouloir lancer des opérations militaires depuis le territoire pakistanais.

Les deux candidats se sont entourés de conseillers divers, certains portés à l'idéalisme militant comme les néoconservateurs, d'autres plus attentifs aux rapports de force et à la faisabilité des politiques à conduire.

La réalité est que le président quel qu'il soit sera probablement différent du candidat, mis devant la responsabilité du décideur qu'il sera devenu. Chacun, Obama et McCain, sera capable de faire preuve d'un réflexe idéaliste selon une lecture américaine du monde où l'exemple, y compris par le moyen de la force, reste un ressort puissant, que ce soit pour combattre la prolifération ou promouvoir les droits de l'homme. Chacun sera aussi en mesure, en particulier après Bush, de mesurer son action.

Les noms qui circulent illustrent la diversité des influences (les démocrates Tony Lake et Madelein Albright, Lee Hamilton et Bill Richardson, les républicains Richard Lugar et Chuck Hagel, Susan Rice côté Obama, les néocons Lieberman (ancien démocrate) et Kagan, mais aussi Henry Kissinger côté McCain) - même si les néoconservateurs qui restent sont chez McCain. Mais rappelons-nous Clinton et le réflexe unilatéraliste de sa politique, laquelle n'effraie pas Joe Biden.

La leçon? Les Européens ne doivent tout attendre de l'Amérique, ils doivent avoir quelque chose à lui proposer, comme l'a fait la présidence française de l'UE sur la Géorgie et la crise bancaire, sinon même Obama devra agir seul, selon les intérêts natioanux américains.

30 oct. 2008

McCain-Hemingway, Obama-Morrison

Il paraitrait que les livres favoris des deux candidats soient "Pour qui sonne le glas" de Hemingway, pour McCain, et "Le chant de Salomon" de Toni Morrison, pour Obama. Personnellement je préfère le premier au second (que je n'ai d'ailleurs pas lu, faut-il le dire?), mais surtout le choix est assez prévisible, surtout celui d'Obama qui manque un peu de spontanéité et paraît assez politique.

Le premier raconte l'histoire d'un soldat américain combattant aux côtés des républicains espagnols, un peu comme le héros de Russell Banks dans La Réserve, et le second, écrit par une célèbre écrivaine noire américaine, retrace l'histoire des Afro-Américains à travers le parcours d'une famille noire du Michigan au cours du XXe siècle avec toutes les réminiscences du passé sudiste et esclavagiste.

Le côté aventureux, flagorneur et incontrôlable de McCain se retrouve bien dans le titre de Hemingway et le côté plus cérébral, l'absorption par une quête identitaire qui marque tant la vie de Barack Obama, est parfaitement illustré (trop parfaitement à mon goût) par l'oeuvre de Morrison.

Alors, les Américains éliraient-ils papa Hemingway ou Toni (un peu assommante il faut bien le dire, malgré son talent)? Moi je dirais que l'homme des "keys" de Floride tiendrait la corde... Allez, I am kidding, nous verrons bien pour qui sonne le glas le 4 novembre.

29 oct. 2008

Le spectre du socialisme?

John McCain se concentre depuis plusieurs jours sur ce que les Américains craignent par dessus tout et qui est si brutalement à l'encontre de leur credo économique: le socialisme.

Avec l'intervention de l'Etat, tout d'abord limitée à la reprise d'actifs douteux des banques par le Trésor, puis renforcée avec des prises de participation et de contrôle, le refus d'une socialisation de l'économie avait été clairement exprimée par le secrétaire Paulson lui-même.

En rappelant qu'Obama est favorable à plus de justice sociale, McCain tente d'inverser la dynamique favorable aux démocrates qu'a créée la crise, en prévenant que leur interventionnisme indécrottable sera d'autant plus à craindre que l'Etat s'est arrogé des leviers d'action directs dans l'économie à travers les plans de sauvetage.

La dénonciation du socialisme rampant sera-t-elle assez efficace pour rertenir l'envol d'Obama?

Cela est bien possible, mais reste très incertain, comme l'est un éventuel cousinage social-démocrate qui verrait Europe et Amérique se rapprocher par la définition d'un équilibre comparable entre Etat et marché. Les Etats-Unis, même en cas de victoire démocrate, resteront la terre du marché d'abord.

28 oct. 2008

Le capitalisme américain à l'épreuve

"Bill Clinton et les Nouveaux démocrates avaient annoncé la fin du big government, mais le rôle de l'Etat demeure un sujet central, car les besoins sociaux sont immenses et sont aggravés par les changements économiques", écris-je dans "Après Bush; Pourquoi l'Amérique ne changera pas".

La hantise d'un recul économique, d'une perte de pouvoir d'achat et de la couverture santé s'est répandue aux Etats-Unis depuis maintenant trois ans. Elle ne date pas de la crise bancaire. Celle-ci l'exacerbe et la porte à son paroxysme, et elle pourrait même décider de l'issue d'une élection qui devrait, selon toute vraisemblance, aller à Obama. C'est bien là la rencontre d'un homme et d'un discours, et d'une attente.

L'Amérique doit réinventer son modèle car les Américains ont conscience que quelque chose s'est brisé. Un lien général qui les lie ensemble, un sens de l'équité et la cohésion sociale qui s'est détérioré avec la stagnation des salaires, celle notamment du salaire médian. La période Bush a ajouté à ce sentiment diffus en favorisant une polarisation politique autour de valeurs qui divisent âprement les Américains. L'inimitié politique s'est beaucoup développée dans l'Amérique de George W. Bush et Dick Cheney, qui osa envoyer dans les roses un sénateur démocrate avec des mots que l'on ne peut répéter.

Pourquoi Obama? Parce que l'Amériqsue a besoin de se réconcilier, et de panser les plaies ouvertes par un capitalisme qui a ébranlé le contrat social américain. Le manque d'encadrement du capitalisme financier a atteint le reste. Il faut donc réinventer les règles pour rétablir un sens d'équité dans la société et ne plus s'occuper des moeurs comme champ de bataille politique. La priorité des Etats-Unis s'appellent emploi, éducation, et aussi infrastructures, comme au temps d'Eisenhower, républicain modéré, "libéral". Pourquoi Obama? Parce que les Américains attendent de retrouver espoir et confiance dans leur modèle.

Il n'est pas certain qu'Obama soit élu et qu'il soit un bon président, mais l'Amérique a sûrement besoin de retrouver un équilibre entre Etat et marché, et en homme de synthèse, il semble être le mieux placé pour offrir au pays ce nouveau compromis.

27 oct. 2008

Le tournant de septembre

A la satisfactoin générale, Barack Obama est en tête dans les sondages. Aucun ne donne McCain gagnant. Certains considèrent même les jeux faits; Obama sera le 44e président américain.

Il serait judicieux de faire comme les responsables démocrates eux-mêmes, qui restent sur leur garde. L'écart dans les sondages n'a rien d'impressionnant et pourrait fondre si l'on compte les erreurs d'estimation, les réponses fausses dues notamment au non-aveu d'un vote "anti-métis", et un événement quelconque qui puisse favoriser le ticket républicain.

En même temps, il est curieux de penser qu'une ample victoire démocrate est aussi possible, malgré l'incertitude qui entoure l'élection. Les dernières semaines sont donc précieuses, malgré la nette supériorité intellectuelle du candidat démocrate.

En réalité, le tournant aura eu lieu en septembre, avant les chutes en cascade des banques, inaugurées par Lehman Brothers. Tandis que McCain réitérait que les fondamentaux étaient bons, Obama expliqua avec beaucoup de clarté qu'il s'agissait d'éviter un assèchement du crédit et une crise de confiance. Son discours révéla une compréhension de la situation et une capacité de jugement déjà démontrée qui, devant l'inquiétude de l'opinion américaine, lui donna l'avantage.

Quel que soit l'issue en novembre, et même si McCain refait son retard (ce qui parait difficile en Pennsylvanie, Ohio et Floride) le tournant Obama qui se poursuit à ce jour aura été créé par la crise et par un discours démocrate supérieur.

23 oct. 2008

Où va l'Amérique?

Notre amie Susan Eisenhower nous livre une réflexion sur son pays, sur le sens perdu de la sécurité, de la chance et du bonheur d'être Américain - le genre de réflexion sur soi que nous pourrions nous aussi avoir.

Politique Américaine reproduit cet article dans sa prochaine édition à paraître en novembre (N°11). La version originale est disponible sur le site de Susan:
http://www.susaneisenhower.com/

L’Amérique minée de l’intérieur
Susan Eisenhower

A Gettysburg en ce mois de septembre, les collines vallonnées et les cerisiers de Pennsylvanie étaient particulièrement luxuriants cette année. Installés en bord de route, les stands des récoltants regorgeaient des cueillettes les plus succulentes de la fin d’été. L’air lourd, immobile, et le stridulement des cigales, parfois mêlé au bourdonnement des abeilles, donnaient une impression de tranquillité infinie où le temps dure longtemps. La nuit tombée, un coup d’air frais annonçait que la saison prochaine n’était plus très loin.
Au milieu des fermes de pierre proprement entretenues et des vastes champs de soja et de maïs, il fallait se pincer pour se souvenir que la bataille de Gettysburg avait été l’une des plus sanglantes et des plus décisives de la Guerre civile [la guerre de Sécession]. Ce fut le tournant d’un conflit qui avait divisé la nation en deux. Lee, Meade et Pickett ont laissé leur empreinte sur cette terre. Et à peine moins de cent ans plus tard, Eisenhower choisit de s’y établir et reçut sur sa ferme bien des visiteurs, Khrouchtchev, de Gaulle, Nehru et Montgomery.
C’est là que j’ai grandi. C’est là que je vais pour réfléchir.
Il n’est pas bien facile ces temps-ci de se plonger au plus profond de soi. Attachés aux portables et autres blackberries, on saute d’une sollicitation à une autre sans avoir le temps de réfléchir, livrés à des impulsions qui sont le contraire d’une analyse de long terme. Cette ère de la gratification immédiate, de même que le cycle des nouvelles 24h/24 et des résultats trimestriels des entreprises, nous a amenés à foncer tête baissée sans regarder l’horizon. Nous sommes devenus une nation de tacticiens, où se trouvent peu de stratèges dignes de ce nom. Les conséquences de cette situation se résument dans cet adage : « Si tu ne sais pas où tu vas, toutes les routes t’y mèneront ».Etant donné notre ignorance historique – et notre refus de regarder devant nous – nous risquons de devenir une nation sans but et sans direction sur une route de dangers, tels Hansel et Gretel des frères Grimm.
Bien que Gettysburg ait conservé ses apparences depuis l’époque que mes grands-parents sont venus dans ce hameau en 1917, et à nouveau dans les années 1950, les comportements ont beaucoup changé, tout comme dans le reste du pays. L’optimisme des Américains a cédé à une sorte de malaise et d’inquiétude par rapport à l’avenir. Ils perdent leurs maisons par dizaines de milliers et un assèchement du crédit menace l’économie dans son ensemble. Le chômage augmente et ceux qui ont un emploi ne peuvent parfois pas payer le déplacement. Comme si ce n’était pas assez, notre système de santé laisse la plupart des Américains à un accident ou à une maladie de la catastrophe financière. Notre mode de vie paraît miné de l’intérieur.
Ajoutons à cela les inextricables problèmes à l’étranger, y compris la nouvelle et dangereuse situation du Caucase. La provocation de la Géorgie sur une région en litige, and la brutale réponse russe, auraient pu être évitées si l’administration Bush et des personnalités comme le sénateur McCain, proches du président géorgien, avaient géré ce problème avant qu’il n’éclate en crise.
Au final, les Géorgiens ont perdu leur armée et se retrouvent dans une position intenable. Les Russes ont perdu considérablement en prestige à travers le monde en raison de leur sur-réaction. Et les Etats-Unis ont souffert un sérieux recul. Il était connu depuis le départ que n’avions pas d’option militaire viable, et les événements ont péniblement montré que les Etats-Unis ne pouvaient rien faire qui puisse protéger l’ancienne république soviétique de Géorgie. Cette débâcle nous a coûté la possibilité de coopérer avec la Russie sur des sujets touchant directement notre sécurité : énergie, Iran, terrorisme, sûreté des matières nucléaires. Bien que la confrontation se soit vers la fin apaisée, il faut bien reconnaître qu’elle aurait pu empirer dangereusement. Les Etats-Unis et la Russie restent à un cheveu d’une alerte, avec quelques minutes seulement pour décider du lancement d’une attaque nucléaire. A plus longue échéance, la perspective de démettre du stade de l’alerte ces armements mortels, et ainsi de réduire la possibilité d’un accident cataclysmique, est proche de zéro à cause de ces événements.
Sur le front intérieur, la campagne électorale a touché le fond. La dérision et le trivial ont envahi toute discussion. L’émergence de la colistière républicaine, Sarah Palin, a vu les médias jouir d’une audience record, mais pas une seule fois ils n’ont apporté des éléments sérieux sur la candidate, sinon les aspects personnels, reine des concours de beauté, vie de famille, et quelques actes assez maigres comme décideur public. Dans une large mesure, ils se sont prêtés eux-mêmes aux accusations de sexisme de la campagne de McCain.
Quelques semaines plus tard, enfin les médias sérieux se sont penchés sur l’affaire, commentant l’inaccessibilité sans précédent de la candidate et demandant que l’on connaisse mieux les vues de celle qui ne serait qu’à « un battement de cœur de la présidence ». Ses premiers pas avec Charlie Gibson sur le 11 septembre révélèrent un manque inquiétant de familiarité avec les éléments les plus essentiels de la politique étrangère. Si Palin comprenait l’obligation de défendre une Ukraine (ou une Géorgie) dans l’OTAN en cas d’agression, son enthousiasme à se lancer dans l’aventure, y compris une entrée en guerre avec la Russie, mit au jour une faible reconnaissance des capacités nucléaires russes. La Russie est le seul pays sur la terre capable de nous rayer de la carte - et d’emporter avec nous une bonne partie de la planète.
Il n’est pas surprenant que l’équipe de campagne de McCain ait choisi de maintenir le gouverneur Palin sous cloche et de la laisser aux côtés du sénateur jusqu’au jour J. L’usage de Palin comme symbole est aussi détestable que les pratiques agressives employées à l’encontre de Barack Obama. En dépit de l’engagement de John McCain à élever le débat, celui-ci a approuvé des messages publicitaires souillant Obama et ternissant son pedigree – agissements qui en appellent aux stéréotypes américains les plus regrettables. La cible est l’un de ses atouts les plus impérieux – sa trajectoire individuelle. Les suggestions selon lesquelles « il n’est pas vraiment des nôtres » auront été constantes. Cela me rappelle cette terrible expression employée par les snobs WASP se murmurant à l’oreille lorsqu’ils rencontraient une personne de statut social ou de race inférieur : « Pas des nôtres, très cher ».
Ceci est tout à fait faux. Barack Obama est non seulement un des nôtres, il est nous. En un sens, il est l’incarnation de la nation, ce melting pot multiracial et multiethnique. Toute tentative de stigmatiser Obama comme « exotique », un peu trop « élitiste » ou « étranger » revient à démentir ou nier l’essence de la promesse et de l’idée américaines.
Le but de la tactique est évident : il s’agit de détourner l’attention des Américains des problèmes en cause en faveur des personnes. On ne peut se permettre un tel luxe aujourd’hui.
En dépit de mes espoirs, l’élection est devenue un cirque et ceux sur qui nous comptons nous ont laissés tomber. Certains démocrates peuvent être frustrés du calme, de l’aisance et de l’approche analytique des récents événements empruntée par Barack Obama. Mais ceux d’entre nous qui avaient au départ soutenu John McCain ont trouvé préoccupant qu’il ait fait la preuve de sa nature impulsive devant les deux problèmes majeurs survenus à l’automne. Le premier cas fut son rôle impétueux dans la crise caucasienne, à laquelle il réagit comme s’il était déjà président. Le second fut son choix à la va-vite d’une colistière sans expérience nationale ou internationale. S’il était l’électron libre qu’il prétend être, il aurait pu choisir un modéré expérimenté. Avec Palin, McCain a montré où il voulait emmener le parti républicain – vers la droite dure. Etant donné son âge et son passé médical, son choix révèle aussi sa désinvolture quant à sa succession.
Près du lieu où j’écris ces lignes, je jouais avec mes frères et sœurs à colin-maillard et nous attrapions des mouches avec de la confiture, avant que l’obscurité ne s’intensifie et que les adultes ne nous appellent à l’intérieur. Le chant des criquets rythmait le calme du soir et l’on ressentait toujours une sereine fatigue lorsque nous rentrions. Nous nous sentions en sécurité, heureux et très chanceux d’être américains.
Je garde un vif souvenir de ce sentiment de sécurité, malgré la Guerre froide qui faisait rage. Nous sentions que le pays était en de bonnes mains et que ceux qui étaient au pouvoir pensaient à nous, à notre avenir. De telles souvenances font un brutal contraste avec le chacun pour soi indigne et lamentable des élections de nos jours.
Je me demande si nous prendrons le temps, Américains pressés que nous sommes, de réfléchir à où va l’Amérique et quelles valeurs nous voulons transmettre. Nos pensées et nos choix seront-ils au crédit de nos enfants et petits-enfants ? Serons-nous capables dans les années qui viennent de leur transmettre ce sens de sécurité et de confort qui était le nôtre, enfants ? L’avenir que nous leur préparons leur permettra-t-il de prospérer dans un marché toujours plus compétitif ? Nous leur léguerons-nous un pays qui récompense l’excellence et la performance, qui est un exemple de tolérance et de respect de l’autre, ou échouerons-nous en privilégiant la facilité au sacrifice et à la diligence qu’exigent les défis de l’heure ?
En parcourant les alentours, près de la ferme de mes grands-parents, il m’apparaît que notre pays a un urgent besoin de destin national et d’une stratégie d’avenir.
« L’Amérique d’abord » devrait être un acte de courage et de volonté – pas un slogan de campagne.

16 oct. 2008

Débats présidentiels: tombée de rideau

La prochaine fois, ce sera en 2012. Le dernier débat des candidats à la présidence américaine qui s'est tenu hier clôt un affrontement en douceur, qui aura globalement eu de la tenue, même si les simplifications habituelles qui caractérisent le débat américain, comme les médias, n'aura pas été à la hauteur de la situation et des attentes.

Les échanges sur Joe le plombier, cet homme qui aura interpellé Barack Obama lors d'une tournée dans l'Ohio, auront frisé le grotesque. La démagogie étant un jeu de surenchère, Obama a dû s'exécuter en s'adressant directement à Joe, devenu soudain le symbole de tous les "average Joes", c'est-à-dire les Américains moyens, à la suite de son concurrent républicain.

Car c'est bien McCain qui aura joué le plus sur les slogans et les idées simples et, selon le titre d'un article américain du jour, "actionné toutes les ficelles". Reprenant un axe essentiel du credo économique républicain, McCain aura beaucoup insisté sur les impôts dont il fait Obama un champion. Le républicain aura paru plus hargneux que son rival et indubitablement son style et un discours très électoraliste n'ont pas amélioré sa position.

Seulement, même si les sondages donnent Obama vainqueur du débat, leur fiabilité doit être considérée avec prudence, et il reste encore trois semaines avant le scrutin. Les coups de poing de McCain auront aussi été, il me semble, efficaces - comme ceux de Sarah Palin. On reproche à McCain d'avoir perdu son ton d'antan et de se fondre dans la peau d'un républicain classique, un brin obtus. Il est vrai qu'il a opéré un virage serré, mais c'est dans l'espoir que, sur le fil, il l'emportera. McCain doit aussi penser que sa réputation d'opposant à Bush et les comptes qui restent entre eux sont connus des électeurs et que sa "droitisation" ne lui portera pas préjudice aurprès des indécis. On peut en douter.

Obama, de son côté, s'il a conservé une attitude calme et confiante, n'a pas plus réussi qu'auparavant à affaiblir la crédibilité de son adversaire et l'on reste sur la même frustration que précédemment. Les sondages lui ont peut-être dicté sa ligne qui consistait à maintenir son avance sans risquer de dérailler la dynamique très favorable qui joue pour lui, et qui semble difficile à retenir pour les républicains.

Le résultat est que, au total, un doute légitime peut s'instaurer sur les attentes qu'il faut placer en une présidence Obama. L'élection d'Obama est souhaitable, surtout depuis la choix de Palin, mais l'extraordinaire symbole que représenterait son élection résisterait-il longtemps aux déceptions inévitables qui font partie de l'alternance démocratique? Quant à Joe Biden, élu sénateur à 29 ans et choisi sur le tard comme candidat à la vice-présidence, après une déroute aux primaires, sans avoir marqué la vie politique américaine au cours de ces trente années passées au Sénat (les responsabilités s'y obtiennent par ancienneté et Biden est aujourd'hui président de la prestigieuse commission des Affaires étrangères), s'il est très honorable, il n'inspire pas l'enthousiasme que justifierait la situation de l'Amérique débarrassée de "W". Au plus l'on espère d'Obama, au plus le risque d'une déception s'impose.

8 oct. 2008

Débats présidentiels Acte III. Pas de miracle américain.

Cette fois pas de pupitre, les candidats ont répondu aux questions d’un panel choisi d’Américains en faisant les cent pas - format qui était surtout à l'avantage du républicain qui avait proposé des rencontres avec les citoyens à travers le pays à son adversaire.

Les deux candidats ont paru très comparables malgré des différences certaines. Ni McCain ni Obama n'a pas marqué de point, mais le second étant en tête, il conserve l'avantage.

La bonne performance des deux candidats, qui se sont abstenus d'attaques féroces sur les personnes comme l’a montré le ton de la campagne ces derniers jours, s'est jouée dans le sérieux et la sobriété. Dans les questions abordées, l'économie a pris une place prépondérante, mais la politique extérieure a aussi été évoquée.

On a eu le sentiment parfois que McCain parlait à des enfants tandis qu’Obama s’adressait à des adultes, tendance américaine à la simplification, mais cette impression s'est estompée au cours du débat. Le concours de simplification et de démagogie a cédé à un échange plus sérieux d’arguments.

Obama a repris l’argument-marteau de Biden contre la dérégulation, McCain a déclaré que l'Etat garantirait la valeur foncière des maisons américaines. Chacun fit assaut sur le "système" washingtonien (McCain le réformateur bipartisan, Obama contre les lobbyistes). McCain a insisté sur son « record » (ses actions et initiatives au Sénat), Obama sur le changement. L’indépendance énergétique est apparue comme une priorité. McCain a tenté de caricaturer les démocrates comme les rois de l’impôt et Obama les républicains comme les amis des plus nantis et de l’industrie. Obama a dû réagir, tant l’étiquette de « taxeur » est dangereuse aux Etats-Unis. L'Amérique ne change pas...

Chacun convient que la Sécurité sociale est une bombe à retardement et que l'environnement est un sujet grave. McCain, pro-nucléaire, a aussi livré un plaidoyer pour les énergies propres et s'est démarqué de la politique de « Bush et Cheney » (!) favorable à l’industrie pétrolière. Il a repris le manuel du républicain sur les questions de dépense, repoussant l’interventionnisme en faveur du choix individuel. Obama a rétorqué à nouveau en agitant le chiffon de la dérégulation.

Obama a été percutant sur la politique étrangère, accusant notamment la capacité de jugement de McCain – l’erreur d’avoir envahi l’Irak et de dépenser tant dans une guerre inutile. Contre-attaquant sur le calendrier de retrait voulu par Obama, McCain défend la victoire des troupes - Obama a été très critiqué par les républicains pour ne jamais prononcé le mot de victoire.

Comme au premier débat, Obama fut réactif et structuré. McCain fut bien plus à l’aise et efficace, se prévalant souvent de son expérience. Les deux héros de McCain sont, sans surprise, Reagan et Teddy Roosevelt, l'auteur de la formule célèbre qui doit résumer le comportement international de l'Amérique: « parler doucement mais porter un gros bâton ». McCain est revenu sur son dérapage « bomb bomb bomb Iran », mais a confirmé son hostilité à la Russie et marqué des points - l'Amérique doit être forte.

Il faut constater que, contrairement à la vieille Europe, le patriotisme est une valeur sacrée aux Etats-Unis – un jeune ancien combattant interroge les candidats sur l’Iran et Israël, McCain s'avance et lui sert la main, créant une familiarité au titre des hommes de service et d'honneur. Obama veut comme toujours sortir des simplifications et des messages attendus par une analyse construite qui va au-delà des réponses presque codées. C'est sa force et sa marque distinctive.

Le fait que le jeu soit à peu près égal - l'interprétation du débat dépend cependant toujours de quel point de vue on se place - montre que McCain ne réussit pas à percer mais qu'Obama, avec un ciel si favorable, ne parvient pas davantage à se placer loin devant, à faire un bond décisif en avant. Il faut constater que McCain est très résilient car tout joue plutôt en faveur de son adversaire.

Obama ne propose pas un discours de rupture qui marque les esprits, avec l'invention d'un nouveau New Deal. Sans doute serait-il taxé de socialisme par les républicains, mais il aurait un modèle dont se prévaloir, Franklin Roosevelt, et même son devancier Teddy Roosevelt, ce qui couperait l'herbe sous les pieds de McCain. Pourtant, Obama reste lisse. De mon point de vue il est meilleur mais il n'accroche pas. D'où doute quant à son action s'il était élu. Ce doute est celui aussi de beaucoup d'Américains.

En bref, l'Amérique ne semble pas à la veille d'un bouleversement. Ce sont les circonstances qui l'imposeront - notamment la crise qui exige de reconsidérer le rôle de l'Etat, comme à plusieurs reprises déjà au cours des cent dernières années. Pour réinventer le rêve américain.

6 oct. 2008

Chômage en flèche

Le ministère du Travail indique une poursuite de la hausse du chômage aux États-Unis en septembre. Au cours des 12 derniers mois, le taux de chômage aurait augmenté de 1.4 point à 6,1%, soit une hausse de 2,2 millions. 160 000 personnes supplémentaires en septembre ont quitté le marché du travail, le plus fort bond enregistré depuis mai 2007, les licenciements ayant depuis avoisiné la moyenne de 70 000.

Les chômeurs de longue durée sont 2 millions désormais, avec une hausse de 730 000 environ depuis un an. Le nombre total de chômeurs atteint 9,5 millions aujourd'hui contre moins de 7 millions en septembre 2006.

La hausse constante du chômage remonte à avant la crise du crédit immobilier de l'été 2007, mais ce que révèle les chiffres est une nette accélération du phénomène.

Les effets de la crise se font donc rapidement sentir, après que plus de 2 millions de foyers aient perdus leur logement suite la crise du crédit en 2007.

Tout ceci continue de jouer en faveur d'Obama, aidé en cela par le manque de succès de McCain à occuper le terrain de la crise et formuler un message à la fois percutant et simple - ce que Sarah Palin, dans une certaine mesure, parvient mieux à faire. Mais les démocrates ont sur les affaires sociales un crédit que ne se dément pas et que les positions interventionnistes d'Obama depuis le début de la crise financière confirment auprès d'un électorat à la fois furieux et anxieux. Ce sont les "swing states" qu'il faut regarder, bien sûr. McCain vient de renoncer au Michigan, terre démocrate où ses chances étaient déjà minces, et qui aurait donc été hautement symbolique. La Pennsylvanie donne aussi avantage à Obama-Biden.

Crise sociale ? Il reste encore quatre semaines, et McCain est capable de rebondir. Une crise sociale avec une hausse accélérée du chômage pourrait lui en offrir l'occasion.

3 oct. 2008

Super Sarah c. Vénérable Joe

Sarah Palin, que l'on attendait lors du débat de cette nuit pour juger de sa capacité à assumer la campagne présidentielle, après que des doutes légitimes se soient exprimés à son endroit, a repris la main de façon assez magistrale. Absence d'hésitation, débit élevé, formules percutantes, la colistière de John McCain ne s'est pas ridiculisée, tout au contraire. Elle a su incarner l'Amérique ordinaire et a voulu s'identifier à elle.

Joesph Biden, dont on craignait aussi quelques écarts, de l'ordre de l'arrogance plus que de l'incompétence, a évité cet écueil et a confirmé son image et son statut de vénérable sénateur des Etats-Unis. Un homme de qualité, compétent, au vocabulaire articulé, bref un vice-président qui ressemble plus à Al Gore et George H. W. Bush qu'à Dan Quayle ou... Sarah Palin.

Au total, un débat qui a eu de la tenue et qui fait plutôt jeu égal, car malgré sa longue expérience Biden n'a pas su créer une vraie distance avec sa rivale.

Si l'ignorance de Sarah Palin a été compensée par une réactivité et une combativité hors pair, la perspective qu'elle devienne vice-présidente n'est pas rassurante car l'Alaskienne est un peu la version féminine de George W. Bush: instinct et certitude dictent son discours, pas l'analyse et la réflexion. Ces défauts-là se sont révélés avec la même force que son aptitude à faire face dans un débat difficile. Sarah Palin sait apprendre, combler ses lacunes et rebondir, mais elle incarne l'Amérique sûre d'elle-même, à tort ou à raison.

En réitérant des formules choc et simples, comme l'indépendance énergétique et les emplois créés par les baisses d'impôts, et en sachant faire d'une faiblesse (son manque d'expérience) une force (elle se déclare étrangère aux us et coutumes du monde politique washingtonien, aux "combines" et à la langue de bois), exploitant l'anti-élitisme débridé de l'opinion qui touche Washington et Wall Street, Palin parle à l'Amérique ordinaire, à "mainstreet" (je suis une mainstreeter, affirme-t-elle). Il est à craindre que son style soit électoralement plus efficace que celui, plus cérébral, de Biden.

Sur un point en tout cas l'émotion est venue au secours de Biden. Après que Palin ait évoqué les difficultés financières rencontrées par son jeune ménage, Biden a contre-attaqué en démontrant qu'un père de famille aussi avait un coeur. Le souvenir de la disparition de sa première femme et de l'éducation de ses enfants l'amis au bord des larmes, mais ce léger embarrassement a aussi pu attirer la sympathie du public et défaire le monopole de Palin sur les choses de la vie...

Biden a toutefois manqué une occasion de mettre à nu les lacunes de son adversaire. Un des enjeux de ce débat était de rester courtois. La démocratie américaine fut la grande gagnante. Mais il aurait été facile de souligner par exemple combien l'image des Etats-Unis dans le monde était dégradée en raison de politiques soutenues par McCain et, plus encore, par l'esprit bushien qui y a conduit et qui est si bien accepté et repris par Palin.

Les Américains considéreront peut-être que Biden a remporté ce débat. Souhaitons-le. Il faut souhaiter aussi que lors des prochaines rencontres, les 7 et 15 octobre, Obama fasse preuve de plus de punch face à McCain. Il faudrait pour cela qu'il s'inspire de Super Sarah plus que du Vénérable Joe.

1 oct. 2008

L'Amérique réelle ?

Le rejet du plan du secrétaire au Trésor Paulson par la Chambre a été un choc pour beaucoup, mais il exprime un décalage entre l'Amérique des cercles dirigeants et le "pays réel".



De même que les forces sous-jacentes à la société américaine font que l'Amérique est un pays très distinct de l'Europe en dépit de points communs considérables, et que les changements attendus de l'après-Bush doivent être modérés, y compris dans le cas d'une présidence Obama, l'Amérique en colère n'a pas été bien perçue par les dirigeants américains, occupés à sortir le pays de l'autre bourbier, celui causé par les dérives de l'industrie du crédit.

Dans son édition internationale, le New York Times écrit aujourd'hui que "les dirigeants à Washington et les observateurs dans le monde, peu familiers des courants de pensée à travers les États-Unis, ont été stupéfaits de voir que l'avalanche d'objections et de ressentiment à l'endroit de Wall Street a été puissante au point de faire dérailler le train de mesures [présenté à la Chambre], du moins temporairement."

Pas de doute en effet qu'un nouveau projet sera soumis après le vote du Sénat aujourd'hui. Mais il est à retenir que la crainte de se présenter le 4 novembre devant des électeurs très remontés contre les puissants de tous ordres, en défendant un plan de renflouement (pas de sanction pour les fautifs) qui aurait dû être baptisé plan de sauvetage (l'économie américaine en danger), à convaincu une majorité de représentants, notamment républicains, de rejeter le plan de l'administration.



Ils se sont en outre moqués des injonctions présidentielles comme de leur première chemise, offrant un exemple "live" du fameux "lame duck president", le canard boiteux qui ne fait plus peur à personne... Cette expression ne veut pas dire que la fin d'ui mandat réduit systématiquement un président à l'impuissance. Dans les circonstances présentes, il est extraordinaire de constater que M. Bush n'ait pas su entraîner le pays et sa majorité. Ses qualités de "leadership" tant vantées aux États-Unis lors de l'invasion (facile) de l'Irak se révèlent être nettement moins performantes dans une situation de crise bien plus complexe comme la crise financière et, probablement, économique.

Les événements viennent affaiblir les chances de victoire du ticket républicain. mais jusqu'ici, une défaite démocrate, aussi incroyable que cela soit, était très probable. C'est que, comme je l'écris dans Après Bush, la force du conservatisme dans la société américaine est sous-estimée.

De même qu'a été sous-estimée par les dirigeants américains eux-mêmes la force du ressentiment contre les dérives du système économique et contre les politiques.
Comme il y a eu coup de sang nationaliste en 2003, le vote du Congrès a représenté un coup de sang populiste. Non dans le sens péjoratif qui est toujours donné à ce mot en France, mais au sens d'une réaction décisive de l'opinion ordinaire - celle-ci d'ailleurs, comme le nationalisme, à tort ou à raison...

L'échec du plan est bien sûr désastreux. Il y aura un autre vote, mais la partie est loin d'être gagnée. Et dans le marasme, quelques signes encourageants apparaissent, comme le rapprochement de Goldamn Sachs et de Berkshire Hathaway, le groupe de Warren Buffett.
Pas assez pour ne pas craindre la suite des événements.

Une chose est certaine, Obama a montré dans ce contexte une compréhension, ne serait-ce qu'intuitive, des problèmes, expliquant l'effet en chaîne qui menace d'assécher le crédit dans l'ensemble du pays.

Obama flirte avec une certain démagogie mais c'est de bonne guerre. L'essentiel de son discours est structuré et argumenté.
Ce qui en fait un candidat nettement supérieur à son concurrent.

29 sept. 2008

Débat présidentiel : suite

La presse américaine, ces derniers jours, s'est décidée à délivrer une sanction ferme contre Sarah Palin, notamment après sa prestation désastreuse sur CBS, avec des pharses inachevées et un vide de substance très inquiétant sur la Russie. Bob Herbert fut particulièrement sévère. Sa visite au bureau new-yorkais de Kissinger avec le "maître" de la diplomatie américaine a suscité une certaine compassion, tant elle paraissait décalée devant Dr Henry.



Le regain qu'elle a provoqué en faveur de la candidature républicaine semble s'épuiser. Ma première réaction fut de dire que le choix de Palin permettait à une bonne partie de l'électorat républicain de s'identifier à une femme porteuse de valeurs traditionnelles et d'une "certitude" toute bushienne, qui dédaigne l'analyse et la force des idées au profit du "gut feeling", c'est-à-dire de l'intuition. Il est heureux de constater que ce phénomène ne dure pas, car le choix de Sarah Palin est déconcertant et désespérant.

Venons-en maintenant au débat McCain-Obama de vendredi soir. Les sondages montrent qu'une majorité d'Américains désignent Obama vainqueur. Quelle heureuse surprise! Mon sentiment personnel, que j'ai eu l'occasion d'indiquer - à savoir qu'Obama fut bien meilleur mais que les simplifications et les tacles de McCain étaient une prestation plus efficace dans le contexte américain - semble être en phase, à mon étonnement, avec l'opinion d'une majorité d'Américains. Cette nouvelle me conforte dans l'idée qu'Obama et Biden peuvent remporter cette élection, scénario auquel je ne croyais pas jusqu'à la semaine dernière, c'est-à-dire jusqu'aux débats sur la crise financière face à laquelle la qualité des commentaires d'Obama était supérieurs à ceux de McCain. Un élan en faveur du ticket démocrate se dessine, y compris dans des États clés. Il serait cependant imprudent de crier victoire.

Souhaitons que ce petit basculement, qui laisse derrière nous un "effet Palin" aussi navrant que prévisible, se poursuive jusqu'au 4 novembre.
Mais pour gagner, il faudrait que le prochain débat nous révèle un Obama tout aussi articulé mais plus incisif, plus combattif face à McCain. Pour l'heure, nos regards se tournent vers Biden, qui pourrait entamer un peu plus la crédibilité de Sarah Palin.

Le flottement fugitif qui avait saisi le camp Obama-Biden, après les premiers pas très réussis de l'Alaskienne, pourrait céder à une euphorie à même d'amplifier le petit élan qui se dessine.

Une fois éloignée l'immédiateté du débat de vendredi, le filtre de l'analyse fait apparaître plus nettement la maîtrise des problèmes économiques et internationaux démontrée par Obama. Même les Américains semblent se ranger à ce jugement. C'est de bon augure. C'est la première bonne nouvelle de la campagne en ce qui me concerne.

27 sept. 2008

Débats présidentiels Acte I


Pas de vainqueur net, un débat assez ennuyeux mais qui avait le mérite d’une certaine tenue alors que les débats américains sont souvent très simplificateurs.
McCain, qui avait voulu repousser la rencontre avec Obama, n’a pas perdu de points et en a même gagné.
L’Arizonien s’est montré plus agressif et plus efficace dans le ton, répétant à de nombreuses reprises : « le sénateur Obama n’a pas l’air de comprendre ».
C’est que McCain ne s’est pas départi de cette habitude américaine consistant à simplifier et que le discours nettement plus structuré d’Obama a permis de contenir, de sorte que le débat dans son ensemble a été de qualité honorable.
Hélas, la simplification marche plus aux États-Unis qu’en Europe, et ainsi Obama, qui fut supérieur à son adversaire sur le fond, n’a pas réussi à se distancer ni à le mettre en difficulté.

Autre déception : l’économie fut le sujet de la première partie du débat, mais Obama n’a pas été capable – pas plus que McCain, mais cela était attendu – de se démarquer en faisant des propositions choc qui aurait vérifié l’idée commune selon laquelle les démocrates sont meilleurs sur les questions économiques. Cette fable répétée à l’envi s’est effondrée hier. Obama ne s’est pas imposé sur le terrain économique. J’ai rappelé dans mon message d’hier qu’il n’était pas plus économiste que McCain… Aucun n’a pu répondre à la question répétée du présentateur sur leurs recettes pour faire face à la crise.

Paradoxalement, la position d’Obama était meilleure sur les affaires de sécurité internationale, lorsqu’il a notamment pu opposer à McCain que lui n’avait pas soutenu l’invasion de l’Irak et qu’il avait dès le début des opérations indiqué que le Pakistan et l’Afghanistan étaient les zones de lutte antiterroriste prioritaires.
Obama est l’un des rarissimes hommes politiques américains à avoir eu la prescience et le courage politique de dénoncer l’invasion de l’Irak, et cela semble ne pas lui avoir beaucoup servi hier soir, chose extraordinaire alors que McCain a soutenu la politique de George W. Bush – s’en étant toutefois démarqué en prônant des renforts depuis bien avant que le président ne se décide au « surge » de 2007.

Obama a souligné les erreurs de jugement de McCain et de l’administration qu’il a soutenue, mais McCain a répondu par l’émotion en évoquant les soldats qui sont au front, leur patriotisme. Chaque candidat portait le bracelet d’un jeune soldat mort au combat – là-dessus, Obama a répondu du tac-au-tac à McCain.
Obama était à l’aise, expliquant avec clarté et maîtrise la complexité de la situation en Afghanistan-Pakistan. Pourtant, il n’a pas percé.

Sur l’Iran, McCain s’est montré très ferme, comme sur la Russie. Jeu égal sur la Russie, mais sur l’Iran, si Obama a pu clairement défendre sa position de vouloir par principe être ouvert à un dialogue, McCain a là encore recouru à l’émotion, évoquant Israël et un second holocauste – référence aux déclarations d’Ahmadinejad sur la disparition de l’Etat juif.
Obama a su balayer ces semi-arguments en mentionnant que le président iranien n’était pas l’homme le plus puissant à Téhéran.

Mais ses tirades n’ont pas été pleinement efficaces, et il n’a pas réussi, ayant parfaitement raison sur le fond et montrant qu’il saisissait les nuances des problèmes internationaux comme les Américains les expriment très rarement, à marginaliser son adversaire, à le clouer et à le caricaturer.
McCain a été meilleur à ce jeu-là. Obama est moins prisonnier que McCain de la vision binaire du monde extérieur, mais cela est trop compliqué aux États-Unis.

Au total, d’un point de vue américain, s’il n’y a pas de vainqueur, c’est bien McCain qui a tiré bénéfice de ce débat.
D’un point de vue européen, c’est Obama qui a montré une vision conceptuelle et juste des défis, notamment internationaux, et présenté un message cohérent de nécessaire intervention de l’Etat pour juguler les forces du marché et rappelé le besoin de « remettre les classes moyennes sur les rails ».

Un Européen vote forcément pour Obama, mais un Américain… ?

26 sept. 2008

La crise financière et le « président » Obama ?

La conjonction de facteurs économiques et politiques extraordinaires vient rendre à la campagne toute la lumière que lui avait un instant ravie la nouvelle des faillites des plus grands banques d’affaires de New York.

Élection présidentielle d’un côté, qui entre dans sa phase la plus sensible avec les premiers débats, et intervention non seulement de l’Etat mais aussi du Congrès, avec l’approbation des mesures proposées par le secrétaire au Trésor ; les événements se mêlent, et l’influence des enjeux économiques sur les enjeux politiques et vice-versa, se joue sous nos yeux.

La difficulté pour le Congrès est de voter un paquet de mesures de 700 milliards pour sauver le système financier, et partant, solder les frais des emballements commis par les établissements de crédit et d'investissement, à moins de deux mois des élections parlementaires (un tiers des sénateurs et la totalité des représentants le 4 novembre).

Le mécontentement des Américains n’a d’égal que leur anxiété qui monte de jour en jour depuis des mois, et que la crise actuelle vient exacerber. Ils sont d’autant moins disposés à régler la note que la situation économique exige des investissements publics importants dans la santé et l’éducation. L’humeur est anti-New-York et anti-Washington.

Les élus sont donc entre le marteau et l’enclume, obligés de répondre à la crise par une action forte, tout en craignant la réaction des électeurs. Pourtant, il était urgent d’agir pour rassurer les acteurs économiques, car le Congrès s’apprête à prendre congé.

Il n’y a pas que le président sortant qui est un « lame duck » (canard boiteux) aux États-Unis ; un Congrès finissant est aussi réduit à l’impuissance pendant les trois mois de quasi-vacance, avant l’intronisation des nouveaux élus à Washington en janvier.




Quelques remarques sur les événements des derniers jours :

  • Pari perdu pour McCain : radio méditerranée international m’a interrogé hier sur la stratégie de McCain et j’ai pensé que son annonce de suspendre sa campagne, comme il avait suspendu la convention du parti pour cause d’ouragan dans le sud, ne lui était pas si défavorable, même si une majorité d’Américains semblait considérer qu’il ne s’agissait là que de « posture » et que le coup n’avait pas vraiment pris. A la réflexion, je crois que le retour négatif de cette approche est plus important et qu’il apparaît non comme le père de la nation rassembleur que cette décision voulait présenter aux Américains, mais comme un politicien qui tente de se refaire et qui manque de flaire. Sa requête de reporter le débat d'aujourd'hui, très insolite, n'a, sans surpise, pas été retenue.
  • Pour la première fois, je pense qu’une victoire d’Obama devient une option sérieuse, ayant toujours pensé que McCain serait élu. Les sondages du jour montrent certes un écart significatif en faveur d'Obama, mais il est clair que le démocrate a su tenir un discours plus percutant sur la crise en soulignant très vite que le manque de liquidités devait absolument être évité, et avec lui la crise de confiance.
  • Obama n’est pas plus que McCain un économiste, mais il laisse voir une préoccupation plus marquée pour les questions économiques que son rival, et ce conformément à l’idée communément admise selon laquelle les démocrates ont un avantage dès qu’il s’agit d’économie.
  • Dans son allocution, le président Bush a mentionné le fait qu’il n’était pas dans ses convictions de soutenir une intervention de l’Etat mais que la gravité de la situation l’exigeait. C’est là une parfaite illustration d'une différence essentielle entre l’Europe continentale et les États-Unis : l’interventionnisme reste très éloigné de la culture économique américaine. Ne pas créer une culture du sauvetage public avait été l’un des arguments de Paulson pour ne pas venir au secours de Lehman Brothers, et les candidats à la présidence ne s’étaient pas empressés de soutenir un « bail out » aux frais du contribuable. Même le langage d’Obama, favorable à une intervention depuis le début, a été précautionneux.
  • Le fait est, indéniable, qu’à ce stade la crise bénéficie à Obama. Cela est réjouissant, mais il ne faut pas s’enthousiasmer trop vite car les hauts et les bas des campagnes sont typiques, et très sensibles aux événements extérieurs. Obama a l’avantage après que Palin l’ait donné à McCain. Attendons de voir les débats et n’oublions pas qu’il reste encore cinq semaines avant le jour-J.


Si un président Obama devait prendre en mains les destinés des États-Unis en janvier 2009, il aurait non seulement tous les leviers du pouvoir à sa disposition avec le Congrès et la présidence, mais aussi une bienveillance aussi forte dans le pays qu’est profonde l’attente d’une rupture. Au plan économique comme au plan international, les cent premiers jours pourraient représenter un moment hautement historique pour l’Amérique.

Un président Obama, porté par la crise financière, serait-il à la hauteur ?

22 sept. 2008

Le jour d'Henry Paulson

L'intervention spectaculaire de l'État américain vient d'être dévoilée pleinement par le secrétaire au Trésor Hank Paulson (qui dirige aussi le SED). Cet ancien président de Goldman Sachs explique la situation avec clarté dans Meet the Press, émission phare du PAF américain sur MSNBC.



"King Henry", ainsi que l'appelle cette semaine l'hebdomadaire Newsweek, parle des erreurs commises par les emprunteurs et les prêteurs et de la nécessaire intervention d'un régulateur à l'avenir, d'AIG à quelques heures de se déclarer en banqueroute, etc.

Pour ma part, j'ai eu l'occasion d'établir un lien entre la crise actuelle et les préoccupations des Américains dans Les Échos d'aujourd'hui, autrement dit le lien entre les événements financiers et la sphère politique et la responsabilité des dirigeants publics, un instant relégués à l'arrière-scène par l'ampleur de la crise.

Obama a cependant eu une bien meilleure réaction que McCain, insistant sur la notion de confiance indispensable à l'économie et sur l'importance vitale de liquidités, quand le républicain réitérait que les fondamentaux étaient bons.

18 sept. 2008

Les deux fronts



Quel discours les candidats doivent-ils adopter devant la complexité et l'incertitude de la situation? La réaction en chaîne qui voit le crédit hypothécaire dévoiler l'ampleur de bilans tronqués, dont la valorisation reste une inconnue, rend l'exercice difficile. Prétendre protéger les citoyens contre les excès de Wall Street, cela peut fonctionner en campagne, mais la formulation de politiques sérieuses reste indispensable, car le rôle des politiques est d'entretenir la confiance ou de prévenir la spirale de la peur dans l'économie qui accélère celle de la crise de liquidité, mortelle pour l'activité économique. Ni McCain ni Obama n'ont pour l'instant trouver la parade.



Le Pakistan de l'ineffable Zardari entend réagir militairement à toute incursion sur son territoire. Cet avis lancé aux Etats-Unis montre que le front afghano-pakistanais est loin de se simplifier et que de nouveaux efforts américains pour se concilier "l'allié" pakistanais devront être consentis par le prochain président.

Les déclarations pakistanaises répondent à l'indignation provoquée dans le pays par les incursions américaines au début du mois et n'indiquent pas un changement de cap, mais les relations entre les deux pays, on le voit, ne sont pas servies par le départ de Mousharraf, particulièrement à l'heure où les Etats-Unis deviennent plus exigeants quant à l'action du Pakistan sur sa frontière avec l'Afghanistan et que cette orientation sera celle du prochain président, quel qu'il soit.

Les frictions à prévoir entre les deux pays ne seront que l'écho de la tendance islamiste au Pakistan, dont il y a à penser que les jours sont comptés. Le basculement dans la crise civile serait une catastrophe mais c'est un scénario à prévoir. Les hommes aux commandes, Zardari et Sharif, sauront-ils la prévenir? Pas confiance...

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



Haut de la page