Barack Obama aura eu un printemps chargé en déplacements - alors que sa priorité est la réforme de la sécurité sociale. La principale leçon que l'on peut en tirer est que les réalités s'imposent, même à un personnage entouré d'une aura qui prolonge son état de grâce.
A Moscou, mis à part un engagement à réduire les armements nucléaires, axe central de la politique russe des Etats-Unis, et l'accord sur le transit militaire américain vers l'Afghanistan, le "reset" ou redémarrage des relations bilatérales, paraît très difficile. Les Russes sont plus méfiants que jamais et attendent des garanties que les USA ne sont pas près de leur donner sur leur zone d'influence. La refonte des relations russo-atlantiques patine. Pas de magie, et donc pas de main dans la main pour contenir le nucléaire en Corée du Nord et en Iran.
A Téhéran, la présentation de la situation par la presse occidentale est très surprenante car non seulement Ahmadinejad semble avoir été réélu confortablement, mais voir en Moussavi un libéral et dépeindre le clivage entre pro-démocrates et théocrates autoritaires semble tout à fait déconnecté des réalités locales. Premier ministre pendant la guerre Iran-Irak, de 1980 à 1988, années traumatiques pour un Iran isolé du monde (tout l'Occident et les Arabes soutenaient sans ambiguïté l'Irak de Saddam Hussein, auprès duquel Donald Rumsfeld fut en 1983 l'envoyé de Ronald Reagan...), Moussavi est un fils de la révolution khonmeiniste. Celle-ci a donné naissance à un régime singulier où mollahs et ayatollahs se disputent pouvoir et argent, et qui isole l'Iran, d'où un mécontentement, notamment au sien de la jeunesse urbaine, mais cela ne veut pas dire que les ressorts de la révolution de 1979 ne soient plus d'actualité. Les motivations des pro-Moussavi semblent ressembler pour partie à ceux des anti-chah des années 1970. En bref, l'Iran n'est pas près de nous ressembler, même si le président et le Guide devaient demain être renversés par la rue (avec quelque soutien extérieur?).
Cela pose problème pour Obama, car les tensions nées des élections avivent l'antagonisme avec le monde extérieur, et particulièrement les USA. Le tohu-bohu autour des élections iraniennes complique l'ouverture américaine, déjà mise à mal par la reconduction d'Ahmadinejad.
Enfin la Chine, et l'obligation de doser sans cesse l'approche américaine pour ne pas compromettre des objectifs stratégiques (gestion des enjeux économiques mondiaux) au profit d'avancées de court terme (sur la concurrence déloyale), ou les sujets politiques (le soutien de la Chine face à Pyongyang) au profit des sujets économiques ("enforcement" ou respect rigoureux des règles commerciales). Les Etats-Unis cherchent toujours la voie entre rivalité et partenariat et cette oscillation semble devoir être la marque des relations sino-américaines pour de longues années.
Avec la Chine plus encore que sur tout autre sujet, Obama fait face aux réalités, toujours aux réalités...
14 juil. 2009
Les réalités, toujours les réalités
23 févr. 2009
Nouvelles têtes: le retour de la grande Amérique?
Un mot sur les nominations ici et là dans les domaines de la sécurité et de la diplomatie après un mois de présidence Obama.
Tout ce qui a pu être dit dans ce blog sur le caractère cérébral du nouveau président et de son approche non conventionnelle de la politique mondiale se vérifie par quelques nominations, dont on est en droit de se réjouir.
Pour remplacer John Negroponte comme DNI (Director of National Intelligence) ou "tzar du renseignement", poste créé par l'administration Bush, Obama a choisi l'excellent amiral Blair, ancien commandant des forces dans le Pacifique. L'amiral signa en 2006 un article de grande qualité avec notre ami Jerry Hultin dans Politique Américaine sur la politique navale des USA. Le DNI couvre l'ensemble des agences de renseignement et de sécurité, y compris, bien sûr, la CIA, qui échoit à Leon Panetta, secrétaire général de la Maison-Blanche sous Clinton.
Le même amiral Blair a nommé Chas Freeman comme directeur du National Intelligence Council, qui produit notamment les documents de stratégie nationale et les rapports NIE (National Intelligence Estimates) qui guident la politique américaine. Sinisant, diplomatie de carrière, l'ambassaderu Freeman représenta notamment les USA à Riyad sous Bush I entre 1989 et 1992, pendant la première guerre du Golfe. Freeman se distingue cependant par des idées peu conventionnelles sur le Moyen Orient aux Etats-Unis et n'hésite pas à dire des vérités qui dérangent, comme le veto systématique des USA à l'ONU lorsque Israël est condamné. Freeman est cité dans "Après Bush" (pp. 156 et 160) pour illustrer qu'il existe une vision plus équilibrée du Moyen-Orient parmi certains "insiders" à Washington. Au choix de Freeman s'ajoute celui de Mitchell comme envoyé pour le conflit israélo-palestinien qui était assez étonnant.
Du côté des universités, c'est Anne-Marie Slaugther et Steve Bosworth qui sont distingués, la première, universitaire de renom et doyenne de la Woodrow Wilson School de Princeton, comme chef de l'important département de la planification au département d'Etat (dont il est question dans "Après Bush" car cette unité, alors dirigée par George Kennan, conçut la politique américaine d'après-guerre et notamment l'endiguement du communisme mondial), le second, ambassadeur de Clinton à Séoul et doyen de la Fletcher School of Law and Diplomacy de Tufts, comme envoyé spécial pour la Corée du Nord. Signalons que l'ancien doyen de la Kennedy School de Harvard, Joe Nye, devrait devenir ambassadeur au Japon. Merci pour Politique Américaine, ces trois personnages étant membres du conseil de patronage international...
Bref, des experts ayant une réelle connaissance du monde extérieur et des aptitudes linguistiques sérieuses. L'Amérique va-t-elle changer? Revenir à la tradition américaine de la retenue et de la distance, sûrement, mais peut-être même aller au-delà, et concevoir une politique mondiale qui imite celle devisée par l'immense Kennan en 1946-47, et qui soit à la hauteur des enjeux économiques et de sécurité...
Attention cependant à l'exemple de Wilson, le père de la Société des Nations, dont l'intransigeance desservit ses projets (les républicains ne ratifièrent pas la SDN). gageons que Barack Obama, en fin connaisseur de l'histoire américaine, saura éviter ce travers qui fut celui de George W Bsuh: la certitude.