Le président américain a annoncé l’envoi de renforts en Afghanistan. L’objectif ultime se résume en 3 D : déroute, démantèlement, défaite d’al-Qaida. Le régime taliban renversé en 2001 abritait l’organisation terroriste et c’est pour cela que l’action se focalise sur ce pays et non en Irak.
Il s’agit de créer les conditions qui interdiront le retour des talibans au pouvoir à Kaboul, et ce avec le soutien de forces nationales afghanes que les Alliés doivent former, pour s’assurer que la lutte contre al-Qaida sera efficace. Chose déjà curieuse puisque les groupements terroristes sont épars, transnationaux, avec une capacité à réapparaître après qu’un coup dur leur ait été porté. Le concours des institutions nationales et au-delà (l’Arabie saoudite ?) est donc indispensable pour espérer en venir à bout durablement. Cela ajoute à la haute probabilité d’un échec en Afghanistan.
Obama risque en effet en partie sa présidence sur ce dossier afghan, car malgré les renforts un échec ou un prolongement affecterait tout autre succès qu’il pourrait connaître ailleurs en politique étrangère. Le retrait des troupes en 2011 est en outre officiellement contingent des conditions sur le terrain, imprévisibles ce jour. Ainsi, une extension de la présence militaire américaine dans le pays est possible. La date de 2011, on le voit, n’est pas si certaine.
Mais il y a plus difficile encore que l’Afghanistan. Les 3 « D » pourraient en effet produire un gros « E » comme échec retentissant, car dans la stratégie déjà très ambitieuse qui consiste à faire d’un pays de malheur une région à peu près convenable institutionnellement (sans parler de ce Pachtounistan qui traverse les frontières politiques du Pakistan et de l’Afghanistan, comme le Kurdistan travers celle de l’Irak et de la Turquie), se trouve l’objectif déclaré de contribuer à la stabilité de long terme au Pakistan voisin, suite logique d’une lutte antiterroriste cohérente.
Cela signifie aider les militaires pakistanais à écraser les talibans afghans et pakistanais et al-Qaida, ce qui touche aux luttes internes au système pakistanais. Cela signifie aussi assurer la stabilité de l’Etat, ce qui est au cœur de ce même système. Or, selon le mot de Sashi Tharoor, député indien, auteur, et ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, en Inde l’Etat a une armée tandis qu’au Pakistan l’armée a un Etat. En d’autres termes, les divisions internes au Pakistan, entre civils et militaires et au sein de l’armée elle-même, et les disparités économiques qui fragilisent la société civile, ainsi que l’usage de l’irrédentisme au Cachemire dans les relations avec l’Inde, rendent la tâche immensément périlleuse.
Depuis des décennies les Etats-Unis financent l’armée pakistanaise sans avoir de prise réelle sur un régime à l’instabilité chronique, qui alterne régime d’exception et gouvernement civil appuyé sur une majorité fragmentée. Les renforts n’aideront guère à assainir la vie nationale pakistanaise, ni à y convaincre l’armée d’intensifier la lutte contre les groupements au Pachtounistan afghan ou pakistanais.
En Afghanistan les Allies restent otages du « conundrum » pakistanais : voie sans issue. Il faut espérer que la réforme de l’assurance santé offrira quelque capital politique au président américain car il en aura probablement besoin dans quelques mois.
2 déc. 2009
Afghanistan : 3 « D » pourraient faire un « E »
18 févr. 2009
La victoire de Tom Hanks...
"La guerre selon Charlie Wilson", excellente production de Tom l'acteur Hanks, revient en mémoire à l'occasion des décisions du président Obama sur le front du terrorisme.
Comme prévu, la priorité est donnée à l'Afghanistan et au Pakistan, qui font l'objet d'une révision de la stratégie américaine. D'ores et déjà des renforts de 17000 hommes seront redéployés sur le front afghan et autant pourraient être transférés dans les mois à venir.
Fidèle à son analyse de la question terroriste, Obama engage les USA sur le front qui fut depuis 2001 à l'origine du mal, et qui cache le sujet le plus diabolique pour la diplomatie américaine, l'avenir du régime pakistanais. Voilà donc en quelque sorte l'Amérique revenue à une guerre juste.
Cependant, si l'opinion internationale, et notamment européenne, approuvera cette réorientation, les demandes qui l'accompagnent vont tendre les relations euro-américaines. L'Europe n'est pas prête à envoyer plus de troupes en Afghanistan comme le demande Obama.
C'est là le coeur du dilemme européen: prétendre peser davantage et rendre à l'alliance transatlantique tout son sens, tout en refusant d'y mettre les moyens. La lune de miel entre Obama et les Européens se heurtera invariablement à cette réalité.
Et au fond, faut-il oui ou non s'engager sur le front afghan contre les Talibans et al-Qaida?
Oui car combattre les réseaux terroristes par une intervention armée au pays de Massoud est nécessaire. Sur le long terme, la transformation de l'Afghanistan est toutefois douteuse. Jusqu'où s'arrêter? Il faut donc bien des objectifs précis pour savoir quand prend fin l'engagement.
Non car l'Afghanistan est ingagnable et beaucoup a déjà été fait. Il faudrait se concentrer maintenant sur le Pakistan.
Les deux approches se discutent. Le certain est que le Pakistan est l'objectif de long terme le plus cohérent, mais il est le plus difficile. Un soutien aux USA pour circonscrire la capacité de nuisance du Pakistan et favoriser la stabilisation politique et oeuvrer à la paix avec l'Inde, voilà un axe essentiel et durable qui pourrait définir la coopération euro-américaine en Asie du Sud (selon la classification américaine).
Le rôle de l'Europe dans l'action de l'OTAN en Afghanistan sera sujet à de vives discussions, mais une offre politique de long terme sur le dossier pakistanais est de l'ordre du possible pour les Européens. Il y a là matière à un vrai renouvellement.
23 janv. 2009
Obama ou la continuité américaine
Que l’Amérique se retrouve et qu’elle projette dans le monde ses valeurs sans ignorer les réalités extérieures, telle est la mission du nouveau président. Au fond, la négritude de Barack Obama a peu d’importance ; tout change est tout reste pareil. Il s’agit de l’Amérique, de sa capacité à demeurer le centre névralgique de l’économie mondiale et à guider la politique internationale.
La vraie rupture, la sortie de route, ce fut « W » avec l’invasion irraisonnée de l’Irak et la polarisation de la société américaine autour des mœurs. Obama sera l’homme du recadrage, dans la tradition qui a dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan. Reagan ne fut-il d’ailleurs pas d’abord un démocrate du New Deal avant d’adhérer au parti républicain ? Et Obama n’est-il pas, comme Roosevelt et Reagan, placé devant des défis économiques et stratégiques considérables ? Une fois de plus, l’Amérique doit réinventer son contrat social et son rôle mondial.
En homme de synthèse qui toute sa vie fut en quête de son identité, cherchant à concilier négritude et américanité, Obama cherchera à répondre aux défis du monde, dont il saisit sans peine toute la complexité, dans le respect des principes américains ; voilà deux différences majeures avec l’administration sortante. Qu’en sera-t-il donc de l’Amérique et du monde ?Les accents reaganiens du discours d’Obama, c’est la confiance que les Américains doivent retrouver en eux-mêmes, et la promotion des valeurs de liberté qu’ils doivent inspirer et non imposer, par une approche pragmatique et réaliste de la politique internationale. Ce réalisme se trouve dans le diagnostic : Obama a très tôt perçu que le vrai danger, ce n’était ni l’Irak ni l’Iran, mais l’Afghanistan et le Pakistan. C’est là que se loge le venin de la politique internationale. Là aussi que le cataclysme tant redouté du nucléaire peut survenir : une guerre indo-pakistanaise beaucoup moins improbable que l’on pense. Au Pakistan, les Etats-Unis sont pris dans des contradictions inextricables ; comment favoriser la démocratie dans un pays où l’armée, colonne vertébrale du pouvoir et allié des Américains, nourrit en même temps l’islamisme et soutient les talibans afghans ? Comment aussi soutenir l’Inde sans affaiblir l’alliance avec les militaires pakistanais de façon irréversible et incalculable ? Comme le dit astucieusement l’Indien de l’ONU, Sashi Tharoor, en Inde l’Etat a une armée, au Pakistan l’armée a un Etat. Le rapprochement nucléaire américano-indien légué par Bush est une grande ouverture stratégique, mais elle complique l’équilibre régional et affaiblit le régime de non-prolifération.
Pour espérer résoudre ces difficultés, Obama doit renouer avec le réalisme reaganien sur deux fronts : rétablir immédiatement une relation fonctionnelle avec la Russie et instaurer un dialogue avec l’Iran, que les erreurs bushiennes ont placé en position clé dans la région. Les Etats-Unis et l’Iran partagent au moins un intérêt majeur : éradiquer le nihilisme sunnite à la al-Qaïda. Il faudra cependant attendre l’élection présidentielle iranienne en juin pour pouvoir bouger sérieusement sur ce front. La Russie passe donc en premier, et ici les Européens sont concernés directement : un dialogue euro-américain sur la Russie permettrait de se coordonner et d’envisager un grand accord sur la sécurité énergétique européenne, la sécurité russe et l’avenir de l’OTAN, bêtement élargie depuis la chute de l’URSS au lieu de faire place à un nouveau schéma d’ensemble. Mais ce que voudra Obama, en toute logique, c’est un appui en Afghanistan que les opinions européennes ne sont pas prêtes à consentir, ce qui promet des tensions…
Un deuxième front est l’Asie-Pacifique, où l’Europe est absente. L’échec patent de l’administration Bush face aux imprévisibles Nord-Coréens a irrité le Japon et la Corée du Sud, et renforcé le poids diplomatique de la Chine. Une relation triangulaire stable et constructive sino-nippo-américaine est un défi considérable de la nouvelle administration pour maintenir la tumeur nord-coréenne sous contrôle, et accompagner ce qui sera la grande continuation de Bush à Obama, le Dialogue économique stratégique (SED) instauré par Henry Paulson. Le « grand ajustement » économique qui caractérise la mondialisation fait du face-à-face sino-américain la priorité des priorités de la politique économique extérieure. Le réalisme consistera ici à renforcer le dialogue avec une Chine à la fois rivale, concurrente et partenaire.
Le retour de la diplomatie et de l’art du possible, fortifiés par une dissuasion militaire efficace (l’Amérique d’Obama n’hésitera pas plus que celle de Bill Clinton à recourir unilatéralement à la force) sont donc déjà le sceau de la présidence Obama, dont l’action intérieure et extérieure sera facilitée par une disposition au consensus bipartisan (John McCain pourrait être un allié précieux). Le maintien à la Défense du reaganien Robert Gates, numéro deux de la CIA à l’époque de la lutte antisoviétique en Afghanistan au nom de la liberté, et grand correcteur du tir bushien, est un hommage à la continuité américaine dans le centre rationnel. Car il y a aussi les valeurs, et notamment le désarmement nucléaire que soutenait Reagan – Obama était ici pleinement en phase avec McCain, dont les héros s’appellent Reagan et Theodore Roosevelt, le républicain dont le Square Deal fut le devancier du New Deal de Franklin. Continuité et synthèse dans la fidélité aux grands principes qui ont dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan, tel est l’esprit de la présidence qui s’ouvre. Le premier président noir, se voulant un héritier digne des Pères fondateurs, pourrait en effet être celui par lequel l’Amérique retrouvera intelligemment le chemin de la raison.
27 sept. 2008
Débats présidentiels Acte I
Pas de vainqueur net, un débat assez ennuyeux mais qui avait le mérite d’une certaine tenue alors que les débats américains sont souvent très simplificateurs.
McCain, qui avait voulu repousser la rencontre avec Obama, n’a pas perdu de points et en a même gagné.
L’Arizonien s’est montré plus agressif et plus efficace dans le ton, répétant à de nombreuses reprises : « le sénateur Obama n’a pas l’air de comprendre ».
C’est que McCain ne s’est pas départi de cette habitude américaine consistant à simplifier et que le discours nettement plus structuré d’Obama a permis de contenir, de sorte que le débat dans son ensemble a été de qualité honorable.
Hélas, la simplification marche plus aux États-Unis qu’en Europe, et ainsi Obama, qui fut supérieur à son adversaire sur le fond, n’a pas réussi à se distancer ni à le mettre en difficulté.
Autre déception : l’économie fut le sujet de la première partie du débat, mais Obama n’a pas été capable – pas plus que McCain, mais cela était attendu – de se démarquer en faisant des propositions choc qui aurait vérifié l’idée commune selon laquelle les démocrates sont meilleurs sur les questions économiques. Cette fable répétée à l’envi s’est effondrée hier. Obama ne s’est pas imposé sur le terrain économique. J’ai rappelé dans mon message d’hier qu’il n’était pas plus économiste que McCain… Aucun n’a pu répondre à la question répétée du présentateur sur leurs recettes pour faire face à la crise.
Paradoxalement, la position d’Obama était meilleure sur les affaires de sécurité internationale, lorsqu’il a notamment pu opposer à McCain que lui n’avait pas soutenu l’invasion de l’Irak et qu’il avait dès le début des opérations indiqué que le Pakistan et l’Afghanistan étaient les zones de lutte antiterroriste prioritaires.
Obama est l’un des rarissimes hommes politiques américains à avoir eu la prescience et le courage politique de dénoncer l’invasion de l’Irak, et cela semble ne pas lui avoir beaucoup servi hier soir, chose extraordinaire alors que McCain a soutenu la politique de George W. Bush – s’en étant toutefois démarqué en prônant des renforts depuis bien avant que le président ne se décide au « surge » de 2007.
Obama a souligné les erreurs de jugement de McCain et de l’administration qu’il a soutenue, mais McCain a répondu par l’émotion en évoquant les soldats qui sont au front, leur patriotisme. Chaque candidat portait le bracelet d’un jeune soldat mort au combat – là-dessus, Obama a répondu du tac-au-tac à McCain.
Obama était à l’aise, expliquant avec clarté et maîtrise la complexité de la situation en Afghanistan-Pakistan. Pourtant, il n’a pas percé.
Sur l’Iran, McCain s’est montré très ferme, comme sur la Russie. Jeu égal sur la Russie, mais sur l’Iran, si Obama a pu clairement défendre sa position de vouloir par principe être ouvert à un dialogue, McCain a là encore recouru à l’émotion, évoquant Israël et un second holocauste – référence aux déclarations d’Ahmadinejad sur la disparition de l’Etat juif.
Obama a su balayer ces semi-arguments en mentionnant que le président iranien n’était pas l’homme le plus puissant à Téhéran.
Mais ses tirades n’ont pas été pleinement efficaces, et il n’a pas réussi, ayant parfaitement raison sur le fond et montrant qu’il saisissait les nuances des problèmes internationaux comme les Américains les expriment très rarement, à marginaliser son adversaire, à le clouer et à le caricaturer.
McCain a été meilleur à ce jeu-là. Obama est moins prisonnier que McCain de la vision binaire du monde extérieur, mais cela est trop compliqué aux États-Unis.
Au total, d’un point de vue américain, s’il n’y a pas de vainqueur, c’est bien McCain qui a tiré bénéfice de ce débat.
D’un point de vue européen, c’est Obama qui a montré une vision conceptuelle et juste des défis, notamment internationaux, et présenté un message cohérent de nécessaire intervention de l’Etat pour juguler les forces du marché et rappelé le besoin de « remettre les classes moyennes sur les rails ».
Un Européen vote forcément pour Obama, mais un Américain… ?
18 sept. 2008
Les deux fronts
Quel discours les candidats doivent-ils adopter devant la complexité et l'incertitude de la situation? La réaction en chaîne qui voit le crédit hypothécaire dévoiler l'ampleur de bilans tronqués, dont la valorisation reste une inconnue, rend l'exercice difficile. Prétendre protéger les citoyens contre les excès de Wall Street, cela peut fonctionner en campagne, mais la formulation de politiques sérieuses reste indispensable, car le rôle des politiques est d'entretenir la confiance ou de prévenir la spirale de la peur dans l'économie qui accélère celle de la crise de liquidité, mortelle pour l'activité économique. Ni McCain ni Obama n'ont pour l'instant trouver la parade.
Le Pakistan de l'ineffable Zardari entend réagir militairement à toute incursion sur son territoire. Cet avis lancé aux Etats-Unis montre que le front afghano-pakistanais est loin de se simplifier et que de nouveaux efforts américains pour se concilier "l'allié" pakistanais devront être consentis par le prochain président.
Les déclarations pakistanaises répondent à l'indignation provoquée dans le pays par les incursions américaines au début du mois et n'indiquent pas un changement de cap, mais les relations entre les deux pays, on le voit, ne sont pas servies par le départ de Mousharraf, particulièrement à l'heure où les Etats-Unis deviennent plus exigeants quant à l'action du Pakistan sur sa frontière avec l'Afghanistan et que cette orientation sera celle du prochain président, quel qu'il soit.
Les frictions à prévoir entre les deux pays ne seront que l'écho de la tendance islamiste au Pakistan, dont il y a à penser que les jours sont comptés. Le basculement dans la crise civile serait une catastrophe mais c'est un scénario à prévoir. Les hommes aux commandes, Zardari et Sharif, sauront-ils la prévenir? Pas confiance...
18 août 2008
De la Géorgie au Pakistan, un jeu de montagnes russes
Menacé de destitution par la coalition parlementaire qui fait la Majorité, Pervez Musharraf a annoncé aujourd'hui sa démission de la présidence du Pakistan. Ce vide donne un haut-le-cœur. Non que Musharraf soit aimable, mais on sait ce que l'on perd et l'on ne sait pas ce que l'on gagne, dans un pays qui représente un danger réel pour la paix régionale et partant, mondiale, puisque le Pakistan possède l'arme nucléaire. Le renversement dans la violence que l'on pouvait craindre ne s'est pas produit et c'est donc tout en douceur que se passe la transition. L'armée n'a pas suivi son ancien chef et les États-Unis ont sans doute pesé dans la balance. Il reste que l'incertitude domine encore l'avenir de ce pays clé dans la lutte antiterroriste, où la majorité politique hétéroclite risque de se fissurer par soubresauts une fois éliminé son ennemi commun.
Autre haut-le-cœur, les déclarations de la chancelière allemande sur l'adhésion future de la Géorgie à l'OTAN. Après le sommet de Bucarest au printemps, qui avait enterré le projet de Bush sur une entrée de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'Alliance, l'Allemagne affirme que la Géorgie sera dans l'OTAN. L'apaisement et la mise en ordre des relations euro-russes dans un cadre stratégique et politique réfléchi ne seront pas facilités par ces déclarations. C'est pourtant un enjeu européen majeur des prochaines années. L'élection de John McCain ne devrait pas non plus faciliter la gestion par les Occidentaux des incertitudes russes quant au destin de la Russie post-soviétique. Un président Obama serait plus en phase avec les exigences de ce défi qu'ont en partage Européens et Américains.
Les erreurs des années 1990 se payent. Comment créer une relation de confiance avec la Russie ? Cette question restera sans réponse si l'on cherche à repousser toujours plus les limites de l'empiètement de l'influence russe sans contrepartie significative.
8 août 2008
Les JO, la Chine, Mousharaf, Bush et Sarkozy
Le président pakistanais a renoncé à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin. La procédure de destitution engagée contre lui par la majorité parlementaire explique cette décision. Ces événements replacent le projecteur sur le Pakistan dont il a plusieurs fois déjà été question ici, en raison de la conviction depuis longtemps que le danger numéro un pour la paix mondiale se situe au Pays des purs. Pourquoi Mousharaf ne se rend-il pas à Pékin ? Non parce que la coalition hétéroclite qui a gagné les législatives représente une menace immédiate. On verra bien si la destitution aboutit. Le danger, pour l'ancien général qui se démit avec beaucoup de réticence de ses fonctions de chef de l'État-major, dans un pays où l'armée joue un rôle politique clé depuis des décennies, est que l'armée ne le soutienne plus et qu'un coup soit ourdi contre lui en son absence. Mousharaf lui-même exécuta son coup d'état en 1999 contre le Premier ministre Nawaz Sharif, figure de l'actuelle majorité, tandis que celui-ci était à l'étranger.
Derrière les controverses sur les droits de l'homme en Chine, les JO nous rappellent que la poudrière pakistanaise n'a pas fini de menacer. Une guerre civile au Pakistan, où les services de renseignement sont les premiers soutiens des Talibans, compliquant toujours plus l'alliance avec les États-Unis, serait potentiellement désastreuse. Obama a eu raison de pointer très tôt le doigt sur Islamabad. McCain se range maintenant à cet avis en considérant, lui aussi, déplacer des troupes d'Irak vers le front afghano-pakistanais.
Quant à la Chine alors ? Le président américain a choisi Bangkok pour prononcer un discours sur les droits de l'homme et les libertés individuelles. On annonce que le président Sarkozy ne recevra pas le dalaï-lama comme cela avait été évoqué. Les activistes, aux États-Unis comme en France, s'énervent de la timidité de nos dirigeants face au régime chinois. On entend sans arrêt des appels à la liberté et à la démocratie ; c'est honorable, mais c'est une vue très occidentale.
Si cette liberté est destinée aux Chinois, c'est oublier que les critiques virulentes contre la Chine à un moment de gloire nationale offerte par la réception des JO, fait dont on ne mesure pas assez la portée historique du point de vue chinois en général, et pékinois en particulier, pourraient être mal ressenties par ceux-là mêmes qui sont censés en être les bénéficiaires. Leur régime, les Chinois s'en chargent. La fantastique transformation qui a cours depuis 1978 ne peut laisser penser qu'un pays qui n'a pas connu de travail intellectuel comme la France et l'Angleterre en ont accompli depuis plusieurs siècles, au prix de révolutions, pourrait demain adopter nos mœurs politiques et leurs fondements philosophiques.
D'autre part, le régime chinois a une hantise : l'instabilité sociale. Un échec de la poursuite des réformes économiques pourrait engendrer des désordres préoccupants, menaçant la stabilité régionale. Cela ne serait sûrement pas dans l'intérêt du reste du monde, y compris le monde occidental. La transformation politique de la Chine aboutira sous une forme encore inconnue, et il faut certes faire pression, être ferme, mais avec bonne mesure. Et les dirigeants chinois n'ignorent pas l'autre face de la Chine que montrent en boucle les médias occidentaux, ni les aspirations d'une partie de leur population à ce que l'étau politique se desserre.
Le discours sur les libertés individuelles est donc nécessaire, mais l'on ne peut sans discernement attaquer les présidents Bush ou Sarkozy sur un quelconque manque de courage. Ils ont clairement fait savoir ce qu'ils pensaient en notre nom, mais il est de leur responsabilité de favoriser aussi l'intégration de la Chine au système mondial. La voie est étroite et la charge des affaires exige de mêler idéaux et réalisme. Du reste, que pourraient-ils faire de miracle devant Pékin lorsque l'on n'est pas capable de faire obstacle à Mugabe ? Les Chinois eux, l'ont mis dehors.
Faire entendre le message aux dirigeants chinois est donc une chose, appeler à une culture occidentale en Chine (ou en Russie) est l'aveu d'une méconnaissance profonde et d'un manque de clairvoyance élémentaire. La politique est affaire de culture et celle-ci est un processus lent, qui se mesure sur le temps long dont le monde chinois a coutume.
Notons au passage que ni Obama ni McCain n'ont, pour l'instant, fait de la liberté des Chinois un enjeu de campagne.
21 juil. 2008
Derrière l'Afghanistan, le Pakistan
Je sais que je me répète un peu, mais le Pakistan, qui occupe assez peu les informations françaises, est un danger qui me paraît de loin plus inquiétant que l'Iran. J'ai beaucoup évoqué le Pakistan. Aujourd'hui, l'excellent Christian Science Monitor publie un article dans lequel il rappelle que derrière le front afghan se cache le front pakistanais.J'en profite pour souligner à mon tour l'initiative des sénateurs démocrate Biden (possible secrétaire d'Etat d'Obama) et républicain Lugar sur l'aide civile au Pakistan. Leur projet de loi, que j'évoque aussi dans mon livre à paraître en septembre, vise à renforcer le soutien américain aux infrastructures et aux écoles, triplant ainsi l'aide américaine sur les cinq prochaines années, comme le précise l'article du Monitor. Dans un pays où l'anti-américanisme est puissant, prêter attention aux conditions de la vie quotidienne permet de modérer l'hostilité répandue à l'endroit des Américains.
Les Etats-Unis ont largement négligé cela en Afghanistan après la victoire des Moudjahidin sur les Soviétiques, ce qui a joué en faveur des groupes extrémistes. Augmenter les fonds de l'aide civile au Pakistan est essentiel pour faire face aux tensions dangereuses qui s'y observent, car le Pakistan sera sûrement le problème le plus épineux à gérer dans les prochaines années : c'est un allié des Etats-Unis et en même temps la base arrière de leurs pires ennemis.
Qu'une attention nouvelle soit portée à ce front-ci de la lutte anti-terroriste, par des personnages de la stature de Biden et Lugar, mais aussi par les candidats eux-mêmes (en particulier Obama), est bon signe pour 2009 et cela dans un contexte politique et économique qui n'est pas vraiment encourageant.
20 mai 2008
Après Bush, McCain
Le débat de politique étrangère se poursuit. John McCain adopte une posture bushienne qui se veut dure sur les pays en marge des grands principes du système international, et souligne les faiblesses des démocrates. Cette tactique a marché par le passé, mais il n'est pas certain qu'Obama se laisse piéger.
Les prochaines semaines vont être un test de sa capacité de montrer qu'il tient tête et qu'il peut lui aussi créer le débat, sans laisser ses adversaires marquer le pas et réagir plutôt qu'ouvrir les sujets, comme a su le faire de candidat Sarkozy en 2007. L'option Obama est diablement tentante, mais à ce jour un halo d'incertitude entoure le futur candidat démocrate, alors que McCain est plus « prévisible ».
Obama avait raison de voter contre la guerre en Irak. Il a raison aujourd’hui de designer le Pakistan comme le front le plus dangereux du combat contre le terrorisme. Mais ces jours-ci les républicains ont créé le débat. C'est à lui de montrer qu'il peut en faire autant.