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Affichage des articles dont le libellé est Sarah Palin. Afficher tous les articles
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16 oct. 2008

Débats présidentiels: tombée de rideau

La prochaine fois, ce sera en 2012. Le dernier débat des candidats à la présidence américaine qui s'est tenu hier clôt un affrontement en douceur, qui aura globalement eu de la tenue, même si les simplifications habituelles qui caractérisent le débat américain, comme les médias, n'aura pas été à la hauteur de la situation et des attentes.

Les échanges sur Joe le plombier, cet homme qui aura interpellé Barack Obama lors d'une tournée dans l'Ohio, auront frisé le grotesque. La démagogie étant un jeu de surenchère, Obama a dû s'exécuter en s'adressant directement à Joe, devenu soudain le symbole de tous les "average Joes", c'est-à-dire les Américains moyens, à la suite de son concurrent républicain.

Car c'est bien McCain qui aura joué le plus sur les slogans et les idées simples et, selon le titre d'un article américain du jour, "actionné toutes les ficelles". Reprenant un axe essentiel du credo économique républicain, McCain aura beaucoup insisté sur les impôts dont il fait Obama un champion. Le républicain aura paru plus hargneux que son rival et indubitablement son style et un discours très électoraliste n'ont pas amélioré sa position.

Seulement, même si les sondages donnent Obama vainqueur du débat, leur fiabilité doit être considérée avec prudence, et il reste encore trois semaines avant le scrutin. Les coups de poing de McCain auront aussi été, il me semble, efficaces - comme ceux de Sarah Palin. On reproche à McCain d'avoir perdu son ton d'antan et de se fondre dans la peau d'un républicain classique, un brin obtus. Il est vrai qu'il a opéré un virage serré, mais c'est dans l'espoir que, sur le fil, il l'emportera. McCain doit aussi penser que sa réputation d'opposant à Bush et les comptes qui restent entre eux sont connus des électeurs et que sa "droitisation" ne lui portera pas préjudice aurprès des indécis. On peut en douter.

Obama, de son côté, s'il a conservé une attitude calme et confiante, n'a pas plus réussi qu'auparavant à affaiblir la crédibilité de son adversaire et l'on reste sur la même frustration que précédemment. Les sondages lui ont peut-être dicté sa ligne qui consistait à maintenir son avance sans risquer de dérailler la dynamique très favorable qui joue pour lui, et qui semble difficile à retenir pour les républicains.

Le résultat est que, au total, un doute légitime peut s'instaurer sur les attentes qu'il faut placer en une présidence Obama. L'élection d'Obama est souhaitable, surtout depuis la choix de Palin, mais l'extraordinaire symbole que représenterait son élection résisterait-il longtemps aux déceptions inévitables qui font partie de l'alternance démocratique? Quant à Joe Biden, élu sénateur à 29 ans et choisi sur le tard comme candidat à la vice-présidence, après une déroute aux primaires, sans avoir marqué la vie politique américaine au cours de ces trente années passées au Sénat (les responsabilités s'y obtiennent par ancienneté et Biden est aujourd'hui président de la prestigieuse commission des Affaires étrangères), s'il est très honorable, il n'inspire pas l'enthousiasme que justifierait la situation de l'Amérique débarrassée de "W". Au plus l'on espère d'Obama, au plus le risque d'une déception s'impose.

6 oct. 2008

Chômage en flèche

Le ministère du Travail indique une poursuite de la hausse du chômage aux États-Unis en septembre. Au cours des 12 derniers mois, le taux de chômage aurait augmenté de 1.4 point à 6,1%, soit une hausse de 2,2 millions. 160 000 personnes supplémentaires en septembre ont quitté le marché du travail, le plus fort bond enregistré depuis mai 2007, les licenciements ayant depuis avoisiné la moyenne de 70 000.

Les chômeurs de longue durée sont 2 millions désormais, avec une hausse de 730 000 environ depuis un an. Le nombre total de chômeurs atteint 9,5 millions aujourd'hui contre moins de 7 millions en septembre 2006.

La hausse constante du chômage remonte à avant la crise du crédit immobilier de l'été 2007, mais ce que révèle les chiffres est une nette accélération du phénomène.

Les effets de la crise se font donc rapidement sentir, après que plus de 2 millions de foyers aient perdus leur logement suite la crise du crédit en 2007.

Tout ceci continue de jouer en faveur d'Obama, aidé en cela par le manque de succès de McCain à occuper le terrain de la crise et formuler un message à la fois percutant et simple - ce que Sarah Palin, dans une certaine mesure, parvient mieux à faire. Mais les démocrates ont sur les affaires sociales un crédit que ne se dément pas et que les positions interventionnistes d'Obama depuis le début de la crise financière confirment auprès d'un électorat à la fois furieux et anxieux. Ce sont les "swing states" qu'il faut regarder, bien sûr. McCain vient de renoncer au Michigan, terre démocrate où ses chances étaient déjà minces, et qui aurait donc été hautement symbolique. La Pennsylvanie donne aussi avantage à Obama-Biden.

Crise sociale ? Il reste encore quatre semaines, et McCain est capable de rebondir. Une crise sociale avec une hausse accélérée du chômage pourrait lui en offrir l'occasion.

3 oct. 2008

Super Sarah c. Vénérable Joe

Sarah Palin, que l'on attendait lors du débat de cette nuit pour juger de sa capacité à assumer la campagne présidentielle, après que des doutes légitimes se soient exprimés à son endroit, a repris la main de façon assez magistrale. Absence d'hésitation, débit élevé, formules percutantes, la colistière de John McCain ne s'est pas ridiculisée, tout au contraire. Elle a su incarner l'Amérique ordinaire et a voulu s'identifier à elle.

Joesph Biden, dont on craignait aussi quelques écarts, de l'ordre de l'arrogance plus que de l'incompétence, a évité cet écueil et a confirmé son image et son statut de vénérable sénateur des Etats-Unis. Un homme de qualité, compétent, au vocabulaire articulé, bref un vice-président qui ressemble plus à Al Gore et George H. W. Bush qu'à Dan Quayle ou... Sarah Palin.

Au total, un débat qui a eu de la tenue et qui fait plutôt jeu égal, car malgré sa longue expérience Biden n'a pas su créer une vraie distance avec sa rivale.

Si l'ignorance de Sarah Palin a été compensée par une réactivité et une combativité hors pair, la perspective qu'elle devienne vice-présidente n'est pas rassurante car l'Alaskienne est un peu la version féminine de George W. Bush: instinct et certitude dictent son discours, pas l'analyse et la réflexion. Ces défauts-là se sont révélés avec la même force que son aptitude à faire face dans un débat difficile. Sarah Palin sait apprendre, combler ses lacunes et rebondir, mais elle incarne l'Amérique sûre d'elle-même, à tort ou à raison.

En réitérant des formules choc et simples, comme l'indépendance énergétique et les emplois créés par les baisses d'impôts, et en sachant faire d'une faiblesse (son manque d'expérience) une force (elle se déclare étrangère aux us et coutumes du monde politique washingtonien, aux "combines" et à la langue de bois), exploitant l'anti-élitisme débridé de l'opinion qui touche Washington et Wall Street, Palin parle à l'Amérique ordinaire, à "mainstreet" (je suis une mainstreeter, affirme-t-elle). Il est à craindre que son style soit électoralement plus efficace que celui, plus cérébral, de Biden.

Sur un point en tout cas l'émotion est venue au secours de Biden. Après que Palin ait évoqué les difficultés financières rencontrées par son jeune ménage, Biden a contre-attaqué en démontrant qu'un père de famille aussi avait un coeur. Le souvenir de la disparition de sa première femme et de l'éducation de ses enfants l'amis au bord des larmes, mais ce léger embarrassement a aussi pu attirer la sympathie du public et défaire le monopole de Palin sur les choses de la vie...

Biden a toutefois manqué une occasion de mettre à nu les lacunes de son adversaire. Un des enjeux de ce débat était de rester courtois. La démocratie américaine fut la grande gagnante. Mais il aurait été facile de souligner par exemple combien l'image des Etats-Unis dans le monde était dégradée en raison de politiques soutenues par McCain et, plus encore, par l'esprit bushien qui y a conduit et qui est si bien accepté et repris par Palin.

Les Américains considéreront peut-être que Biden a remporté ce débat. Souhaitons-le. Il faut souhaiter aussi que lors des prochaines rencontres, les 7 et 15 octobre, Obama fasse preuve de plus de punch face à McCain. Il faudrait pour cela qu'il s'inspire de Super Sarah plus que du Vénérable Joe.

29 sept. 2008

Débat présidentiel : suite

La presse américaine, ces derniers jours, s'est décidée à délivrer une sanction ferme contre Sarah Palin, notamment après sa prestation désastreuse sur CBS, avec des pharses inachevées et un vide de substance très inquiétant sur la Russie. Bob Herbert fut particulièrement sévère. Sa visite au bureau new-yorkais de Kissinger avec le "maître" de la diplomatie américaine a suscité une certaine compassion, tant elle paraissait décalée devant Dr Henry.



Le regain qu'elle a provoqué en faveur de la candidature républicaine semble s'épuiser. Ma première réaction fut de dire que le choix de Palin permettait à une bonne partie de l'électorat républicain de s'identifier à une femme porteuse de valeurs traditionnelles et d'une "certitude" toute bushienne, qui dédaigne l'analyse et la force des idées au profit du "gut feeling", c'est-à-dire de l'intuition. Il est heureux de constater que ce phénomène ne dure pas, car le choix de Sarah Palin est déconcertant et désespérant.

Venons-en maintenant au débat McCain-Obama de vendredi soir. Les sondages montrent qu'une majorité d'Américains désignent Obama vainqueur. Quelle heureuse surprise! Mon sentiment personnel, que j'ai eu l'occasion d'indiquer - à savoir qu'Obama fut bien meilleur mais que les simplifications et les tacles de McCain étaient une prestation plus efficace dans le contexte américain - semble être en phase, à mon étonnement, avec l'opinion d'une majorité d'Américains. Cette nouvelle me conforte dans l'idée qu'Obama et Biden peuvent remporter cette élection, scénario auquel je ne croyais pas jusqu'à la semaine dernière, c'est-à-dire jusqu'aux débats sur la crise financière face à laquelle la qualité des commentaires d'Obama était supérieurs à ceux de McCain. Un élan en faveur du ticket démocrate se dessine, y compris dans des États clés. Il serait cependant imprudent de crier victoire.

Souhaitons que ce petit basculement, qui laisse derrière nous un "effet Palin" aussi navrant que prévisible, se poursuive jusqu'au 4 novembre.
Mais pour gagner, il faudrait que le prochain débat nous révèle un Obama tout aussi articulé mais plus incisif, plus combattif face à McCain. Pour l'heure, nos regards se tournent vers Biden, qui pourrait entamer un peu plus la crédibilité de Sarah Palin.

Le flottement fugitif qui avait saisi le camp Obama-Biden, après les premiers pas très réussis de l'Alaskienne, pourrait céder à une euphorie à même d'amplifier le petit élan qui se dessine.

Une fois éloignée l'immédiateté du débat de vendredi, le filtre de l'analyse fait apparaître plus nettement la maîtrise des problèmes économiques et internationaux démontrée par Obama. Même les Américains semblent se ranger à ce jugement. C'est de bon augure. C'est la première bonne nouvelle de la campagne en ce qui me concerne.

26 sept. 2008

La crise financière et le « président » Obama ?

La conjonction de facteurs économiques et politiques extraordinaires vient rendre à la campagne toute la lumière que lui avait un instant ravie la nouvelle des faillites des plus grands banques d’affaires de New York.

Élection présidentielle d’un côté, qui entre dans sa phase la plus sensible avec les premiers débats, et intervention non seulement de l’Etat mais aussi du Congrès, avec l’approbation des mesures proposées par le secrétaire au Trésor ; les événements se mêlent, et l’influence des enjeux économiques sur les enjeux politiques et vice-versa, se joue sous nos yeux.

La difficulté pour le Congrès est de voter un paquet de mesures de 700 milliards pour sauver le système financier, et partant, solder les frais des emballements commis par les établissements de crédit et d'investissement, à moins de deux mois des élections parlementaires (un tiers des sénateurs et la totalité des représentants le 4 novembre).

Le mécontentement des Américains n’a d’égal que leur anxiété qui monte de jour en jour depuis des mois, et que la crise actuelle vient exacerber. Ils sont d’autant moins disposés à régler la note que la situation économique exige des investissements publics importants dans la santé et l’éducation. L’humeur est anti-New-York et anti-Washington.

Les élus sont donc entre le marteau et l’enclume, obligés de répondre à la crise par une action forte, tout en craignant la réaction des électeurs. Pourtant, il était urgent d’agir pour rassurer les acteurs économiques, car le Congrès s’apprête à prendre congé.

Il n’y a pas que le président sortant qui est un « lame duck » (canard boiteux) aux États-Unis ; un Congrès finissant est aussi réduit à l’impuissance pendant les trois mois de quasi-vacance, avant l’intronisation des nouveaux élus à Washington en janvier.




Quelques remarques sur les événements des derniers jours :

  • Pari perdu pour McCain : radio méditerranée international m’a interrogé hier sur la stratégie de McCain et j’ai pensé que son annonce de suspendre sa campagne, comme il avait suspendu la convention du parti pour cause d’ouragan dans le sud, ne lui était pas si défavorable, même si une majorité d’Américains semblait considérer qu’il ne s’agissait là que de « posture » et que le coup n’avait pas vraiment pris. A la réflexion, je crois que le retour négatif de cette approche est plus important et qu’il apparaît non comme le père de la nation rassembleur que cette décision voulait présenter aux Américains, mais comme un politicien qui tente de se refaire et qui manque de flaire. Sa requête de reporter le débat d'aujourd'hui, très insolite, n'a, sans surpise, pas été retenue.
  • Pour la première fois, je pense qu’une victoire d’Obama devient une option sérieuse, ayant toujours pensé que McCain serait élu. Les sondages du jour montrent certes un écart significatif en faveur d'Obama, mais il est clair que le démocrate a su tenir un discours plus percutant sur la crise en soulignant très vite que le manque de liquidités devait absolument être évité, et avec lui la crise de confiance.
  • Obama n’est pas plus que McCain un économiste, mais il laisse voir une préoccupation plus marquée pour les questions économiques que son rival, et ce conformément à l’idée communément admise selon laquelle les démocrates ont un avantage dès qu’il s’agit d’économie.
  • Dans son allocution, le président Bush a mentionné le fait qu’il n’était pas dans ses convictions de soutenir une intervention de l’Etat mais que la gravité de la situation l’exigeait. C’est là une parfaite illustration d'une différence essentielle entre l’Europe continentale et les États-Unis : l’interventionnisme reste très éloigné de la culture économique américaine. Ne pas créer une culture du sauvetage public avait été l’un des arguments de Paulson pour ne pas venir au secours de Lehman Brothers, et les candidats à la présidence ne s’étaient pas empressés de soutenir un « bail out » aux frais du contribuable. Même le langage d’Obama, favorable à une intervention depuis le début, a été précautionneux.
  • Le fait est, indéniable, qu’à ce stade la crise bénéficie à Obama. Cela est réjouissant, mais il ne faut pas s’enthousiasmer trop vite car les hauts et les bas des campagnes sont typiques, et très sensibles aux événements extérieurs. Obama a l’avantage après que Palin l’ait donné à McCain. Attendons de voir les débats et n’oublions pas qu’il reste encore cinq semaines avant le jour-J.


Si un président Obama devait prendre en mains les destinés des États-Unis en janvier 2009, il aurait non seulement tous les leviers du pouvoir à sa disposition avec le Congrès et la présidence, mais aussi une bienveillance aussi forte dans le pays qu’est profonde l’attente d’une rupture. Au plan économique comme au plan international, les cent premiers jours pourraient représenter un moment hautement historique pour l’Amérique.

Un président Obama, porté par la crise financière, serait-il à la hauteur ?

15 sept. 2008

La question Palin - et la crise


Le choix de Sarah Palin continue de soulever des questions : son "inspiration divine", son (in-)expérience, et les mini-scandales qui la touchent.

En prenant de la distance, on ne peut qu'être consterné par ce choix car la question que chacun se pose est celle de l'éventualité d'un accident de santé du président McCain et l'accession immédiate de Palin à la présidence. Ce n'est pas une hypothèse hypothétique, pour ainsi dire... 

J'ai eu l'occasion de commenter le choix de McCain dans la seule perspective de la compétition électorale. De ce point de vue, je penchais pour considérer que McCain marquait des points et que ce choix confortait ses chances de gagner. Je le crois toujours.

Je crois aussi que les révélations sur les manigances légales de Palin à toucher des per diem alors que la famille dormait chez elle, ne sont pas de nature à entamer durablement son apport au "ticket". Ces choses-là vont et viennent et le "timing" est tout ce qui compte. Bien plus durable est l'identification d'une partie de l'Amérique à cette femme qui ne manque pas de caractère - le leadership, toujours le leadership...
Il faut aussi considérer que Sarah Palin peut s'étoffer au cours des mois qui viennent, réussir sa transformation en vice-présidentiable crédible, cela n'est pas à exclure. Jusqu'ici, le parcours est réussi.

Il ne faut pas "juger" Palin selon nos critères européens et français car cela induit en erreur. Je le répète, de ce point de vue, la perspective offerte est navrante.

Je tendrais à penser enfin que la crise financière spectaculaire, qui laisse sans voix (crash de Lehman et Merril), est d'une telle ampleur que c'est un peu une question de sécurité vitale qui se joue ici, à tel point qu'elle pourrait être assimilée à la sécurité tout court qui joue généralement en faveur des républicains.

Le phénomène n'est pas imputable à la politique fiscale de l'administration sortante, ce qui fournirait un argument-massue aux démocrates, mais relève de l'événement d'un siècle ou d'un demi-siècle.

Dès lors, une figure rassurante et appelant à l'état d'urgence sur un mode d'inspiration militaire, bref un discours musclé qui donne le sentiment que l'on sait quelles mesures adopter, pourrait aussi favoriser les républicains.

L'on dit souvent que l'économie joue en faveur des démocrates, c'est assez vrai, mais Biden et Obama ne sont pas plus économistes que McCain et la gravité de la situation pourrait tourner à l'avantage du GOP. La crise sur tous les fronts, cela incite à choisir un président qui a une longue expérience et est familier de l'adversité plutôt qu'un jeune orateur.

Peut-être ces notions ne seront-elles pas validées par les tendances des prochaines semaines, mais elles méritent réflexion.

9 sept. 2008

Gingrich à propos de Palin, le Congrès, l'avenir des républicains

Newt Gingrich, ancien Speaker de la Chambre des représentants et portevoix de la conquête conservatrice du Congrès en 1994, a récemment fait quelques observations intéressantes sur C-Span, le canal parlementaire américain.

- Obama a commis une erreur en ne choisissant pas Hillary Clinton. Celle-ci aurait rendu le ticket démocrate imbattable. Selon Gingrich, Obama aurait craint de s'entourer de poids lourds et anciens opposants dans son cabinet, comme Bill Clinton le fit en 1993. Serait-ce alors que le candidat démocrate manquerait de confiance en lui-même ?

- Gingrich défend Palin, qui aurait selon lui une réelle expérience militaire comme Chef de la garde nationale alaskienne. Beaucoup de soldats stationnés en Irak sont issus des gardes nationales des États et en effet, Palin s'est rendue auprès des troupes américaines sur le front, contrairement à Obama qui ne le fit que durant la campagne. Selon Gingrich, Palin a la bonne "attitude" et les bonnes valeurs pour devenir Commandant en chef.



Les faits et l'aisance de Sarah Palin face aux militaires sont réels, mais les arguments de Gingrich suffisent-ils a dire que Palin est à la hauteur? C'est douteux.

- Gingrich a une formule qui fait mouche à propos de ce que j'ai déjà pu évoquer: "elle n'a pas de problème à ne pas se sentir citoyenne du monde" dit-il, soulignant qu'Obama reste un intellectuel détaché des préoccupations des Américains ordinaires. Je pense aussi que beaucoup d'américains pourront plus facilement s'identifier a Palin qu'à Obama, et que pour cette raison les républicains devraient l'emporter en novembre.



Faire de la politique autrement reste le maître-mot de cette élection. Les indépendants tiennent probablement la clé du scrutin de novembre. McCain ayant auprès de ceux-ci une réputation de républicain rebelle, ses chances sont d'autant plus sérieuses que cette réputation s'adosse à des projets de loi et des positions tandis qu'Obama ne peut se prévaloir que d'un discours, certes post-partisan.

Autre nouvelle de la rentrée américaine, le Congrès reprend sa session: l'humeur très anti-parlementaire risque d'être regonflée par un Congrès taxé d'être un "do-nothing Congress", étant donné que les élections approchant, les élus ne pourront, ni ne voudront, faire grand chose. Le mécontentement des Américains sera d'autant plus grand que le prix de l'essence reste une préoccupation majeure et que le Congrès peut difficilement agir aujourd'hui.

J'ai souvent mentionné Theodore Roosevelt, le président républicain qui inventa le progressisme et dont les initiatives préfigurèrent le New Deal de Franklin Roosevelt. Teddy Roosevelt (TR) est le modèle de McCain. Le parti progressiste de TR s'appelait le Bull Moose, c'est-a-dire l'élan. Est-ce prémonitoire que la colistière de McCain soit issue du pays des caribous? C'est en tout cas une ironie qui sera peut-être bientôt historique... Gingrich a un mot assez dur pour la chasseresse de caribous: elle ressemble a une femme...

Plus sérieusement, le parti républicain doit se réinventer car la présidence Bush est le point haut et ultime du cycle conservateur de la politique américaine, et je suis convaincu que son succès futur passe par des chemins qui ressemblent à ceux ouverts par TR, soit un conservatisme ouvert et innovant. McCain l'électron libre en est-il capable ?

4 sept. 2008

Palin joue son rôle

Sarah Palin a prononcé son discours à la convention républicaine de St Paul Minneapolis. Un discours classique, sans grand panache mais qui attaque Obama durement, non sur son inexpérience mais sur l'absence d'accomplissement. C'est en effet une grande différence entre Palin et Obama-Biden. Comme gouverneur, celle-ci doit gérer quotidiennement des problèmes et prendre des décisions alors qu'un sénateur est détaché de ces contingences. Ce sera un argument que l'on entendra encore dans les deux mois qui nous séparent du scrutin.



L'intervention de Palin appelle plusieurs commentaires :

  • la gouverneur s'est bien tirée de l'affaire de la grossesse. Il m'a semblé que, bien expliquée, cette nouvelle pouvait non être défavorable mais au contraire favorable au ticket républicain, car beaucoup d'Américains, quelle que soit leur opinion politique, pourraient constater que la famille Palin fait face en mettant en pratique les principes affichés. D'une certain façon, l'affaire a été un exercice en direct de réconciliation des actes et du discours et a montré que les dirigeants les plus importants du pays pouvaient être exposés aux mêmes problèmes que les Américains ordinaires.

    Dans un pays où l'honnêteté est à ce point révérée comme vertu politique, autour de notions de bien et de mal simplifiées, l'authenticité est un véritable atout.

  • le discours de McCain ce soir est très attendu car ce sera un exercice d'équilibriste très serré, on y reviendra, qui pourra compenser aussi le manque de charisme de sa colistière. Palin n'est pas une oratrice, ce qui est d'autant plus évident que son discours ressemblait à une série de slogans anti-démocrates devant un auditoire acquis. Tout ceci manquait d'allure, même si elle n'a pas démérité. En un mot, il faudra s'étoffer avant d'affronter Joe Biden en duel.

  • Palin incarne, beaucoup plus que McCain, la continuité. L'Amérique traditionnelle, ancrée autour des valeurs exacerbées par Bush en 2004, est parfaitement représentée par sa candidature. Ce pourra être un argument pour les démocrates, qui veulent caricaturer la présidence McCain en 3e mandat Bush, mais l'on sait bien qu'un vice-président n'a qu'un rôle largement secondaire, et donc au fond c'est l'attractivité électorale de Palin qui seule compte. Pour cela aussi, elle remplit bien son rôle.

En bref, la convention progresse malgré les obstacles qu'ont représentés l'ouragan et l'annonce de la grossesse. Les républicains ne s'en tirent pas mal jusqu'ici.

Pas de quoi être enthousiasmé par ce ticket, mais je maintiens qu'il reste plus représentatif que le ticket démocrate.

2 sept. 2008

L'"affaire" Palin, piège ou aubaine ?

Une des filles de Sarah Palin, Bristol, 17 ans, est enceinte. Conformément aux convictions familiales, elle accouchera et épousera le père: pas d'avortement.
Cette affaire, qui est venue se substituer à l'ouragan Gustav comme la tempête imprévue du script de l'investiture républicaine, est-elle une catastrophe? Il est trop tôt pour le dire sans plus d'information sur la vie plus mouvementée que l'on pensait de la gouverneur de l'Alaska.



La nouvelle pourrait cependant avoir des effets bénéfiques sur la campagne et, plutôt que d'ajouter aux légitimes interrogations sur le choix de McCain, convaincre certains électeurs de se porter sur le ticket McCain-Palin. Une femme devant faire face à une grossesse précoce de sa fille et qui reste fidèle à ses principes malgré l'embarras que peut causer à une famille pareille situation, beaucoup d'Américains pourront se reconnaître, compatir ou accepter. Et surtout beaucoup d'Américaines...

Les conséquences de la nouvelle de la grossesse de Bristol Palin demeurent, à ce stade, potentiellement bénéfiques pour la campagne. Cela pourrait "humaniser" le ticket républicain et rendre secondaires dans les esprits les critiques sur l'inexpérience du gouverneur.

1 sept. 2008

Gustav à l'aide de McCain-Palin ?

La tornade qui doit toucher aujourd'hui le Sud des États-Unis a déjà une conséquence politique de taille : le président Bush et le vice-président Cheney n'apparaitront pas à la convention nationale républicaine de St-Paul-Minneapolis qui doit investir officiellement le ticket McCain-Palin.



Pour un candidat républicain qui doit s'assurer du plein soutien des électeurs républicains mais aussi des indépendants, conformément à son image et compte tenu de l'impopularité des républicains aujourd'hui, l'absence de Bush, au plus bas dans les sondages depuis des mois, pourrait être une aubaine. Ce que veulent les Américains, c'est le changement, et McCain doit incarner la rupture avec la présidence finissante. Quoi de mieux que Bush reste hors du champ à l'ouverture de la convention, attaché à gérer mieux que l'ouragan Katrina - qui a tant desservi son parti aux élections parlementaires de 2006 - cette nouvelle catastrophe naturelle ?

31 août 2008

McCain-Palin : à l'image de l'Amérique de toujours

En choisissant Sarah Palin, John McCain semble laisser reparaître sa vraie nature, celle de l'affranchi, de l'électron libre, qui surprend et prend des risques (notamment car une procédure judiciaire à l'encontre de Palin est en cours pour abus de pouvoir). Par ce choix, McCain évince aussi d'un coup l'image de la vieille baderne que l'on pourrait associer à sa chevelure de senior.



Le nom de Palin était dans l'air, mais elle n'était clairement pas en tête de liste. McCain a eu l'avantage de laisser Obama dévoiler le nom de son colistier avant de se prononcer. Le choix est donc d'autant plus réfléchi. On attendait Mitt Romney, candidat malheureux aux primaires mais qui fit néanmoins une campagne très honorable, ou Tom Ridge, l'ancien gouverneur de Pennsylvanie et ancien secrétaire à la Sécurité intérieure (Homeland Security).

J'avais écrit que McCain cherchait Obama et Obama cherchait McCain. Avec Biden, Obama a trouvé son McCain, mais en choisissant Palin, McCain s'offre un peu son Hillary...

En apparence, le parallèle tourne cependant court car Palin est un gage à l'aile franchement conservatrice du parti alors que Clinton s'est forgé une conscience politique dans les années de la Contestation et vient de la gauche. De plus, l'Alaskienne n'a pas l'expérience de la sénatrice de New York.

En apparence seulement car beaucoup de femmes pourront s'identifier, se reconnaître dans Palin. Mère de famille, faisant face, réussissant dans un monde d'hommes, en particulier dans la vie politique corrompue de l'Alaska, bref une battante, belle et sportive, qui, contrairement à Hillary, porte avec sincérité les valeurs familiales. Cela ne suffira peut-être pas à rallier les électrices démocrates déçues par l'échec de leur héroïne, mais cela pourra sûrement gagner les anciens "Reagan Democrats", c'est-à-dire les démocrates qui votèrent pour Reagan en 1980.

Palin est ce que l'on appelle une "soccer mom", une maman qui accompagne ses fils au football américain - l'expression raisonne très bien dans les foyers (à cette nuance qu'étant alaskienne elle est une "hockey mom" - chacun son sport régional de prédilection).

Anti-avortement
, membre de la puissante association des porteurs d'armes longtemps présidée par Charlton Heston, Palin incarne l'Amérique traditionnelle qui ignore la frontière partisane entre républicains et démocrates.

Palin est sûrement plus représentative en tout cas que Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, venue de San Francisco, probablement la seule femme élégante du Congrès qui, pour être donc "libérale", est l'épouse d'un homme très fortuné alors que Palin est celle d'un travailleur syndiqué...

On pourra certes lui faire le procès de l'inexpérience. Elle est, comme le dit la chanson de Bowie, une "absolute beginner".

Mais attention à l'effet boomerang - Obama a le même âge qu'elle et relativement peu d'expérience politique non plus. En outre, comme gouverneur, Palin dirige effectivement un Etat, tandis qu'un sénateur fait surtout des discours. Tout en étant résolument conservatrice, Palin a plutôt dirigé l'Alaska contre son parti et en sachant s'entendre avec l'opposition démocrate, ce qui tempère quelque peu l'image extrême que l'on pourrait lui associer.

Elle s'est aussi, comme McCain, levée contre les pratiques corrompues de l'État, y compris la gabegie financière qui voit les parlementaires allouer des fonds à des projets d'intérêt strictement local et contestable, comme le "pont vers nulle part" devenu un symbole de l'incurie d'un Congrès qui rivalise d'impopularité avec le président Bush.

Le choix de Palin est donc surtout un message intérieur, et c'est bien le rôle du colistier que d'apporter un équilibre géographique et électoral. McCain, le "maverick" en mal de légitimité républicaine, a choisi un candidat qui rassure une vaste base conservatrice, des plus militants aux plus ouverts, et c'est une femme.

Un éditorial du Washington Post soulignait à raison que John McCain aurait dû se demander si Sarah Palin était capable de le suppléer en cas d'accident plutôt que de l'aider à remporter l'élection. Palin présidente, cela donne sérieusement à réfléchir.
Pourtant, que penser par exemple de Dan Quayle, qui fut vice-président de G. H. W. Bush entre 1988 et 1992 (sans parler de Bill Clinton ou George W. Bush, qui n'étaient pas des monstres politiques avant d'accéder à la Maison-Blanche)? L'argument n'est pas déplacé, mais c'est bien gagner l'élection qui compte.

En Europe, l'ascension de Sarah Palin soulèverait plutôt de franches réserves. Mais on est en Amérique, et c'est pourquoi le choix de McCain paraît, au total, judicieux.
Le fils aîné de Palin porte l'uniforme en Irak, ce qui coupe court à bien des critiques, car d'accord ou pas avec cette guerre, on ne peut que rendre hommage.
Je pense donc qu'avec Palin McCain a pris une sérieuse option sur la victoire - indépendamment de ce qui peut arriver d'ici là, notamment un débat face à Joe Biden où elle échouerait lamentablement (mais là encore, on vote pour le président, pas pour le colistier).



Les démocrates diront le contraire, mais ce ticket quelque peu insolite me paraît ressembler à l'Amérique qui votera, en secret et en conscience, le 4 novembre, plus que la paire démocrate, aussi séduisante soit-elle, convenons-en.

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



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