L’adoption par le parlement irakien de l’accord de retrait des troupes américaines du pays d’ici à décembre 2011 offre un cadre d’action allant au-delà des seize mois promis durant sa campagne par le président-élu.
D’ici trois ans, les troupes américaines devraient quitter l’Irak. C’est en tout cas ce que dit l’accord, adopté après d’âpres négociations entre les gouvernements Bush et Maliki, sans consultation des parlements irakien et américain.
Avant de partir, l’administration américaine laisse donc en futur héritage un accord de retrait avec calendrier - ce à quoi le président américain s’était toujours refusé – qui va dans le sens de l’approche prônée par le candidat Obama et oriente la politique américaine vers la fin de l’occupation sans fin que rejette désormais une majorité d’Américains.
Il est douteux que l’accord sera respecté, compte tenu des échéances électorales et surtout des événements qui peuvent survenir d’ici trois ans, sans parler des interprétations concurrentes qui pourront être données de telle ou telle clause. Les élections irakiennes, mais aussi un référendum prévu en juillet 2009 en Irak sur l’accord, l’instabilité d’un pays où l’équilibre des forces en présence reste mouvant, et enfin la possibilité pour les Etats-Unis de défendre l’Irak contre des menaces à sa sécurité et de collaborer à la formation de ses forces, laissent beaucoup de marge.
Malgré cela, cet accord offre un socle pour la prochaine administration. Les dirigeants actuels se seraient-ils rangés à la vision d’Obama ou auraient-ils été frappés par la réalité après des années d’aveuglement idéologique et d’ignorance du terrain ?
Le nouvel état des choses facilitera en tout cas l’action de l’équipe Obama-Biden.
1 déc. 2008
Le cadeau de Bush à Obama en Irak
19 oct. 2008
Changer le mode de vie américain?
Ce que la crise financière met en exergue, et que la campagne électorale américaine n'aborde pas, c'est le changement du mode de vie américain.
La soudaine et massive intervention de l'Etat est un tribut au pragmatisme caractéristique des Etats-Unis et à leur capacité d'adaptation, qui sacrifie - pour un temps - le credo économique du laisser-faire. Celui-ci, d'ailleurs, a été largement aménagé depuis l'expansion industrielle du début du XXe siècle avec le Square Deal de Theodore Roosevelt et surtout le New Deal de Franklin Roosevelt.
Le coeur du sujet est sans doute le manque d'épargne et une consommation effrénée, y compris pétrolière, dans un pays industriel où le litre d'essence est très bas. Jimmy Carter s'était essayé à prôner une restriction de la consommation après le second choc pétrolier avant d'y renoncer. George W. Bush a fustigé l'addiction des Américains au pétrole, mais sans proposer de mesures pour la réduire.
Sous l'effet des efforts de régulation imposés par la crise bancaire et la dénonciation parfois excessive de Wall Street, l'Amérique prend conscience que le modèle doit être amendé. Quel que soit le vainqueur de l'élection, je doute qu'il ignorera ce défi majeur. Ce ne semble être l'esprit ni d'Obama ni de McCain - malgré son revirement tactique vers le républicanisme le plus conventionnel depuis les dernières semaines. Peut-être la vraie rupture après Bush sera-t-elle celle-là? Un nouveau discours aux Américains sur ce qui doit changer dans leurs habitudes... Je n'y crois pas beaucoup mais on peut l'espérer sous la pression des événements.
Une chose est certaine à l'heure où l'on discute de refonte du système financier mondial, et qui semble une évidence mais dont les conséquences sont encore mal cernées: l'Amérique de 2009 ne sera pas celle de 1944. Les limites de la puissance américaine qui se sont fait sentir au plan politico-militaire, s'imposent maintenant au plan économique où la coopération internationale sera plus qu'un choix, une contrainte pour la prochaine administration.
La restauration de la santé économique et financière américaine pourra cependant permettre aux Etats-Unis de retrouver un rôle de prépondérance marquée dans le concert des nations, de rester la première d'entre toutes quelques décennies encore. La crise impose de jouer collectif et de faire profil bas en quelque sorte, mais je ne solderais pas trop vite le siècle américain, car jusqu'à preuve du contraire les Etats-Unis reste le point de mire de l'organisation et des équilibres mondiaux.
Pour finir, une remarque sur ce "leadership" dont il est tant question dans la politique américaine, et dont beaucoup aux Etats-Unis ont crédité George W. Bush, confondant la capacité de meneur et de visionnaire à celle conférée par l'autorité hiérarchique, renforcée par la certitude. Le "leadership" s'exerce plus facilement lorsqu'il s'agit d'unilatéralisme militaire que de multilatéralisme économique. George Bush s'est plu à jouer les commandants en chef, mais sa prestation face à la crise financière a été piteuse.
1 sept. 2008
Gustav à l'aide de McCain-Palin ?
La tornade qui doit toucher aujourd'hui le Sud des États-Unis a déjà une conséquence politique de taille : le président Bush et le vice-président Cheney n'apparaitront pas à la convention nationale républicaine de St-Paul-Minneapolis qui doit investir officiellement le ticket McCain-Palin.
Pour un candidat républicain qui doit s'assurer du plein soutien des électeurs républicains mais aussi des indépendants, conformément à son image et compte tenu de l'impopularité des républicains aujourd'hui, l'absence de Bush, au plus bas dans les sondages depuis des mois, pourrait être une aubaine. Ce que veulent les Américains, c'est le changement, et McCain doit incarner la rupture avec la présidence finissante. Quoi de mieux que Bush reste hors du champ à l'ouverture de la convention, attaché à gérer mieux que l'ouragan Katrina - qui a tant desservi son parti aux élections parlementaires de 2006 - cette nouvelle catastrophe naturelle ?
11 août 2008
Tir de nouvelles dans la torpeur aoutienne
C'est aujourd'hui 11 août, que les États-Unis doivent peut-être lever le nom de la Corée du Nord de la liste des États terroristes, si les négociations sur le nucléaire répondent aux exigences américaines de vérification des installations. Ce serait un leg précieux pour le prochain président qui aurait un dossier ultra-sensible de moins à débloquer et pourrait concentrer ses efforts sur le Pakistan et l'Irak.
Les événements de Géorgie confirment, s'il en était besoin, que les relations russo-américaines seront un thème majeur de la prochaine présidence. Il faudra réinventer les rapports américano-russes et tenter de sortir de la mentalité de guerre froide qui survit à la guerre froide elle-même, par les fautes des Occidentaux et aussi des Russes eux-mêmes.
Fannie Mae et Freddy Mac : les deux plus grandes caisses de refinancement du crédit hypothécaire ont rendu des chiffres plus préoccupants que prévu. Quelle doit-être la nature de l'intervention de l'État pour éviter leur faillite, avec des conséquences désastreuses pour l'économie américaine compte tenu des encours de ces deux institutions qui pèsent plus des deux tiers des crédits immobiliers du pays ? L'ironie est que la fin de la présidence Bush est ramenée aux préoccupations intérieures de ses débuts avec cet exercice pratique de "conservatisme de compassion", le slogan de campagne du gouverneur du Texas en 2000, pour protéger les plus vulnérables devant la crise.
J-15 pour la convention démocrate qui se tiendra à Denver, Colorado. Les encombrants Clinton seront là, bien sûr, pour signaler l'unité de la famille démocrate, mais tout en veillant à ne pas compromettre les chances de la sénatrice de New York pour 2012 au cas où Obama cédait à McCain en novembre. L'exercice sera intéressant à regarder.
8 août 2008
Les JO, la Chine, Mousharaf, Bush et Sarkozy
Le président pakistanais a renoncé à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin. La procédure de destitution engagée contre lui par la majorité parlementaire explique cette décision. Ces événements replacent le projecteur sur le Pakistan dont il a plusieurs fois déjà été question ici, en raison de la conviction depuis longtemps que le danger numéro un pour la paix mondiale se situe au Pays des purs. Pourquoi Mousharaf ne se rend-il pas à Pékin ? Non parce que la coalition hétéroclite qui a gagné les législatives représente une menace immédiate. On verra bien si la destitution aboutit. Le danger, pour l'ancien général qui se démit avec beaucoup de réticence de ses fonctions de chef de l'État-major, dans un pays où l'armée joue un rôle politique clé depuis des décennies, est que l'armée ne le soutienne plus et qu'un coup soit ourdi contre lui en son absence. Mousharaf lui-même exécuta son coup d'état en 1999 contre le Premier ministre Nawaz Sharif, figure de l'actuelle majorité, tandis que celui-ci était à l'étranger.
Derrière les controverses sur les droits de l'homme en Chine, les JO nous rappellent que la poudrière pakistanaise n'a pas fini de menacer. Une guerre civile au Pakistan, où les services de renseignement sont les premiers soutiens des Talibans, compliquant toujours plus l'alliance avec les États-Unis, serait potentiellement désastreuse. Obama a eu raison de pointer très tôt le doigt sur Islamabad. McCain se range maintenant à cet avis en considérant, lui aussi, déplacer des troupes d'Irak vers le front afghano-pakistanais.
Quant à la Chine alors ? Le président américain a choisi Bangkok pour prononcer un discours sur les droits de l'homme et les libertés individuelles. On annonce que le président Sarkozy ne recevra pas le dalaï-lama comme cela avait été évoqué. Les activistes, aux États-Unis comme en France, s'énervent de la timidité de nos dirigeants face au régime chinois. On entend sans arrêt des appels à la liberté et à la démocratie ; c'est honorable, mais c'est une vue très occidentale.
Si cette liberté est destinée aux Chinois, c'est oublier que les critiques virulentes contre la Chine à un moment de gloire nationale offerte par la réception des JO, fait dont on ne mesure pas assez la portée historique du point de vue chinois en général, et pékinois en particulier, pourraient être mal ressenties par ceux-là mêmes qui sont censés en être les bénéficiaires. Leur régime, les Chinois s'en chargent. La fantastique transformation qui a cours depuis 1978 ne peut laisser penser qu'un pays qui n'a pas connu de travail intellectuel comme la France et l'Angleterre en ont accompli depuis plusieurs siècles, au prix de révolutions, pourrait demain adopter nos mœurs politiques et leurs fondements philosophiques.
D'autre part, le régime chinois a une hantise : l'instabilité sociale. Un échec de la poursuite des réformes économiques pourrait engendrer des désordres préoccupants, menaçant la stabilité régionale. Cela ne serait sûrement pas dans l'intérêt du reste du monde, y compris le monde occidental. La transformation politique de la Chine aboutira sous une forme encore inconnue, et il faut certes faire pression, être ferme, mais avec bonne mesure. Et les dirigeants chinois n'ignorent pas l'autre face de la Chine que montrent en boucle les médias occidentaux, ni les aspirations d'une partie de leur population à ce que l'étau politique se desserre.
Le discours sur les libertés individuelles est donc nécessaire, mais l'on ne peut sans discernement attaquer les présidents Bush ou Sarkozy sur un quelconque manque de courage. Ils ont clairement fait savoir ce qu'ils pensaient en notre nom, mais il est de leur responsabilité de favoriser aussi l'intégration de la Chine au système mondial. La voie est étroite et la charge des affaires exige de mêler idéaux et réalisme. Du reste, que pourraient-ils faire de miracle devant Pékin lorsque l'on n'est pas capable de faire obstacle à Mugabe ? Les Chinois eux, l'ont mis dehors.
Faire entendre le message aux dirigeants chinois est donc une chose, appeler à une culture occidentale en Chine (ou en Russie) est l'aveu d'une méconnaissance profonde et d'un manque de clairvoyance élémentaire. La politique est affaire de culture et celle-ci est un processus lent, qui se mesure sur le temps long dont le monde chinois a coutume.
Notons au passage que ni Obama ni McCain n'ont, pour l'instant, fait de la liberté des Chinois un enjeu de campagne.
13 juin 2008
Bush à Paris
Le président Bush a prononcé aujourd'hui un discours devant l'OCDE à Paris qui voulait être un moment fort de son passage en France, dans le cadre de son tour d'Europe.
Le but de ce voyage est assez indéfini, tout comme le discours lui-même. S'il s'agissait d'un voyage d'adieu, la situation extérieure des États-Unis et l'impopularité du président ne justifiaient pas le déplacement, car aucun pays ne regrettera le président de la guerre d'Irak.
Depuis ma dernière visite, Laura (l'épouse du président) a écrit un livre, mon père a sauté d'un avion (à l'occasion de ses 80 ans) et j'ai plus de cheveux gris, s'est amusé le président.
Et quelques milliers de boys se sont faits tuer en Irak pour une guerre mal préparée qui est une erreur d'appréciation stratégique majeure depuis quarante ans.
Un discours bref et plat, où les poncifs sur le plan Marshall et la communauté transatlantique ont été ressassés. L'Iran reste la bête noire et la liberté le chemin de lumière de la république américaine. Bush rappelle que l'élection du pape Jean-Paul II et l'arrivée au pouvoir de Reagan et Thatcher ont contribué à vaincre le communisme.
Ce qui frappe, à l'écoute de ce rappel historique, c'est le contraste avec la présidence sortante. La mesure, la concertation, la connaissance d'autrui et l'entretien de relations diplomatiques permettant de conserver une capacité d'analyse de l'adversaire, toutes ces règles ont été jetées aux orties par le président sortant.
De quel poids cet héritage pèsera-t-il sur John McCain ? Celui-ci se montre "dur", pour mieux décrédibiliser son adversaire. Mais déjà l'Afghanistan-Pakistan se profile comme un sujet de politique étrangère important que le camp Obama mentionne souvent.
A Paris, Bush n'a pas évoqué le Pakistan. Il a seulement parlé des menaces de missiles du Moyen-Orient, sans plus d'analyse, un manque d'épaisseur habituel mal compensé par une sorte de foi en la liberté.
Pas davantage d'analyse sur les problèmes de développement, terrain pourtant fertile du terrorisme. Cela aurait pu laisser le souvenir d'une prise en compte même tardive des réalités sociales du Moyen-Orient. On était pourtant à l'OCDE...
3 juin 2008
La réinvention de l'Amérique
Les Echos ont mis en ligne un de mes articles, paru dans leur version papier du 23 mai, et dont voici un extrait :
[...] La lassitude politique des Américains se mesure à l'impopularité abyssale où se retrouvent le président (républicain) et le Congrès (démocrate).
Il n'est pas anodin que McCain et Obama doivent leur victoire sur les appareils aux électeurs « indépendants ». Ils sont, chacun à sa manière, un remède contre le vague à l'âme institutionnel et la polarisation de l'espace public.
[...]
John McCain, qui soutint un projet progressiste sur l'immigration à rebrousse-poil de l'humeur anti-latino des électeurs, privilégie la carte de la menace iranienne et islamiste.
Barack Obama, qui parlait d'audace, a dû entonner un chant protectionniste pour rassurer les « cols bleus » frappés par la restructuration industrielle. La réinvention américaine pourrait être la première victime de la bataille électorale.
Au fond, la combinaison idéale pour les Etats-Unis serait un ticket McCain-Obama !
Voici le lien vers l'article en entier sur le site des Echos.
Je découvre aujourd'hui que mon article est cité ici par The Moderate Voice, le weblog créé par Joe Gandelman.J'espère qu'ils ne sont pas affiliés aux Black Panthers sous couverture centriste...
31 mai 2008
Encore Lieberman ? La politique étrangère du président McCain, réaliste ou faucon ?
Les sénateurs John McCain et Joe Lieberman ont cosigné un article d'opinion, paru dans le Straits Times de Singapour, sur la politique américaine en Asie du Nord, soutenant le renforcement de l'alliance nippo-américaine comme l'axe essentiel de cette politique.
Leur intervention est classique, et du point de vue des relations avec le Japon, l'administration Bush n'a pas rompu avec les précédentes administrations. Les relations ont même atteint un sommet avec Bush et Koizumi.
Ce qui est à noter, c'est que Joseph Lieberman a cosigné avec McCain, signe que son influence, regrettable sur d'autres sujets qui appellent une profonde réorientation, et notamment le Moyen-Orient, s'impose.
On peut toujours parler de désarmement, mais avec un Lieberman à la barre, ayant l'oreille d'un président McCain assez sanguin, le leadership américain ne sera pas restauré dans les meilleures conditions, même si McCain entend faire des efforts avec la Russie.
30 mai 2008
McCain sur le nucléaire : « Comme le président Reagan »
John McCain a établi les grandes lignes de sa politique en matière nucléaire.
McCain se dit favorable à une réduction de l'arsenal nucléaire, à la poursuite des accords START négociés par Nixon avec l'URSS et à la politique reaganienne de réduction des armements, avec la perspective d'une élimination totale des missiles déployés en Europe.
McCain négociera un accord avec la Russie sur le système antimissile que les Etats-Unis veulent installer et se dit favorable à un dialogue avec la Chine sur le nucléaire.
Il se dit déterminé à renforcer les institutions internationales comme l'AIEA ou le Traité de Non-Prolifération et à permettre le développement contrôlé du nucléaire civil sur la base d'un accord avec les autres puissances, en particulier la Chine et la Russie, avec des structures d'enrichissement de l'uranium sous contrôle international. Il est aussi favorable à la ratification de l'accord d'interdiction des essais (CTBT).
En bref, McCain renoue, pour l'essentiel, avec la politique traditionnelle et se place dans la continuation de Ronald Reagan, âge d'or et figure révérée d'un parti républicain ébranlé par Bush Jr.
Prudence, coopération, désarmement. Mais les déclarations de campagne sont une chose et la politique conduite en sont une autre : qui se souvient de la politique étrangère « humble » que devait conduire un Bush Jr peu intéressé par la marche du monde ?
21 mai 2008
McCain : sortie d'Irak en 2013 ?
John McCain entrevoit un retrait d'Irak en 2013. Sera-t-il le Nixon qui a libéré l'Amérique du guêpier tonkinois dans lequel l'avaient entraînée Kennedy et Johnson, s'interroge le Huffington Post dans "McCain: From McBush to Mc Nixon?".
L’article commence ainsi : « Les passes d'armes Bush-McCain face à Obama sur l'apaisement avec l'Iran pourraient cacher un début de repositionnement stratégique de McCain sur l'Irak. »
Pas encore.
Le candidat républicain adopte pour l'instant un discours de fermeté en accusant Obama de chercher avec Téhéran un apaisement qui le disqualifierait de la course au commandement en chef de novembre.
Il marque son territoire en maintenant l'alerte et en apparaissant comme le candidat le mieux placé pour traiter des questions internationales et de sécurité.
En même temps, une sortie est inévitable. McCain a soutenu le surge en 2007 précisément pour être en mesure de se retirer dans des conditions acceptables. Il oscille ainsi entre une posture faucon à la Bush et une attitude "réaliste" à la Reagan qui correspond d'ailleurs davantage à ses propres convictions.
Mais la bataille électorale exige de marquer des points et de choisir des messages simples. Son discours évoluera avec les « temps » de la campagne.
D’abord taper dur pour ensuite laisser voir sa propre stratégie et se distancer de Bush, car il ne pourra gagner sur la notion d'un 3e mandat Bush.
Comme Bush père avait pu, lui, incarner un 3e mandat Reagan...
19 mai 2008
McCain et la Ligue des démocraties
McCain propose de réunir une ligue des démocraties. Cet appel est à double tranchant.
L'on peut comprendre que ce candidat républicain atypique veut renouer avec le progressisme du républicain Theodore Roosevelt et celui du démocrate Franklin Roosevelt en fondant son action sur des principes. Cela augure d'un sens de la mesure qui s'est perdu depuis huit ans.
Mais cela peut aussi vouloir dire, dans un contexte électoral, que l'Arizonien envisage de poursuivre la politique de l' « axe du mal » – qui n'a rien à voir avec l' « empire du mal » reaganien (l'URSS).
Le caractère de McCain est certes impulsif, mais sa ligne dure, probable s'il est élu, répondra-t-elle à une même vision caricaturale du monde que celle du président sortant ?
Rien n'est moins sûr. Il y a un temps pour la campagne électorale, avec ses messages et ses simplifications, et la réalité des responsabilités une fois élu. L'heure de la synthèse McCain n'est pas encore venue. Il faut pour le moment se mettre dans les pas du "leadership" que les Américains attribuent à George W. Bush, attaquer Obama, et l'heure viendra de nuancer.
Un article de Linda Feldmann, intitulé "Military culture, pragmatism shape McCain" et paru lundi dernier dans le Christian Science Monitor, partage mon analyse.
Première salve entre Obama et les republicains
Barack Obama se rapproche chaque jour de la nomination du parti démocrate.
La semaine dernière, le président Bush lui-même a accusé Obama de rechercher l'apaisement avec l'Iran. Cela vaut reconnaissance de son statut de candidat. C'est donc lui qui affrontera John McCain en novembre, ce qui fait déjà de cette élection un moment politique exceptionnel de l'histoire américaine. Deux candidats aux marges de leur parti écartent l'establishment pour s'imposer a un moment charnière pour l'Amérique au plan international, mais aussi au plan intérieur.
Le débat de politique étrangère est donc lancé avec cette première salve présidentielle, a laquelle a répondu Joe Biden, président de la puissante Commission des Affaires étrangères du Senat. McCain a emboite le pas au président. Cela veut-il dire que la veine belliqueuse de la présidence sortante lui survivra ? Probablement pas, car les républicains plus traditionnels eux-mêmes, le secrétaire Gates, James Baker et d'autres, se sont prononcés pour des pourparlers avec les Iraniens. Obama n'a qu’à s'inspirer d'eux pour caricaturer son opposant dans le mauvais rôle d'héritier du bushisme...