Samedi 15 août, ce n'était déjà plus exactement la trêve pour les candidats, qui furent reçus par le pasteur californien Rick Warren, grande star de l'évangélisme américain, pour donner leur opinion sur les grands sujets de société qui ont tant servi George W. Bush, en particulier l'avortement.
L'exercice était d'autant plus attendu que McCain n'est pas une icône des évangélistes et qu'il doit resserrer derrière lui la base militante républicaine, où ceux-ci comptent beaucoup. Plus de 80% des évangélistes ont voté Bush en 2004, mais moins de 70% font aujourd'hui confiance à McCain. En outre, la vie paroissiale d'Obama à Chicago en fait un candidat démocrate hors norme, car pour la première fois le parti des "libéraux" (gauche et centre gauche) peut prétendre séduire une partie des électeurs attachés aux "valeurs" (foi et famille).
Les objectifs des candidats étaient simples : McCain devait montrer que, comme le président Bush, il était un des leurs et partageait leurs valeurs, poursuivant la longue alliance du parti républicain et des organisations évangélistes depuis Ronald Reagan. Obama devait se révéler comme un connaisseur des choses de la religion et un homme de foi. Chacun semble avoir réussi son pari auprès de cet électorat - pour peu que les évangélistes décident de se mobiliser en masse comme ils l'ont fait en 2004.
Sur l'avortement, McCain considère que la vie commence dès la conception de l'enfant et a donc affirmé clairement qu'il était opposé à l'avortement. Cette position est à nuancer car en réalité les conditions de l'IVG (interruption volontaire de grossesse), en particulier le terme de la grossesse auquel l'intervention a lieu, est le fond de l'affaire. La position des candidats a été discutée sur un mode plus général qui souligne leurs différences. Et en effet, Obama n'a pas craint de se déclarer "pro-choice", considérant que les femmes qui avaient recours à l'IVG ne le faisaient pas à la légère. Malgré cette position, anathème pour les évangélistes, Obama n'a pas soulevé de tempête et s'en est bien sorti. Sa côte de popularité auprès des évangélistes est de 20% environ, ce qui n'est pas négligeable.
Bien sûr, les évangélistes voteront majoritairement républicain, mais dans une élection qui s'annonce serrée, toutes les voix compteront.
C'est plutôt du côté des partisans de Hillary Clinton qu'il reste encore du travail à Barack Obama. L'Amérique démocrate des petites villes et le vote démocrate féminin ne lui sont pas entièrement acquis. Près d'un cinquième de ces catégories déclarent leur préférence pour le candidat républicain. La convention de Denver dira peut-être si ce petit écart résiste à l'approche du duel qui aura lieu après les investitures officielles, y compris avec l'annonce des colistiers pour la vice-présidence.
17 août 2008
McCain pro-life, Obama pro-choice
20 juin 2008
Obama, mon Amérique: la famille et les valeurs
La campagne de Barack Obama lance une série de spots publicitaires. La candidat se livre. Pour contrer les calomnies, les fausses informations et autres rumeurs sur son identité, Barack Hussein Obama raconte "son" Amérique dans cette série intitulée "Country I Love" - Pays Que J'Aime. Bonne tactique.
Pour cette première offensive où il doit refaire son retard sur un McCain déjà très familier des Américains et dont le patriotisme est incontesté - Obama est désormais reconnu par tous, mais les Américains ne le connaissent pas - il met en avant la famille et les valeurs. Cela en dit long sur le fond. L'Amérique éternelle... Obama peut gagner, mais l'enjeu de son "américanité", de l'identité, est essentiel.
Forever America ne se donnera pas si facilement au jeune sénateur métis. La campagne d'Obama est, dans une large mesure, un acte culturel pour le candidat démocrate.