Quelle leçon tirer de la visite d’Obama en Europe ?
Celui-ci a pris soin de cultiver la relation spéciale avec la Grande-Bretagne et paraît s’entendre avec David Cameron, ce qui mérite d’être souligné compte tenu de la personnalité du président américain, assez froid, plus attaché aux idées qu’aux personnes. Le double arrêt en Irlande et en Angleterre marque aussi une volonté de compenser le manque d’attention à la relation euro-américaine qui a suivi son élection, après son discours de campagne à Berlin par exemple. Obama est populaire en Europe quoiqu’il arrive, mais il semble que l’importance du geste ait été pris plus au sérieux, convaincant la Maison-Blanche de la pertinence d’un passage prolongé et non d’une simple visite-éclair pour le G8 en France.
Après la mort de ben Laden, qui tourne la page de l’héritage Bush et permet une révision plus nette des priorités américaines, il est vrai aussi que les Etats-Unis doivent bien faire le constat qu’en dépit de moyens de plus en plus limités, les Européens restent leurs meilleurs alliés, et que leurs continuels efforts vers une politique étrangère coordonnée avec la création du Service extérieur européen établi par le traité de Lisbonne, va dans le sens d’une coopération plus efficace. Devant les événements arabes, c’est avec les responsables européens, les Britanniques et les Français notamment, que les Américains sont instinctivement en phase. Avec la France ils trouvent même un partenaire qui ne déteste pas le prosélytisme démocratique des néoconservateurs de l’équipe Bush-Cheney-Wolfowitz - quoique beaucoup mieux avisé que celui des militants de l’invasion de l’Irak…
Enfin, Obama a voulu tirer le trait sur la remarque de Rumsfeld à propos de la vieille et de la nouvelle Europe, et sur ses propres négligences vis-à-vis des Européens de l’Est en se rendant en Pologne. Depuis toutes ces années les Européens de l’Ouest, et singulièrement les Français, ont lamentablement raté la réconciliation avec les anciens pays communistes, en particulier la Pologne, manquant une occasion de se faire un allié dans le contexte européen où le poids politique relatif de la France et de l’Allemagne évolue au détriment de la première. On a vu que les Polonais savent ne devoir compter que sur eux-mêmes et restent ardemment favorables aux Etats-Unis, qu’ils voient comme le plus sûr allié de leur liberté recouvrée. La Pologne a aussi besoin de cette reconnaissance et les Américains ont saisi une excellente occasion.
Cette visite offre donc ce que les Européens s’étaient cru en bon droit d’attendre de leur héros post-Bush, c’est-à-dire une démonstration d’inaliénable amitié. Mais pour l’avenir, quel message les Européens doivent-ils retenir d’Obama ?
C’est l’objet de l’épilogue du Monde d’Obama paru cette semaine : retrouver confiance dans la politique et redécouvrir les vertus d’un patriotisme qui s’appelle réforme. A un an d’élections présidentielles en France et aux Etats-Unis, c’est l’élan d’espoir provoqué par Obama en 2008 que les Européens devraient éprouver pour eux-mêmes, ranimant aussi la même flamme patriotique qu’Obama entretient aux Etats-Unis, et qui passe par la réforme pour donner plus d’influence à l’Europe dans un monde où elle a tout son sens. Les révoltes arabes en témoignent, qui aspirent à la prospérité et à la paix. Nos voisins méditerranéens, fatigués par l’histoire, aspirent à un âge européen de tranquillité et d’émancipation. Mais pour peser sur le cours des choses, autant que possible en symbiose avec l’Amérique d’Obama, l’Europe doit retrouver une force intérieure qui depuis longtemps cède au doute et au pessimisme.
29 mai 2011
Obama en Europe
27 avr. 2011
Sécurité sociale: paradoxe franco-américain
La contestation semble enfler dans l'opinion américaine, contre l'inflexibilité républicaine en matière de déficit.
Champions des coupes, les républicains emmenés par le jeune président de la Commission des finances de la Chambre, Paul Ryan, commenceraient ces jours-ci à sentir le retour de flamme provoqué par leur opposition frontale au président Obama en insistant sur des réductions drastiques affectant notamment les programmes sociaux. Or les Américains montrent la même contradiction que les Français. A une différence, elle est inversée.
Les Américains contestent violemment contre l'interventionnisme taxé de socialisme, dénonçant le déficit qui menace la compétitivité du pays et des démocrates traditionnellement accusés de laxisme budgétaire, alors que les Français, eux, manifestent contre les réformes. Mais les Américains se braquent si l'on touche à la sécurité sociale! Tandis que les Français qui descendent dans la rue savent bien au fond que le pays ne peut vivre au-dessus de ses moyens, et acceptent la remise en ordre financière de l'Etat-providence. Les Américains sont très nombreux à partager ce sentiment. Les logiques à l'oeuvre ne sont certes pas les mêmes mais au final, paradoxalement, la situation est moins différente que l'on ne pense souvent.
Pour 2012, l'attachement des Américains à leur sécurité sociale ne dit pas que les démocrates bénéficieront du phénomène. Celui-ci, on vient de le voir, est indissociable de son contraire, et surtout les immenses difficultés des politiques à s'entendre à Washington autour d'un budget maintiennent assez bas dans l'estime publique le pouvoir comme l'opposition républicaine.
Il est à parier néanmoins que la pédagogie d'Obama sur les enjeux de long terme finira par payer - surtout si la courbe du chômage diminue...
12 avr. 2011
En route vers la réélection
Barack Obama a annoncé sa candidature à un second mandat. Sa réélection, à ce stade, paraît largement envisageable : sa popularité personnelle a résisté à l’humeur publique contre ses réformes, le parti républicain est éclaté, et le président de la Commission des Finances de la Chambre, le jeune député Paul Ryan, pourrait avoir pris des risques en militant pour la rigueur en matière de dépenses sociales en raison du déficit budgétaire. Une candidature assez précoce a aussi l’avantage qu’avait eu McCain en 2008, celle du temps et de la préparation, face à la bataille épique à laquelle n’échappera pas le parti républicain pour désigner son champion.
Cette candidature suggère deux observations :
• Les critiques sur le manque de leadership du président américain sont erronées car le bilan diplomatique est plutôt positif.
• Le président est bien placé pour gagner au centre, comme il l’a fait en 2008.
En matière de politique étrangère, les événements de Libye ont montré une tempérance, un désir (et une nécessité bien comprise) d’agir collectivement qui correspond à l’esprit de la relation de l’Amérique au monde impulsée par Obama, tout en révélant les incertitudes inhérentes à une situation aussi imprévisible que soudaine. Il s’agit notamment, au risque de laisser penser que le président est indécis, de ne pas apparaître comme unilatéraliste et impérialiste, ce qui exige des précautions. Fallait-il soutenir les rebelles et s’engager militairement plus tôt ? Faut-il s’abstenir de toute interférence ? La politique suivie épouse les principes, la force est mobilisée pour une cause juste, la défense d’un peuple qui s’émancipe, et où les intérêts américains ne sont pas considérables, à l’inverse de l’Egypte ou des pays du Golfe, contribuant à la sincérité de l’action conduite.
Au plan intérieur, la capacité du président à prendre acte d’une situation et à agir en concertation avec son opposition (comme l’ont fait ses prédécesseurs Reagan et Clinton) montrent une résilience politique prometteuse pour 2012. Son positionnement actuel en faveur d’une concertation responsable pour s’accorder sur le budget fédéral et éviter une suspension du fonctionnement du gouvernement central, chose inimaginable en Europe, fait écho à ce que sera son axe politique en 2012 : le consensus américain (les Etats-Unis viennent ainsi d'éviter une suspension des opérations du gouvernement fédéral par un compromis budgétaire de dernière minute).
En 2012 comme en 2008, le social et l’économie seront au centre du débat, et l’esprit conciliateur du président, face une opposition intransigeante qui fait de l'orthodoxie budgétaire sa nouvelle religion, continuera d’animer son discours, répondant à un besoin de fond aux Etats-Unis qui explique sans doute la relative popularité personnelle d’Obama. Il sera difficile pour les républicains de le dépasser là-dessus. L’économie fera le reste, et est la seule vraie incertitude.
14 mars 2011
Au Caire, la vision d'Obama
Avec les soulèvements des pays d’Afrique du nord et du Moyen-Orient, Barack Obama se trouve face au monde qu’il avait encouragé dans son adresse aux musulmans délivré au Caire en juin 2009. C’est pourquoi ce discours est si important dans l’histoire de la présidence Obama, et dans le recadrage de la relation de l’Amérique au monde.
Que la présidence égyptienne soit tombée par la rue ajoute au relief de ce passage d’Obama au Caire. L’Egypte est un pays clé du dispositif américain au Proche-Orient. Il fut neutralisé par les accords de Camp David au profit d’Israël et d’un processus de paix qui est une occupation sans fin, et qui prend en otage la modernisation de la région. Les régimes autoritaires s’y perpétuent en effet au prétexte de la sécurité et de l’idéologie de la lutte contre l’Etat juif, qui domine la politique régionale depuis des décennies. Le conflit du Proche-Orient a ainsi été un piège qui a interdit l’émancipation des peuples de la région au nom d’un impératif supérieur, la lutte contre l’occupant israélien. Cet impératif commode, auquel est venu s’ajouter la menace islamiste, elle-même en partie alimentée par la frustration des populations arabes devant l’inefficacité de leurs dirigeants face à Israël, a étouffé toute velléité de libéralisation. Que pouvaient faire les Etats-Unis ? La stabilité stratégique a primé pendant la guerre froide et il était plus facile, celle-ci disparue, de continuer comme avant. Il n’était pas possible, en outre, même pour les Etats-Unis, d’imposer la réforme aux régimes arabes. Le couvercle a donc fini par sauter là où on ne l’attendait pas, par la rue, en Tunisie et en Egypte, pour des motifs très bien compris par le président américain.
Que disait le discours du Caire ? Il reconnaissait le poids de l’histoire, l’héritage du colonialisme et de la guerre froide qui avaient privé les pays musulmans de leurs aspirations au nom d’un impératif stratégique supérieur, nourrissant des malentendus que la mondialisation allait exacerber. Obama rappelait que les Etats-Unis étaient nés d’un soulèvement contre l’oppression, que vouloir la destruction d’Israël ne servait pas la paix mais que les Etats-Unis ne reconnaissaient pas la légitimité de la colonisation israélienne et que les humiliations quotidiennes des Palestiniens occupés n’étaient pas tolérables. Surtout, Obama déclara que si chaque nation animait le principe [du gouvernement par la volonté populaire] à sa façon, selon ses propres traditions, tous les peuples aspiraient à la liberté d’expression, à la confiance dans l’Etat de droit et à l’égalité devant la justice. Il parla d’opportunité économique, du droit des femmes et de liberté religieuse, en bref d’une vie prospère et stable dans un système respectant les individus.
C’est précisément ce qu’ont exprimé les soulèvements récents, plus encore que les questions politiques comme le conflit au Proche-Orient ou un appel à la démocratie : une vie digne. Deux ans après son discours du Caire, Obama porte la responsabilité de conduire la politique américaine à l’heure où une profonde révision s’impose, aux conséquences bien difficiles à cerner. Etre en intelligence avec ce monde-là ne garantit pas cependant qu’il saura agir.
4 juil. 2010
Rolling stones de l'Amérique à l'Europe
Le départ du général McChrystal après son entretien au magazine Rolling Stones porte un coup de plus à l'image des Etats-Unis et à la confiance dans leur capacité à changer la situation en Afghanistan pour un avenir plus stable.
L'outrecuidance des propos du général, plus en phase avec le caractère sanguin des années "W" que l'approche analytique d'un Obama, est en soi navrante, mais sa mise à pied illustre l'absence de pleine intelligence entre les dirigeants civils et militaires et les oscillations de la politique américaine. Les commentaires ont été nombreux et la chronique d'Alain Frachon dans le Monde du 1er juillet est une excellente mise en perspective du problème.
Les longues délibérations sur la politique à mener en Afghanistan l'an dernier, qui avaient suscité des doutes quant aux capacités d'Obama comme commandant en chef, annonçaient déjà les incertitudes que le renvoi de McChrystal vient rappeler sur le sens et la planification de l'action américaine - et alliée.
De ce point de vue, peut-être le jugement du général américain sur le vice président Biden n'est-il pas entièrement erroné? Les dirigeants politiques sont-ils à la hauteur du défi? En révélant un manque de confiance dans la chaîne de commandement, les remarques du général posent cette question plus large qui est pertinente aussi en Europe. Les divisions des Européens et les côtes abyssales des principaux responsables laissent dubitatifs quant à l'étoffe des dirigeants publics. Aucun grand pays de l'Union n'y échappe, à l'exception peut-être de l'Italie, où les ressorts de la popularité du Premier ministre sont largement incompris à l'extérieur.
Les difficultés liées à la crise contribuent au désamour, cela est entendu. Mais le phénomène semble plus profond, et un petit éclairage à la Rolling stones en Europe ne révélerait sans doute pas une meilleure estime pour les dirigeants de la zone que celle exprimée par l'ex chef des opérations américaines en Afghanistan. L'action des Alliés dans ce pays mérite un nouveau débat.
26 mai 2010
Régime fantoche!
Les Nords-Coréens ont décidé de suspendre tout rapport avec le "régime fantoche" de Séoul dirigé le "traître" Lee Myungbak et son "gang", en réaction à la décision du Sud de suspendre toute relation commerciale et humanitaire après le torpillage d'un navire sud-coréen qui ne laisse pas de doute quant aux responsabilités de l'acte.
N'était-ce que le tragicomique du vocabulaire, la chose ferait rire. Cependant les tensions extrêmes entre les Corées peuvent conduire à un conflit. Le régime du Nord n'a rien à perdre, de sorte que ses calculs et sa rationalité ne se comparent en rien à celles des autres acteurs, en premier lieu la Corée du Sud.
En outre, ces tensions ont en filigrane l'ajustement de deux influences, l'une établie, celle des Etats-Unis, l'autre montante, celle de la Chine populaire, qui continue de cultiver l'équivoque à l'égard du Nord, recevant Kim il y a quelques semaines à Pékin et ne manifestant pas d'empressement à soutenir une action claire contre le régime.
A l'instar de John Pomfret dans le Washington Post du jour, certains voient dans l'incertitude causée par le Nord et l'ambiguïté chinoise un motif de regain d'influence des Etats-Unis. Qu'ils aient raison ou tort, il est certain que cette crise, qui intervient après de multiples épisodes de gravité variable comme les tirs de missile en mer du Japon ou l'essai nucléaire sous-terrain du régime du Nord, impose une double conclusion: la perception du danger n'est pas la même de part et d'autre et l'essor du rôle de la Chine, dans une région encore marquée par l'histoire contemporaine, ne fait pas pendant à la "réassurance stratégique" qui est la ligne américaine. Celle-ci s'applique certes à des alliés des Etats-Unis, sud-coréen et nippon, face à la modernisation militaire chinoise, mais elle est un facteur de stabilité dans la paix.
Outre les 46 marins disparus, l'autre victime de la destruction du bâtiment sud-coréen est la confiance sino-américaine. Le doute quant à l'attitude de la Chine et à son possible "leadership" en Asie sort conforté des tergiversations chinoises. La Chine a certes des intérêts, et l'on pouvait comprendre que la tyrannie nord-coréenne, sous le masque de la fraternité communiste, en fasse partie. Mais aujourd'hui l'intérêt chinois passe-t-il encore par ce jeu d'hier? Les exactions du Nord n'aboutissent-ils pas surtout à fragiliser la confiance dans l'influence chinoise?
12 mars 2010
Obama entre les menhirs
Deux choses s'imposent avec plus d'évidence qu'hier au président américain et contraignent son appétit de réforme à l'intérieur comme au plan international.
Le premier est le commerce: Obama est pris dans une contradiction à laquelle n'ont pas échappé ses prédécesseurs, celle d'une conviction que la liberté de commerce bénéficie à l'Amérique et aux emplois aux Etats-Unis, y compris par l'importation de biens de consommation bon marché qui satisfont le pouvoir d'achat des moins nantis, contre la réalité d'un marché du travail qui subit les conséquences de la concurrence étrangère. Le discours sur la destruction des emplois à cause du libre-échange, tenu notamment par la gauche du parti démocrate et les syndicats, hypothèque l'adoption d'accords en déshérence au Congrès depuis des années avec la Corée, la Colombie et le Panama.
Devant la colère de l'opinion et les mauvais chiffres de l'emploi, le pouvoir n'est pas prêt de se découvrir et de pousser pour l'adoption de mesures qui apparaissent néfastes à une grande partie de l'opinion - et des élus qui vont chercher à être reconduits aux midterms de novembre.
Jobs, jobs, jobs: cette priorité absolue interdit à l'administration d'avancer sur le front du commerce international et de défendre ses positions, sans compter qu'au plan multilatéral (l'OMC) les tensions ne sont pas près de s'éteindre.
L'autre grand sujet, qui est lié à la politique étrangère, c'est le Proche-Orient. Les relations entre Obama et le Premier israélien sont mauvaises, mais le camouflet reçu cette semaine est une première: Israël annonce la construction de 1600 unités alors que le vice-président Biden est en visite pour préparer la venue d'Obama. La colonisation n'est donc pas suspendue alors qu'Obama en avait fait une condition de toute issue au conflit avec la Palestine depuis l'occupation.
Inutile de dire que la visite d'Obama est désormais impossible. Ce qui s'impose à lui avec une force inaltérable, c'est le lien politique intérieur qui fait de l'alliance inconditionnelle une réalité incontournable de la politique américaine.
Obama est pris entre deux menhirs de la politique américaine qu'il est quasiment impossible de bouger et le changement que l'on attendait est largement compromis - pour le pire et non pour le meilleur.
5 févr. 2010
Le mystère Obama
Obama n'était peut-être pas préparé aux obstacles institutionnels à son action publique. Ceux-ci n'ont cessé de résister à la formidable clairvoyance qui demeure sa marque de distinction. Les Américains s'opposent peut-être à ses choix, inquiets que l'Etat ne prenne trop de place dans une société où libre entreprise et responsabilité individuelle restent un principe central, même si beaucoup restent par exemple sans couverture maladie. Pour autant, leur respect de l'individu et leur estime pour le personnage politique ne sont pas fondamentalement affectés. Cela invite à la prudence quant à l'avenir politique d'Obama: la dynamique parlementaire qui semble réserver une défaite inévitable aux démocrates en novembre n'est pas une dynamique présidentielle. Dans 3 ans, Obama pourra parfaitement être réélu, comme le fut Clinton après la déroute électorale de 1994.
Un an de pouvoir d'un candidat exceptionnel confirme ce que l'on pouvait craindre: Obama n'a pas les moyens ou il n'ose pas être entièrement lui-même. Devant à la fois incarner une continuité américaine (il est le premier président noir et pour égaler la portée de son élection il lui faut être l'héritier de l'histoire américaine en bloc, sans inventaire, pour assoir sa légitimité historique) et ménager des intérêts contradictoires pour assurer - de plus en plus difficilement - l'adoption de la réforme (celle de la santé surtout), Obama ne parvient pas à faire de la politique autrement.
La politique washingtonienne et les pratiques parlementaires ont la vie dure; les arrangements de couloir au Sénat ou l'opposition systématique à la Chambre s'imposent aux projets présidentiels. L'ordre du jour et le rythme du travail législatif sont moins déterminés par l'Exécutif que par cette nécessité de gérer une majorité hétéroclite et une opposition puissamment nuisible, même si elle n'a pas de véritable projet alternatif.
Obama donne parfois l'impression de jeter l'éponge, démotivé par la complexité des processus et la nature des résistances. Il semble être trop au-dessus de la mêlée, entouré d'opérateurs politiques classiques formés à l'ère Clinton, qui n'apportent pas au président les clés d'une politique "autrement" et pratiquent le jeu washingtonien habituel. Défaut d'imagination?
Obama semble ainsi enfermé dans ce décalage irréductible entre ses aspirations et sa vision politique, et les mécanismes d'ici-bas, qui favorisent l'inertie. Des discours à l'action, l'écart se creuse, tandis que la fin de l'état de grâce a pulvérisé un capital politique assez magique.
Sans combler cet écart, Obama continuera de décevoir. La réforme de la santé est menacée, on ne parle plus de paix au Proche-Orient, quant à la Chine, les points de tension politique habituels continuent de prévaloir - Taiwan, Tibet - alors que la question vaut d'être posée s'il ne faut pas réviser entièrement le cadre des relations bilatérales, après les agressions électroniques et les réactions virulentes (attendues) de la Chine.
Parti de très haut, empêtré dans les mécanismes politico-institutionnels, Obama ne peut-il être lui-même ou n'ose-t-il pas? Ou les deux?
30 sept. 2009
Obama à la barre, une affaire de style
Beaucoup de commentaires circulent sur la prétendue faiblesse d’Obama, notamment à la lumière du difficile accouchement de la réforme de l’assurance santé, axe majeur de sa présidence qui est devenu aussi un test clé de sa réussite, plus encore peut-être que l’intervention en Afghanistan – les doutes du président sur la validité de cette opération-ci amplifient d’ailleurs les questions sur son "leadership" dès lors qu’il s’agit de gouverner et non de faire campagne.
Le style Obama est celui d’un président cérébral qui pèse et soupèse les arguments, et recherche autant que possible un consensus bipartisan, approche ancrée dans la conviction que les Etats-Unis ont été beaucoup trop divisés, que le jeu politique a été bien trop acrimonieux et que l’unité nationale – thème de campagne – impose un style plus consensuel que l’exercice du pouvoir sous Bush-Cheney. La recherche d’un soutien parmi les républicains est autant le reflet de cette conviction sincère d’Obama qu’une mesure de prudence tactique. Souvenons nous de l’échec de la Société des nations rejetée par un Sénat républicain traité avec mépris par Wilson, et plus près de nous du refus d’Hillary Clinton de traiter avec les républicains pour faire passer la réforme du système de santé au début de la présidence de Bill.
Le discours au Congrès a permis au président de reprendre la main après un été difficile, mais la pédagogie (expliquer un problème complexe à une opinion concernée très directement et est sensible aux alertes sur toute restriction de leur liberté d’action), laisser le temps au temps et inciter le Congrès à débattre, cela est un style de gouvernement qui tranche avec la précédente présidence et peut en effet paraître inefficace. Cela manque de nerf, entend-on, mais conclure à la faiblesse du président semble tout à fait hâtif. Les enjeux sont très élevés, et la maturation qui a accompagné l’engagement public d’Obama depuis quinze ans, laisse plutôt penser à la forme plus qu’au fond. Des corrections peuvent ainsi être apportées – Obama s’est prononcé solennellement devant les parlementaires – au style et au rythme des interventions présidentielles, mais il s’agit de doser le magistère de la parole comme les pressions institutionnelles au cours du processus de décision politique qui mènera à l’adoption de la réforme.
La pierre d’achoppement, soit dit en passant, est la création d’une option publique d’assurance sensée créer un plafond quant au coût des prestations. Car la finalité de la réforme est double – couverture universelle certes, mais aussi maîtrise des dépenses de santé. Obama ne fait pas seulement face à une opposition en bloc des républicains où les rangs des modérés ont été décimés ou réduits à une totale discrétion, mais la majorité, divisée entre une gauche favorable à l’option publique et un centre gauche sensible à l’équilibre des comptes, qui n’en veut pas. Les démocrates comptent donc 60 sénateurs, seuil magique pour faire adopter un texte sans obstruction de l’opposition, mais sont incapables de réunir ces 60 voix sur un texte ! Obama a soufflé le chaud et le froide sur cette option publique qui ferait concurrence aux assureurs privés, et concentre les débats, donnant à penser à une certaine indécision de sa part, au détriment de sa réforme.
La question afghane illustre aussi ce constant va et vient de la réflexion chez le président, qui se reflète dans son style. Obama avait clairement identifié l’Afghanistan et el Pakistan comme les points privilégiés de l’action américaine contre le terrorisme. Cette lecture n’est pas en cause, mais au moment de lancer les Etats-Unis dans un difficile combat il est plutôt salutaire que le commandant en chef reconsidère la justesse de cette orientation. On peut en effet se poser la question : l’Afghanistan ne signifie-t-il pas déjà l’échec pour la présidence prometteuse de Barack Obama ?
En bref, les deux Obamas peinent à trouver un équilibre, l’Obama qui réfléchit et pondère, et celui qui décide. C’est sans doute là le propre de l’action politique, le va et vient entre pensée et engagement. Ne nous en plaignons pas, après l’absolue certitude qui restera la marque de la présidence W (« the dead certain presidency »). Obama est confortable dans le premier rôle, celui de la réflexion et du message transmis en campagne. Face aux réalités des mécanismes du pouvoir et aux complexités des sujets à traiter, il cherche encore sa marque dans l’exercice du pouvoir exécutif, tâchant d’éviter les écueils.
Ce n’est pas de la faiblesse, c’est de la prudence tactique pour arriver sans bruit à ses fins.
12 août 2009
"In-américain?"
L'été est difficile pour Obama et les dirigeants américains car la bataille autour du plan de réforme de la santé, que le gouvernement voudrait faire adopter avant la fin de l'année continue de coûter politiquement cher.
Elle révèle surtout que les espérances de consensus, d'esprit "bipartisan" qui furent un trait du discours des deux candidats à la présidence en 2008, sont une complète illusion politique. Non seulement est-il confirmé, si l'on avait entretenu une quelconque illusion là-dessus aussi, que la majorité démocrate est difficile à manoeuvrer, mais il est patent que l'opposition républicaine n'est pas tout à fait morte. Si elle a perdu la majorité au Congrès, elle agite des mouchoirs rouges (socialisme, étatisation de la santé, etc.) qui portent dans l'opinion et contribuent à affaiblir la popularité du président.
Mais le plus significatif de la fracture américaine largement exacerbée par W et qui résiste même à Obama, c'est l'expression intraduisible d'"in-américain" employé par Nancy Pelosi, présidente de la Chambre, et Steny Honer, le président du groupe démocrate, dans un article du 10 août au sujet du plan santé paru dans USAToday.
Déformer des opinions opposées sous une avalanche de slogans est simplement in-américain (Drowning out opposing views is simply un-American) écrivent-ils à propos des critiques issues des rangs républicains. L'accusation rappelle celle qui avait fait taire toute opposition au plan bellicistes de l'équipe Bush-Cheney au nom du patriotisme. Or les démocrates cette fois l'emploient au profit de leurs politiques, portant témoignage que l'acrimonie n'est pas près de déserter Washington.
Obama n'est pas un saint sacrement dont se serait ointe la nation américaine. La division politique survit à l'élection extraordinaire de 2008 et le poids des réalités s'impose même à Obama. Même à l'âge post-racial d'Obama, on parle encore aux Etats-Unis d'in-américanité. Il en est beaucoup question dans "Aprés Bush" car c'est là un concept surprenant qui aide à comprendre comment les USA peuvent se muer en puissance aveugle et néfaste, comme ce fut le cas en 2003.
Le parti démocate a assisté, médusé, à la fulgurante ascension d'Obama, mais une fois la fête terminée le "business as usual" a repris le dessus, diatribes politiques incluses. Les républicains portent une part de responsabilité, en particulier le noyau anciennement "bushiste" du mouvement républicain qui soutint Sarah Palin et est incarné par les talks shows tonitruants de Rush Limbaugh. le fait est que le terme d'in-américain refait surface, même au sujet des questions de santé.
Notons une ironie: dans leur préambule, Pelosi et Hoyer font référence au début du siècle, lorsque la santé s'installa au centre du débat public, en 1912, grâce au programme de Theodore Roosevelt, l'ancien président républicain et héros de John McCain...
24 juin 2009
Morale et politique étrangère: Obama fossoyeur?
Le mécontentement est réel aux Etats-Unis après six mois de présidence Obama, car la rupture tant attendue ne vient pas. En matière de secret, de privilège, de situations extra-ordinaires, d'aucuns espèrent toujours une nette rupture avec la précédente administration.
Les photos de torturés que le président a finalement décidé de ne pas publier comme l'avaient été celles de la prison irakienne d'Abu Graib en 2004, et qui avaient provoqué un tollé (mais pas le départ du secrétaire à la Défense Rumsfeld), la prolongation de mesures de détention hors normes judiciaires et la continuation d'autres pratiques, tout cela suscite une déception, exprimée notamment par l'éditorialiste du NYT Bob Herbert. Le président a pourtant fermement condamné la torture et ferraillé avec Dick Cheney sur les mérites d'une approche de la sécurité nationale qui choisit de suspendre la normalité de l'état de droit et de la morale politique communément associée aux régimes de liberté individuelle.
Mais cela ne passe pas. Ce président noir, démocrate, ne parviendrait pas à marquer une "rupture" par des faits marquants dans ce domaine de la sécurité nationale qui a conduit ses prédécesseurs à de si terribles erreurs. Cette interprétation est sévère même si elle peut être juste dans telle ou telle circonstance, et Herbert sait de quoi il parle. On constate qu'Obama contrôle ses instincts, qu'il laisse le cérébral dominer, au risque de paraître trop prudent. Sur d'autres sujets importants comme le Moyen-Orient, directement lié à la sécurité nationale, les choses ne se passent pourtant pas comme d'habitude.
Il faut laisser le temps. Obama s'attaque à des montagnes comme la sécurité nationale, les relations israélo-américaines et, chaque jour, les affaires du monde qu'il incombe au président US de gérer. Obama pose ses marques et construit peu à peu sa politique. Il ne peut rejeter sans réfléchir des instruments créés par ses prédécesseurs, qui furent une exception historique dans des conditions
tout aussi exceptionnelles - le 11/9. Alors, si l'Amérique ne change pas comme le souhaiteraient beaucoup d'Américains, ignorant peut-être eux-mêmes les constances de leur caractère national, il faut encore attendre et voir.
Pour n'avoir pas souscrit à l'idée qu'un changement d'ampleur allait déferler sur l'Amérique d'Obama ("Pourquoi l'Amérique ne changera pas"), je reste paradoxalement plus optimiste que d'autres et fait confiance à la détermination d'un homme qui paraît très conscient de la situation et de la difficulté de faire coïncider ses convictions et la réalité, c'est-à-dire celle de l'art de gouverner.
21 juin 2009
Deux défis en une semaine
Deux événements ont marqué la semaine, outre la réélection du président iranien; la visite à Washington du président sud-coréen Lee Myung-bak et la « réponse » de l’Israélien Netanyahou au discours du Caire.
Le second sujet est vite évacué, il suffit de lire le discours – c’est « niet », en particulier au gel effectif des colonisations, clé de tout progrès vers la paix. Une interprétation historique très personnelle et des conditions de discussion si inacceptables pour tout Palestinien et tout Arabe (pas de partage de Jérusalem, pas de contrôle de l’espace aérien et des frontières, pas de retour de réfugié - fût-il strictement symbolique, puisqu’il ne saurait en être autrement, etc.) qu’il est difficile de voir comment une avancée pourra être réalisée. Sans surprise donc, mais il reste à Obama, auquel ce discours était essentiellement dirigé, à réagir après son accueil très diplomatique de l’intervention du Premier ministre, jugée positive. C’est qu’Obama ne prendra pas le sujet de front. Il avancera probablement comme il l’a fait jusqu’ici, pas à pas. Il faudra voir quelle initiative diplomatique il prendra dans les mois à venir et comment les Etats arabes réagiront à leur tour aux récents échanges qui les concernent mais auxquels ils n’ont, pour l’heure, pris aucune part.
Plus loin de nous, Obama doit en revanche faire face à un dossier qui s’est imposé sur l’agenda présidentiel après les essais nucléaires souterrains du 24 mai, la Corée du Nord. La visite du président sud-coréen a mis en exergue la nécessité de résoudre deux sujets consubstantiels ; l’équilibre régional en Asie du nord-est et l’affaiblissement du régime de non –prolifération provoqué par les agissements de Pyongyang.
Le sommet américano-coréen a eu pour objet de réaffirmer la solidité de l’alliance entre les deux pays, élément clé du rôle et des intérêts américains en Asie-Pacifique avec l’alliance nippo-américaine et celle avec Taïwan. Le parapluie nucléaire américain couvre Japon et Corée du Sud. Lee a demandé qu’il soit confirmé par écrit. Même sans cela, l’alliance permet de garantir que les déclarations bellicistes de Pyongyang resteront un effet de manche, car si le Nord attaquait le Sud, une intervention US serait inévitable – ce fut le cas en 1950 (guerre de Corée).
S’ajoute à cela la crise économique et la ratification de l’accord bilatéral de libre-échange, que les circonstances politiques intérieures en Corée comme aux Etats-Unis rendent plus qu’incertaine. Le président Lee avait, au lendemain de son élection, levé l’embargo sur les importations de bœuf américain dans un geste de bonne volonté qui avait suscité l’ire d’une partie de l’opinion et des manifestations importantes à Séoul. Les Américains sont particulièrement sensibles aux obstacles commerciaux qui frappent leur industrie automobile en Corée – la déroute de cette industrie historique interdit une avancée rapide sur le libre commerce dans un avenir proche.
Ainsi l’importance de l’alliance américano-coréenne, qui pourrait être renforcée politiquement, et les enchevêtrements du politique (Corée du Nord, prolifération et équilibre stratégique régional) et de l’économique (le commerce comme moyen d’influence et de stabilité par la prospérité partagée) - ce dernier otage de la politique intérieure - sont-ils exposés par cette visite. Celle-ci passe inaperçue en Europe, mais elle affecte la paix mondiale dans ce qui, bien plus que la sage et prudente réorientation politique US en Palestine/Israël, représente le premier test de sécurité auquel est confrontée l’administration de Barack Obama.
8 juin 2009
Obama au Caire
Le discours du Caire du 4 juin voulait rompre avec l'hostilité qui caractérise plus que jamais les relations entre l'Amérique et les peuples arabes et musulmans. Obama a choisi un haut lieu du savoir en terre d'Islam avec l'université du Caire et un pays clé parmi les alliés des USA dans la région.
Le discours a abordé l'islam, rappelant la contribution du monde arabo-musulman à la culture mondiale et le prestige de la civilisation islamique, puis des sujets plus contemporains, Palestine, prolifération nucléaire, et des sujets "civilisationnels", démocratie, liberté religieuse et rôle des femmes. Ce a dernier a d'ailleurs valu une mise point par le président français à Caen, qui a souligné que le port du voile ou de tout autre signe d'appartenance religieuse était accepté, hors agents de l'administration publique, dès lors qu'il résultait d'un choix et non d'une obligation faite par l'entourage, cette nuance ayant probablement échappé aux Américains.
Parmi ces sujets, au lendemain de la visite de Nethanyahou à Washington, celui qui importait le plus était évidemment la Palestine. La confrontation avec Israël est nette. Le gouvernement israélien ne reviendra pas sur les colonies que les USA demandent expréssement d'interrompre, y compris l'extension des existantes. Le cancer que représente le grignotage systématique des terres par la force a été laissé de côté mais il est au coeur du problème. Obama a été clair: "The United States does not accept the legitimacy of continued Israeli settlements."
L'attitude d'Obama et le semi-échec de Nethanyahou à Washington sont donc un signe de changement. Le langage reste toutefois très diplomatique. Rien de spécifique concernant le règlement du conflit israélo-palestinien, sur Jérusalem, la crise humanitaire à Gaza ou les massacres de l'hiver dernier. Des phrases étonnantes ont cependant ponctué le discours du président américain: "l'islam fait partie de l'Amérique" a dit Obama, rappelant que les USA comptaient 1200 mosquées... Obama a parlé d'occupation et de ségrégation, ce qui doit contribuer à changer la perception mutuelle peu à peu. Obama a par ailleurs évoqué l'initiative de paix arabe avancée par l'Arabie saoudite et mentionné que ce qui se disait en privé devait être le discours public, tant du côté palestinien que du côté israélien (la reconnaissance d'Israël s'impose avec la même évidence que la nécessité de créer un Etat palestinien - viable, ce qui renvoie aux colonies et à la ségrégation).
Le discours du Caire peut apparaître comme manquant de substance, mais c'est un premier pas. Il faut laisser le temps au président américain qui a manifestement une idée peu conventionnelle sur la question des relations avec le monde arabo-musulman et le conflit du Proche-Orient. Obama définit le champ du débat et pose ses marques.
L'initative est suffisamment extraordinaire pour ne pas être saluée comme un acte politique de haute valeur. La substance devrait venir, mais déjà une ligne rouge a été posée, pour servir à la résolution d'un conflit qui empoisonne les relations américano-arabes et celles aussi entre l'Europe et la région.
17 mai 2009
Le Minnesota, étoile de la majorité ?
La défection il y a deux semaines d’Arlen Specter au profit du parti démocrate a eu l’effet d’une onde de choc dans le microcosme politique washingtonien. Sénateur républicain qui accomplit son cinquième mandat, président de la commission des Lois, Specter passe au parti de l’âne, abandonnant celui de l’éléphant.
La raison de revirement politique majeur est simple : dans un GOP qui se radicalise, le centriste Specter n’a guère de chance de remporter les primaires qui l’opposeront pour les élections de 2010 à l’ancien président du « Club of Growth », association conservatrice et très libérale au plan économique. En outre, la Pennsylvanie, qu’il représente, fait partie des Etats industriels où l’étoile des républicains pâlit beaucoup à la faveur de la crise, quoique comme disent les Américains, entre Philadelphie et Pittsburgh se trouve un autre Alabama, allusion à l’Etat sudiste qui reste un bastion du GOP.
Ancien démocrate, Specter, 79 ans, fut rendu célèbre comme collaborateur de la Commission Warren qui établit la thèse du tireur isolé dans l’enquête sur l’assassinat de JFK. Peu de temps plus tard, c‘est comme républicain qu’il se présentait à des élections pour la magistrature judiciaire dans l’Etat. Le changement d’étiquette de Specter est très important car la majorité démocrate au Sénat est désormais de 59 sièges, or avec 60 sénateurs elle deviendrait une majorité absolue immunisée contre la technique du « flibustage » qui permet à la minorité de faire dérailler le processus d’adoption des textes de loi.
Ancien humoriste auteur d’un pamphlet anti-républicain sur « les mensonges et des menteurs qui les disent », Al Franken devrait devenir ce 60e sénateur, lorsque le recours engagé par son opposant républicain, le sortant Coleman, sera épuisé. Gagnant d’un cheveu, Franken devrait siéger à Washington pour le Minnesota, l’Etoile du Nord parmi les Etats américains.
Au vrai, d’autres défections pourraient venir, du Maine en particulier, dont les deux sénatrices modérées seraient tentées par l’abandon d’un GOP trop conservateur.
Car en filigrane de l’extraordinaire changement d’allégeance de l’opportuniste Specter, outre la constitution d’une imbattable majorité démocrate qu’il sera d’autant difficile à contrôler pour l’Exécutif, c’est l’avenir du GOP qui est en jeu.
Versera-t-il du côté d’une Sarah Palin ou de celui d’un Charlie Crist le gouverneur de Floride un moment pressenti comme candidat de McCain à la vice-présidence? La défection de Specter est un symptôme de la crise profonde que traversent les républicains.
22 avr. 2009
Obama: patriotisme ou blamegame?
La présidence Obama se veut campée sur une hauteur morale qui la conduit à reconnaître les
On peut comprendre la démarche de l'éditorialiste sans l'approuver, car restaurer le leadership américain passe probablement par cette forme de thérapie après les excès inimaginables de l'administration Bush-Cheney, y compris au plan intérieur avec les "cultures wars", les guerres de valeur où les Américains étaient dressés les uns contre les autres autour de sujets de société comme la religion, le mariage homosexuel, le libre port d'armes et l'avortement. L'Amérique est sortie exténuée de la campagne présidentielle de 2008 en raison de cette polarisation. Le discours d'Obama veut panser les plaies tant intérieures qu'extérieures, celles qui ont balafré l'image de l'Amérique dans le monde.
Du reste, soulever le blâme qu'Obama infligerait à son pays laisse entrevoir un doute maléfique qui ressemble à ce que Bill Clinton avait réveillé en reléguant la candidature d'Obama à une candidature noire de témoignage lors des primaires démocrates, à savoir le rejet qu'un Noir s'installe à la Maison-Blanche. Il fallait un Obama pour oser voir la vérité en face, et dès lors "Obama est-il vraiment des nôtres?" pourrait-on se demander en extrapolant l'éditorial du WSJ. "Sa trajectoire personnelle qui l'a fait s'interroger toute sa vie sur son appartenance et sur l'Amérique l'amène aujourd'hui à partager ses réflexions comme président, ce qui est un pas de trop dans l'introspection. Pour se guérir des excès bushiens, les Américains ont choisi l'outsider Obama, pensant ainsi se repentir, ils s'en mordront bientôt les doigts..." Il n'y a pas loin de l'analyse du WSJ à ce cheminement qui rouvrirait les plaies historiques du pays. En bref, le président des Etats-Unis serait-il assez patriote? Soit dit en passant, tous les Américains ont-ils la même conception de ce que doit être un patriote? Rien n'est moins sûr, et c'est précisément en puisant dans la réserve d'un nationalisme exacerbé que Bush-Cheney ont amené leur pays dans la voie de l'invasion de l'Irak, galvanisant une nation bouleversée par le 11/9 mais ignorante du monde et sûr d'elle, de sa supériorité morale et de sa mission en faveur du Bien.
Je crois que la vérité est ailleurs. S'il est compréhensible que certains Américains peuvent ne pas suivre leur président dans son discours de vérité, ainsi que le laisse entendre le WSJ, le patriotisme cérébral d'Obama est aussi sincère que le patriotisme sanguin de "W" qui, moins nuancé, est aussi moins adapté à un monde aux réalités internationales toujours plus complexes - et rendu plus complexe par les malentendus et les caricatures renforcés par la politique de George W. Bush et Dick Cheney.
Surtout, Obama a compris une chose que les années Bush ont exacerbée; l'Amérique a besoin de se retrouver, de renouer un lien national et de reprendre le fil de son histoire. Le lien social est
Réconcilier les Américains avec leur pays et l'image qu'ils s'en font, c'est la vocation d'un Obama qui n'a cessé de s'interroger sur l'identité américaine, se découvrant adolescent étranger dans son propre pays du fait de sa race, puis se reconnaissant dans les Noirs sans pleinement appartenir à la communauté ni s'identifier à elle. D'un point de vue américain, avec toute la diversité de perspectives que cela comporte, on peut certes s'offusquer de certaines incidences comme le fait l'éditorialiste du WSJ, mais restaurer lien national américain est au fond la mission essentielle et le sens historique aussi de la présidence Obama.
Cette question nationale est, comme celle de la classe moyenne, la question centrale
pour la plupart des pays industriels; elle l'est en tout cas sûrement pour la France autant que pour les Etats-Unis.
25 mars 2009
Obama et la crise scène 2
En bref, la colère ne faiblit pas, et elle touche aussi les rangs parlementaires, où l'opposition républicaine au budget démocrate dément toute vélléité de "bipartisanisme". Le mot d'ordre est toujours le même; restaurer le crédit et la confiance avec, en filigrane, la condition de la classe moyenne. En recevant le serment du nouveau Haut représentant au Commerce, l'ancien maire (noir) de Dallas Ron Kirk, le VP Biden a insisté sur cet axe essentiel de l'administration; améliorer la vie de la classe moyenne américaine.
Les débuts d'Obama sont donc agités car la grogne chez les démocrates est perceptible, ceux-ci hostiles aux versements de subventions aux banques tandis que l'interventionnisme de la politique annoncée, en particulier en matière de protection sociale, fait hurler la droite.
L'Amérique change-t-elle? On le voit, noir ou pas, la question raciale est hors sujet. Obama s'inscrit dans la continuité américaine et il est submergé par des événements d'une ampleur sans précédent. Il doit travailler à remettre la machine USA Inc. sur les rails, et les promesses d'aube nouvelle sont renvoyées à plus tard. Cela peut être frustrant, mais n'oublions pas que, sans cette crise qui empêche de s'atteler au renouveau promis par Obama, Obama ne serait probablement pas là. C'est paradoxal, mais c'est ainsi.
Sans compter que dans l'ombre des joutes sur le budget, les enjeux de politique étrangère ne paraissent pas être radicalement modifiés. De récents incidents navals avec la Chine ont causé des tensions tandis que le nouveau rapport annuel du Pentagone au Congrès sur la puissance militaire chinoise alerte les USA des périls encourus par la modernisation de l'arméee populaire. L'aide publique US au Moyen-Orient, dans le budget 2009, ne semble pas davantage introduire des conditions nouvelles du soutien américain aux acteurs du conflit israélo-palestinien, noeud de la politique US dans la région.
Comme disent les Américains, plus ça change...
26 févr. 2009
L'Etat de l'Union
De fait, le premier discours sur l'état de l'Union de Barack Obama ce 24 février a été consacré presque entièrement aux affaires intérieures. Deux contrecoups pour deux présidents: Bush, tourné vers l'Amérique, aura été absorbé par les affaires mondiales, Obama, président "global", l'est par la crise (à laquelle il doit cependant son élection).
Il y avait continuité: même ton et même assurance que durant la campagne, même désir de réconcilier l'Amérique et de la réinventer en reconstruisant ce qui est vieilli (les infrastructures), en créant (l'innovation scientifique, notamment en matière énergétique), en corrigeant le modèle (la couverture maladie, la régulation du système financier, l'éducation), et en rassemblant les Américains.
Soulignons l'importance donnée à l'éducation: une bonne éducation n'est plus un passeport vers une carrière professionnelle mais un prérequis; les 3/4 des emplois en plus forte hausse exigent le bac, et à peine plus de la moitié des Américains ont ce niveau d'instruction; les Etats-Unis ont parmi les taux les plus élevés d'abandon des études secondaires parmi les pays industriels; la moitié des diplômés du supérieur ne terminent pas leurs études a rappelé le président qui, imitant JFK a déclaré: "abandonner ses études ce n'est pas juste se laisser tomber soi-même, c'est laisser tomber son pays".
Obama a fixé un objectif: en 2020 les USA auront la proposition la plus élevée dans le monde de citoyens avec un diplôme du supérieur.
L'étoile montante du parti républicain, l'Indien catholique Bobby Jindal, gouverneur de Louisiane à 37 ans, était à la tâche en donnant la réplique au discours sur l'Union. Enregistrée depuis sa résidence officielle de Bâton Rouge, sa prestation s'est avérée mortelle; ennuyeuse, prononcée sans panache et sans idée percutante, et clairement à côté des enjeux historiques. Passage raté pour le Louisianais.
Pour la suite, la réforme du capitalisme et du système social américain est à l'oeuvre, dans la croyance en la suprématie de la libre entreprise, l'initiative individuelle et la capacité d'adaptation des Américains.
3 févr. 2009
Obama, la Chine, l'Asie et le protectionnisme
La relation sino-américaine est un axe majeur de la politique extérieure des Etats-Unis et la conversation téléphonique entre Obama et Hu ce 30 janvier était très attendue. Pourquoi est-elle si importante? Parce que la stabilité mondiale passe par des rapports coopératifs entre les deux pays sur les questions stratégiques et économiques. Dans ce "choc des prospérités" que sont le développement de la Chine et l'adaptation de l'économie américaine, désormais vitaux dans le contexte de crise, la tentation protectionniste resurgit.
Après l'euphorie de l'élection de novembre, la réalité reprend ses droits; Congrès qui vote un Buy America Act - ne faisant toutefois que reprendre une législation existante, datant de 1982; négociations commerciales avec la Corée du Sud dans le contexte d'une crise historique de l'industrie automobile US, avec comme objectif un recul des barrières non tarifaires en Corée obstruant l'entrée des produits américains; et instrumentalisation de l'environnement par réclamation de normes "vertes" comme condition d'entrée sur la territoire.
Les questions stratégiques se mêlent étroitement à ces dossiers économiques. Le net refroidissement des relations entre les Corées suggère de réconforter Séoul quant à la fermeté américaine face au régime du Nord, tout en en jouant pour faire avancer le dossier commercial, mais sans susciter l'ire de l'opinion coréenne, qui avait protesté massivement à la levée de l'embargo sur le boeuf américain par son gouvernement... Plus largement, les tensions sur la péninsule coréenne imposent de cadrer les relations sino-coréo-américaines, ce qui signifie ne pas laisser la Chine dominer le sujet tout en s'attachant son soutien, et ménager les deux autres acteurs. En même temps, le Japon, allié stratégique n°1 en Asie-Pacifique, doit bien sûr être maintenu dans ce statut - même si la réalité veut que la Chine soit de facto l'interlocuteur clé pour la stabilité régionale.
Car les tensions économiques sino-américaines qui déchaînent les passions au Congrès depuis des années, reprennent à la faveur de la crise. Les déclarations du nouveau secrétaire au Trésor, Tim Geithner, en audition au Sénat, sur la "manipulation" du taux de change du yuan, qui expliquerait en partie le déficit commercial US (quoique les mauvaises habitudes de consommation des Américains et le manque d'épargne sont aussi à blâmer), en dit long sur les écueils qui continuent de jalonner les relations bilatérales.
Il n'est donc pas étonnant que les deux présidents US et chinois aient balayé tous ces sujets au cours de leur premier entretien officiel, selon la Maison-Blanche; monnaie, commerce, Corée, nucléaire, climat, terrorisme.
La bonne nouvelle semble être le ton donné et la conscience que les deux rivaux-compétiteurs-partenaires sont sur le même bateau, et que le dialogue doit se poursuivre. Ce sera là sans doute, avec la chute de Lehman Brothers, l'héritage durable de Henry Paulson...
23 janv. 2009
Obama ou la continuité américaine
Que l’Amérique se retrouve et qu’elle projette dans le monde ses valeurs sans ignorer les réalités extérieures, telle est la mission du nouveau président. Au fond, la négritude de Barack Obama a peu d’importance ; tout change est tout reste pareil. Il s’agit de l’Amérique, de sa capacité à demeurer le centre névralgique de l’économie mondiale et à guider la politique internationale.
La vraie rupture, la sortie de route, ce fut « W » avec l’invasion irraisonnée de l’Irak et la polarisation de la société américaine autour des mœurs. Obama sera l’homme du recadrage, dans la tradition qui a dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan. Reagan ne fut-il d’ailleurs pas d’abord un démocrate du New Deal avant d’adhérer au parti républicain ? Et Obama n’est-il pas, comme Roosevelt et Reagan, placé devant des défis économiques et stratégiques considérables ? Une fois de plus, l’Amérique doit réinventer son contrat social et son rôle mondial.
En homme de synthèse qui toute sa vie fut en quête de son identité, cherchant à concilier négritude et américanité, Obama cherchera à répondre aux défis du monde, dont il saisit sans peine toute la complexité, dans le respect des principes américains ; voilà deux différences majeures avec l’administration sortante. Qu’en sera-t-il donc de l’Amérique et du monde ?Les accents reaganiens du discours d’Obama, c’est la confiance que les Américains doivent retrouver en eux-mêmes, et la promotion des valeurs de liberté qu’ils doivent inspirer et non imposer, par une approche pragmatique et réaliste de la politique internationale. Ce réalisme se trouve dans le diagnostic : Obama a très tôt perçu que le vrai danger, ce n’était ni l’Irak ni l’Iran, mais l’Afghanistan et le Pakistan. C’est là que se loge le venin de la politique internationale. Là aussi que le cataclysme tant redouté du nucléaire peut survenir : une guerre indo-pakistanaise beaucoup moins improbable que l’on pense. Au Pakistan, les Etats-Unis sont pris dans des contradictions inextricables ; comment favoriser la démocratie dans un pays où l’armée, colonne vertébrale du pouvoir et allié des Américains, nourrit en même temps l’islamisme et soutient les talibans afghans ? Comment aussi soutenir l’Inde sans affaiblir l’alliance avec les militaires pakistanais de façon irréversible et incalculable ? Comme le dit astucieusement l’Indien de l’ONU, Sashi Tharoor, en Inde l’Etat a une armée, au Pakistan l’armée a un Etat. Le rapprochement nucléaire américano-indien légué par Bush est une grande ouverture stratégique, mais elle complique l’équilibre régional et affaiblit le régime de non-prolifération.
Pour espérer résoudre ces difficultés, Obama doit renouer avec le réalisme reaganien sur deux fronts : rétablir immédiatement une relation fonctionnelle avec la Russie et instaurer un dialogue avec l’Iran, que les erreurs bushiennes ont placé en position clé dans la région. Les Etats-Unis et l’Iran partagent au moins un intérêt majeur : éradiquer le nihilisme sunnite à la al-Qaïda. Il faudra cependant attendre l’élection présidentielle iranienne en juin pour pouvoir bouger sérieusement sur ce front. La Russie passe donc en premier, et ici les Européens sont concernés directement : un dialogue euro-américain sur la Russie permettrait de se coordonner et d’envisager un grand accord sur la sécurité énergétique européenne, la sécurité russe et l’avenir de l’OTAN, bêtement élargie depuis la chute de l’URSS au lieu de faire place à un nouveau schéma d’ensemble. Mais ce que voudra Obama, en toute logique, c’est un appui en Afghanistan que les opinions européennes ne sont pas prêtes à consentir, ce qui promet des tensions…
Un deuxième front est l’Asie-Pacifique, où l’Europe est absente. L’échec patent de l’administration Bush face aux imprévisibles Nord-Coréens a irrité le Japon et la Corée du Sud, et renforcé le poids diplomatique de la Chine. Une relation triangulaire stable et constructive sino-nippo-américaine est un défi considérable de la nouvelle administration pour maintenir la tumeur nord-coréenne sous contrôle, et accompagner ce qui sera la grande continuation de Bush à Obama, le Dialogue économique stratégique (SED) instauré par Henry Paulson. Le « grand ajustement » économique qui caractérise la mondialisation fait du face-à-face sino-américain la priorité des priorités de la politique économique extérieure. Le réalisme consistera ici à renforcer le dialogue avec une Chine à la fois rivale, concurrente et partenaire.
Le retour de la diplomatie et de l’art du possible, fortifiés par une dissuasion militaire efficace (l’Amérique d’Obama n’hésitera pas plus que celle de Bill Clinton à recourir unilatéralement à la force) sont donc déjà le sceau de la présidence Obama, dont l’action intérieure et extérieure sera facilitée par une disposition au consensus bipartisan (John McCain pourrait être un allié précieux). Le maintien à la Défense du reaganien Robert Gates, numéro deux de la CIA à l’époque de la lutte antisoviétique en Afghanistan au nom de la liberté, et grand correcteur du tir bushien, est un hommage à la continuité américaine dans le centre rationnel. Car il y a aussi les valeurs, et notamment le désarmement nucléaire que soutenait Reagan – Obama était ici pleinement en phase avec McCain, dont les héros s’appellent Reagan et Theodore Roosevelt, le républicain dont le Square Deal fut le devancier du New Deal de Franklin. Continuité et synthèse dans la fidélité aux grands principes qui ont dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan, tel est l’esprit de la présidence qui s’ouvre. Le premier président noir, se voulant un héritier digne des Pères fondateurs, pourrait en effet être celui par lequel l’Amérique retrouvera intelligemment le chemin de la raison.
21 janv. 2009
Obama et le Moyen-Orient: premiere surprise?
Le président Obama a désigné l'ancien sénateur George Mitchell comme envoyé spécial au Moyen-Orient (cela prendra effet après confirmation par le Sénat de la nomination de Clinton au département d'Etat).
Tous les noms ayant circulé jusqu'ici ne soulevaient pas un grand enthousiasme et n'auguraient pas d'un changement décisif de la politique américaine sur un dossier israélo-palestinien qui affecte terriblement les relations des pays occidentaux, y compris européens, avec le monde arabe. Kurtzer, Ross, Indyk et autres, tout ceci n'était pas encourageant.
Le choix de Mitchell, dont le travail lors des efforts de Bill Clinton pour un règlement proche-oriental furent largement salués, et qui n'entretient pas de lien particulier avec les Israéliens tout en ayant un lien proche avec la région - et même avec un acteur sans controverse, le Liban, dont sa mère était originaire - augure de meilleurs présages.
Catholique, de père irlandais, Mitchell a aussi joué un rôle très important, on s'en souvient, dans la médiation clintonienne en Irlande du Nord.
Sans s'enthousiasmer outre mesure, disons que la discrétion dans laquelle ce nom a été tenu montre peut-être une méthode de travail du nouveau président à la hauteur de son jugement intellectuel et de son sérieux. Une tentative d'insuffler moins de partialité dans la politique américaine au Proche-Orient? C'est par là que passera la réconciliation de l'Amérique avec le monde.