Joe Biden, le vice-président élu, est connu pour son sens des formules. Le plan de relance ne doit pas "devenir un arbre de Noël" a-t-il déclaré, prévenant qu'il n'y aurait pas de place pour les "earmarks", ces allocations spécifiques de fonds qui servent des projets d'intérêt local parfois au détriment du bon sens, et dont John McCain est connu, lui, pour être un farouche adversaire.
En d'autres termes, les parlementaires ne doivent pas s'attendre à pouvoir mettre la main dans le pot de confiture pour détourner des fonds fédéraux à usage local. Parole de vieux routier sénatorial, croix de bois croix de fer, il n'y aura pas de "business as usual" au Capitol... Pour un pilier du Sénat, en effet, l'avertissement a de quoi faire sourire, mais peut-être que la nouvelle majorité démocrate du 111e Congrès qui entrera en fonction le 20 janvier, saura résister aux tentations. L'idée que Caroline Kennedy, fille de JFK, succède à Hillary Clinton au poste de sénateur de NY montre que, tout de même, certaines pratiques ne sont pas prêtes de disparaître... Après le fils Bush, la fille Kennedy, alors qu'oncle Ted siège toujours pour le Massachusets. On se demande comment les Américains n'en ont pas marre.
Plus important sans doute est le débat qui se déroule aux Etats-Unis sur le bien fondé de la relance à hauteur d'un trillion de dollars, qui s'ajoute aux 700 milliards du plan Paulson. Beaucoup renâclent au parti républicain, qui ont déjà échouer le plan auto du gouvernement et qui demandent si les fonds du plan Paulson ont produit quelque effet.
Faut-il sauver l'industrie automobile en l'état? Pas sûr qu'ils aient tort de refuser des dépenses dont le bon usage ne les convainc pas. Quant à l'industrie en question, symbole américain, elle est aussi le symbole de la reconversion nécessaire de l'économie et du mode de vie américains. Non que les Etats-Unis doivent se passer d'autos, mais adopter de nouveaux standards - il en a déjà beaucoup été question, notamment en matière de normes d'émission de Co2 au kilomètre - et repenser les transports (cela est plus vrai encore en Europe, car la voiture en ville, cela devient de plus en plus dépassé) s'imposent comme des exigences du futur que seule une crise profonde peurt déterminer. Rappelons que GM a abandonné ses Hummers, ce qui fut un signe important d'un changement de pratique.
Les républicains, qui doivent se soumettre à un exercice de réinvention, ont avec la crise et les discussions sur l'intervention de l'Etat, une occasion d'afficher un discours politique épuisé par les huit années Bush, et aussi une occasion de s'en distancer. Car il y aurait un trait d'union économique entre Bush et Obama, c'est le déficit. Bush l'a creusé pour de mauvaises raisons, avec des baisses d'impôt dont l'équivalent aurait pu être investi, au moins pour partie, dans des investissements publics aujourd'hui au goût du jour (éducation, recherche, infrastructures), et avec la guerre d'Irak. Obama est contraint par les événements et par des tendances de fonds négligées par l'administration sortante (pouvoir d'achat des classes moyennes, emploi, déclassement sur le marché du travail, etc.).
Certaines requêtes, comme celle des détaillants du commerce qui demandent 25 milliards de remise sur la TVA, que l'Etat fédéral paierait aux Etats fédérés qui perçoivent cet impôt, aurait-elles un effet déterminant - comme la baisse de la TVA décrétée au Royaume-Uni?
Bien sûr, on partagera l'avis de Larry Summers: l'Etat doit intervenir pour éviter la plus grave récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais les préventions de principe sur le gaspillage de sommes colossales et la justification de l'action publique, et les questionnements sur le bon usage des fonds dont devra décider le 111e Congrès en janvier, sont parfaitement acceptables. Miné par Katrina, le parti républicain a là de quoi reformuler un message crédible et reconstruire un avenir politique.
Le déficit existant ne favorise pas l'économie américaine et la perspective de nouveaux déficits, alors que la Fed a dû baisser ses taux à zéro pour tenter de relancer le crédit, impose à l'opposition de suivre de près les fonds alloués pour éviter, comme le dit Joe Biden, que le plan de relance (que le président Obama obtiendra) ne devienne un arbre de Noël.
24 déc. 2008
Pas de confiture à Noël pour Washington
11 juin 2008
Obama le peuple
L'économie revient dans la campagne, et le commerce international est à la confluence des problèmes.Dans son discours à Raleigh (Caroline du Nord) lundi 9 juin, le futur candidat démocrate se déclare favorable au libre-échange, après avoir dû critiquer vertement l'accord nord-américain durant les primaires, pour cause de vote ouvrier pro-Clinton. Il doit absolument récupérer cet électorat, d'autant moins hostile à McCain qu'il pourrait être réticent à élire un président noir...
Obama est contraint à un exercice d'acrobate : restaurer une juste répartition des richesses dans une Amérique où se creusent les inégalités et où la classe moyenne souffre de l'innovation technologique et de la concurrence étrangère, et ne pas se mettre à dos les forces économiques en prétendant rompre avec la politique américaine fondée sur les échanges internationaux. Sa situation paraît peu enviable.
Pourtant, un discours en faveur d'une mondialisation « juste », qui soutienne les échanges tout en ménageant les écarts de développement, c'est-à-dire qui ne ruine pas les bases industrielles de l'Amérique, pourrait être un puissant message auprès de l'électorat. Ce message collerait aussi à « l'espoir » et à « l'audace » qu'Obama veut incarner pour l'Amérique. De puissants lobbies industriels comme la NAM, l'association des manufacturiers, soutiennent des lois sur le commerce loyal (fair trade) et la réévaluation de la monnaie chinoise. Obama pourrait rassembler ouvriers et industriels autour d'un même message et poser de sérieux problèmes à son opposant. Un discours à la fois simple, réclamant justice, et construit, faisant écho aux préoccupations des entreprises américaines face à la concurrence des pays émergents, serait un détonant mélange.
McCain ne cesse de portraiturer Obama comme un champion des taxes. Les Américains sont très réceptifs lorsque ce chiffon rouge est agité, mais cela risque de ne pas suffire.
L'économie offre à Obama la possibilité de reprendre un avantage durable sur son concurrent, et il est à parier que s'il réussit à capter les inquiétudes d'intérêts en apparence contraires – ceux des cols bleus et des patrons – l'électorat y sera plus réceptif qu'aux arguments anti-iraniens de McCain.
4 juin 2008
Le Choc des Prospérités : les USA face à la Chine
L’humeur protectionniste qui pèse sur la campagne électorale américaine voit les candidats démocrates attaquer le libre-échange et même l’accord nord-américain (Alena) voulu par G. H. W. Bush et signé par Bill Clinton.
Seul McCain ne s’embarrasse pas de ces exigences électorales et se dit favorable au libre-échange.
Faisons une pause et revenons vers les questions économiques sino-américaines.
Pourtant, la menace économique chinoise à long terme est-elle aussi inquiétante ? La capacité d’adaptation de l’Amérique est-elle épuisée ? Le modèle économique américain, en mutation, est-il incapable d’une transition vers de nouveaux schémas où la force industrielle serait modernisée, le savoir-faire des cols bleus renforcé, au prix certes de reconversions importantes ?
Il est intéressant de relire cet article paru en 2007 dans le Wall Street Journal, que j’avais archivé, et qui éclaire le débat économique sino-américain. Il est reproduit ci-après.
Les défauts de la transition chinoise sont importants et les commentaires d’individus qui travaillent en Chine ou y ont créé une affaire soulignent les insuffisances de la formation et les déséquilibres du circuit financier, notamment. Non que l’émergence économique de la Chine et son impact sur les économies industrielles soient à remettre en cause, mais le choc des prospérités que cela engendre n’est peut-être destiné à être si ravageur. Ce serait la fin des pays riches. L’interdépendance reste une réalité.
Je ne crois pas à la disparition de la force économique des Etats-Unis.
La protection sociale est, comme chez nous, un vrai sujet, mais les conditions de l’adaptation à l’émergence des économies d’Asie, les besoins de modernisation de ces économies, enfin la taille de l’économie américaine, font que l’ajustement ne signifie pas désindustrialisation.
L’adaptation de General Motors aux exigences environnementales, et surtout au prix du gasoil, illustrent le type de transition qui pourra se faire sous nos yeux.
Qu’en dira la campagne ? Que diront McCain et Obama sur le choc des prospérités sino-américain ?
The China Syndrome
By JEREMY HAFT
July 16, 2007
Sure, greed factors into why Chinese suppliers make defective, even harmful products. But often it's because of just plain ineptitude.
If you visited a typical Chinese factory, you'd see why. It lacks capital, technology and know-how. Its workers place obedience over quality. And it sits along an endless chain of middlemen.
On average, it takes China 17 separate parties to produce a product that would take us three. Unlike Japan in the 1980s, little companies drive China's economic growth, not big ones. China's industries are composed of hundreds of thousands of tiny factories and farms -- plus traders, brokers, haulers and agents, all of whom take control of the goods and materials but add little value to the product. With every additional player in the chain, the cost, risk and time grow. Effective quality control in this environment is difficult.
So is effective cost control. Despite cheap labor, making goods in China is often more expensive than in the U.S. Far from being a bottomless ATM of cheap consumer goods, China is a risky, costly and time-consuming place to do business.
Yet polls show a majority of Americans believe China has mastered basic manufacturing -- and it's now barreling into our high-tech backyard. That's false. As the product recalls demonstrate, China can barely make low-value goods reliably, much less higher-value ones. The problems are structural, not the result of a few bad apples.
To compete head-to-head with the American economy, China will have to revolutionize the very way its industries are organized. It must shake out the thousands of low-value middlemen and integrate the tiny factories into larger, more competitive companies. It must train a workforce in modern technology and business practices. And, it must instill transparency and a uniform rule of law. Such an effort could span generations.
Meanwhile, we're expected to believe that America will import Chinese passenger cars in just two years. Making products that live up to international standards requires more than simply modern production lines. Your entire corporate culture, along with that of your suppliers and buyers, must be focused on minimizing errors and defects. Rattle around in a Chinese-made car and you'll see tangible proof of why they've had to delay their launch into the U.S. market again and again -- and just how far China still has to go before it can make a car Americans will buy.
The U.S. economy, on the other hand, can efficiently produce a wide variety of goods and services. In most industries, we're decades ahead of China. And, huge swaths of our economy -- like the services sector and high-tech manufacturing -- don't even exist in China yet.
America possesses this competitive edge at the precise moment when Chinese consumers are buying more than ever before. China's middle class already outnumbers the combined populations of the United Kingdom and France. And it's expanding at a rate not seen since the industrial rise of the U.S., Europe and Japan.
Chinese consumers want modern homes, schools and hospitals, as well as advanced technologies and infrastructure. Local sources can't keep up with demand. So China imports most of the higher-value goods, materials and services it needs. As a result, China is increasingly buying American and growing five times faster than any other market for U.S. exports.
Nearly all sectors of the U.S. economy are experiencing unprecedented Chinese demand. And while most Americans fear the flood of cheap Chinese goods, many of these products are, in fact, composed of U.S. raw materials and components. The Chinese apparel that lines our shelves is made from American cotton; the housewares from American steel; the computers from American technologies. So as Chinese imports to the U.S. surge, American exports to China surge, too. China is buying from large U.S. companies as well as small ones, and China is the fastest-growing export market for small business.
We should take another hard look at the "China Century." China's rise need not drive America's fall. By tapping into its expansion and capitalizing on our strengths, America's companies have a once-in-a-century windfall opportunity to build value, make money and create jobs here at home -- not shutter the shop.
Putting near-term gains aside, though, the next century will not be led by the country that can make the cheapest copy of a spark plug. It will be led by innovators and entrepreneurs, America's unrivaled assets. Innovation -- not imitation -- will create jobs and maintain America's economic primacy in the century ahead.
The scope of the product recalls will surely widen as we start to scrutinize what we're importing from China. Remember, these recalls tell us as much about China as they do about America. The silver lining is our inherent strength.
2 juin 2008
Obama en Irak ?
Les attaques continues de John McCain contre Obama, qui a déclaré être prêt à rencontrer sans préconditions le président iranien, tendent à remplir leur objectif : semer le doute sur la capacité du sénateur de l'Illinois à occuper le Bureau ovale.
En martelant constamment depuis plusieurs jours sur ce thème, McCain réussit à fixer l'ordre du jour. Après qu'il a mentionné l'absence de voyage d'Obama auprès des troupes en Irak, où lui-même s'est rendu à plusieurs reprises, la campagne d'Obama a laissé entendre que celui-ci pourrait se rendre dans le pays. Après l'Iran, l'Irak.
McCain s'impose, moyennant quoi Obama ne parvient pas, malgré ses déclarations sur le libre-échange, à tirer vers lui les questions de relations internationales. Mais le temps ne joue-t-il pas pour lui?
L'économie sera à n'en pas douter au coeur de la campagne, et il aura sur ce dossier un avantage politique. Renverser la vapeur et caricaturer une présidence McCain en troisième mandat Bush devient pressant.
La bataille continue chaque jour. Avantage au républicain pour l'instant. Attendons la suite avec confiance.