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12 mars 2010

Obama entre les menhirs

Deux choses s'imposent avec plus d'évidence qu'hier au président américain et contraignent son appétit de réforme à l'intérieur comme au plan international.

Le premier est le commerce: Obama est pris dans une contradiction à laquelle n'ont pas échappé ses prédécesseurs, celle d'une conviction que la liberté de commerce bénéficie à l'Amérique et aux emplois aux Etats-Unis, y compris par l'importation de biens de consommation bon marché qui satisfont le pouvoir d'achat des moins nantis, contre la réalité d'un marché du travail qui subit les conséquences de la concurrence étrangère. Le discours sur la destruction des emplois à cause du libre-échange, tenu notamment par la gauche du parti démocrate et les syndicats, hypothèque l'adoption d'accords en déshérence au Congrès depuis des années avec la Corée, la Colombie et le Panama.

Devant la colère de l'opinion et les mauvais chiffres de l'emploi, le pouvoir n'est pas prêt de se découvrir et de pousser pour l'adoption de mesures qui apparaissent néfastes à une grande partie de l'opinion - et des élus qui vont chercher à être reconduits aux midterms de novembre.

Jobs, jobs, jobs: cette priorité absolue interdit à l'administration d'avancer sur le front du commerce international et de défendre ses positions, sans compter qu'au plan multilatéral (l'OMC) les tensions ne sont pas près de s'éteindre.

L'autre grand sujet, qui est lié à la politique étrangère, c'est le Proche-Orient. Les relations entre Obama et le Premier israélien sont mauvaises, mais le camouflet reçu cette semaine est une première: Israël annonce la construction de 1600 unités alors que le vice-président Biden est en visite pour préparer la venue d'Obama. La colonisation n'est donc pas suspendue alors qu'Obama en avait fait une condition de toute issue au conflit avec la Palestine depuis l'occupation.

Inutile de dire que la visite d'Obama est désormais impossible. Ce qui s'impose à lui avec une force inaltérable, c'est le lien politique intérieur qui fait de l'alliance inconditionnelle une réalité incontournable de la politique américaine.

Obama est pris entre deux menhirs de la politique américaine qu'il est quasiment impossible de bouger et le changement que l'on attendait est largement compromis - pour le pire et non pour le meilleur.

11 juin 2008

Obama le peuple

L'économie revient dans la campagne, et le commerce international est à la confluence des problèmes.

Dans son discours à Raleigh (Caroline du Nord) lundi 9 juin, le futur candidat démocrate se déclare favorable au libre-échange, après avoir dû critiquer vertement l'accord nord-américain durant les primaires, pour cause de vote ouvrier pro-Clinton. Il doit absolument récupérer cet électorat, d'autant moins hostile à McCain qu'il pourrait être réticent à élire un président noir...

Obama est contraint à un exercice d'acrobate : restaurer une juste répartition des richesses dans une Amérique où se creusent les inégalités et où la classe moyenne souffre de l'innovation technologique et de la concurrence étrangère, et ne pas se mettre à dos les forces économiques en prétendant rompre avec la politique américaine fondée sur les échanges internationaux. Sa situation paraît peu enviable.

Pourtant, un discours en faveur d'une mondialisation « juste », qui soutienne les échanges tout en ménageant les écarts de développement, c'est-à-dire qui ne ruine pas les bases industrielles de l'Amérique, pourrait être un puissant message auprès de l'électorat. Ce message collerait aussi à « l'espoir » et à « l'audace » qu'Obama veut incarner pour l'Amérique.

De puissants lobbies industriels comme la NAM, l'association des manufacturiers, soutiennent des lois sur le commerce loyal (fair trade) et la réévaluation de la monnaie chinoise. Obama pourrait rassembler ouvriers et industriels autour d'un même message et poser de sérieux problèmes à son opposant. Un discours à la fois simple, réclamant justice, et construit, faisant écho aux préoccupations des entreprises américaines face à la concurrence des pays émergents, serait un détonant mélange.

McCain ne cesse de portraiturer Obama comme un champion des taxes. Les Américains sont très réceptifs lorsque ce chiffon rouge est agité, mais cela risque de ne pas suffire.
L'économie offre à Obama la possibilité de reprendre un avantage durable sur son concurrent, et il est à parier que s'il réussit à capter les inquiétudes d'intérêts en apparence contraires – ceux des cols bleus et des patrons – l'électorat y sera plus réceptif qu'aux arguments anti-iraniens de McCain.

6 juin 2008

Mondialisation et compétitivité



Le prochain président devra répondre aux questions sociales qu'exacerbe la mondialisation:

Le Trade Reform, Accountability, Development, and Employment (Trade) Act déposé au Congrès par des élus démocrates avec le soutien de puissants syndicats tels que les Teamsters, pro-Obama, montre que la mondialisation ne sera pas absente du débat électoral, ni de la vie publique une fois passé l'élection de novembre.

Formation, compétitivité, reconversion des emplois, "fair trade" et environnement, tous ces thèmes liés à l'adaptation de l'Amérique à la mondialisation seront avec nous encore longtemps. Quelle politique commerciale sera conduite par la prochaine administration? Qu'elle soit démocrate ou républicaine, elle devra prendre en compte les exigences d'un Congrès qui restera démocrate et qui continuera de vouloir infléchir la politique des Etats-Unis en faveur de plus de protection et de clauses sur le travail et l'environnement dans les accords internationaux. Cette tendance lourde fait partie du débat global sur la mondialisation qu'amplifiera la hausse des produits alimentaires. En résumé, ce projet de loi est symptomatique des questions sociales que devra traiter le prochain président américain quel qu'il soit. McCain et Obama en sont conscients, dont le discours sur l'environnement rompt clairement avec la poliique du président sortant.

26 mai 2008

L'économie revient... par la politique étrangère

Tandis que John McCain continue de tourner la vis sur l'ouverture d'Obama à l'Iran, le sénateur démocrate reprend l'initiative en écrivant au président sur la politique commerciale des Etats-Unis.

Dans le contexte très tendu d'un affrontement de la Maison-Blanche et du Congrès sur la ratification d'accords de libre-échange avec la Corée du Sud et la Colombie, qui a vu Bush profiter de la présence de ses homologues de l'Alena, le président mexicain et le Premier ministre canadien, pour appuyer son discours libre-échangiste, Obama demande une meilleure prise en compte des conditions d'une réciprocité commerciale, notamment par la levée des barrières non tarifaires aux exportations américaines en Corée, dont le nouveau président, Lee Myung-Bak, vient de se dire favorable à la levée de l'embargo sur la viande de boeuf américaine, en signe de bonne volonté.



Obama a ainsi une bonne occasion de marquer l'avantage en critiquant - à tort ou à raison - la mauvaise de la présidence à négocier avec la majorité parlementaire et en appelant à une position plus ferme en faveur des exportations américaines sans adopter une posture protectionniste. C'est beaucoup moins naïf que McCain le répète à longueur de temps...

Sur l'accord USA-Corée, voir l'analyse du Peterson Institute de Washington.

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



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