Pas de vainqueur net, un débat assez ennuyeux mais qui avait le mérite d’une certaine tenue alors que les débats américains sont souvent très simplificateurs.
McCain, qui avait voulu repousser la rencontre avec Obama, n’a pas perdu de points et en a même gagné.
L’Arizonien s’est montré plus agressif et plus efficace dans le ton, répétant à de nombreuses reprises : « le sénateur Obama n’a pas l’air de comprendre ».
C’est que McCain ne s’est pas départi de cette habitude américaine consistant à simplifier et que le discours nettement plus structuré d’Obama a permis de contenir, de sorte que le débat dans son ensemble a été de qualité honorable.
Hélas, la simplification marche plus aux États-Unis qu’en Europe, et ainsi Obama, qui fut supérieur à son adversaire sur le fond, n’a pas réussi à se distancer ni à le mettre en difficulté.
Autre déception : l’économie fut le sujet de la première partie du débat, mais Obama n’a pas été capable – pas plus que McCain, mais cela était attendu – de se démarquer en faisant des propositions choc qui aurait vérifié l’idée commune selon laquelle les démocrates sont meilleurs sur les questions économiques. Cette fable répétée à l’envi s’est effondrée hier. Obama ne s’est pas imposé sur le terrain économique. J’ai rappelé dans mon message d’hier qu’il n’était pas plus économiste que McCain… Aucun n’a pu répondre à la question répétée du présentateur sur leurs recettes pour faire face à la crise.
Paradoxalement, la position d’Obama était meilleure sur les affaires de sécurité internationale, lorsqu’il a notamment pu opposer à McCain que lui n’avait pas soutenu l’invasion de l’Irak et qu’il avait dès le début des opérations indiqué que le Pakistan et l’Afghanistan étaient les zones de lutte antiterroriste prioritaires.
Obama est l’un des rarissimes hommes politiques américains à avoir eu la prescience et le courage politique de dénoncer l’invasion de l’Irak, et cela semble ne pas lui avoir beaucoup servi hier soir, chose extraordinaire alors que McCain a soutenu la politique de George W. Bush – s’en étant toutefois démarqué en prônant des renforts depuis bien avant que le président ne se décide au « surge » de 2007.
Obama a souligné les erreurs de jugement de McCain et de l’administration qu’il a soutenue, mais McCain a répondu par l’émotion en évoquant les soldats qui sont au front, leur patriotisme. Chaque candidat portait le bracelet d’un jeune soldat mort au combat – là-dessus, Obama a répondu du tac-au-tac à McCain.
Obama était à l’aise, expliquant avec clarté et maîtrise la complexité de la situation en Afghanistan-Pakistan. Pourtant, il n’a pas percé.
Sur l’Iran, McCain s’est montré très ferme, comme sur la Russie. Jeu égal sur la Russie, mais sur l’Iran, si Obama a pu clairement défendre sa position de vouloir par principe être ouvert à un dialogue, McCain a là encore recouru à l’émotion, évoquant Israël et un second holocauste – référence aux déclarations d’Ahmadinejad sur la disparition de l’Etat juif.
Obama a su balayer ces semi-arguments en mentionnant que le président iranien n’était pas l’homme le plus puissant à Téhéran.
Mais ses tirades n’ont pas été pleinement efficaces, et il n’a pas réussi, ayant parfaitement raison sur le fond et montrant qu’il saisissait les nuances des problèmes internationaux comme les Américains les expriment très rarement, à marginaliser son adversaire, à le clouer et à le caricaturer.
McCain a été meilleur à ce jeu-là. Obama est moins prisonnier que McCain de la vision binaire du monde extérieur, mais cela est trop compliqué aux États-Unis.
Au total, d’un point de vue américain, s’il n’y a pas de vainqueur, c’est bien McCain qui a tiré bénéfice de ce débat.
D’un point de vue européen, c’est Obama qui a montré une vision conceptuelle et juste des défis, notamment internationaux, et présenté un message cohérent de nécessaire intervention de l’Etat pour juguler les forces du marché et rappelé le besoin de « remettre les classes moyennes sur les rails ».
Un Européen vote forcément pour Obama, mais un Américain… ?
27 sept. 2008
Débats présidentiels Acte I
18 août 2008
De la Géorgie au Pakistan, un jeu de montagnes russes
Menacé de destitution par la coalition parlementaire qui fait la Majorité, Pervez Musharraf a annoncé aujourd'hui sa démission de la présidence du Pakistan. Ce vide donne un haut-le-cœur. Non que Musharraf soit aimable, mais on sait ce que l'on perd et l'on ne sait pas ce que l'on gagne, dans un pays qui représente un danger réel pour la paix régionale et partant, mondiale, puisque le Pakistan possède l'arme nucléaire. Le renversement dans la violence que l'on pouvait craindre ne s'est pas produit et c'est donc tout en douceur que se passe la transition. L'armée n'a pas suivi son ancien chef et les États-Unis ont sans doute pesé dans la balance. Il reste que l'incertitude domine encore l'avenir de ce pays clé dans la lutte antiterroriste, où la majorité politique hétéroclite risque de se fissurer par soubresauts une fois éliminé son ennemi commun.
Autre haut-le-cœur, les déclarations de la chancelière allemande sur l'adhésion future de la Géorgie à l'OTAN. Après le sommet de Bucarest au printemps, qui avait enterré le projet de Bush sur une entrée de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'Alliance, l'Allemagne affirme que la Géorgie sera dans l'OTAN. L'apaisement et la mise en ordre des relations euro-russes dans un cadre stratégique et politique réfléchi ne seront pas facilités par ces déclarations. C'est pourtant un enjeu européen majeur des prochaines années. L'élection de John McCain ne devrait pas non plus faciliter la gestion par les Occidentaux des incertitudes russes quant au destin de la Russie post-soviétique. Un président Obama serait plus en phase avec les exigences de ce défi qu'ont en partage Européens et Américains.
Les erreurs des années 1990 se payent. Comment créer une relation de confiance avec la Russie ? Cette question restera sans réponse si l'on cherche à repousser toujours plus les limites de l'empiètement de l'influence russe sans contrepartie significative.