La contestation semble enfler dans l'opinion américaine, contre l'inflexibilité républicaine en matière de déficit.
Champions des coupes, les républicains emmenés par le jeune président de la Commission des finances de la Chambre, Paul Ryan, commenceraient ces jours-ci à sentir le retour de flamme provoqué par leur opposition frontale au président Obama en insistant sur des réductions drastiques affectant notamment les programmes sociaux. Or les Américains montrent la même contradiction que les Français. A une différence, elle est inversée.
Les Américains contestent violemment contre l'interventionnisme taxé de socialisme, dénonçant le déficit qui menace la compétitivité du pays et des démocrates traditionnellement accusés de laxisme budgétaire, alors que les Français, eux, manifestent contre les réformes. Mais les Américains se braquent si l'on touche à la sécurité sociale! Tandis que les Français qui descendent dans la rue savent bien au fond que le pays ne peut vivre au-dessus de ses moyens, et acceptent la remise en ordre financière de l'Etat-providence. Les Américains sont très nombreux à partager ce sentiment. Les logiques à l'oeuvre ne sont certes pas les mêmes mais au final, paradoxalement, la situation est moins différente que l'on ne pense souvent.
Pour 2012, l'attachement des Américains à leur sécurité sociale ne dit pas que les démocrates bénéficieront du phénomène. Celui-ci, on vient de le voir, est indissociable de son contraire, et surtout les immenses difficultés des politiques à s'entendre à Washington autour d'un budget maintiennent assez bas dans l'estime publique le pouvoir comme l'opposition républicaine.
Il est à parier néanmoins que la pédagogie d'Obama sur les enjeux de long terme finira par payer - surtout si la courbe du chômage diminue...
27 avr. 2011
Sécurité sociale: paradoxe franco-américain
17 avr. 2011
I still believe
Le slogan de la prochaine campagne présidentielle américaine pourrait bien être « I still believe. » Le président Obama a prononcé un important discours la semaine dernière sur le déficit et la politique budgétaire, qui a donné l’orientation fondamentale de la bataille pour 2012. Il veut croire encore en un consensus responsable qui seul permettra de surmonter les défis économiques des Etats-Unis.
En 2012 dominera le thème central qui a vu Obama surgir sur la scène politique américaine, celui de l’unité nationale et de la responsabilité. Celui aussi de la synthèse qui est la marque de l’esprit d’Obama, comme de son expérience personnelle comme Américain. Cette synthèse concilie le libre marché qui anime l’Amérique depuis les origines, et des institutions publiques qui assurent la cohésion nationale et incarnent l’idée américaine.
Dans un climat politique qui continue, après George W. Bush, d’être polarisé et acide, Obama veut encore croire que son message d’espoir, confisqué par la crise, peut à nouveau tirer les Américains de toutes obédiences vers le haut, vers un projet commun. Et restaurer leur confiance dans l’Amérique.
En même temps, Obama avertit que cela passe par une sobre évaluation des capacités américaines : les Etats-Unis ne doivent plus vivre au-dessus de leurs moyens, ils doivent réduire leur endettement et changer certaines de leurs habitudes, et notamment épargner davantage. Le président n’est pas allé jusqu’à proposer ce que chacun sait qu’elle serait un mesure économique de bon sens, la hausse des taxes sur l’essence, anathème au pays du gallon de gazoline. Mais il a repris son bâton de prêcheur, appelant à réinventer le contrat social américain, un équilibre consensuel sur le rôle de l’Etat et celui du marché que la crise impose de rétablir. Le malaise de la classe moyenne américaine qui se fait sentir depuis quinze ans peut être guéri à cette condition. Des sacrifices de court terme sont nécessaires pour rétablir les équilibres de long terme et ne pas compromettre la compétitivité américaine.
Tous ces thèmes furent au cœur de la campagne de 2008. Ils seront les clés de la campagne en 2012, où Obama tentera de faire revivre l’espoir du « Yes we can » par ce message : « I still believe », « Je crois encore » [en l’Amérique].
12 avr. 2011
En route vers la réélection
Barack Obama a annoncé sa candidature à un second mandat. Sa réélection, à ce stade, paraît largement envisageable : sa popularité personnelle a résisté à l’humeur publique contre ses réformes, le parti républicain est éclaté, et le président de la Commission des Finances de la Chambre, le jeune député Paul Ryan, pourrait avoir pris des risques en militant pour la rigueur en matière de dépenses sociales en raison du déficit budgétaire. Une candidature assez précoce a aussi l’avantage qu’avait eu McCain en 2008, celle du temps et de la préparation, face à la bataille épique à laquelle n’échappera pas le parti républicain pour désigner son champion.
Cette candidature suggère deux observations :
• Les critiques sur le manque de leadership du président américain sont erronées car le bilan diplomatique est plutôt positif.
• Le président est bien placé pour gagner au centre, comme il l’a fait en 2008.
En matière de politique étrangère, les événements de Libye ont montré une tempérance, un désir (et une nécessité bien comprise) d’agir collectivement qui correspond à l’esprit de la relation de l’Amérique au monde impulsée par Obama, tout en révélant les incertitudes inhérentes à une situation aussi imprévisible que soudaine. Il s’agit notamment, au risque de laisser penser que le président est indécis, de ne pas apparaître comme unilatéraliste et impérialiste, ce qui exige des précautions. Fallait-il soutenir les rebelles et s’engager militairement plus tôt ? Faut-il s’abstenir de toute interférence ? La politique suivie épouse les principes, la force est mobilisée pour une cause juste, la défense d’un peuple qui s’émancipe, et où les intérêts américains ne sont pas considérables, à l’inverse de l’Egypte ou des pays du Golfe, contribuant à la sincérité de l’action conduite.
Au plan intérieur, la capacité du président à prendre acte d’une situation et à agir en concertation avec son opposition (comme l’ont fait ses prédécesseurs Reagan et Clinton) montrent une résilience politique prometteuse pour 2012. Son positionnement actuel en faveur d’une concertation responsable pour s’accorder sur le budget fédéral et éviter une suspension du fonctionnement du gouvernement central, chose inimaginable en Europe, fait écho à ce que sera son axe politique en 2012 : le consensus américain (les Etats-Unis viennent ainsi d'éviter une suspension des opérations du gouvernement fédéral par un compromis budgétaire de dernière minute).
En 2012 comme en 2008, le social et l’économie seront au centre du débat, et l’esprit conciliateur du président, face une opposition intransigeante qui fait de l'orthodoxie budgétaire sa nouvelle religion, continuera d’animer son discours, répondant à un besoin de fond aux Etats-Unis qui explique sans doute la relative popularité personnelle d’Obama. Il sera difficile pour les républicains de le dépasser là-dessus. L’économie fera le reste, et est la seule vraie incertitude.