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26 mai 2010

Régime fantoche!

Les Nords-Coréens ont décidé de suspendre tout rapport avec le "régime fantoche" de Séoul dirigé le "traître" Lee Myungbak et son "gang", en réaction à la décision du Sud de suspendre toute relation commerciale et humanitaire après le torpillage d'un navire sud-coréen qui ne laisse pas de doute quant aux responsabilités de l'acte.

N'était-ce que le tragicomique du vocabulaire, la chose ferait rire. Cependant les tensions extrêmes entre les Corées peuvent conduire à un conflit. Le régime du Nord n'a rien à perdre, de sorte que ses calculs et sa rationalité ne se comparent en rien à celles des autres acteurs, en premier lieu la Corée du Sud.

En outre, ces tensions ont en filigrane l'ajustement de deux influences, l'une établie, celle des Etats-Unis, l'autre montante, celle de la Chine populaire, qui continue de cultiver l'équivoque à l'égard du Nord, recevant Kim il y a quelques semaines à Pékin et ne manifestant pas d'empressement à soutenir une action claire contre le régime.

A l'instar de John Pomfret dans le Washington Post du jour, certains voient dans l'incertitude causée par le Nord et l'ambiguïté chinoise un motif de regain d'influence des Etats-Unis. Qu'ils aient raison ou tort, il est certain que cette crise, qui intervient après de multiples épisodes de gravité variable comme les tirs de missile en mer du Japon ou l'essai nucléaire sous-terrain du régime du Nord, impose une double conclusion: la perception du danger n'est pas la même de part et d'autre et l'essor du rôle de la Chine, dans une région encore marquée par l'histoire contemporaine, ne fait pas pendant à la "réassurance stratégique" qui est la ligne américaine. Celle-ci s'applique certes à des alliés des Etats-Unis, sud-coréen et nippon, face à la modernisation militaire chinoise, mais elle est un facteur de stabilité dans la paix.

Outre les 46 marins disparus, l'autre victime de la destruction du bâtiment sud-coréen est la confiance sino-américaine. Le doute quant à l'attitude de la Chine et à son possible "leadership" en Asie sort conforté des tergiversations chinoises. La Chine a certes des intérêts, et l'on pouvait comprendre que la tyrannie nord-coréenne, sous le masque de la fraternité communiste, en fasse partie. Mais aujourd'hui l'intérêt chinois passe-t-il encore par ce jeu d'hier? Les exactions du Nord n'aboutissent-ils pas surtout à fragiliser la confiance dans l'influence chinoise?

25 juil. 2009

Le renversement américano-indien

La visite d’Hillary Clinton en Asie la semaine dernière a montré l’importance prise par les relations entre les USA et l’Inde. Cette montée en gamme est un renversement historique.

Les rapports entre les deux pays sont l’histoire d’une occasion manquée. Lorsque l’Inde indépendante glisse vers l’amitié socialiste avec l’URSS, trop contente de s’entendre avec l’Inde et de faire un pied de nez à la Chine, la distance s’installe avec les Etats-Unis et la visite de Dwight Eisenhower en 1959 ne changera rien. Le rapprochement américano-pakistanais dans les années 1980, pour lutter contre l’influence soviétique en Afghanistan, ajoute à l’étrangeté entre les deux démocraties.

L’année 2000 voit le renversement s’opérer, dans un contexte stratégique transformé. Après les sanctions économiques imposées par les Etats-Unis en 1998, suite aux essais nucléaires auxquels a procédé le gouvernement BJP (et auxquels les Pakistanais répondirent en espèce, avec leurs propres essais), Clinton change de main. Visite d’Etat et rapprochement : le tournant de la politique économique de 1991, engagé par l’actuel Premier ministre, et le besoin de repenser les équilibres stratégiques régionaux avec une Chine qui ré-émerge, dictent cette politique.

George W. Bush va plus loin encore avec la signature d’un accord de coopération nucléaire civil en 2005, tenu en otage par les alliés communistes du parti du Congrès revenu au pouvoir, mais soutenu au Congrès par de nombreux sénateurs démocrates parmi lesquels Obama, Biden et Clinton. L’éclatante victoire aux élections du printemps 2009 laisse les mains libres au gouvernement reconduit pour resserrer les liens stratégiques avec les USA.

Cet axe nouveau ne cesse de s’affirmer depuis dix ans et la visite de Clinton sanctionne ce mouvement. Les attentats de Bombay en novembre 2008 ont quelque peu rapproché les deux pays au plan émotionnel face au terrorisme. Les désaccords sont toutefois nombreux, notamment en matière commerciale, dans le cadre de Doha (OMC) ou au plan bilatéral, et s’agissant de règles environnementales que les Indiens rejettent. Mais une ère nouvelle est solidement entamée, et si l’acrimonie ancienne qui fait des Indiens des alliés sceptiques des Etats-Unis persiste, le resserrement qui se poursuit remarquablement de Clinton à Clinton en passant par « W », devrait peu à peu effacer le souvenir des occasions manquées.

Dans les années qui viennent, l’on verra émerger en douceur un dialogue stratégique américano-indien appelé à concurrencer en importance le SED sino-américain (Security and Economic Dialogue) légué par l’administration Bush.

(Sur les relations américano-indiennes, voir les excellents papiers de Jaswant Singh, ancien ministre des Affaires étrangères BJP, et Robert Blackwill, flamboyant ambassadeur US et architecte de l’accord nucléaire de 2005, in Politique Américaine n°5, automne 2006)

6 mars 2009

Bataille d'influence

Une controverse agite le landernau washingtonien, la nomination de l'ambassadeur Chas Freeman comme directeur du National Intelligence Council (NIC) par l'amiral Blair, nouveau directeur du renseignement national - nomination non soumise à approbation parlementaire. Se livre une bataille rangée d'influence entre pro-israéliens et les voix plus modérées qui considèrent qu'un rééquilibrage de la position US est nécessaire, y compris celles qui ne partagent les vues de Freeman, dont le franc parler a fait la réputation - et qui considère que la Hamas doit être tenu comme interlocuteur.

Le commentateur républicain Rich Lowry dans le New York Post ou d'autres dans le Wall Street Journal, auxquels ont répondu avec force 14 anciens ambassadeurs (!)au nom de la confrontation des idées et de la libre expression d'opinions différentes du "mainstream", ont vivement critiqué ce choix. Il est vrai que celui-ci exprime une rupture avec la ligne traditionnelle d'amitié sans condition des USA avec Israël, à l'heure du retour de Nethanyahou. Alors que c'est l'Asie qui a ouvert le mandat d'Hillary Clinton, le Proche-Orient n'a pas tardé à s'imposer comme le centre de la controverse sur la politique étrangère de la nouvelle administration.

Devant la levée orchestrée de boucliers, la nomination de Freeman dévoile un principe simple de la politique américaine, pour reprendre les termes d'autres observateurs: quel soutien aux politiques controversées du vieil allié est nécessaire comme "condition" d'une nomination dans toute administration? Cela a une conséquence plus simple encore: une injonction de la Maison-Blanche contre le choix de l'amiral Blair pourrait être interprétée comme l'abandon de toute velléité de réorientation de la politique américaine dans la région, qui est pourtant indispensable à l'influence américaine et à un réglement déjà improbable du conflit. Les premiers signes étaient plutôt encourageants avec la désignation de George Mitchell comme envoyé spécial, mais la controverse en cours prend un tour inattendu qu'il est intéressant de suivre.

PS: Voir mon message du 23 février sur les nominations

23 janv. 2009

Obama ou la continuité américaine

Que l’Amérique se retrouve et qu’elle projette dans le monde ses valeurs sans ignorer les réalités extérieures, telle est la mission du nouveau président. Au fond, la négritude de Barack Obama a peu d’importance ; tout change est tout reste pareil. Il s’agit de l’Amérique, de sa capacité à demeurer le centre névralgique de l’économie mondiale et à guider la politique internationale.

La vraie rupture, la sortie de route, ce fut « W » avec l’invasion irraisonnée de l’Irak et la polarisation de la société américaine autour des mœurs. Obama sera l’homme du recadrage, dans la tradition qui a dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan. Reagan ne fut-il d’ailleurs pas d’abord un démocrate du New Deal avant d’adhérer au parti républicain ? Et Obama n’est-il pas, comme Roosevelt et Reagan, placé devant des défis économiques et stratégiques considérables ? Une fois de plus, l’Amérique doit réinventer son contrat social et son rôle mondial.

En homme de synthèse qui toute sa vie fut en quête de son identité, cherchant à concilier négritude et américanité, Obama cherchera à répondre aux défis du monde, dont il saisit sans peine toute la complexité, dans le respect des principes américains ; voilà deux différences majeures avec l’administration sortante. Qu’en sera-t-il donc de l’Amérique et du monde ?



Les accents reaganiens du discours d’Obama, c’est la confiance que les Américains doivent retrouver en eux-mêmes, et la promotion des valeurs de liberté qu’ils doivent inspirer et non imposer, par une approche pragmatique et réaliste de la politique internationale. Ce réalisme se trouve dans le diagnostic : Obama a très tôt perçu que le vrai danger, ce n’était ni l’Irak ni l’Iran, mais l’Afghanistan et le Pakistan. C’est là que se loge le venin de la politique internationale. Là aussi que le cataclysme tant redouté du nucléaire peut survenir : une guerre indo-pakistanaise beaucoup moins improbable que l’on pense. Au Pakistan, les Etats-Unis sont pris dans des contradictions inextricables ; comment favoriser la démocratie dans un pays où l’armée, colonne vertébrale du pouvoir et allié des Américains, nourrit en même temps l’islamisme et soutient les talibans afghans ? Comment aussi soutenir l’Inde sans affaiblir l’alliance avec les militaires pakistanais de façon irréversible et incalculable ? Comme le dit astucieusement l’Indien de l’ONU, Sashi Tharoor, en Inde l’Etat a une armée, au Pakistan l’armée a un Etat. Le rapprochement nucléaire américano-indien légué par Bush est une grande ouverture stratégique, mais elle complique l’équilibre régional et affaiblit le régime de non-prolifération.

Pour espérer résoudre ces difficultés, Obama doit renouer avec le réalisme reaganien sur deux fronts : rétablir immédiatement une relation fonctionnelle avec la Russie et instaurer un dialogue avec l’Iran, que les erreurs bushiennes ont placé en position clé dans la région. Les Etats-Unis et l’Iran partagent au moins un intérêt majeur : éradiquer le nihilisme sunnite à la al-Qaïda. Il faudra cependant attendre l’élection présidentielle iranienne en juin pour pouvoir bouger sérieusement sur ce front. La Russie passe donc en premier, et ici les Européens sont concernés directement : un dialogue euro-américain sur la Russie permettrait de se coordonner et d’envisager un grand accord sur la sécurité énergétique européenne, la sécurité russe et l’avenir de l’OTAN, bêtement élargie depuis la chute de l’URSS au lieu de faire place à un nouveau schéma d’ensemble. Mais ce que voudra Obama, en toute logique, c’est un appui en Afghanistan que les opinions européennes ne sont pas prêtes à consentir, ce qui promet des tensions…

Un deuxième front est l’Asie-Pacifique, où l’Europe est absente. L’échec patent de l’administration Bush face aux imprévisibles Nord-Coréens a irrité le Japon et la Corée du Sud, et renforcé le poids diplomatique de la Chine. Une relation triangulaire stable et constructive sino-nippo-américaine est un défi considérable de la nouvelle administration pour maintenir la tumeur nord-coréenne sous contrôle, et accompagner ce qui sera la grande continuation de Bush à Obama, le Dialogue économique stratégique (SED) instauré par Henry Paulson. Le « grand ajustement » économique qui caractérise la mondialisation fait du face-à-face sino-américain la priorité des priorités de la politique économique extérieure. Le réalisme consistera ici à renforcer le dialogue avec une Chine à la fois rivale, concurrente et partenaire.

Le retour de la diplomatie et de l’art du possible, fortifiés par une dissuasion militaire efficace (l’Amérique d’Obama n’hésitera pas plus que celle de Bill Clinton à recourir unilatéralement à la force) sont donc déjà le sceau de la présidence Obama, dont l’action intérieure et extérieure sera facilitée par une disposition au consensus bipartisan (John McCain pourrait être un allié précieux). Le maintien à la Défense du reaganien Robert Gates, numéro deux de la CIA à l’époque de la lutte antisoviétique en Afghanistan au nom de la liberté, et grand correcteur du tir bushien, est un hommage à la continuité américaine dans le centre rationnel. Car il y a aussi les valeurs, et notamment le désarmement nucléaire que soutenait Reagan – Obama était ici pleinement en phase avec McCain, dont les héros s’appellent Reagan et Theodore Roosevelt, le républicain dont le Square Deal fut le devancier du New Deal de Franklin. Continuité et synthèse dans la fidélité aux grands principes qui ont dominé la politique américaine de Roosevelt à Reagan, tel est l’esprit de la présidence qui s’ouvre. Le premier président noir, se voulant un héritier digne des Pères fondateurs, pourrait en effet être celui par lequel l’Amérique retrouvera intelligemment le chemin de la raison.

18 déc. 2008

Obama et la question israélo-palestinienne

La sempiternelle question du conflit israélo-palestinienne, qui empoisonne les relations entre les pays occidentaux, USA en tête, et les pays du Moyen-Orient et le monde arabo-islamique plus généralement, sera l'inévitable petit caillou dans la chaussure du nouveau président américain.

Le scepticisme commande de ne pas se faire trop d'illusions sur le "changement", pourtant l'évolution de la situation vers le mauvais tend à laisser espérer une réorientation de la politique américaine, malgré des premiers signes défavorables comme la probabilité que Dan Kurtzer soit nommé envoyé spécial pour le Moyen-Orient:

* le Likoud a le vent en poupe et Netanyahou pourrait devenir le prochain PM;
* l'humeur générale en Israël est à la confrontation, des affrontements ont eu lieu récemment qui obèrent la trève entre Hamas et Israël venant à échéance demain;
* il apparaît chaque jour plus évident que faire du Hamas un interlocuteur est un acte de raison, comme cela est clairement expliqué dans mon ouvrage "Après Bush" - en France un haut fonctionnaire du Quai d'orsay a publié une longue tribune dans Le Monde du 10 décembre pour défendre enfin ouvertement cette approche;
* Olmert lui-même a sévèrement critiqué la poliique israélienne dans les Territoires, à l'instar d'autres figures israéliennes, sauf qu'il est PM en exercice;
* le Hamas n'est pas le parti extrémiste que l'on dépeint souvent et a modéré ses positions à l'image de l'article de destruction d'Israël devenu "caduc" dans la charte de l'OLP en 1993;
* le prochain secrétaire d'Etat américain, H. Clinton, avait pris position en faveur d'un Etat palestinien;
* la compréhension des problèmes dans leur complexité par Obama tranche avec l'attitude de W et laisse espérer, malgré les pressions politiques internes, que l'intérêt américain à mettre un terme à ce conflit prévaudra.

D'autres facteurs encore peuvent être insérés dans l'équation, mais globelement la politique israélienne apparaît comme une impasse pour tous les acteurs en présence, et la perpétuation de ce conflit mine la société israélienne de l'intérieur, faisant échec à un projet sioniste qui est pourtant, dans une large mesure, une réussite économique.

Au fond, les événements et les tendances, plus que les hommes, pourraient faire osciller nettement la politique américaine, d'autant qu'Obama est sûrement le mieux placé pour être l'instrument de cette révision. Un prognostic serait déplacé, mais derrière le scepticisme brille d'une faible lueur l'attente d'un acte de raison.

2 déc. 2008

Sécurité nationale et politique étrangère à la Obama

Que signifie la désignation de Hillary Clinton et des autres figures de la sécurité nationale américaine?

Avec Clinton, Gates et Jones, c'est la compétence et le bipartisanisme qui dominent. Le retour à une pratique bipartisane du pouvoir, en particullier en matière de sécurité nationale, était un leimotiv de la campagne et les deux candidats partageaient cet état d'esprit. Il n'est donc pas surprenant que Barack Obama suive cette voie dans la constitution de son équipe, et au Sénat John McCain sera probablement un allié de poids pour qu'une politique extérieure capable de restaurer le leadership américain soit conduite dans le consensus. Cela est particulièrement imortant dans les circonstances (Iraq, Afghanistan-Pakistan, Iran, Corée du Nord).

Le maintien de Bob Gates n'est donc pas une surprise. Continuité dans le service et esprit bipartisan sont les deux ressorts de cette décision attendue. Le choix du général Jones ressemble aussi à cela.

Quant à Clinton, donc: nommer une ancienne rivale à ce poste, cela renforce l'étoffe d'Obama, qui montre ne pas craindre de s'etourer d'une machine politique de cette force, redoublée par la présence d'un ancien président dans son ombre. Cela montre que l'expérience, là encore, est prise au sérieux pour relever les défis graves de l'Amérique au plan international. La présence de Clinton au département d'Etat, cela évitera peut-être aussi à Obama de trouver sur sa route au Sénat une voix forte qui puisse concurrencer les projets présidentiels en matière économique et sociale. Hillary au gouvernement, c'est une façon de souder la majorité présidentielle qui, plus elle est large, plus elle peut être source de difficultés. Quant à la rivalité possible, le fait est que le président a toujours autorité et le dernier mot.

Je ne crois pas non plus à plus loingue échéance que la présence de Clinton pourra lui ouvrir les voies de la contestation en 2012. Un président sortant qui souhaite se représenter est souvent reconduit. D'autant que l'on peut attendre toute loyauté de la part du vice-président Biden.

S'ajoute à cette équipe Susan Rice, ambassadrice près l'ONU, et Bill Richardson, secrétaire au Commerce. Celui-ci aurait probablement hérité du département d'Etat si Clinton avait décliné l'offre. Ancien ambassadeur de Bill Clinton près l'ONU puis secrétaire à l'Energie, muni d'un doctorat en affaires internationales, d'ascendance mexicaine, Richardson a aussi rempli des missions diplomatiques officieuses sous W. Son expérience et son poids politique, comme gouverneur du Nouveau Mexique, ajoutent à la qualté de l'équipe désignée pour gérer les relations extérieures, y compris commerciales. Car sous l'effet de la crise et de l'humeur protectionniste des Américains, défendre le libre-échange exige un négociateur roué et un familier des affaires mondiales.

Au total, les choix d'Obama paraissent mûris et cet assemblage que l'on aurait pu prdire improbable semble au contraire constituer une armature gouvernementale ultra solide.

31 août 2008

McCain-Palin : à l'image de l'Amérique de toujours

En choisissant Sarah Palin, John McCain semble laisser reparaître sa vraie nature, celle de l'affranchi, de l'électron libre, qui surprend et prend des risques (notamment car une procédure judiciaire à l'encontre de Palin est en cours pour abus de pouvoir). Par ce choix, McCain évince aussi d'un coup l'image de la vieille baderne que l'on pourrait associer à sa chevelure de senior.



Le nom de Palin était dans l'air, mais elle n'était clairement pas en tête de liste. McCain a eu l'avantage de laisser Obama dévoiler le nom de son colistier avant de se prononcer. Le choix est donc d'autant plus réfléchi. On attendait Mitt Romney, candidat malheureux aux primaires mais qui fit néanmoins une campagne très honorable, ou Tom Ridge, l'ancien gouverneur de Pennsylvanie et ancien secrétaire à la Sécurité intérieure (Homeland Security).

J'avais écrit que McCain cherchait Obama et Obama cherchait McCain. Avec Biden, Obama a trouvé son McCain, mais en choisissant Palin, McCain s'offre un peu son Hillary...

En apparence, le parallèle tourne cependant court car Palin est un gage à l'aile franchement conservatrice du parti alors que Clinton s'est forgé une conscience politique dans les années de la Contestation et vient de la gauche. De plus, l'Alaskienne n'a pas l'expérience de la sénatrice de New York.

En apparence seulement car beaucoup de femmes pourront s'identifier, se reconnaître dans Palin. Mère de famille, faisant face, réussissant dans un monde d'hommes, en particulier dans la vie politique corrompue de l'Alaska, bref une battante, belle et sportive, qui, contrairement à Hillary, porte avec sincérité les valeurs familiales. Cela ne suffira peut-être pas à rallier les électrices démocrates déçues par l'échec de leur héroïne, mais cela pourra sûrement gagner les anciens "Reagan Democrats", c'est-à-dire les démocrates qui votèrent pour Reagan en 1980.

Palin est ce que l'on appelle une "soccer mom", une maman qui accompagne ses fils au football américain - l'expression raisonne très bien dans les foyers (à cette nuance qu'étant alaskienne elle est une "hockey mom" - chacun son sport régional de prédilection).

Anti-avortement
, membre de la puissante association des porteurs d'armes longtemps présidée par Charlton Heston, Palin incarne l'Amérique traditionnelle qui ignore la frontière partisane entre républicains et démocrates.

Palin est sûrement plus représentative en tout cas que Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, venue de San Francisco, probablement la seule femme élégante du Congrès qui, pour être donc "libérale", est l'épouse d'un homme très fortuné alors que Palin est celle d'un travailleur syndiqué...

On pourra certes lui faire le procès de l'inexpérience. Elle est, comme le dit la chanson de Bowie, une "absolute beginner".

Mais attention à l'effet boomerang - Obama a le même âge qu'elle et relativement peu d'expérience politique non plus. En outre, comme gouverneur, Palin dirige effectivement un Etat, tandis qu'un sénateur fait surtout des discours. Tout en étant résolument conservatrice, Palin a plutôt dirigé l'Alaska contre son parti et en sachant s'entendre avec l'opposition démocrate, ce qui tempère quelque peu l'image extrême que l'on pourrait lui associer.

Elle s'est aussi, comme McCain, levée contre les pratiques corrompues de l'État, y compris la gabegie financière qui voit les parlementaires allouer des fonds à des projets d'intérêt strictement local et contestable, comme le "pont vers nulle part" devenu un symbole de l'incurie d'un Congrès qui rivalise d'impopularité avec le président Bush.

Le choix de Palin est donc surtout un message intérieur, et c'est bien le rôle du colistier que d'apporter un équilibre géographique et électoral. McCain, le "maverick" en mal de légitimité républicaine, a choisi un candidat qui rassure une vaste base conservatrice, des plus militants aux plus ouverts, et c'est une femme.

Un éditorial du Washington Post soulignait à raison que John McCain aurait dû se demander si Sarah Palin était capable de le suppléer en cas d'accident plutôt que de l'aider à remporter l'élection. Palin présidente, cela donne sérieusement à réfléchir.
Pourtant, que penser par exemple de Dan Quayle, qui fut vice-président de G. H. W. Bush entre 1988 et 1992 (sans parler de Bill Clinton ou George W. Bush, qui n'étaient pas des monstres politiques avant d'accéder à la Maison-Blanche)? L'argument n'est pas déplacé, mais c'est bien gagner l'élection qui compte.

En Europe, l'ascension de Sarah Palin soulèverait plutôt de franches réserves. Mais on est en Amérique, et c'est pourquoi le choix de McCain paraît, au total, judicieux.
Le fils aîné de Palin porte l'uniforme en Irak, ce qui coupe court à bien des critiques, car d'accord ou pas avec cette guerre, on ne peut que rendre hommage.
Je pense donc qu'avec Palin McCain a pris une sérieuse option sur la victoire - indépendamment de ce qui peut arriver d'ici là, notamment un débat face à Joe Biden où elle échouerait lamentablement (mais là encore, on vote pour le président, pas pour le colistier).



Les démocrates diront le contraire, mais ce ticket quelque peu insolite me paraît ressembler à l'Amérique qui votera, en secret et en conscience, le 4 novembre, plus que la paire démocrate, aussi séduisante soit-elle, convenons-en.

24 août 2008

Joseph Biden

En choisissant Joe Biden comme colistier, Obama se conforme aux prédictions. Un sénateur d'expérience sans être usé par la politique washingtonienne même s'il en est plus que familier, et un homme qui a porté attention aux aspects civils de la lutte contre le terrorisme en Afghanistan-Pakistan. Biden pourra aussi faciliter le ralliement des électeurs démocrates traditionnels qui soutenaient Hillary Clinton (cols bleus, seniors, etc.), compensant les difficultés du candidat dans les États pivots comme la Pennsylvanie ou l'Ohio.

C'est un choix qui mérite d'être salué, et je pense que c'est un choix positif pour le candidat car les relations entre eux sont bonnes, et cette alchimie sera ressentie au cours de la campagne. Ce n'est pas le cas de McCain et de Mitt Romney par exemple, qui a toujours eu de bonnes chances d'être sollicité et qui pourrait être désigné par le candidat républicain dans les prochains jours.

Mais revenons à Obama-Biden : la question est de savoir quelle sera la sincérité et l'intensité de l'engagement de Hillary à les soutenir. Pour les Clintons, il y a un intérêt évident à un échec d'Obama pour pouvoir s'imposer en 2012.




Cet article est une co-édition Politique Américaine / 20minutes

17 août 2008

McCain pro-life, Obama pro-choice


Samedi 15 août, ce n'était déjà plus exactement la trêve pour les candidats, qui furent reçus par le pasteur californien Rick Warren, grande star de l'évangélisme américain, pour donner leur opinion sur les grands sujets de société qui ont tant servi George W. Bush, en particulier l'avortement.

L'exercice était d'autant plus attendu que McCain n'est pas une icône des évangélistes et qu'il doit resserrer derrière lui la base militante républicaine, où ceux-ci comptent beaucoup. Plus de 80% des évangélistes ont voté Bush en 2004, mais moins de 70% font aujourd'hui confiance à McCain. En outre, la vie paroissiale d'Obama à Chicago en fait un candidat démocrate hors norme, car pour la première fois le parti des "libéraux" (gauche et centre gauche) peut prétendre séduire une partie des électeurs attachés aux "valeurs" (foi et famille).

Les objectifs des candidats étaient simples : McCain devait montrer que, comme le président Bush, il était un des leurs et partageait leurs valeurs, poursuivant la longue alliance du parti républicain et des organisations évangélistes depuis Ronald Reagan. Obama devait se révéler comme un connaisseur des choses de la religion et un homme de foi. Chacun semble avoir réussi son pari auprès de cet électorat - pour peu que les évangélistes décident de se mobiliser en masse comme ils l'ont fait en 2004.

Sur l'avortement, McCain considère que la vie commence dès la conception de l'enfant et a donc affirmé clairement qu'il était opposé à l'avortement. Cette position est à nuancer car en réalité les conditions de l'IVG (interruption volontaire de grossesse), en particulier le terme de la grossesse auquel l'intervention a lieu, est le fond de l'affaire. La position des candidats a été discutée sur un mode plus général qui souligne leurs différences. Et en effet, Obama n'a pas craint de se déclarer "pro-choice", considérant que les femmes qui avaient recours à l'IVG ne le faisaient pas à la légère. Malgré cette position, anathème pour les évangélistes, Obama n'a pas soulevé de tempête et s'en est bien sorti. Sa côte de popularité auprès des évangélistes est de 20% environ, ce qui n'est pas négligeable.


Bien sûr, les évangélistes voteront majoritairement républicain, mais dans une élection qui s'annonce serrée, toutes les voix compteront.
C'est plutôt du côté des partisans de Hillary Clinton qu'il reste encore du travail à Barack Obama. L'Amérique démocrate des petites villes et le vote démocrate féminin ne lui sont pas entièrement acquis. Près d'un cinquième de ces catégories déclarent leur préférence pour le candidat républicain. La convention de Denver dira peut-être si ce petit écart résiste à l'approche du duel qui aura lieu après les investitures officielles, y compris avec l'annonce des colistiers pour la vice-présidence.

11 août 2008

Tir de nouvelles dans la torpeur aoutienne


  • C'est aujourd'hui 11 août, que les États-Unis doivent peut-être lever le nom de la Corée du Nord de la liste des États terroristes, si les négociations sur le nucléaire répondent aux exigences américaines de vérification des installations. Ce serait un leg précieux pour le prochain président qui aurait un dossier ultra-sensible de moins à débloquer et pourrait concentrer ses efforts sur le Pakistan et l'Irak.


  • Les événements de Géorgie confirment, s'il en était besoin, que les relations russo-américaines seront un thème majeur de la prochaine présidence. Il faudra réinventer les rapports américano-russes et tenter de sortir de la mentalité de guerre froide qui survit à la guerre froide elle-même, par les fautes des Occidentaux et aussi des Russes eux-mêmes.


  • Fannie Mae et Freddy Mac : les deux plus grandes caisses de refinancement du crédit hypothécaire ont rendu des chiffres plus préoccupants que prévu. Quelle doit-être la nature de l'intervention de l'État pour éviter leur faillite, avec des conséquences désastreuses pour l'économie américaine compte tenu des encours de ces deux institutions qui pèsent plus des deux tiers des crédits immobiliers du pays ? L'ironie est que la fin de la présidence Bush est ramenée aux préoccupations intérieures de ses débuts avec cet exercice pratique de "conservatisme de compassion", le slogan de campagne du gouverneur du Texas en 2000, pour protéger les plus vulnérables devant la crise.


  • J-15 pour la convention démocrate qui se tiendra à Denver, Colorado. Les encombrants Clinton seront là, bien sûr, pour signaler l'unité de la famille démocrate, mais tout en veillant à ne pas compromettre les chances de la sénatrice de New York pour 2012 au cas où Obama cédait à McCain en novembre. L'exercice sera intéressant à regarder.

6 juin 2008

Pourquoi Hillary ne devrait pas figurer sur le ticket démocrate



Hillary n'a pas déclaré Obama candidat du parti dans son discours d'acceptation de la défaite aux primaires. Curieuse attitude qui soulève des doutes sur la sincérité de son engagement à soutenir Obama et à placer l'unité du camp démocrate devant ses intérêts. Ambiguïté qui laisse planer l'hypothèse de sa présence sur le ticket, comme vice-présidente.

Il est douteux que Clinton choisisse ce lot de consolation pour plusieurs raisons :


  • Comme je l'ai écrit le 3 juin (Hillary en 2012 ?), elle n'a pas besoin de cela pour exister et son intérêt est celui d'une défaite d'Obama pour mieux s'imposer en 2012.


  • L'acrimonie de la bataille laisse peu de crédit à un ticket Obama-Clinton. Difficile de recoller les morceaux.


  • La présence de Bill rendrait l'exercice difficile pour Obama.


  • Le ressentiment à l'endroit des Clinton est puissant dans une partie de l'électorat, et la combinaison d'un jeune Noir et d'une Clinton ne renforcerait pas, selon moi, les chances de gagner.


  • Obama a besoin d'un candidat plus classique, expérimenté en politique étrangère.




Les profils de Joe Biden ou de Jim Webb, ancien secrétaire à la Marine de Reagan, désormais sénateur démocrate du Sud, sont nettement plus appropriés.

3 juin 2008

Hillary en 2012 ?





Le parti démocrate a transigé : les voix des délégués du Michigan seront partagées entre les deux candidats, même si le nom d'Obama ne figurait pas sur les bulletins lors des primaires, les instances locales du parti ayant violé les règles nationales en avançant la date des primaires dans l'État.

Hillary Clinton avait remporté 55% du vote, soit en théorie 73 voix sur 128. Voir là-dessus l'excellent Christian Science Monitor.

La campagne de Clinton n'exclut pas de faire appel de cette décision, mais, au fond, quel est l'enjeu ultime de cette bataille continue, qui ne lui laisse aucune chance d'emporter la nomination, sauf à ce qu'un dérangé assassine Obama ?
Peut-être 2012.

Si Obama est investi et perd contre McCain, ce qui sera le cas selon moi, Hillary pourra dire dans un an, deux ans et plus, qu'elle aurait dû être choisie car elle avait des chances de gagner et que la nomination a été serrée.
Son argument électoral pour les primaires de 2012 est tout trouvé : je suis la seule qui peut ramener les démocrates à la Maison-Blanche et mettre un terme au règne républicain.

Après l'intermède McCain, le retour de Billary ?

29 mai 2008

Obama, encore quelques efforts. Attention au Michigan et à la Floride !

Hillary Clinton n'a pas renoncé à faire peser les primaires du Michigan et de Floride, qu'elle a remportées, dans la convention nationale qui désignera le candidat du parti. Le Michigan et la Floride ayant violé les règles du parti en tenant leurs primaires plus tôt qu'autorisé, leurs voix ne sont pas comptées dans la désignation du candidat.

Les Clinton font pression depuis des semaines pour revenir sur les règles qu'ils avaient acceptées, de façon à trouver un moyen de compenser le retard d'Hillary sur Obama et dans l'espoir d'une victoire qui paraît depuis quelque temps déjà impossible. Comment le conseil national démocrate, présidé par Howard Dean, s'en tirera-t-il ?



Obama ne devrait pas être menacé, mais une prise en compte sous une forme ou une autre sera trouvée. Le parti doit s'arranger pour que le sénateur de New York s'en sorte avec les honneurs. C'est en réalité tout ce que cachent ces agitations autour de la Floride et du Michigan. Clinton ne lâchera pas, signe de sa persévérance, mais aussi de son arrogance et de son arrivisme forcené.

N'est-elle pas aller jusqu'à évoquer l'assassinat de Bob Kennedy en 1968 pour justifier son choix d'aller jusqu'au bout au cas où un "événement" (i.e. Obama assassiné ?) survenait ?

Ce réalisme - car en effet Obama pourrait être la cible d'un dérangé qui ne veut pas d'un Noir à la présidence - fait hommage au sang froid de la candidate. En toutes circonstances, ce démon de femme, comme l'appellent certains, répond des doutes que l'on pourrait avoir quant à sa capacité à être à la hauteur d'un « job » extrême comme celui de président des Etats-Unis.

Suffit ! Obama y est presque, encore un effort et l'on entendra plus parler des Clinton. Ils auraient d'ailleurs, selon moi, peu de chances face à McCain. Ils n'apportent pas le renouveau extraordinaire qu'incarne Obama. Je doute qu'il réussisse, mais lui au moins amène un vent de fraîcheur sur l'Amérique.

Hillary Clinton envisage l'assassinat d'Obama ?

Intervention d'Hillary Clinton, le 23 mai, pour le Sioux Falls Argus Leader (Dakota du Sud)

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