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14 juin 2009

Le dilemme nord-coréen

L'administration Obama fait face à un problème qui hante les USA depuis plus de quinze ans, le programme nucléaire nord-coréen et les risques de prolifération qui lui sont associés. Ce problème est nettement pire que celui de l'Iran car la relative irrationalité et l'imprévisibilité du régime de Pyongyang détermine l'intensité du risque.

Depuis un accord de 1994 sur le démantèlement de son programme, la Corée n'a cessé de rompre ses engagements et de revenir aux négociations. En 2006, un premier essai sous-terrain a eu lieu. Le second date du 24 mai 2009. Malgré les ouvertures américaines, il est clair désormais que le régime n'a aucune intention de remettre en cause son programme d'armement nucléaire, et s'il n'est pas certain que la Corée soit déjà une puissance nucléaire, cet état de fait n'est pas loi de nous.

Les USA sont face à un dilemme. Intervenir militairement, au risque de dérégler l'équilibre stratégique en Asie Pacifique et de provoquer des tensions incontrôlables, en premier lieu dans la péninsule coréenne, ou poursuivre une diplomatie qui n'a jusqu'ici pas empêché la continuation des agissements de Pyongyang. Les dispositions de la Russie et de la Chine, protecteur d'une Corée du Nord dont elle craint avant tout un effondrement chaotique, semblent favoriser une action effective au Conseil de sécurité.

Mais l'incertitude grandissante quant à la paix ouvre une période fébrile. A la crise économique s'ajoute la réalité d'un potentiel de conflit croissant. La possible multiplication des puissances nucléaires, Japon en tête, et la décrédibilisation du régime de non prolifération - comment contester le programme iranien si l'on est demain devant le fait accompli d'une Corée du nord nucléarisée ? - rendent la paix fragile. L'administration Obama est devant le défi le plus considérable que les USA aient connu depuis la fin de la guerre froide.

1 juin 2009

Geithner à Pékin

Geithner a été reçu en Chine par le président et le Premier ministre. Cet accueil du plus haut niveau protocolaire marque l'importance accordée aux relations avec les USA, et singulièrement, en temps de crise, celle des relations économiques sino-américaines.

Geithner hérite du SED (Strategic Economic Dialogue) créé par son prédécesseur Hank Paulson, devenu Security and Economic Dialogue. Il n'est toutefois pas seul en charge, devant partager le dossier chinois avec un poids lourd politique, sa collègue du département d'Etat H. Clinton. Avec cette visite officielle en Chine, la première comme secrétaire au Trésor, Geithner fait ses premiers pas sur la scène internationale et affirme son rôle dans l'équipe Obama, où avait un temps flotté le sentiment que son inexpérience politique, révélée dans la gestion du plan de soutien aux institutions de crédit, pourrait devenir un problème.

S'agissant de Chine, les choses avaient mal commencé, notamment avec son audition devant le Sénat, où Geithner avait affirmé que la Chine manipulait son taux de change, créant des conditions de concurrence déloyale avec les US. Cheval de bataille d'une bonne partie des élus et de groupements divers, le taux de change était un point d'achoppement potentiel avec la nouvelle administration, mais il avait été rappelé que Geithner avait repris une formule utilisée par le président pendant sa campagne et qu'elle ne reflétait pas la politique du nouveau gouvernement. A Pékin, les sujets qui fâchent n'ont donc pas été évoqués, du moins en public.

La visite de Geithner confirme que le choc des prospérités entre Chine et USA exigent des efforts de part et d'autre. Les uns doivent réduire leur déficit et épargner plus. Les autres doivent consommer davantage et exporter moins.

Les questions posées par les étudiants de l'université de Pékin sur la valeur des avoirs chinois en bons du Trésor US ont mis en exergue la sensibilité des questions monétaires et financières entre les deux pays, et leur interdépendance.

Au total, la visite de Geithner est assez neutre d'un point de vue personnel, pour un ministre qui a besoin de trouver toute sa place dans la politique américaine. Disons qu'elle est plutôt un passage réussi. Mais elle expose la vulnérabilité nouvelle des USA face à la Chine et plus généralement à l'économie internationale. Même si les Etats-Unis conservent l'initiative au plan global, et même si la Chine a ses propres faiblesses structurelles, le rééquilibrage des rapports de force est patent; Geithner n'a pas obtenu grand chose sur une révision de la politique monétaire chinoise alors que Paulson avait réussi à amener une révision, certes très modeste, de la valeur du yuan (hausse d'environ 20% depuis juillet 2005). Aujourd'hui, les discussions portent plus facilement sur des réformes que chaque partie doit mener à domicile et c'est Geithner qui, comble d'ironie, a dû rassurer sur la valeur des créances chinoises (à l'occasion des vingt ans de Tiananmen, rappelons que les questions des étudiants au ministre américain étaient spontanées, cela va sans dire).

En un mot, la coordination est d'autant plus essentielle et il n'y a guère lieu de comparer la relation sino-américaine à celle avec l'URSS. Les conditions sont trop différentes et les enjeux économiques globaux, absents de la guerre froide, trop marqués, en particulier en 2009. Ce que cette visite établit, et que le sommet prévu cet été à Washington, confirmera, c'est l'intérêt mutuel à une sortie de crise en douceur qui voit les USA prudents.

Au fond, comme s'ouvre le siècle de l'Amérasie, les Etats-Unis voient leur puissance amoindrie mais leur approche des relations internationales l'emporte, celle qui joue l'ouverture, la coopération et l'interdépendance. Qui veut amener la Chine à se comporter en "stakeholder" du système mondial, à en devenir une partie prenante responsable. C'est là une réussite américaine incontestable, même si le chemin est encore long.

2 avr. 2009

G20: la vraie rencontre

Intéressant de lire dans le Post sous la plume de Robert Kagan, l'homme dont on beaucoup trop parlé après qu'il eut forgé la métaphore sur l'Amérique "Mars" et l'Europe "Vénus", qu'un journaliste français lui fasse cette confidence à propos d'Obama: "Nous avons tous été surpris. Il est tellement...américain". Aveu d'une affligeante naïveté à laquelle font écho les attentes des Européens au G20 de Londres, en tout cas vu de l'extérieur: Obama le messie... avec cette contradiction que les Européens ne sont pas en mesure de fournir ce qu'Obama leur demande, condition d'un dialogue d'égal à égal.

"Les Européens adorent Obama, écrit Kagan, mais les dirigeants européens ont été fébriles depuis son élection. George W. Bush leur a fait une énorme faveur en leur offrant la meilleure excuse pour l'inaction dans l'histoire transatlantique. Arrive Obama, si engageant et, pourtant, si américain." Cette caricature de l'Europe ne me paraît pas raisonnable. La réalité, s'il est vrai que les Européens continentaux, très marqués par les conflits du dernier siècle, se sont habitués au confort de l'intervention étatique dans le domaine social et sont peu à l'aise avec la destruction créatrice qui caractérise les Anglo-Saxons, qu'ils sont enclins, selon le mot d'Hubert védrine, à une ère post-tragique, est que l'Europe est morcellée en Etats et divisée, et qu'elle ne saurait prétendre égaler les USA. Il est faux de prétendre qu'elle n'a pas de volonté - la leçon du président français lorsqu'il présida l'UE fut bien cela: une démonstration de volonté.

Ce qui est en cause, c'est la réalité des rapports de force et du poids respectif des acteurs. Il était prévisible, écrit même, que la vraie rencontre, selon toute vraisemblance, serait celle entre la Chine et les USA. Laissons de côté l'obamania tant qu'elle durera, Obama ou MacCain, la grande relation des décennies à venir est celle entre Pékin et Washington.

L'arrivée de la nouvelle administration US a pointé vers les priorités: l'Asie et la lutte au Pakistan-Afghanistan. Clinton a fait le voyage en Indonésie, brillante idée me semble-t-il du nouveau président qui a passé une partie de son enfance. L'Amérique a une priorité de politique étrangère: l'Asie.

Kissinger avait prévenu que sa génération et la suivante étaient les dernières où Américains et Européens partageraient une intimité d'expérience et de culture - ou quelque chose de ce genre. On a glosé sur les chanceliers allemands nés après-guerre (Schroeder, Merkel) qui permettraient à l'Allemagne de se décomplexer et de prendre une part plus active à la vie internationale. Les générations passent aussi aux Etats-Unis. Avec Obama chéri, l'Europe passe donc officiellement au second plan. mais il faut aussi s'en réjouir, car c'est le prix de la paix européenne. Les peuples heureux n'ont pas d'histoire...

L'Europe est une réussite institutionnelle et politique sans équivalent - "l'innovation la plus révolutionnaire dans l'histoire de la géopolitique" dit Kagan. Elle pèse de tout son poids en matière commerciale car elle parle et agit sur un mode fédéral. Malgré tous les efforts, elle reste diminuée au plan politique et l'Amérique parle surtout à la Chine. Il faut soit abdiquer sa souveraineté, soit accepter de tenir un rôle secondaire, mais non moins satisfaisant, en promouvant par exemple des idées nouvelles comme la refonte de la gouvernance mondiale en invitant d'autres pays à la table - précisément ce que fait le G20.

Il y aura donc la relation USA-Chine, comme hier la relation USA-URSS, et à côté une Europe à influence variable selon les sujets, la force de ses propositions et la qualité - en ce moment et à quelques rares exceptions près, assez médiocre - de ses dirigeants.

25 mars 2009

Obama et la crise scène 2

L'intervention devant la presse et l'opinion de Barack Obama à la Maison-Blanche, retransmise hier en direct, la deuxième de ce genre depuis son élection, a montré un président calme et conceptuel, comme en sont familiers les Américains. Le contraste était complet avec l'énervement général dans l'opinion et au Congrès qui assourdit tout observateur depuis plusieurs semaines. Car si les Américains sont très remontés contre le monde politique depuis deux ans, les "business executives" sont la cible de leur ire actuelle, avec AIG et les bonus versés à ses dirigeants malgré plus de 150 millions de $ de subsides publics, au coeur de la tourmente.

En bref, la colère ne faiblit pas, et elle touche aussi les rangs parlementaires, où l'opposition républicaine au budget démocrate dément toute vélléité de "bipartisanisme". Le mot d'ordre est toujours le même; restaurer le crédit et la confiance avec, en filigrane, la condition de la classe moyenne. En recevant le serment du nouveau Haut représentant au Commerce, l'ancien maire (noir) de Dallas Ron Kirk, le VP Biden a insisté sur cet axe essentiel de l'administration; améliorer la vie de la classe moyenne américaine.

Les débuts d'Obama sont donc agités car la grogne chez les démocrates est perceptible, ceux-ci hostiles aux versements de subventions aux banques tandis que l'interventionnisme de la politique annoncée, en particulier en matière de protection sociale, fait hurler la droite.

L'Amérique change-t-elle? On le voit, noir ou pas, la question raciale est hors sujet. Obama s'inscrit dans la continuité américaine et il est submergé par des événements d'une ampleur sans précédent. Il doit travailler à remettre la machine USA Inc. sur les rails, et les promesses d'aube nouvelle sont renvoyées à plus tard. Cela peut être frustrant, mais n'oublions pas que, sans cette crise qui empêche de s'atteler au renouveau promis par Obama, Obama ne serait probablement pas là. C'est paradoxal, mais c'est ainsi.

Sans compter que dans l'ombre des joutes sur le budget, les enjeux de politique étrangère ne paraissent pas être radicalement modifiés. De récents incidents navals avec la Chine ont causé des tensions tandis que le nouveau rapport annuel du Pentagone au Congrès sur la puissance militaire chinoise alerte les USA des périls encourus par la modernisation de l'arméee populaire. L'aide publique US au Moyen-Orient, dans le budget 2009, ne semble pas davantage introduire des conditions nouvelles du soutien américain aux acteurs du conflit israélo-palestinien, noeud de la politique US dans la région.

Comme disent les Américains, plus ça change...

24 déc. 2008

Pas de confiture à Noël pour Washington

Joe Biden, le vice-président élu, est connu pour son sens des formules. Le plan de relance ne doit pas "devenir un arbre de Noël" a-t-il déclaré, prévenant qu'il n'y aurait pas de place pour les "earmarks", ces allocations spécifiques de fonds qui servent des projets d'intérêt local parfois au détriment du bon sens, et dont John McCain est connu, lui, pour être un farouche adversaire.

En d'autres termes, les parlementaires ne doivent pas s'attendre à pouvoir mettre la main dans le pot de confiture pour détourner des fonds fédéraux à usage local. Parole de vieux routier sénatorial, croix de bois croix de fer, il n'y aura pas de "business as usual" au Capitol... Pour un pilier du Sénat, en effet, l'avertissement a de quoi faire sourire, mais peut-être que la nouvelle majorité démocrate du 111e Congrès qui entrera en fonction le 20 janvier, saura résister aux tentations. L'idée que Caroline Kennedy, fille de JFK, succède à Hillary Clinton au poste de sénateur de NY montre que, tout de même, certaines pratiques ne sont pas prêtes de disparaître... Après le fils Bush, la fille Kennedy, alors qu'oncle Ted siège toujours pour le Massachusets. On se demande comment les Américains n'en ont pas marre.

Plus important sans doute est le débat qui se déroule aux Etats-Unis sur le bien fondé de la relance à hauteur d'un trillion de dollars, qui s'ajoute aux 700 milliards du plan Paulson. Beaucoup renâclent au parti républicain, qui ont déjà échouer le plan auto du gouvernement et qui demandent si les fonds du plan Paulson ont produit quelque effet.

Faut-il sauver l'industrie automobile en l'état? Pas sûr qu'ils aient tort de refuser des dépenses dont le bon usage ne les convainc pas. Quant à l'industrie en question, symbole américain, elle est aussi le symbole de la reconversion nécessaire de l'économie et du mode de vie américains. Non que les Etats-Unis doivent se passer d'autos, mais adopter de nouveaux standards - il en a déjà beaucoup été question, notamment en matière de normes d'émission de Co2 au kilomètre - et repenser les transports (cela est plus vrai encore en Europe, car la voiture en ville, cela devient de plus en plus dépassé) s'imposent comme des exigences du futur que seule une crise profonde peurt déterminer. Rappelons que GM a abandonné ses Hummers, ce qui fut un signe important d'un changement de pratique.

Les républicains, qui doivent se soumettre à un exercice de réinvention, ont avec la crise et les discussions sur l'intervention de l'Etat, une occasion d'afficher un discours politique épuisé par les huit années Bush, et aussi une occasion de s'en distancer. Car il y aurait un trait d'union économique entre Bush et Obama, c'est le déficit. Bush l'a creusé pour de mauvaises raisons, avec des baisses d'impôt dont l'équivalent aurait pu être investi, au moins pour partie, dans des investissements publics aujourd'hui au goût du jour (éducation, recherche, infrastructures), et avec la guerre d'Irak. Obama est contraint par les événements et par des tendances de fonds négligées par l'administration sortante (pouvoir d'achat des classes moyennes, emploi, déclassement sur le marché du travail, etc.).

Certaines requêtes, comme celle des détaillants du commerce qui demandent 25 milliards de remise sur la TVA, que l'Etat fédéral paierait aux Etats fédérés qui perçoivent cet impôt, aurait-elles un effet déterminant - comme la baisse de la TVA décrétée au Royaume-Uni?

Bien sûr, on partagera l'avis de Larry Summers: l'Etat doit intervenir pour éviter la plus grave récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais les préventions de principe sur le gaspillage de sommes colossales et la justification de l'action publique, et les questionnements sur le bon usage des fonds dont devra décider le 111e Congrès en janvier, sont parfaitement acceptables. Miné par Katrina, le parti républicain a là de quoi reformuler un message crédible et reconstruire un avenir politique.

Le déficit existant ne favorise pas l'économie américaine et la perspective de nouveaux déficits, alors que la Fed a dû baisser ses taux à zéro pour tenter de relancer le crédit, impose à l'opposition de suivre de près les fonds alloués pour éviter, comme le dit Joe Biden, que le plan de relance (que le président Obama obtiendra) ne devienne un arbre de Noël.

5 déc. 2008

Retrait d'Irak?

Obama semble être déjà critiqué pour mesurer ses propos de campagne quant au retrait des troupes d'Irak. Ses discussions avec l'équipe de sécurité nationale (le secrétaire Gates, le général Jones et le chef interarmes, l'amiral Mullen) et ses déclarartions sur une sortie responsable contrediraient sa promesse de mettre fin à la guerre de façon décisive.

Je ne crois pas que prendre la mesure des modalités de ce retrait, et d'envisager que des troupes demeurent stationnées en Irak au delà des seize mois promis -ce qui vaut surtout pour le gros des troupes - voire au-delà de décembre 2011, date de retrait complet établie par l'accord sur le statut des troupes approuvé mercredi par le parlement irakien, signifie renier la volonté de se retirer de ce front.

L'objectif politique me paraît clair et sans compromis. Adapter cet objectif aux conditions du terrain semble plutôt une attitude responsable et réfléchie, à laquelle Obama nous a habitués. Que vaudrait un retrait rapide et total suivi d'une instabilité violente en Irak: ce serait accepter que les sacrifices consentis par les Américains dans cette occupation injustifiée et mal préparée aient été inutiles.

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Intervention hier à Sciences Po Rennes - magnifique endroit et audience intéressée.

En conclusion d'un débat vigoureux, cette remarque qui me paraît lier énergie, Moyen-Orient et changement à la Obama:

l'Amérique atteint les limites de son modèle de consommation avec des exigences environnementales qui condamnent le grand symbole américain de l'industrie automobile à se transformer, et invite le pays à reconsidérer les modalités de sa présence au Moyen-Orient.

Aujourd'hui se repose donc la question apparue à Jimmy Carter en 1979, celle de la dépendance pétrolière, non pas tellement en termes d'importations américaines (l'essentiel du pétrole utilisé aux USA vient de l'hémisphère ouest et l'Afrique occupe une part croissante de ces importations)) mais de stabilité du système pétrolier mondial. L'impossibilité de réduire la consommation américaine a entraîné la décision de garantir des flux pétroliers constants à prix stable depuis le Golfe, et la militarisation croissante de la politique extérieure américaine. Cette militarisation n'a été émentie par aucune administration, républicaine ou démocrate.

Le changement de fond qu'Obama parviendra peut-être, même modestement, à engager, est celui qui consiste à lier le mode de vie américain et sa projection à l'extérieur, c'est-à-dire la politique étrangère. Obama a une particularité: il a conscience de la complexité des réalités qui l'entourent, analyse beaucoup, et sait que les crises ne sont pas isolées mais que, au contraire, tout est lié. De la réforme du mode de vie intérieur et des grands équilibres entre Etat et marché qui résulteront de la crise actuelle pourra ressortir une approche différente de la politique américaine au Moyen-Orient, à savoir une démilitarisation de la politique étrangère.

Cela me certes paraître une utopie, mais c'est changement fondamental qui pourrait naître des circonstances exceptionnelles de l'heure; la présidence Obama, le bourbier irakien, la crise économique, et l'ardente obligation de traiter sérieusement les questions d'environnement.

28 nov. 2008

A nouveau New Deal, nouveau capitalisme

Je reviens sur le message d'hier car la question du changement d'ère dans l'histoire économique américaine conditionne la direction de la future présidence Obama.

Pour un homme qui fut toute sa courte vie en quête de sens et d'identité, se pose une question de fond à laquelle il n'existe peut-être pas de réponse toute prête. Son sens inné que les Américains attendaient une offre politique nouvelle est d'ailleurs pour quelque chose dans sa victoire, dans des circonstances très particulières qui appelaient précisément un discours de "sens" (espoir et progrès) comme celui d'Obama.

Le président de la République avait parlé de la France des usines pendant sa campagne en 2006-2007. Obama aura à résoudre ce même tourment des pays industriels. L'Amérique manufacturière, comme la France des usines, est en recul. C'est bien pourquoi le New Deal de Roosevelt est une comparaison qui doit être prise avec nuance. Bien sûr, un nouveau grand compromis américain est à forger, et dans ce sens le président élu en 2008 apparaissait comme porteur d'une mission comparable à celle de FDR. Cela ne veut pas dire qu'en réfléchissant au futur équilibre entre Etat et marché Obama va engager un New Deal du type des années 1930-40.

Non seulement le fameux "can-do-spirit" américain, cet esprit d'entreprise individuelle et ce sentiment que tout est possible, est au coeur du capitalisme américain, mais l'adaptation de l'économie américaine aux technologies, à l'innovation et à la concurrence internationale, notamment asiatique, suggère de favoriser un capitalisme qui ne soit pas collectif comme celui des années d'après-guerre, mais individuel. Cela n'appelle pas les mêmes réponses qu'au temps de FDR.

L'investissement dans l'innovation et l'éducation se substitue dès lors à celui dans les grands travaux ou l'industrie de guerre. Obama l'avait d'ailleurs évoqué au cours de la campagne: éducation, infrastructures, innovation sont le smaîtres-mots de la santé économique américaine. Cela est vrai pour nous aussi.

27 nov. 2008

Pour Obama, le piège du vote anti-Bush

La victoire d’Obama fut sans appel, mais ce ne fut pas un raz de marée. En même temps, la crise crée des attentes considérables.

Obama a une occasion historique de recréer un lien social américain mis à mal par les excès dus système économique et la polarisation politique provoquée par l’administration sortante. Pour autant, si ces conditions offrent au nouveau président l’opportunité d’une réinvention à la Roosevelt, y compris au plan international, aux Etats-Unis le vote Obama ne signifie pas un mandat pour remettre en cause l’un des traits majeurs de l’esprit américain, à savoir la liberté d’entreprendre sans les freins imposés par l’Etat.

Non seulement les contraintes financières, mais aussi et surtout la méfiance envers l’interventionnisme, que McCain a tenté d’utiliser pour refaire son retard, restent de puissants obstacles à l’action de la future administration.

Le capitalisme américain des années 2000 se fonde moins sur les grandes corporations en crise, comme l’automobile, que sur l’initiative individuelle, ce que Walter Russell Mead appelle le « revivalisme » américain. La présidence Obama doit donc prendre en compte le réflexe anti-Bush qui a joué dans sa victoire, et ne pas tomber dans le piège d’un retour de l’Etat au-delà de ce qui est nécessaire.

La liberté d’entreprendre n’est aucunement dénoncée dans le vote démocrate de 2008 pour la présidence et le Congrès.

28 oct. 2008

Le capitalisme américain à l'épreuve

"Bill Clinton et les Nouveaux démocrates avaient annoncé la fin du big government, mais le rôle de l'Etat demeure un sujet central, car les besoins sociaux sont immenses et sont aggravés par les changements économiques", écris-je dans "Après Bush; Pourquoi l'Amérique ne changera pas".

La hantise d'un recul économique, d'une perte de pouvoir d'achat et de la couverture santé s'est répandue aux Etats-Unis depuis maintenant trois ans. Elle ne date pas de la crise bancaire. Celle-ci l'exacerbe et la porte à son paroxysme, et elle pourrait même décider de l'issue d'une élection qui devrait, selon toute vraisemblance, aller à Obama. C'est bien là la rencontre d'un homme et d'un discours, et d'une attente.

L'Amérique doit réinventer son modèle car les Américains ont conscience que quelque chose s'est brisé. Un lien général qui les lie ensemble, un sens de l'équité et la cohésion sociale qui s'est détérioré avec la stagnation des salaires, celle notamment du salaire médian. La période Bush a ajouté à ce sentiment diffus en favorisant une polarisation politique autour de valeurs qui divisent âprement les Américains. L'inimitié politique s'est beaucoup développée dans l'Amérique de George W. Bush et Dick Cheney, qui osa envoyer dans les roses un sénateur démocrate avec des mots que l'on ne peut répéter.

Pourquoi Obama? Parce que l'Amériqsue a besoin de se réconcilier, et de panser les plaies ouvertes par un capitalisme qui a ébranlé le contrat social américain. Le manque d'encadrement du capitalisme financier a atteint le reste. Il faut donc réinventer les règles pour rétablir un sens d'équité dans la société et ne plus s'occuper des moeurs comme champ de bataille politique. La priorité des Etats-Unis s'appellent emploi, éducation, et aussi infrastructures, comme au temps d'Eisenhower, républicain modéré, "libéral". Pourquoi Obama? Parce que les Américains attendent de retrouver espoir et confiance dans leur modèle.

Il n'est pas certain qu'Obama soit élu et qu'il soit un bon président, mais l'Amérique a sûrement besoin de retrouver un équilibre entre Etat et marché, et en homme de synthèse, il semble être le mieux placé pour offrir au pays ce nouveau compromis.

20 oct. 2008

Obama, la crise et le bazar

La presse américaine rapportait récemment des manifestations du bazar contre le gouvernement Ahmadinejad, qui vient d’imposer une TVA de 3%. Les commerçants sont très remontés contre cette mesure, et plus généralement contre la stagnation économique. Le mécontentement grandit en Iran, et l’ampleur de la fronde fait repenser à celle qui conduisit au renversement du chah en 1979. Le bazar s’était alors allié au clergé chiite dans la condamnation du régime répressif et une modernisation économique déséquilibrée, accusée de faire la part belle aux intérêts étrangers. La baisse des prix du pétrole, source essentielle du revenu public, ne va faire qu’aggraver les choses.

Les Etats-Unis et l’Iran ont en commun une situation économique difficile, que la crise bancaire rend aujourd’hui catastrophique aux Etats-Unis, mais qui pointait déjà depuis au moins deux ans. Cette situation porte-t-elle des bénéfices collatéraux ? Comme Obama l’a habilement souligné lors de son dernier débat avec McCain, Ahmadinejad n’est pas l’homme le plus puissant à Téhéran. Le mécontentement exprimé par le bazar expose la fragilité du président iranien, sinon du régime. La nécessité d’intégrer l’économie du pays au commerce international, et l’enjeu du dialogue avec Washington, pousseront-ils l’Iran à rechercher plus activement l’apaisement avec les Etats-Unis ? La perspective aujourd’hui sérieuse d’une victoire d’Obama, qui s’est dit favorable au dialogue avec l’Iran, devrait ajouter à cette tendance.

Trouver les moyens de sortir du marasme économique et apporter des réponses aux tensions politiques entre les deux pays, voilà une possibilité de bien commencer l’année 2009 à Téhéran et Washington.

19 oct. 2008

Changer le mode de vie américain?

Ce que la crise financière met en exergue, et que la campagne électorale américaine n'aborde pas, c'est le changement du mode de vie américain.

La soudaine et massive intervention de l'Etat est un tribut au pragmatisme caractéristique des Etats-Unis et à leur capacité d'adaptation, qui sacrifie - pour un temps - le credo économique du laisser-faire. Celui-ci, d'ailleurs, a été largement aménagé depuis l'expansion industrielle du début du XXe siècle avec le Square Deal de Theodore Roosevelt et surtout le New Deal de Franklin Roosevelt.

Le coeur du sujet est sans doute le manque d'épargne et une consommation effrénée, y compris pétrolière, dans un pays industriel où le litre d'essence est très bas. Jimmy Carter s'était essayé à prôner une restriction de la consommation après le second choc pétrolier avant d'y renoncer. George W. Bush a fustigé l'addiction des Américains au pétrole, mais sans proposer de mesures pour la réduire.

Sous l'effet des efforts de régulation imposés par la crise bancaire et la dénonciation parfois excessive de Wall Street, l'Amérique prend conscience que le modèle doit être amendé. Quel que soit le vainqueur de l'élection, je doute qu'il ignorera ce défi majeur. Ce ne semble être l'esprit ni d'Obama ni de McCain - malgré son revirement tactique vers le républicanisme le plus conventionnel depuis les dernières semaines. Peut-être la vraie rupture après Bush sera-t-elle celle-là? Un nouveau discours aux Américains sur ce qui doit changer dans leurs habitudes... Je n'y crois pas beaucoup mais on peut l'espérer sous la pression des événements.

Une chose est certaine à l'heure où l'on discute de refonte du système financier mondial, et qui semble une évidence mais dont les conséquences sont encore mal cernées: l'Amérique de 2009 ne sera pas celle de 1944. Les limites de la puissance américaine qui se sont fait sentir au plan politico-militaire, s'imposent maintenant au plan économique où la coopération internationale sera plus qu'un choix, une contrainte pour la prochaine administration.

La restauration de la santé économique et financière américaine pourra cependant permettre aux Etats-Unis de retrouver un rôle de prépondérance marquée dans le concert des nations, de rester la première d'entre toutes quelques décennies encore. La crise impose de jouer collectif et de faire profil bas en quelque sorte, mais je ne solderais pas trop vite le siècle américain, car jusqu'à preuve du contraire les Etats-Unis reste le point de mire de l'organisation et des équilibres mondiaux.

Pour finir, une remarque sur ce "leadership" dont il est tant question dans la politique américaine, et dont beaucoup aux Etats-Unis ont crédité George W. Bush, confondant la capacité de meneur et de visionnaire à celle conférée par l'autorité hiérarchique, renforcée par la certitude. Le "leadership" s'exerce plus facilement lorsqu'il s'agit d'unilatéralisme militaire que de multilatéralisme économique. George Bush s'est plu à jouer les commandants en chef, mais sa prestation face à la crise financière a été piteuse.

3 oct. 2008

Le débat public américain entre fantaisie et sobriété

La crise financière et l'élaboration d'un plan dit de sauvetage de l'industrie du crédit a créé un ennemi commun contre lequel les politiques s'acharnent lorsqu'ils veulent caresser les électeurs dans le sens du poil: Wall Street. Or, s'il est indéniable que des excès ont eu lieu et que les rémunérations en cours dans une industrie hier euphorique, sont indécentes, Main Street a aussi profité du système.

Le crédit facile offert par une banque dans des conditions de solvabilité douteuse a de quoi faire réfléchir quiconque. Et ce ne sont pas les cadres de Wall Street qui ont contracté les prêts immobiliers de supermarché qui ont donné le signal. Il semble que l'Amérique ordinaire de Sarah Palin soit aussi en cause que celle des ci-devant "as de la finance". Un train de démagogie souffle d'autant plus fort que l'on est en campagne, et qu'il est préférable de simlplifier à l'extrême et de parler protection de l'emploi, de l'épargne et du pouvoir d'achat. Mais qui taperait sur Mainstreet en pleine campagne présidentielle, et déclarerait avec force qu'il faut renflouer les caisses des vilains ? Pourtant, il faut bien s'y résoudre, dès lors que le problème est envisagé sérieusement, bien sûr qu'il faut maintenir debout les institutions considérées comme fautives.

Le débat public oscille ainsi entre fantaisie (l'ingénue Mainstreet habilement détroussée par Wall Street) et sobriété (les dirigeants se concertant pour éponger les pertes et relancer le commerce de l'argent).

***

Un des phénomènes qui accompagnent les événements est l'évolution du parti républicain.

Le vote contre le plan Paulson d'une majorité des représentants républicains exprime la fureur de la base. Comme Palin et Biden incarnent deux Amériques, le parti républicain est traversé par une faille grandissante qui séparent grosso modo deux tendances. D'un côté, un électorat populaire qui fait contraste avec la tradition d'un parti républicain ami du business, et de l'autre un électorat modéré, attaché à la rigueur budgétaire et conscient de la nécessité pour l'Etat d'agir. La coalition qui a permis la réélection de George W. Bush ne lui survivra peut-être pas, même si le conservatisme lui est encore une force vive. La crise d'identité du parti sera un enjeu majeur des années à venir, que McCain gagne ou perde les élections.

1 oct. 2008

L'Amérique réelle ?

Le rejet du plan du secrétaire au Trésor Paulson par la Chambre a été un choc pour beaucoup, mais il exprime un décalage entre l'Amérique des cercles dirigeants et le "pays réel".



De même que les forces sous-jacentes à la société américaine font que l'Amérique est un pays très distinct de l'Europe en dépit de points communs considérables, et que les changements attendus de l'après-Bush doivent être modérés, y compris dans le cas d'une présidence Obama, l'Amérique en colère n'a pas été bien perçue par les dirigeants américains, occupés à sortir le pays de l'autre bourbier, celui causé par les dérives de l'industrie du crédit.

Dans son édition internationale, le New York Times écrit aujourd'hui que "les dirigeants à Washington et les observateurs dans le monde, peu familiers des courants de pensée à travers les États-Unis, ont été stupéfaits de voir que l'avalanche d'objections et de ressentiment à l'endroit de Wall Street a été puissante au point de faire dérailler le train de mesures [présenté à la Chambre], du moins temporairement."

Pas de doute en effet qu'un nouveau projet sera soumis après le vote du Sénat aujourd'hui. Mais il est à retenir que la crainte de se présenter le 4 novembre devant des électeurs très remontés contre les puissants de tous ordres, en défendant un plan de renflouement (pas de sanction pour les fautifs) qui aurait dû être baptisé plan de sauvetage (l'économie américaine en danger), à convaincu une majorité de représentants, notamment républicains, de rejeter le plan de l'administration.



Ils se sont en outre moqués des injonctions présidentielles comme de leur première chemise, offrant un exemple "live" du fameux "lame duck president", le canard boiteux qui ne fait plus peur à personne... Cette expression ne veut pas dire que la fin d'ui mandat réduit systématiquement un président à l'impuissance. Dans les circonstances présentes, il est extraordinaire de constater que M. Bush n'ait pas su entraîner le pays et sa majorité. Ses qualités de "leadership" tant vantées aux États-Unis lors de l'invasion (facile) de l'Irak se révèlent être nettement moins performantes dans une situation de crise bien plus complexe comme la crise financière et, probablement, économique.

Les événements viennent affaiblir les chances de victoire du ticket républicain. mais jusqu'ici, une défaite démocrate, aussi incroyable que cela soit, était très probable. C'est que, comme je l'écris dans Après Bush, la force du conservatisme dans la société américaine est sous-estimée.

De même qu'a été sous-estimée par les dirigeants américains eux-mêmes la force du ressentiment contre les dérives du système économique et contre les politiques.
Comme il y a eu coup de sang nationaliste en 2003, le vote du Congrès a représenté un coup de sang populiste. Non dans le sens péjoratif qui est toujours donné à ce mot en France, mais au sens d'une réaction décisive de l'opinion ordinaire - celle-ci d'ailleurs, comme le nationalisme, à tort ou à raison...

L'échec du plan est bien sûr désastreux. Il y aura un autre vote, mais la partie est loin d'être gagnée. Et dans le marasme, quelques signes encourageants apparaissent, comme le rapprochement de Goldamn Sachs et de Berkshire Hathaway, le groupe de Warren Buffett.
Pas assez pour ne pas craindre la suite des événements.

Une chose est certaine, Obama a montré dans ce contexte une compréhension, ne serait-ce qu'intuitive, des problèmes, expliquant l'effet en chaîne qui menace d'assécher le crédit dans l'ensemble du pays.

Obama flirte avec une certain démagogie mais c'est de bonne guerre. L'essentiel de son discours est structuré et argumenté.
Ce qui en fait un candidat nettement supérieur à son concurrent.

16 sept. 2008

L'autre crise

La faillite de l'une des plus anciennes institutions financières du pays, la banque d'affaires Lehman Brothers, aujourd'hui en partie reprise par Barclays, après la nationalisation de Freddie Mac et Fanny Mae et le renflouement de Bear Sterns par l'État, voit les faits rattraper et submerger le débat et les discussions politiques.



Le capitalisme américain nécessite une remise en cause, un assainissement qui n'est pas seulement financier.
Les écarts de revenu, symptôme du malaise américain devant la financiarisation d'une économie hier industrielle, et le déficit public dont le manque d'une couverture maladie pour tous et la détérioration des infrastructures (via une garantie de 30 milliards de dollars au repreneur JPMorgan) du pays sont un résultat, exigeaient déjà de remédier aux déséquilibres du système par une création de richesse où l'ingénierie financière ne prenne pas le pas de façon démesurée sur la production - tangible (produits industriels et de consommation) ou intangible (services et matière grise).

La crise financière, plus grave que 1929 compte tenu notamment de la sophistication et de la massification des produits financiers qui portent la dette des ménages et des entreprises, vient exposer dans leurs plus inquiétants aspects ces déséquilibres. Il ne s'agit plus d'ajustement, même d'ampleur, il s'agit de crise générale.



Celle-ci n'est en effet pas seulement financière mais économique, car la solvabilité des institutions répond à tangibilité des actifs: la valorisation dérisoire des grands noms, à commencer par Lehman, en est la preuve. Longtemps à la surface, la nécessaire réinvention du contrat social américain, pendant de la restauration du leadership global des États-Unis, que j'ai évoquée dans Les Échos et qui est un des arguments de Après Bush, est exposée aujourd'hui avec une acuité inattendue.

Une dimension préoccupante est l'interdépendance internationale qui voit les États-Unis compter en partie sur des économies étrangères pour se refaire - les détenteurs de bonds, Japon et Chine, par exemple. Il n'est absolument pas certain qu'ils seront au rendez-vous.

Quant à l'État américain, aura-t-il les moyens d'intervenir? Le gouvernement a décidé de ne pas faire avec Lehman ce qu'il a fait avec Bear Sterns. Dès lors, la question n'est pas seulement le degré d'intervention, mais les limites de la possibilité d'intervenir.

Comme en Irak et en Afghanistan, l'Amérique atteint les limites de la puissance.

L'approche optimiste, c'est que les États-Unis conservent une force de rebondissement unique. Ne pas insuffler une culture de l'intervention et du sauvetage publics, comme l'écrivait hier le Financial Times, n'est pas un argument qui pèse lourd devant la gravité de la situation. Laisser tomber un banque est une chose, décider de la stratégie publique pour éviter la faillite généralisée en est une autre - à ce titre, il est heureux que le secrétaire au Trésor soit à son affaire dans les circonstances actuelles, comme ancien président de Goldman Sachs, la Rolls des grandes maisons mondiales d'investissement.

C'est la question à laquelle devront répondre les candidats. McCain a déclaré que les événements ne justifiaient pas de recourir à l'argent du contribuable pour sauver les mauvais investisseurs et réitéré que les bases de l'économie américaine étaient bonnes - à l'instar de Michael Bloomberg, fondateur de l'entreprise éponyme et maire de New York.

Il sera intéressant d'observer les discours politiques dans les jours à venir pour prendre plus sérieusement la mesure de la crise et articuler une stratégie publique pour 2009.

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



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