Alors que l'Europe célèbre les 20 ans de la chute du mur de Berlin, où le candidat Obama avait prononcé un discours reaganien qui avait plu à l'Allemagne et au reste de l'Europe, le président Obama a choisi de ne pas assister aux cérémonies où il était représenté par son secrétaire d'Etat.
Cette absence ne doit pas être mal interprétée, elle illustre la pacification d'une Europe qui ne présente plus de front stratégique important. Elle confirme aussi qu'Obama, par sa culture personnelle, est le président américain le moins sensible aux affaires européennes.
Cette semaine, Obama a en effet l'esprit ailleurs. Inutile de célébrer un événement vieux de 20 ans, lorsque lui-même était encore étudiant ou presque, et qui ne fut probablement pas un moment marquant de sa vie comme ce put l'être pour un Européen du même âge. Obama s'apprête à effectuer sa première tournée officielle en Asie du Nord-Est, là où le destin de la puissance américaine se jouera dans les années à venir.
Ce n'est pas à Berlin, c'est à Tokyo que doit être Obama, pour rassurer sur la solidité de l'alliance nippo-américaine alors qu'un séisme politique vient de s'y produire avec la débâcle du parti conservateur au pouvoir depuis la défaite de l'empire. Puis à Pékin, avec lequel la relation bilatérale est devenue la plus importante pour Washington. Enfin à Séoul, chez un autre allié clé pour la stabilité en Asie-Pacifique.
En chemin, Obama doit s'arrêter à Shangaï pour rencontrer la jeunesse chinoise. Un brin de spontanéité est attendu, à la manière de ce que l'on vit à Berlin où la chancelière marcha par les ponts et les artères... C'est à Shangaï qu'Obama doit se gagner les coeurs et non plus dans Europe pacifique et prospère. C'est là, c'est à Pékin et à Tokyo, qu'il doit affirmer que l'Amérique est bien une nation du Pacifique, une puissance asiatique.
10 nov. 2009
L'Amérique, puissance asiatique
25 juil. 2008
L'euphorie autour d'Obama ne durera pas
Le magazine Challenges a mis en ligne une petite interview que j'ai réalisée avec Manuel Crifo :
MC - Barack Obama arrive ce vendredi en France, au lendemain d'une visite à Berlin où il a reçu un accueil triomphal. Comment expliquez-vous cet engouement des Européens pour le candidat démocrate ?YM - Il y a plusieurs choses qui entrent en ligne de compte.
Tout d'abord la lassitude de 8 années de Bush, qui a représenté une rupture dans l'histoire américaine récente et une rupture dans l'histoire du parti républicain de par son idéologie néoconservatrice.
Ensuite, il y a le charme inhérent à la personne de Barack Obama. Son métissage aussi, qui compte pour une partie des Européens.
Et enfin, une préférence générale pour les démocrates.
MC - Barack Obama a entamé une tournée internationale du Moyen-Orient à l'Europe, afin de renforcer son image internationale, son principal point faible. Cela suffira-t-il à rassurer les électeurs américains ?YM - Déjà ce n'est pas son seul point faible. Mais il est clair que cette tournée était destinée à l'électorat américain, Barack Obama n'est pas là pour se faire élire par l'Europe. De ce point de vue, on peut dire que la mission est relativement accomplie. Il a montré qu'il était connu à l'étranger et qu'il avait des positions claires sur des questions de politique étrangère.
En revanche, le comparer à Kennedy ne lui a pas rendu service, car on a créé des attentes trop fortes que Barack Obama a déçues puisqu'il est intervenu dans un contexte historique tout à fait différent. Lorsque Kennedy déclare "ich Bin ein Berliner", Berlin est coupée en deux par le rideau de fer. Barack Obama ne pouvait pas non plus paraitre trop europhile, car ça aurait pu être mal interprété par une partie de l'électorat américain au profit de John McCain.
MC - Si le sénateur de l'Illinois est élu, les relations entre les Etats-Unis et l'Europe changeront-elles ? YM - Il y aura un effet immédiat de bonnes volontés et d'ouverture. On peut attendre une amélioration mais je suis mesuré sur sa proportion. Quelque soit le président élu, il défendra avant tout les intérêts américains, notamment commerciaux. Il insistera également pour que l'Europe prenne sa part de responsabilité pour les questions de Défense, je pense en particulier à l'Afghanistan.
A mon sens l'euphorie ne durera pas, Obama est surtout un Américain au même titre que John McCain.
Voici le lien vers l'interview sur le site de Challenges.
Par ailleurs, nous avions prévu avec Pierre-Henri de Menthon (rédacteur en chef à Challenges) un dossier Présidentielle américaine 2008 pour Challenges.fr.
Merci à Jean-Baptiste Diebold de Challenges, ainsi qu'à Véronique Duverneuil et Paul de Fombelle des éditions Choiseul, qui ont mis sur pied ce dossier.
Le discours de la Victoire...?
Discours Obama unité des nations Berlin
par Amos158
Hier, Barack Obama a donc prononcé son discours sous la colonne de la Victoire à Berlin.
Il n'y a pas eu de phrase forte comme lors de passage de Kennedy sous la Porte de Brandebourg, auquel on avait abusivement et par avance comparé l'intervention attendue d'Obama; comme je l'ai dit dès hier , ce n'était pas lui rendre la tâche facile car les circonstances ne sont pas dramatiques comme à l'époque, et il était difficile de trouver une formule qui puisse autant marquer les esprits que « Ich bin ein Berliner » ; d'où une certaine déception, bien prévisible.
Le discours d'Obama était enlevé, inspiré, rappelant la grande histoire euro-américaine depuis soixante ans, et célébrant la liberté. Un discours assez reaganien, fidèle au démocratisme conservateur (ou recentré, si l'on préfère) d'Obama. Mais c'était la première partie. La seconde fut un catalogue de bonnes intentions et laissa sur sa faim.
Obama ne pouvait paraître trop europhile, au risque de déplaire à une partie de l'électorat. Son tour du Moyen-Orient et de l'Europe permet donc de conforter son statut de présidentiable capable de traiter les questions internationales, mais l'effet de ce passage n'est pas, logiquement, ce que la presse européenne avait laissé entendre qu'il pourrait être.
Le plus intéressant à mes yeux est l'insistance sur la notion de progrès, le typique "développement, paix et liberté", qui fait écho à celui de McCain "Sécurité, Prospérité, Liberté", ajoutant une sensibilité démocrate mais montrant que les deux candidats hors norme de cette élection se retrouvent globalement dans les mêmes dispositions de coopération internationale et de restauration du leadership américain par une vision plus saine des affaires mondiales que les excès bushiens. Les deux cheminent vers un centre rationnel retrouvé de la politique américaine, celui, précisément, qui fonda l'Alliance atlantique et prévalut sur le Communisme.
Passage réussi donc, mais pas marquant. La victoire n'est pas encore là pour Barack.
24 juil. 2008
Barack Obama à Berlin
Symbole pour symbole, la chancelière allemande a décidé que le discours n'aurait pas lieu devant la Porte de Brandebourg, haut lieu historique où le président Reagan appela Gorbatchev à abattre le Mur. Obama n'est encore qu'un candidat, et la Porte ne saurait servir de tribune électorale. Sage décision. Le discours sera donc prononcé devant la colonne de la Victoire.
Quant au contenu ? La popularité d'Obama en Europe est certes un argument pour compenser l'accusation d'inexpérience en politique étrangère, mais cela ne sera pas suffisant. Surtout, plaire trop aux Européens ne sera pas nécessairement bien perçu par tous aux États-Unis, et pourrait déterminer certains électeurs à se porter sur un McCain incarnant mieux la liberté d'action américaine, sans l'entrave d'une coopération internationale systématique et d'un multilatéralisme inefficace ; « ne le voit-on pas à l'ONU face à l'Iran ? » pourraient se dire ces électeurs-là.
Obama devra donc modérer l'internationalisme de son discours, car ce ne sont pas les Allemands mais les Américains qu'il faut convaincre. « Trop courtiser la "vieille Europe", à quoi cela sert-il ? » pourrait-on lui reprocher. Les vrais défis sont en Asie et en Irak, et là les Européens sont absents. C'est ailleurs qu'il faut aller, comme McCain, qui se soucie d'abord des troupes (qu'il a visitées plusieurs fois déjà). Bref, un succès en Europe servira incontestablement l'image d'Obama aux États-Unis, mais elle ne fera pas de lui un président.
S'agissant maintenant des Allemands, leur enthousiasme risque d'être déçu si Obama appelle à un rôle militaire plus important aux côtés des États-Unis dans cette guerre contre la terreur qu'il faut bien finir, ce qui ne sera pas fait en 16 mois (le calendrier de retrait des troupes d'Irak proposé par Obama) tant le piège afghano-pakistanais reste complexe et la situation au Moyen-Orient fragile.
Les symboles en politique sont puissants. Récupérer un peu de l'aura (exagérée) de JKF ne fera que du bien à Obama, mais les discours, et plus encore les actes en 2009 s'il gagne, risquent de ne pas être à la hauteur des attentes exprimées à Berlin.
25 juil. 2007
Obama's European tour
Barack Obama delivered a much-awaited speech before the Column of Victory in berlin yesterday - nia wise decision, the German Chancellor dismissed the idea to have the speech given under the Brandeburg Gate, which is too high a symbol where only Presidents have addressed the Berlin people, JFK and Ronald Reagan.
The European press did not help Obama when it reminded the opinion of the youthful JFK's "Ich bin ein Berliner" of all memories, because that raised expectations tremendously in a country whose opinion is massively in favour of Obama.
Obama's visit in Germany was disappointing and that was to be expected. The situation is no way as dramatic as it was in 1961 when the berlin Wall was being built by the Soviets and the city divided, and so Obama could have hardly matched the emotion despite its widely recognized eloquence - which he proved time and again. As it turned out, his speech did not read such golden line as JFK's or Reagan's "Mr Gorbachev tear down this wall" that still resonates in German ears.
Obama's speech was eloquent nonetheless, evoking freedom and the great history of Euro-American relations over the past sixty years. There was a Reaganian accent to it, of optimism, confidence, and faith in freedom. It was, in short, an plainly American speech. The second part was somewhat a full bag of good intentions with a tag on it reading Obama the juvenile, however.
And indeed the specifics were short. Vagueness is acceptable, but then a catch-phrase must make for it. Or else a bold proposal. None of that was in for the Euros.
As a matter of fact, Obama is campaigning for US President and only Americans will decide who succeeds "W" in January. So Obama could not alienate some US voters by looking too Europhile or too multilateralist when it is America that is doing the job in Iraq and in Afhanistan for the most part. In the end, some Americans may think that Obama is too different after all and that he should seek making friends at home rather than hanging with Old Europeans.
Similarly, calls for more European efforts in the war on terror would not have gone down very well, and so the future Democratic candidate remained somewhat elliptic on that. Giving rise to fierce reactions from Euros unhappy about calls for more defnse spending and more troops would have clouded Obama's reputation-in the making on foreign affairs.
All in all, the mission is accomplished. Obama's profile was raised by his tour in the Middle East and Europe, but the German speech will not be remembered for long.