Les 25 milliards votes par le Congres avant les elections ne suffisent pas. Il faut sauver le soldat Ford pour ne pas que l'Amerique manufactiere ne plonge definitivement, comme un mammouth s'effondrant dans un vacarme aussi effrayant que desastreux pour l'avenir des cols bleus americains dont il a tant ete question pendant la campagne.
Dans "Apres Bush", il est beaucoup question de l'industrie automobile et des accords collectifs avec les syndicats. Les obligations de retraite des constructeurs plombent l'industrie comme jamais et il y a urgence. Ce dossier, latent depuis des annees, est remonte en fleche a la surface avant meme que le president elu ait pris ses fonctions, et le Congres lui a emboite le pas avec celerite. Rappelons que la premiere mesure prise par les democrates apres leur victoire de 2006 fut de relever le salaire horaire minimal.
La faillite de l'industrie automobile serait un signal catastrophique pour l'avenir de l'economie americaine, a un moment ou le seul element d'espoir aux Etats-Unis est le resultat de l'election presidentielle et l'attente de mesures de sauvetage du systeme economique, et singulierement de la protection sociale.
11 nov. 2008
Il faut sauver le soldat Ford
21 juil. 2008
"Les petits Blancs d'Amérique" dans le JDD
Le Journal du Dimanche d'hier publiait un excellent article intitulé « Obama, le cauchemar des petits Blancs d'Amérique », signé Karen Lajon. Ce dernier souligne un élément mal perçu dans une Europe aveuglée par le charme d'Obama et par son propre désir d'une incarnation nouvelle de l'Amérique après huit années de Bush : pour une partie des électeurs démocrates, porter un Noir à la Maison Blanche, c'est inconcevable !
La Virginie-Occidentale, lieu du reportage, est un petit État frappé par les difficultés de l'industrie minière. Hillary Clinton y a remporté haut la main les primaires. Le nombre de grands électeurs n'en fait pas un État clé, mais chaque voix comptera en novembre car l'élection sera sans doute serrée.
On a prétendu que la nouveauté Obama inciterait certains Américains à venir voter pour la présidentielle, scrutin pour lequel s'observe en général une abstention avoisinant les 50%. Mais la même chose vaut pour les électeurs qui ne voudront précisément pas d'un Obama et se déplaceront exceptionnellement pour voter contre lui. Sans doute les premiers, si ces idées se vérifient, seront-ils plus nombreux que les seconds. Le fait est que le phénomène est entièrement vrai, en tout cas pour une partie des électeurs assidus comme les personnes dont il est question dans le reportage du JDD. Une partie de l'Amérique démocrate, notamment parmi les cols bleus, ne votera pas Obama.
Obama a beaucoup d'atouts pour rassurer ce que l'on appelle l'Amérique profonde, notamment celle du Sud comme la Virginie-Occidentale : religion, valeurs familiales et positions récentes sur les sujets majeurs pour les conservateurs, port d'arme et peine de mort. Mais comme je l'explique dans mon livre à paraître en septembre, l'Amérique change et à la fois reste la même. Un Obama peut sortir de pratiquement nulle part et accéder à l'investiture présidentielle, mais en même temps il doit s'identifier au plus permanentes valeurs américaines pour gagner, notamment les valeurs conservatrices en vogue depuis quelques décennies et si bien exploitées par George W. Bush en 2004. Malgré cela, comme le montre l'article, de vieilles poches de résistance apparaissent dans un pays où les questions raciales ont pourtant été transformées depuis les années 1960.
Il est certes vain de se livrer au jeu des pronostics, mais l'article du JDD est l'un de ces éléments qui me confortent dans l'idée que McCain, qui n'a pour l'instant pas la faveur des sondages, gagnera en novembre.
11 juin 2008
Obama le peuple
L'économie revient dans la campagne, et le commerce international est à la confluence des problèmes.Dans son discours à Raleigh (Caroline du Nord) lundi 9 juin, le futur candidat démocrate se déclare favorable au libre-échange, après avoir dû critiquer vertement l'accord nord-américain durant les primaires, pour cause de vote ouvrier pro-Clinton. Il doit absolument récupérer cet électorat, d'autant moins hostile à McCain qu'il pourrait être réticent à élire un président noir...
Obama est contraint à un exercice d'acrobate : restaurer une juste répartition des richesses dans une Amérique où se creusent les inégalités et où la classe moyenne souffre de l'innovation technologique et de la concurrence étrangère, et ne pas se mettre à dos les forces économiques en prétendant rompre avec la politique américaine fondée sur les échanges internationaux. Sa situation paraît peu enviable.
Pourtant, un discours en faveur d'une mondialisation « juste », qui soutienne les échanges tout en ménageant les écarts de développement, c'est-à-dire qui ne ruine pas les bases industrielles de l'Amérique, pourrait être un puissant message auprès de l'électorat. Ce message collerait aussi à « l'espoir » et à « l'audace » qu'Obama veut incarner pour l'Amérique. De puissants lobbies industriels comme la NAM, l'association des manufacturiers, soutiennent des lois sur le commerce loyal (fair trade) et la réévaluation de la monnaie chinoise. Obama pourrait rassembler ouvriers et industriels autour d'un même message et poser de sérieux problèmes à son opposant. Un discours à la fois simple, réclamant justice, et construit, faisant écho aux préoccupations des entreprises américaines face à la concurrence des pays émergents, serait un détonant mélange.
McCain ne cesse de portraiturer Obama comme un champion des taxes. Les Américains sont très réceptifs lorsque ce chiffon rouge est agité, mais cela risque de ne pas suffire.
L'économie offre à Obama la possibilité de reprendre un avantage durable sur son concurrent, et il est à parier que s'il réussit à capter les inquiétudes d'intérêts en apparence contraires – ceux des cols bleus et des patrons – l'électorat y sera plus réceptif qu'aux arguments anti-iraniens de McCain.