Menacé de destitution par la coalition parlementaire qui fait la Majorité, Pervez Musharraf a annoncé aujourd'hui sa démission de la présidence du Pakistan. Ce vide donne un haut-le-cœur. Non que Musharraf soit aimable, mais on sait ce que l'on perd et l'on ne sait pas ce que l'on gagne, dans un pays qui représente un danger réel pour la paix régionale et partant, mondiale, puisque le Pakistan possède l'arme nucléaire. Le renversement dans la violence que l'on pouvait craindre ne s'est pas produit et c'est donc tout en douceur que se passe la transition. L'armée n'a pas suivi son ancien chef et les États-Unis ont sans doute pesé dans la balance. Il reste que l'incertitude domine encore l'avenir de ce pays clé dans la lutte antiterroriste, où la majorité politique hétéroclite risque de se fissurer par soubresauts une fois éliminé son ennemi commun.
Autre haut-le-cœur, les déclarations de la chancelière allemande sur l'adhésion future de la Géorgie à l'OTAN. Après le sommet de Bucarest au printemps, qui avait enterré le projet de Bush sur une entrée de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'Alliance, l'Allemagne affirme que la Géorgie sera dans l'OTAN. L'apaisement et la mise en ordre des relations euro-russes dans un cadre stratégique et politique réfléchi ne seront pas facilités par ces déclarations. C'est pourtant un enjeu européen majeur des prochaines années. L'élection de John McCain ne devrait pas non plus faciliter la gestion par les Occidentaux des incertitudes russes quant au destin de la Russie post-soviétique. Un président Obama serait plus en phase avec les exigences de ce défi qu'ont en partage Européens et Américains.
Les erreurs des années 1990 se payent. Comment créer une relation de confiance avec la Russie ? Cette question restera sans réponse si l'on cherche à repousser toujours plus les limites de l'empiètement de l'influence russe sans contrepartie significative.
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18 août 2008
De la Géorgie au Pakistan, un jeu de montagnes russes
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29 juil. 2008
La Russie, Medvedev, Obama
De son côté, le nouveau président russe a exposé à Berlin, quelques semaines avant le passage d'Obama, un plan d'alliance redessinant une architecture de sécurité européenne où serait établie une organisation post-OTAN dans laquelle la Russie aurait une place. J'évoque précisément cette idée dans mon ouvrage "Après Bush" (à paraître en septembre), car la grande erreur des années 1990 fut sans aucun doute à mes yeux l'élargissement de l'Alliance atlantique et non la réinvention d'un système qui aurait évité de froisser la Russie. L'héritage soviétique et KGBiste de la Russie, parfaitement incarné par Poutine, ne peut justifier une telle erreur stratégique. Il était évident que les anciens cadres soviétiques n'allaient pas s'envoler ou changer du jour au lendemain la culture soviétique dans laquelle ils avaient été formés. Le résultat est que les relations entre Occidentaux et Russes restent imprégnées d'une profonde méfiance - les polémiques sur la Géorgie, l'Ukraine ou la défense antimissile le montrent.
Ainsi donc, les dirigeants russes, y compris le jeune président Medvedev (qui a l'âge d'Obama), aspirent-ils à réaffirmer le rôle de leur pays sur la scène internationale, et comme l'évoque aujourd'hui la presse américaine, à corriger les défauts des équilibres politiques et de sécurité post-guerre froide, maintenant que les revenus pétroliers lui garantissent une manne extraordinaire.
Dmitri Anatolievitch Medvedev
Les torts sont sûrement partagés, quoique la responsabilité première de la méfiance incombe au vainqueur, c'est-à-dire aux Occidentaux. Le Monitor le dit très bien : "les tensions actuelles entre Moscou et l'Ouest ne sont pas dues à une hostilité irrémédiable idéologique ou géopolitique. Le problème majeur (...) vient de l'incapacité des Occidentaux à avoir travaillé avec la Russie à la réinvention d'une architecture de sécurité globale après l'effondrement de l'URSS".
Peut-on espérer qu'un président Obama réussisse avec son homologue russe, qui appartient à sa génération, à créer et impulser une nouvelle dynamique des relations américano-russes ? Là-dessus il est certain qu'Obama est bien mieux placé que John McCain.
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