Les Nords-Coréens ont décidé de suspendre tout rapport avec le "régime fantoche" de Séoul dirigé le "traître" Lee Myungbak et son "gang", en réaction à la décision du Sud de suspendre toute relation commerciale et humanitaire après le torpillage d'un navire sud-coréen qui ne laisse pas de doute quant aux responsabilités de l'acte.
N'était-ce que le tragicomique du vocabulaire, la chose ferait rire. Cependant les tensions extrêmes entre les Corées peuvent conduire à un conflit. Le régime du Nord n'a rien à perdre, de sorte que ses calculs et sa rationalité ne se comparent en rien à celles des autres acteurs, en premier lieu la Corée du Sud.
En outre, ces tensions ont en filigrane l'ajustement de deux influences, l'une établie, celle des Etats-Unis, l'autre montante, celle de la Chine populaire, qui continue de cultiver l'équivoque à l'égard du Nord, recevant Kim il y a quelques semaines à Pékin et ne manifestant pas d'empressement à soutenir une action claire contre le régime.
A l'instar de John Pomfret dans le Washington Post du jour, certains voient dans l'incertitude causée par le Nord et l'ambiguïté chinoise un motif de regain d'influence des Etats-Unis. Qu'ils aient raison ou tort, il est certain que cette crise, qui intervient après de multiples épisodes de gravité variable comme les tirs de missile en mer du Japon ou l'essai nucléaire sous-terrain du régime du Nord, impose une double conclusion: la perception du danger n'est pas la même de part et d'autre et l'essor du rôle de la Chine, dans une région encore marquée par l'histoire contemporaine, ne fait pas pendant à la "réassurance stratégique" qui est la ligne américaine. Celle-ci s'applique certes à des alliés des Etats-Unis, sud-coréen et nippon, face à la modernisation militaire chinoise, mais elle est un facteur de stabilité dans la paix.
Outre les 46 marins disparus, l'autre victime de la destruction du bâtiment sud-coréen est la confiance sino-américaine. Le doute quant à l'attitude de la Chine et à son possible "leadership" en Asie sort conforté des tergiversations chinoises. La Chine a certes des intérêts, et l'on pouvait comprendre que la tyrannie nord-coréenne, sous le masque de la fraternité communiste, en fasse partie. Mais aujourd'hui l'intérêt chinois passe-t-il encore par ce jeu d'hier? Les exactions du Nord n'aboutissent-ils pas surtout à fragiliser la confiance dans l'influence chinoise?
26 mai 2010
Régime fantoche!
27 avr. 2010
Guerre de Corée?
Le probable torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan par le Nord, qui a causé la mort de la moitié de l'équipage au début du mois, montre la volatilité qui règne dans la région et le caractère extrême des agissements d'un régime tyrannique à bout de souffle. La paix en Asie Pacifique n'est pas garantie. Non que l'incident, qui semble avoir été sciemment provoqué, risque de voir les Etats-Unis entrer en guerre contre la Corée du Nord, voire son protecteur chinois, mais il crée une situation extaordinairement difficile pour le président sud-coréen.
Lee Myung-bak doit réagir sans créer les conditions d'un conflit qui pourrait, lui, dégénérer. La logique absurde qui fut à l'oeuvre après l'attentat de Sarajevo en 1914 montre que le danger est celui de l'engrenage et qu'il est à prendre au sérieux - même si les deux situations ne sont pas semblables et que les parties en présence, en particulier la Chine et les Etats-Unis, ne sont pas animées d'ambitions comparables à celles des puissances européennes il y a presque cent ans.
Partisan d'une ligne dure face au Nord, Lee a écarté l'éventualité d'une réponse militaire qui pourrait être recherchée par Pyongyang. Celle-ci aurait en tout cas des conséquences incalculables, tant la logique du Nord est étrangère à la rationalité entendue par les autres pays concernés par la tragédie. Pourtant, Lee ne peut tergiverser trop longtemps au risque de perdre la confiance de l'opinion à la veille d'élections locales en juin, et ne doit pas effrayer non plus les marchés.
La forte présomption qui pèse sur le Nord n'est pas encore étayée par des preuves, mais la gestion de l'épisode renseignera sur la probabilité d'une meilleure convergence sino-américaine face au programme nucléaire nord-coréen, et sur l'avenir des alliances américaines en Asie-Pacifique, avec la Corée du Sud, voire avec le Japon.
9 avr. 2010
Yuan c. dollar ou le nouveau duopole global
La bataille yuan-dollar agite le Congrès depuis près de 15 ans. Elle a pris ce printemps un tour nouveau: le report des conclusions du Trésor américain sur la qualification de la valeur fixe yuan-dollar de "manipulation" à des fins de concurrence commerciale déloyale, et une visite-éclair du secrétaire Geithner au vice-Premier ministre chinois Wang en charge des questions monétaires. Il est attendu que le yuan pourra fluctuer dans une bande élargie de parité entre les deux monnaies. L'importance des relations économiques sino-américaines pour la stabilité mondiale s'affirme toujours davantage, et une parfaite continuité s'impose sur ce dossier de Bush à Obama.
La conclusion générale que l'on peut en tirer, et qui ne devrait pas surprendre, c'est qu'un duopole succède à celui de la Guerre froide entre l'Amérique et l'URSS. Ce duopole sino-américain que l'on avait vu se dessiner au G20 de Londres en avril 2009 s'installe dans le paysage. Economique plus que politique ou idéologique comme l'était celui des superpuissances américaine et soviétique, dont le nouvel accord START de réduction des arsenaux nucléaires vient de rappeler qu'il appartenait essentiellement à l'histoire, ce duopole nouveau peut être appelé G2.
L'autre observation que suggère la gestion délicate des questions monétaires entre Chine et USA est l'influence de l'intégration chinoise aux mécanismes de l'économie mondiale. Jusqu'à quand le régime chinois pourra-t-il contrôler la valeur de sa monnaie en imposant un taux de change fixe qui exige des interventions régulières sur le marché pour maintenir la parité? La réforme financière intérieure et l'évolution vers un taux du yuan flottant nous renseignera sur les débats internes au régime et la démocratisation économique de la Chine populaire. L'intervention de l'Etat pour encadrer la transformation économique et contenir notamment les risques inflationnistes est un accompagnement dans une transition du socialisme au capitalisme. Cet accompagnement doit logiquement desserrer son étreinte sur l'économie réelle et le pouvoir laisser les forces du marché agir un peu plus librement. L'intégration en douceur à l'économie-monde impose cette logique.
Le règlement des différends monétaires sino-américains représente une étape dans ce processus. Le G2 en gestation a une face cachée: la transformation du régime politique chinois.
24 nov. 2009
Obama en Asie: déception
Le président américain n’a pas assisté aux commémorations de la chute du mur de Berlin. Il a passé près de dix jours en Asie. Le contraste s’explique : agenda intérieur chargé qui impose des priorités, tuerie à Fort Wood, Texas, avant son départ, préoccupation de l’avenir qui se joue non plus dans une Europe pacifiée mais en Asie, et où il est important de rencontrer à la fois le Japon, la Chine et la Corée du Sud, ce qui allonge nécessairement la durée du séjour.
Obama a cependant manqué son passage. Il n’y a pas eu de discours fondateur sur le rôle des Etats-Unis en Asie, de déclaration éclatante sur l’importance de l’alliance nippo-américaine – approche qui aurait galvanisé les prétentions légitimes du nouveau pouvoir de favoriser une autonomisation du Japon face aux Etats-Unis et signalé la bonne entente durable entre les deux pays – ou sur la réunification coréenne, même si l’alliance avec Séoul est ressortie solide de la rencontre Lee-Obama.
De même, la visite en Chine n’a pas produit d’avancée sur une entente sino-américaine en matière monétaire ou posé les bases d’une vision globale commune qui aurait projeté une relation bilatérale désormais au centre de la politique mondiale, à la manière des efforts conceptuels entrepris par Obama depuis son entrée en fonction. Peut-être est-il trop tôt encore, mais on ne peut s’empêcher de penser que le déroulé fut classique, dépourvu d’imagination.
Peut-être la visite d’Etat de l’Indien Singh cette semaine à Washington permettra-t-elle de compenser ? Les Etats-Unis ont raté leur partenariat avec l’Inde à l’heure de l’indépendance, et cet échec a été figé dans les équilibres de la guerre froide. Le contexte international appelle à affirmer l’ère nouvelle des relations américano-indiennes que l’administration Bush a commencé de bâtir avec l’accord nucléaire de 2005. A voir.
L’implication des Etats-Unis dans les équilibres changeants et les institutions de l’Asie aurait en tout cas gagné à une stratégie et un projet novateurs lors de la visite en Asie Pacifique. Du coup, n’aurait-il pas mieux valu faire un saut à
Berlin ?
10 nov. 2009
L'Amérique, puissance asiatique
Alors que l'Europe célèbre les 20 ans de la chute du mur de Berlin, où le candidat Obama avait prononcé un discours reaganien qui avait plu à l'Allemagne et au reste de l'Europe, le président Obama a choisi de ne pas assister aux cérémonies où il était représenté par son secrétaire d'Etat.
Cette absence ne doit pas être mal interprétée, elle illustre la pacification d'une Europe qui ne présente plus de front stratégique important. Elle confirme aussi qu'Obama, par sa culture personnelle, est le président américain le moins sensible aux affaires européennes.
Cette semaine, Obama a en effet l'esprit ailleurs. Inutile de célébrer un événement vieux de 20 ans, lorsque lui-même était encore étudiant ou presque, et qui ne fut probablement pas un moment marquant de sa vie comme ce put l'être pour un Européen du même âge. Obama s'apprête à effectuer sa première tournée officielle en Asie du Nord-Est, là où le destin de la puissance américaine se jouera dans les années à venir.
Ce n'est pas à Berlin, c'est à Tokyo que doit être Obama, pour rassurer sur la solidité de l'alliance nippo-américaine alors qu'un séisme politique vient de s'y produire avec la débâcle du parti conservateur au pouvoir depuis la défaite de l'empire. Puis à Pékin, avec lequel la relation bilatérale est devenue la plus importante pour Washington. Enfin à Séoul, chez un autre allié clé pour la stabilité en Asie-Pacifique.
En chemin, Obama doit s'arrêter à Shangaï pour rencontrer la jeunesse chinoise. Un brin de spontanéité est attendu, à la manière de ce que l'on vit à Berlin où la chancelière marcha par les ponts et les artères... C'est à Shangaï qu'Obama doit se gagner les coeurs et non plus dans Europe pacifique et prospère. C'est là, c'est à Pékin et à Tokyo, qu'il doit affirmer que l'Amérique est bien une nation du Pacifique, une puissance asiatique.
28 juil. 2009
Chinobama: acte I, scène I
Les priorités américaines du premier rendez-vous stratégique et économique sino-américain sont claires : une Chine qui consomme plus et exporte moins, adopte des mesures environnementales dont l’impact sur sa compétitivité serait appréciable du point de vue américain, et aide les Etats-Unis à contenir tout risque de prolifération, notamment en provenance de Corée du Nord, à l’heure où le régime prétend ouvrir des négociations directes d’égal à égal avec les USA et ne plus considérer les négociations à Six (Russie, Chine, Japon, Corées, USA).
Ces objectifs étaient déjà ceux du Dialogue Economique Stratégique (SED)créé par Henry Paulson, le secrétaire au Trésor de George W. Bush, connaisseur de la Chine au temps où il était président de la banque d’affaires Goldman Sachs. La continuité est remarquable entre les deux administrations, tant sur le fond que sur la forme. La plus grande différence tient au partage des responsabilités, le SED version Obama étant rebaptisé Dialogue Economique ET Stratégique – c’est-à-dire que le poids lourd politique qu’est Clinton se voit octroyé un rôle de premier plan dont on a longtemps cru qu’il pourrait aller au vice-président Biden. Témoin de ce redécoupage, la tribune cosignée par les secrétaires d’Etat et au Trésor dans le WSJ du jour, qui ne dit pas grand-chose sur le sujet des rapports avec la Chine.
L’article établit officiellement, s’il en était besoin, le rôle acquis par la Chine sur la scène internationale, que les Etats-Unis élèvent au premier rang : « Simply put, few global problems can be solved by the U.S. or China alone. And few can be solved without the U.S. and China together.” Après la place clé prise par la Chine au premier G20 réuni à Londres au printemps, il est désormais admis que la Chine et les Etats-Unis sont indispensables l’un à l’autre, en particulier pour faire face à la crise et aux autres défis mondiaux. La valeur du dollar, qui préoccupe la Chine comme premier créancier des USA, dépend certes du déficit public US mais aussi de la valeur du yuan et d’une éventuelle baisse de l’excédent commercial chinois qui correspond, de mémoire, à environ un tiers du déficit de la balance commerciale US.
Cela, qui est connu, étant dit, ce sont de difficiles discussions qui doivent s’engager, car le rééquilibrage autour duquel tourne le réglage des rapports sino-américains consiste en des ajustements intérieurs, évoqués plus haut. En Chine, c’est de transformation structurelle majeure dont il s’agit avec le système bancaire et financier au cœur de la modernisation pour une utilisation plus saine et plus « économique » de l’épargne, et moins de subventions déguisées aux exportations.
Le but des sommets comme le SED, préparés des mois à l’avance, est de créer un climat de confiance et de familiarité même entre les dirigeants. Cela est d’autant plus important s’agissant de pays aux cultures éloignées et aux systèmes politiques aux antipodes – soulignons par exemple que les dirigeants chinois ne sont pas soumis aux cycles électoraux que tout politique occidental a en tête lorsqu’il évoque des sujets de contentieux.
La relation chinoise que doit gérer toute administration US s’inscrit dans le temps. Patience et dialogue continueront de marquer cet exercice. La seule nouveauté peut-être du sommet bilatéral est la confirmation quasi formelle de la centralité des rapports sino-américains pour l’avenir de la stabilité mondiale.
Il est à espérer cependant que progresse en coulisse une bonne intelligence sur l’immédiate question nord-coréenne, et que la Chine se convainque de l’inconvénient, y compris pour elle-même, d’une Corée du Nord nucléaire. Car cette réalité ne pourra que durcir les tensions sous-jacentes qui parcourent l’Asie-Pacifique et qui sont une menace sérieuse, quoique bénigne en apparence, à la paix mondiale.
En effet, un raidissement du Japon et de la Corée du Sud pourrait amener une concurrence à l’armement tandis que la Chine modernise son arsenal, notamment naval – suivi de près en cela par le sénateur Webb, ancien secrétaire à la Marine et actuel président de la sous-commission Asie au Sénat. Une conjonction d’événements pourrait être spécialement inquiétante : pour la première fois depuis la guerre, le PLD au pouvoir au Japon devrait perdre les élections et laisser la place à un parti de gauche. Une conduite insatisfaisante des affaires à Tokyo pourrait favoriser une droite nationaliste dans les années à venir qui réagirait à l’armement de la Chine et de la Corée du Nord avec plus de détermination, engageant une spirale de risques que les USA auraient du mal à maîtriser. Ce scénario à gros traits est tout à fait imaginable, et révèle l’importance d’une bonne intelligence sino-américaine.
Ce que le président américain dit avec ses mots: "Let's be honest (…). Some in China think that America will try to contain China's ambitions; some in America think that there is something to fear in a rising China. I take a different view. I believe in a future (…) when our nations are partners out of necessity, but also out of opportunity”.
14 juil. 2009
Les réalités, toujours les réalités
Barack Obama aura eu un printemps chargé en déplacements - alors que sa priorité est la réforme de la sécurité sociale. La principale leçon que l'on peut en tirer est que les réalités s'imposent, même à un personnage entouré d'une aura qui prolonge son état de grâce.
A Moscou, mis à part un engagement à réduire les armements nucléaires, axe central de la politique russe des Etats-Unis, et l'accord sur le transit militaire américain vers l'Afghanistan, le "reset" ou redémarrage des relations bilatérales, paraît très difficile. Les Russes sont plus méfiants que jamais et attendent des garanties que les USA ne sont pas près de leur donner sur leur zone d'influence. La refonte des relations russo-atlantiques patine. Pas de magie, et donc pas de main dans la main pour contenir le nucléaire en Corée du Nord et en Iran.
A Téhéran, la présentation de la situation par la presse occidentale est très surprenante car non seulement Ahmadinejad semble avoir été réélu confortablement, mais voir en Moussavi un libéral et dépeindre le clivage entre pro-démocrates et théocrates autoritaires semble tout à fait déconnecté des réalités locales. Premier ministre pendant la guerre Iran-Irak, de 1980 à 1988, années traumatiques pour un Iran isolé du monde (tout l'Occident et les Arabes soutenaient sans ambiguïté l'Irak de Saddam Hussein, auprès duquel Donald Rumsfeld fut en 1983 l'envoyé de Ronald Reagan...), Moussavi est un fils de la révolution khonmeiniste. Celle-ci a donné naissance à un régime singulier où mollahs et ayatollahs se disputent pouvoir et argent, et qui isole l'Iran, d'où un mécontentement, notamment au sien de la jeunesse urbaine, mais cela ne veut pas dire que les ressorts de la révolution de 1979 ne soient plus d'actualité. Les motivations des pro-Moussavi semblent ressembler pour partie à ceux des anti-chah des années 1970. En bref, l'Iran n'est pas près de nous ressembler, même si le président et le Guide devaient demain être renversés par la rue (avec quelque soutien extérieur?).
Cela pose problème pour Obama, car les tensions nées des élections avivent l'antagonisme avec le monde extérieur, et particulièrement les USA. Le tohu-bohu autour des élections iraniennes complique l'ouverture américaine, déjà mise à mal par la reconduction d'Ahmadinejad.
Enfin la Chine, et l'obligation de doser sans cesse l'approche américaine pour ne pas compromettre des objectifs stratégiques (gestion des enjeux économiques mondiaux) au profit d'avancées de court terme (sur la concurrence déloyale), ou les sujets politiques (le soutien de la Chine face à Pyongyang) au profit des sujets économiques ("enforcement" ou respect rigoureux des règles commerciales). Les Etats-Unis cherchent toujours la voie entre rivalité et partenariat et cette oscillation semble devoir être la marque des relations sino-américaines pour de longues années.
Avec la Chine plus encore que sur tout autre sujet, Obama fait face aux réalités, toujours aux réalités...
1 juin 2009
Geithner à Pékin
Geithner a été reçu en Chine par le président et le Premier ministre. Cet accueil du plus haut niveau protocolaire marque l'importance accordée aux relations avec les USA, et singulièrement, en temps de crise, celle des relations économiques sino-américaines.
Geithner hérite du SED (Strategic Economic Dialogue) créé par son prédécesseur Hank Paulson, devenu Security and Economic Dialogue. Il n'est toutefois pas seul en charge, devant partager le dossier chinois avec un poids lourd politique, sa collègue du département d'Etat H. Clinton. Avec cette visite officielle en Chine, la première comme secrétaire au Trésor, Geithner fait ses premiers pas sur la scène internationale et affirme son rôle dans l'équipe Obama, où avait un temps flotté le sentiment que son inexpérience politique, révélée dans la gestion du plan de soutien aux institutions de crédit, pourrait devenir un problème.
S'agissant de Chine, les choses avaient mal commencé, notamment avec son audition devant le Sénat, où Geithner avait affirmé que la Chine manipulait son taux de change, créant des conditions de concurrence déloyale avec les US. Cheval de bataille d'une bonne partie des élus et de groupements divers, le taux de change était un point d'achoppement potentiel avec la nouvelle administration, mais il avait été rappelé que Geithner avait repris une formule utilisée par le président pendant sa campagne et qu'elle ne reflétait pas la politique du nouveau gouvernement. A Pékin, les sujets qui fâchent n'ont donc pas été évoqués, du moins en public.
La visite de Geithner confirme que le choc des prospérités entre Chine et USA exigent des efforts de part et d'autre. Les uns doivent réduire leur déficit et épargner plus. Les autres doivent consommer davantage et exporter moins.
Les questions posées par les étudiants de l'université de Pékin sur la valeur des avoirs chinois en bons du Trésor US ont mis en exergue la sensibilité des questions monétaires et financières entre les deux pays, et leur interdépendance.
Au total, la visite de Geithner est assez neutre d'un point de vue personnel, pour un ministre qui a besoin de trouver toute sa place dans la politique américaine. Disons qu'elle est plutôt un passage réussi. Mais elle expose la vulnérabilité nouvelle des USA face à la Chine et plus généralement à l'économie internationale. Même si les Etats-Unis conservent l'initiative au plan global, et même si la Chine a ses propres faiblesses structurelles, le rééquilibrage des rapports de force est patent; Geithner n'a pas obtenu grand chose sur une révision de la politique monétaire chinoise alors que Paulson avait réussi à amener une révision, certes très modeste, de la valeur du yuan (hausse d'environ 20% depuis juillet 2005). Aujourd'hui, les discussions portent plus facilement sur des réformes que chaque partie doit mener à domicile et c'est Geithner qui, comble d'ironie, a dû rassurer sur la valeur des créances chinoises (à l'occasion des vingt ans de Tiananmen, rappelons que les questions des étudiants au ministre américain étaient spontanées, cela va sans dire).
En un mot, la coordination est d'autant plus essentielle et il n'y a guère lieu de comparer la relation sino-américaine à celle avec l'URSS. Les conditions sont trop différentes et les enjeux économiques globaux, absents de la guerre froide, trop marqués, en particulier en 2009. Ce que cette visite établit, et que le sommet prévu cet été à Washington, confirmera, c'est l'intérêt mutuel à une sortie de crise en douceur qui voit les USA prudents.
Au fond, comme s'ouvre le siècle de l'Amérasie, les Etats-Unis voient leur puissance amoindrie mais leur approche des relations internationales l'emporte, celle qui joue l'ouverture, la coopération et l'interdépendance. Qui veut amener la Chine à se comporter en "stakeholder" du système mondial, à en devenir une partie prenante responsable. C'est là une réussite américaine incontestable, même si le chemin est encore long.
11 juin 2008
Obama le peuple
L'économie revient dans la campagne, et le commerce international est à la confluence des problèmes.Dans son discours à Raleigh (Caroline du Nord) lundi 9 juin, le futur candidat démocrate se déclare favorable au libre-échange, après avoir dû critiquer vertement l'accord nord-américain durant les primaires, pour cause de vote ouvrier pro-Clinton. Il doit absolument récupérer cet électorat, d'autant moins hostile à McCain qu'il pourrait être réticent à élire un président noir...
Obama est contraint à un exercice d'acrobate : restaurer une juste répartition des richesses dans une Amérique où se creusent les inégalités et où la classe moyenne souffre de l'innovation technologique et de la concurrence étrangère, et ne pas se mettre à dos les forces économiques en prétendant rompre avec la politique américaine fondée sur les échanges internationaux. Sa situation paraît peu enviable.
Pourtant, un discours en faveur d'une mondialisation « juste », qui soutienne les échanges tout en ménageant les écarts de développement, c'est-à-dire qui ne ruine pas les bases industrielles de l'Amérique, pourrait être un puissant message auprès de l'électorat. Ce message collerait aussi à « l'espoir » et à « l'audace » qu'Obama veut incarner pour l'Amérique. De puissants lobbies industriels comme la NAM, l'association des manufacturiers, soutiennent des lois sur le commerce loyal (fair trade) et la réévaluation de la monnaie chinoise. Obama pourrait rassembler ouvriers et industriels autour d'un même message et poser de sérieux problèmes à son opposant. Un discours à la fois simple, réclamant justice, et construit, faisant écho aux préoccupations des entreprises américaines face à la concurrence des pays émergents, serait un détonant mélange.
McCain ne cesse de portraiturer Obama comme un champion des taxes. Les Américains sont très réceptifs lorsque ce chiffon rouge est agité, mais cela risque de ne pas suffire.
L'économie offre à Obama la possibilité de reprendre un avantage durable sur son concurrent, et il est à parier que s'il réussit à capter les inquiétudes d'intérêts en apparence contraires – ceux des cols bleus et des patrons – l'électorat y sera plus réceptif qu'aux arguments anti-iraniens de McCain.
4 juin 2008
Le Choc des Prospérités : les USA face à la Chine
L’humeur protectionniste qui pèse sur la campagne électorale américaine voit les candidats démocrates attaquer le libre-échange et même l’accord nord-américain (Alena) voulu par G. H. W. Bush et signé par Bill Clinton.
Seul McCain ne s’embarrasse pas de ces exigences électorales et se dit favorable au libre-échange.
Faisons une pause et revenons vers les questions économiques sino-américaines.
Pourtant, la menace économique chinoise à long terme est-elle aussi inquiétante ? La capacité d’adaptation de l’Amérique est-elle épuisée ? Le modèle économique américain, en mutation, est-il incapable d’une transition vers de nouveaux schémas où la force industrielle serait modernisée, le savoir-faire des cols bleus renforcé, au prix certes de reconversions importantes ?
Il est intéressant de relire cet article paru en 2007 dans le Wall Street Journal, que j’avais archivé, et qui éclaire le débat économique sino-américain. Il est reproduit ci-après.
Les défauts de la transition chinoise sont importants et les commentaires d’individus qui travaillent en Chine ou y ont créé une affaire soulignent les insuffisances de la formation et les déséquilibres du circuit financier, notamment. Non que l’émergence économique de la Chine et son impact sur les économies industrielles soient à remettre en cause, mais le choc des prospérités que cela engendre n’est peut-être destiné à être si ravageur. Ce serait la fin des pays riches. L’interdépendance reste une réalité.
Je ne crois pas à la disparition de la force économique des Etats-Unis.
La protection sociale est, comme chez nous, un vrai sujet, mais les conditions de l’adaptation à l’émergence des économies d’Asie, les besoins de modernisation de ces économies, enfin la taille de l’économie américaine, font que l’ajustement ne signifie pas désindustrialisation.
L’adaptation de General Motors aux exigences environnementales, et surtout au prix du gasoil, illustrent le type de transition qui pourra se faire sous nos yeux.
Qu’en dira la campagne ? Que diront McCain et Obama sur le choc des prospérités sino-américain ?
The China Syndrome
By JEREMY HAFT
July 16, 2007
Sure, greed factors into why Chinese suppliers make defective, even harmful products. But often it's because of just plain ineptitude.
If you visited a typical Chinese factory, you'd see why. It lacks capital, technology and know-how. Its workers place obedience over quality. And it sits along an endless chain of middlemen.
On average, it takes China 17 separate parties to produce a product that would take us three. Unlike Japan in the 1980s, little companies drive China's economic growth, not big ones. China's industries are composed of hundreds of thousands of tiny factories and farms -- plus traders, brokers, haulers and agents, all of whom take control of the goods and materials but add little value to the product. With every additional player in the chain, the cost, risk and time grow. Effective quality control in this environment is difficult.
So is effective cost control. Despite cheap labor, making goods in China is often more expensive than in the U.S. Far from being a bottomless ATM of cheap consumer goods, China is a risky, costly and time-consuming place to do business.
Yet polls show a majority of Americans believe China has mastered basic manufacturing -- and it's now barreling into our high-tech backyard. That's false. As the product recalls demonstrate, China can barely make low-value goods reliably, much less higher-value ones. The problems are structural, not the result of a few bad apples.
To compete head-to-head with the American economy, China will have to revolutionize the very way its industries are organized. It must shake out the thousands of low-value middlemen and integrate the tiny factories into larger, more competitive companies. It must train a workforce in modern technology and business practices. And, it must instill transparency and a uniform rule of law. Such an effort could span generations.
Meanwhile, we're expected to believe that America will import Chinese passenger cars in just two years. Making products that live up to international standards requires more than simply modern production lines. Your entire corporate culture, along with that of your suppliers and buyers, must be focused on minimizing errors and defects. Rattle around in a Chinese-made car and you'll see tangible proof of why they've had to delay their launch into the U.S. market again and again -- and just how far China still has to go before it can make a car Americans will buy.
The U.S. economy, on the other hand, can efficiently produce a wide variety of goods and services. In most industries, we're decades ahead of China. And, huge swaths of our economy -- like the services sector and high-tech manufacturing -- don't even exist in China yet.
America possesses this competitive edge at the precise moment when Chinese consumers are buying more than ever before. China's middle class already outnumbers the combined populations of the United Kingdom and France. And it's expanding at a rate not seen since the industrial rise of the U.S., Europe and Japan.
Chinese consumers want modern homes, schools and hospitals, as well as advanced technologies and infrastructure. Local sources can't keep up with demand. So China imports most of the higher-value goods, materials and services it needs. As a result, China is increasingly buying American and growing five times faster than any other market for U.S. exports.
Nearly all sectors of the U.S. economy are experiencing unprecedented Chinese demand. And while most Americans fear the flood of cheap Chinese goods, many of these products are, in fact, composed of U.S. raw materials and components. The Chinese apparel that lines our shelves is made from American cotton; the housewares from American steel; the computers from American technologies. So as Chinese imports to the U.S. surge, American exports to China surge, too. China is buying from large U.S. companies as well as small ones, and China is the fastest-growing export market for small business.
We should take another hard look at the "China Century." China's rise need not drive America's fall. By tapping into its expansion and capitalizing on our strengths, America's companies have a once-in-a-century windfall opportunity to build value, make money and create jobs here at home -- not shutter the shop.
Putting near-term gains aside, though, the next century will not be led by the country that can make the cheapest copy of a spark plug. It will be led by innovators and entrepreneurs, America's unrivaled assets. Innovation -- not imitation -- will create jobs and maintain America's economic primacy in the century ahead.
The scope of the product recalls will surely widen as we start to scrutinize what we're importing from China. Remember, these recalls tell us as much about China as they do about America. The silver lining is our inherent strength.
30 mai 2008
McCain sur le nucléaire : « Comme le président Reagan »
John McCain a établi les grandes lignes de sa politique en matière nucléaire.
McCain se dit favorable à une réduction de l'arsenal nucléaire, à la poursuite des accords START négociés par Nixon avec l'URSS et à la politique reaganienne de réduction des armements, avec la perspective d'une élimination totale des missiles déployés en Europe.
McCain négociera un accord avec la Russie sur le système antimissile que les Etats-Unis veulent installer et se dit favorable à un dialogue avec la Chine sur le nucléaire.
Il se dit déterminé à renforcer les institutions internationales comme l'AIEA ou le Traité de Non-Prolifération et à permettre le développement contrôlé du nucléaire civil sur la base d'un accord avec les autres puissances, en particulier la Chine et la Russie, avec des structures d'enrichissement de l'uranium sous contrôle international. Il est aussi favorable à la ratification de l'accord d'interdiction des essais (CTBT).
En bref, McCain renoue, pour l'essentiel, avec la politique traditionnelle et se place dans la continuation de Ronald Reagan, âge d'or et figure révérée d'un parti républicain ébranlé par Bush Jr.
Prudence, coopération, désarmement. Mais les déclarations de campagne sont une chose et la politique conduite en sont une autre : qui se souvient de la politique étrangère « humble » que devait conduire un Bush Jr peu intéressé par la marche du monde ?