Dans son adresse surprise hier soir à minuit, moment historique qui ne clôt pas mais sanctionne la longue lutte contre le terrorisme entamée au lendemain des attaques du 11 septembre 2011, et tandis que se formait une foule à l’extérieur de la Maison-Blanche (tout près se trouve l’université George Washington), le président américain annonçait la mort d’Oussama ben Laden au Pakistan après une attaques des forces américaines ordonnée par lui le jour même.
« Justice est faite » déclara le président, après avoir rappelé les origines de la lutte contre le terrorisme et, plus précisément, contre le réseau al-Qaïda. Le président rappela que celle-ci n’était pas une lutte contre l’islam, ainsi qu’il l’avait très clairement exprimé à son arrivée au pouvoir. Comme l’avait aussi précisé, peu après le 11/9, rappela Obama, son prédécesseur George W. Bush... Ben Laden n’est pas un chef musulman mais un meurtrier de masse de musulmans, précisa-t-il encore.
Obama a aussi voulu rappeler le sentiment d’unité qui s’était exprimé après le 11/9, suggérant que ce sentiment reprenne vigueur tandis que l’Amérique vient de venger ses morts, et d’oxyder l’architecte en chef d’attaques qui marqueront pour longtemps sa mémoire.
Fidèle à son approche du leadership américain, dans son discours il a mentionné que les Etats-Unis défendaient leurs valeurs à l’étranger non en raison de leur puissance mais à cause de ce qu’ils sont, en d’autres termes de l’idée américaine.
Dans l’esprit de la campagne de 2008, de sa présidence et de son exercice du magistère présidentiel, Obama s’est ainsi placé dans la continuité, mentionnant G. W. Bush dans son intervention, et l’unité nationale, dont certains signes ne manqueront pas de se manifester dans les heures qui viennent. Cette unité qu’il tentera de faire revivre en 2012 et que la nouvelle du jour l’aidera sans doute à conforter.
Si les emplois rebondissent, après cet épisode majeur et symbolique de la lutte antiterroriste depuis dix ans, l’Amérique d’Obama résorbera ses blessures et tournera une page de son histoire.
2 mai 2011
Ben Laden : « Justice est faite »
9 janv. 2010
Obama, prisonnier de l'Amérique?
Barack Obama fêtera bientôt un an de présidence.
Parler de déception serait sévère, mais il est indéniable que l'humeur n'est plus à l'irrationnel aux Etats-Unis, et ce depuis longtemps d'ailleurs. Les Américains continuent à douter d'eux-mêmes et de leur modèle. Obama avait saisi cette angoisse dont il a désormais la charge, mais il ne peut pas grand chose pour la vaincre, et les chiffres du chômage résonnent plus dans les têtes que ses discours.
Pas de miracle donc, pas de changement extraordinaire. L'Amérique change quand même bien sûr, l'adoption du plan sur l'assurance santé est une étape très importante. Elle amène cette remarque qui n'est pas un bilan de la première année mais une conclusion des neuf dernières, y compris celle qui vient de s'écouler: les Etats-Unis devraient réduire la voilure de leurs engagements militaires et se concentrer sur leurs forces vives qui resteront le moteur de leur puissance et de leur influence. Nous sommes en guerre a déclaré Obama jeudi dernier à propos du resserrement de la vigilance par l'appareil de renseignement, après la bévue du Nigérian arrêté sur le vol NWA pour Detroit. Qu'est-ce que cela veut dire?
Obama doit reconquérir l'électorat et doit muscler son discours sur la sécurité: entendu. Mais au-delà de cette exigence qui pointe le doigt sur les midterms de novembre prochain, on voit bien qu'Obama doit manifester dans le langage et dans les actes une continuité, même s'il sait qu'elle dirige l'Amérique dans la mauvaise voie. Les Américains ne comprendraient pas que le pays se détourne de la lutte contre la terreur établie en axe de leur politique depuis 2001. Obama ne peut se libérer facilement de cette pression. Cela irait contre des exigences immédiates, des intérêts au sein des institutions nationales, et contre une bonne partie de l'opinion à laquelle il est difficile d'expliquer que le déploiement militaire coûte plus que ce qu'il rapporte.
Les choses continuent donc pour l'essentiel plus qu'elles ne changent. Et pourtant les investissements dans le futur sont une priorité plus grande que l'illusoire front yéménite ou le bourbier afghan. En politique extérieure, aujourd'hui comme hier une politique discrète et efficace au Pakistan est la véritable clé de la lutte contre al-Qaïda, ses franchises, ses réseaux.
La rupture serait de placer la formation et l'innovation au coeur d'un nouveau projet américain. Obama est-il à ce point prisonnier de l'Amérique?
25 mai 2009
Terrorisme et torture: Obama contre Cheney
Impossible d'ignorer des escarmouches autour du terrorisme et de la sécurité nationale devenues un débat de fond dans la politique américaine, opposant le président Obama lui-même à l'ancien vice-président Dick Cheney, président de l'ombre des années "W" [Bush].
Après la déclassification de documents d'Etat sur la torture, Cheney avait réagi frontalement en demandant ouvertement la divulgation des preuves que les interrogatoires musclés avaient permis d'obtenir des informations critiques pour la sécurité des Etats-Unis. Le président s'était ensuite opposé à la publication de photos qui auraient attisé la haine des USA et levé le voile sur des pratiques qui auraient durablement terni l'image du pays. Un grand titre de presse avait résumé l'affaire par une bulle savoureuse où le président tendait un appareil photographique au secrétaire général de la Maison-Blanche, Rahm Emanuel, lui demandant de le rendre à Cheney car il n'avait pas l'intention de rendre publics les négatifs...
Là-dessus, il fut su que les dirigeants démocrates du Sénat avaient été informés en paretie des méthodes de l'administration pour cause de sécurité nationale et la maladresse de la présidente de la Chambre (depuis janvier 2007), Nancy Pelosi, avait retourné le débat à la défaveur de démocrates désormais sommùés de se justifier pour des pratiques dont les Républicains étaient les responsables. En bref, il étaéit temps de clarifier et de clore le débat.
C'est chose faite. Le discours prononcé par Obama aux Archives nationales le 21 mai est fidèle à l'esprit qui a exhalé la campagne du démocrate, celui de l'unité nationale et de la modération. Cette vois moyenne, rationnelle, déplaît dans certains rangs démocrates favorables à une revanche politique et à une dénonciation sans réserve de l'équipe Bush-Cheney. Le maintien des commissions militaires qui ont suscité tant de débats et le sort encore incertain de Guantanamo montrent que la réalité des responsabilités s'imposant, une certaine continuité se découvre, loin des espoirs du changement radical dont Obama aurait été le héraut.
Cheney a répliqué au discours de jeudi dernier en persitant sur les bénéfices de la politique conduite sous son mandat en matière de sécurité nationale, arguant que l'Amérique n'avait pas été frappée une deuxième fois depuis le 11/9.
Pour la première fois, l'ancien vice-président monte ne première ligne alors que "W" reste discret - comme il l'avait été au déclenchement de la crise financière, laissant son secrétaire au Trésor, Hank Paulson, mener le gouvernement. Très discret au pouvoir, Cheney se sent aujourd'hui particulièrement visé - et il l'est en effet, considéré comme le premier défenseur d'une ligne dure face aux terrorisme comme aux proliférateurs comme la Corée du Nord. Relais des thèses néoconservatrices, Cheney joua un rôle clé dans la politique étrangère et de sécurité nationale de l'administration Bush. Sa sortie du silence n'a donc rien de surprenant.
C'est la fidélité à une ligne médiane de la part du président qui frappe plus que tout. Ne pas déballer les affaires en public pour ne pas salir l'image des Etats-Unis et ne pas hypothéquer sa propre tâche davantage qu'elle ne l'est déjà, tel est le souci majeur d'Obama. Nous sommes allés trop loin dit-il en substance, mais il ne servirait à rien de céder à la tentation d'excès inverses plaide-t-il. "Les Américains ne sont pas des absolutistes" a-t-il déclaré. Dans la lutte contre le terrorisme il n'existe pas de voie moyenne" insiste en contrepoint Dick Cheney.
Jusqu'où peut-on suspendre l'application des principes fondateurs de l'Etat de droit dans une situation d'exception? La question ne cessera d'occuper Washington et de mobiliser l'opinion américaine. Il est à craindre que le consensus voulu par Obama ne soit la première victime de ce dilemme et de l'affrontement qui l'oppose à Cheney. Sur cette question essentielle, sûrement l'ancien VP sera-t-il entendu par une bonne part de l'opinion, redonnant quelque force à un parti républicain en lambeaux. La division de l'Amérique sort entretenue de cette opposition frontale entre Obama et Cheney. Pour clore le débat et l'emporter, il reste au premier à assurer la prééminence que lui confère sa fonction, et plus encore la défense éloquente de l'unité nationale face à un responsable dont le gouvernement et le jeu politique fut au contraire de la polariser.
27 sept. 2008
Débats présidentiels Acte I
Pas de vainqueur net, un débat assez ennuyeux mais qui avait le mérite d’une certaine tenue alors que les débats américains sont souvent très simplificateurs.
McCain, qui avait voulu repousser la rencontre avec Obama, n’a pas perdu de points et en a même gagné.
L’Arizonien s’est montré plus agressif et plus efficace dans le ton, répétant à de nombreuses reprises : « le sénateur Obama n’a pas l’air de comprendre ».
C’est que McCain ne s’est pas départi de cette habitude américaine consistant à simplifier et que le discours nettement plus structuré d’Obama a permis de contenir, de sorte que le débat dans son ensemble a été de qualité honorable.
Hélas, la simplification marche plus aux États-Unis qu’en Europe, et ainsi Obama, qui fut supérieur à son adversaire sur le fond, n’a pas réussi à se distancer ni à le mettre en difficulté.
Autre déception : l’économie fut le sujet de la première partie du débat, mais Obama n’a pas été capable – pas plus que McCain, mais cela était attendu – de se démarquer en faisant des propositions choc qui aurait vérifié l’idée commune selon laquelle les démocrates sont meilleurs sur les questions économiques. Cette fable répétée à l’envi s’est effondrée hier. Obama ne s’est pas imposé sur le terrain économique. J’ai rappelé dans mon message d’hier qu’il n’était pas plus économiste que McCain… Aucun n’a pu répondre à la question répétée du présentateur sur leurs recettes pour faire face à la crise.
Paradoxalement, la position d’Obama était meilleure sur les affaires de sécurité internationale, lorsqu’il a notamment pu opposer à McCain que lui n’avait pas soutenu l’invasion de l’Irak et qu’il avait dès le début des opérations indiqué que le Pakistan et l’Afghanistan étaient les zones de lutte antiterroriste prioritaires.
Obama est l’un des rarissimes hommes politiques américains à avoir eu la prescience et le courage politique de dénoncer l’invasion de l’Irak, et cela semble ne pas lui avoir beaucoup servi hier soir, chose extraordinaire alors que McCain a soutenu la politique de George W. Bush – s’en étant toutefois démarqué en prônant des renforts depuis bien avant que le président ne se décide au « surge » de 2007.
Obama a souligné les erreurs de jugement de McCain et de l’administration qu’il a soutenue, mais McCain a répondu par l’émotion en évoquant les soldats qui sont au front, leur patriotisme. Chaque candidat portait le bracelet d’un jeune soldat mort au combat – là-dessus, Obama a répondu du tac-au-tac à McCain.
Obama était à l’aise, expliquant avec clarté et maîtrise la complexité de la situation en Afghanistan-Pakistan. Pourtant, il n’a pas percé.
Sur l’Iran, McCain s’est montré très ferme, comme sur la Russie. Jeu égal sur la Russie, mais sur l’Iran, si Obama a pu clairement défendre sa position de vouloir par principe être ouvert à un dialogue, McCain a là encore recouru à l’émotion, évoquant Israël et un second holocauste – référence aux déclarations d’Ahmadinejad sur la disparition de l’Etat juif.
Obama a su balayer ces semi-arguments en mentionnant que le président iranien n’était pas l’homme le plus puissant à Téhéran.
Mais ses tirades n’ont pas été pleinement efficaces, et il n’a pas réussi, ayant parfaitement raison sur le fond et montrant qu’il saisissait les nuances des problèmes internationaux comme les Américains les expriment très rarement, à marginaliser son adversaire, à le clouer et à le caricaturer.
McCain a été meilleur à ce jeu-là. Obama est moins prisonnier que McCain de la vision binaire du monde extérieur, mais cela est trop compliqué aux États-Unis.
Au total, d’un point de vue américain, s’il n’y a pas de vainqueur, c’est bien McCain qui a tiré bénéfice de ce débat.
D’un point de vue européen, c’est Obama qui a montré une vision conceptuelle et juste des défis, notamment internationaux, et présenté un message cohérent de nécessaire intervention de l’Etat pour juguler les forces du marché et rappelé le besoin de « remettre les classes moyennes sur les rails ».
Un Européen vote forcément pour Obama, mais un Américain… ?