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4 juil. 2010

Rolling stones de l'Amérique à l'Europe

Le départ du général McChrystal après son entretien au magazine Rolling Stones porte un coup de plus à l'image des Etats-Unis et à la confiance dans leur capacité à changer la situation en Afghanistan pour un avenir plus stable.

L'outrecuidance des propos du général, plus en phase avec le caractère sanguin des années "W" que l'approche analytique d'un Obama, est en soi navrante, mais sa mise à pied illustre l'absence de pleine intelligence entre les dirigeants civils et militaires et les oscillations de la politique américaine. Les commentaires ont été nombreux et la chronique d'Alain Frachon dans le Monde du 1er juillet est une excellente mise en perspective du problème.

Les longues délibérations sur la politique à mener en Afghanistan l'an dernier, qui avaient suscité des doutes quant aux capacités d'Obama comme commandant en chef, annonçaient déjà les incertitudes que le renvoi de McChrystal vient rappeler sur le sens et la planification de l'action américaine - et alliée.

De ce point de vue, peut-être le jugement du général américain sur le vice président Biden n'est-il pas entièrement erroné? Les dirigeants politiques sont-ils à la hauteur du défi? En révélant un manque de confiance dans la chaîne de commandement, les remarques du général posent cette question plus large qui est pertinente aussi en Europe. Les divisions des Européens et les côtes abyssales des principaux responsables laissent dubitatifs quant à l'étoffe des dirigeants publics. Aucun grand pays de l'Union n'y échappe, à l'exception peut-être de l'Italie, où les ressorts de la popularité du Premier ministre sont largement incompris à l'extérieur.

Les difficultés liées à la crise contribuent au désamour, cela est entendu. Mais le phénomène semble plus profond, et un petit éclairage à la Rolling stones en Europe ne révélerait sans doute pas une meilleure estime pour les dirigeants de la zone que celle exprimée par l'ex chef des opérations américaines en Afghanistan. L'action des Alliés dans ce pays mérite un nouveau débat.

2 déc. 2009

Afghanistan : 3 « D » pourraient faire un « E »

Le président américain a annoncé l’envoi de renforts en Afghanistan. L’objectif ultime se résume en 3 D : déroute, démantèlement, défaite d’al-Qaida. Le régime taliban renversé en 2001 abritait l’organisation terroriste et c’est pour cela que l’action se focalise sur ce pays et non en Irak.

Il s’agit de créer les conditions qui interdiront le retour des talibans au pouvoir à Kaboul, et ce avec le soutien de forces nationales afghanes que les Alliés doivent former, pour s’assurer que la lutte contre al-Qaida sera efficace. Chose déjà curieuse puisque les groupements terroristes sont épars, transnationaux, avec une capacité à réapparaître après qu’un coup dur leur ait été porté. Le concours des institutions nationales et au-delà (l’Arabie saoudite ?) est donc indispensable pour espérer en venir à bout durablement. Cela ajoute à la haute probabilité d’un échec en Afghanistan.

Obama risque en effet en partie sa présidence sur ce dossier afghan, car malgré les renforts un échec ou un prolongement affecterait tout autre succès qu’il pourrait connaître ailleurs en politique étrangère. Le retrait des troupes en 2011 est en outre officiellement contingent des conditions sur le terrain, imprévisibles ce jour. Ainsi, une extension de la présence militaire américaine dans le pays est possible. La date de 2011, on le voit, n’est pas si certaine.

Mais il y a plus difficile encore que l’Afghanistan. Les 3 « D » pourraient en effet produire un gros « E » comme échec retentissant, car dans la stratégie déjà très ambitieuse qui consiste à faire d’un pays de malheur une région à peu près convenable institutionnellement (sans parler de ce Pachtounistan qui traverse les frontières politiques du Pakistan et de l’Afghanistan, comme le Kurdistan travers celle de l’Irak et de la Turquie), se trouve l’objectif déclaré de contribuer à la stabilité de long terme au Pakistan voisin, suite logique d’une lutte antiterroriste cohérente.

Cela signifie aider les militaires pakistanais à écraser les talibans afghans et pakistanais et al-Qaida, ce qui touche aux luttes internes au système pakistanais. Cela signifie aussi assurer la stabilité de l’Etat, ce qui est au cœur de ce même système. Or, selon le mot de Sashi Tharoor, député indien, auteur, et ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, en Inde l’Etat a une armée tandis qu’au Pakistan l’armée a un Etat. En d’autres termes, les divisions internes au Pakistan, entre civils et militaires et au sein de l’armée elle-même, et les disparités économiques qui fragilisent la société civile, ainsi que l’usage de l’irrédentisme au Cachemire dans les relations avec l’Inde, rendent la tâche immensément périlleuse.

Depuis des décennies les Etats-Unis financent l’armée pakistanaise sans avoir de prise réelle sur un régime à l’instabilité chronique, qui alterne régime d’exception et gouvernement civil appuyé sur une majorité fragmentée. Les renforts n’aideront guère à assainir la vie nationale pakistanaise, ni à y convaincre l’armée d’intensifier la lutte contre les groupements au Pachtounistan afghan ou pakistanais.

En Afghanistan les Allies restent otages du « conundrum » pakistanais : voie sans issue. Il faut espérer que la réforme de l’assurance santé offrira quelque capital politique au président américain car il en aura probablement besoin dans quelques mois.

22 oct. 2009

Sur l'Afghanistan, Obama a raison

Tant de critiques sur l'indécision du président américain, et pourtant il est salutaire de voir le commandant en chef se poser deux fois la question de la pertinence d'un effort militaire colossal dans un pays si difficile.

Une stratégie de moindre ampleur semble préférable que l'envoi de 40 ou 60.000 troupes supplémentaires, alors que l'argent manque et que la présence des Américains ne leur gagnera probablement pas "les esprits et les coeurs" des Pashtounes, mais compliquera au contraire leur objectif de réduction ou d'endiguement des talibans.

Renforcer les opérations militaires extérieures se heurterait aussi à la priorité donnée par le président aux questions intérieures. Il y a là une cohérence; il faut assainir et renforcer le système américain pour que perdure l'influence mondiale des Etats-Unis; un échec en Afghanistan serait désastreux pour son rôle dans le monde, comme pour a présidence Obama. Quant au Congrès, il fait comme souvent preuve d'incohérence - langage dur face aux ennemis de l'Amérique, mais priorité aux besoins des circonscriptions et donc frayeur devant un déficit abyssal qui réduit les marges de manoeuvre.

L'article ci-dessous de Nicholas Kristoff, excellent éditorialiste du NYT, fournit une analyse à la fois simple et judicieuse sur pourquoi il faut éviter le piège afghan, et pourquoi Obama a raison de douter.


http://www.nytimes.com/2009/10/22/opinion/22kristof.html?_r=1&ref=todayspaper

October 22, 2009
Op-Ed Columnist
More Troops Are a Bad Bet
By NICHOLAS D. KRISTOF

The United States was born of our ancestors’ nationalistic resentment of a foreign power whose troops we saw as occupiers, not protectors. The British never fathomed our basic grievance — this was our land, not theirs! — so the more they cracked down, the more they empowered the American insurgency.

Given that history, you’d think we might be more sensitive to nationalism abroad. Yet the most systematic foreign-policy mistake we Americans have made in the post-World War II period has been to underestimate its potency, from Vietnam to Latin America.

We have been similarly oblivious to the strength of nationalism in Afghanistan and Pakistan, particularly among the 40 million Pashtuns who live on both sides of the border there. That’s one reason the additional 21,000 troops that President Obama ordered to Afghanistan earlier this year haven’t helped achieve stability, and it’s difficult to see why 40,000 more would help either.

American policy makers were completely blindsided in recent weeks by outrage in Pakistan at the terms of our latest aid package — and if we can’t even hand out billions of dollars without triggering nationalistic resentment, don’t expect a benign reaction to tens of thousands of additional American troops.

We have been fighting in Afghanistan for twice as long as we fought in World War II, with a current price tag estimated to be more than $60 billion a year. Standard counterinsurgency ratios of troops to civilians suggest we would need 650,000 troops (including Afghans) to pacify the country. So will adding 40,000 more to the 68,000 already there make a difference to justify the additional annual cost of $10 billion to $40 billion, especially since they may aggravate the perception of Americans as occupiers?

I’ve been fascinated by Pashtuns ever since I first sneaked around the tribal areas as a university student, hiding in the luggage on tops of buses. My interviews in recent years with Pashtuns in both Afghanistan and Pakistan leave me thinking that we profoundly misunderstand the nature of the insurgency.

Some Taliban are fundamentalist ideologues who will fight us to the death. But others become fighters because they are paid to do so, because a tribal elder suggests it, because it gives them an excuse for traditional banditry, because American troops killed a cousin, or because they resent infidel forces in their land.

When Pakistani troops enter Pashtun areas, the result has sometimes been a backlash that helps extremists. If Pashtuns react that way to Punjabis, why do we think they will react better to Texans?

Indeed, modern Pashtun history is, in part, one of backlashes against overambitious modernization efforts that lacked local “buy-in.”

The American military has become far more sensitive to Afghan sensibilities in the last few years, and there are some first-rate commanders on the ground who cooperate well with local Pashtun leaders. That creates genuine stability. But all commanders cannot be above average, and a heavier military footprint almost inevitably leads to more casualties, irritation and recruitment for the Taliban.

One of the main arguments for dispatching more troops is the terrorist threat from Al Qaeda. But Steven Simon, a National Security Council official in the Clinton years who is now a terrorism expert at the Council on Foreign Relations, notes that there may be more Al Qaeda fighters in Pakistan, Yemen and perhaps Somalia than in Afghanistan.

“I’m skeptical that the war in Afghanistan is going to solve the Al Qaeda problem,” he said.

That’s not to say we should pull out, and it’s a false choice to suggest that we should either abandon Afghanistan or double down. A pullout would be a disastrous signal of American weakness and would destabilize Pakistan.

My suggestion is that we scale back our aims, for Afghanistan is not going to be a shining democracy any time soon. We should keep our existing troops to protect the cities (but not the countryside), while ramping up the training of the Afghan Army — and helping it absorb more Pashtuns to increase its legitimacy in the south. We should negotiate to peel off some Taliban commanders and draw them over to our side, while following the old Afghan tradition of “leasing” those tribal leaders whose loyalties are for rent. More aid projects, with local tribal protection, would help, as would job creation by cutting tariffs on Pakistani and Afghan exports.

Remember also that the minimum plausible cost of 40,000 troops — $10 billion — could pay for two million disadvantaged American children to go to a solid preschool. The high estimate of $40 billion would, over 10 years, pay for almost half of health care reform. Are we really better off spending that money so that more young Americans could end up spilling their blood in Afghanistan without necessarily accomplishing much more than inflaming Pashtun nationalism?

3 sept. 2009

Afghanistan

L'excellent éditorial de George Will dans le Washington Post le 1er septembre est un rappel du danger qui plane sur la présidence démocrate, celle d'une guerre sans fin.
De plus en plus on est en droit de se demander en effet, et sans aucunement s'en réjouir, si la présidence Obama n'est pas déjà bien entamée:
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/08/31/AR2009083102912.html

Sur le front intérieur, le projet de réforme de l'assurance santé se heurte à une résistance très forte qui fait écho à un trait durable du caractère américain: la crainte d'une intrusion de l'Etat dans la vie des citoyens. On ne répète pas le New Deal aussi facilement, même à l'heure d'une crise qui aura beaucoup contribué à la victoire démocrate en novembre 2008.

18 févr. 2009

La victoire de Tom Hanks...

"La guerre selon Charlie Wilson", excellente production de Tom l'acteur Hanks, revient en mémoire à l'occasion des décisions du président Obama sur le front du terrorisme.

Comme prévu, la priorité est donnée à l'Afghanistan et au Pakistan, qui font l'objet d'une révision de la stratégie américaine. D'ores et déjà des renforts de 17000 hommes seront redéployés sur le front afghan et autant pourraient être transférés dans les mois à venir.

Fidèle à son analyse de la question terroriste, Obama engage les USA sur le front qui fut depuis 2001 à l'origine du mal, et qui cache le sujet le plus diabolique pour la diplomatie américaine, l'avenir du régime pakistanais. Voilà donc en quelque sorte l'Amérique revenue à une guerre juste.

Cependant, si l'opinion internationale, et notamment européenne, approuvera cette réorientation, les demandes qui l'accompagnent vont tendre les relations euro-américaines. L'Europe n'est pas prête à envoyer plus de troupes en Afghanistan comme le demande Obama.

C'est là le coeur du dilemme européen: prétendre peser davantage et rendre à l'alliance transatlantique tout son sens, tout en refusant d'y mettre les moyens. La lune de miel entre Obama et les Européens se heurtera invariablement à cette réalité.

Et au fond, faut-il oui ou non s'engager sur le front afghan contre les Talibans et al-Qaida?
Oui car combattre les réseaux terroristes par une intervention armée au pays de Massoud est nécessaire. Sur le long terme, la transformation de l'Afghanistan est toutefois douteuse. Jusqu'où s'arrêter? Il faut donc bien des objectifs précis pour savoir quand prend fin l'engagement.
Non car l'Afghanistan est ingagnable et beaucoup a déjà été fait. Il faudrait se concentrer maintenant sur le Pakistan.

Les deux approches se discutent. Le certain est que le Pakistan est l'objectif de long terme le plus cohérent, mais il est le plus difficile. Un soutien aux USA pour circonscrire la capacité de nuisance du Pakistan et favoriser la stabilisation politique et oeuvrer à la paix avec l'Inde, voilà un axe essentiel et durable qui pourrait définir la coopération euro-américaine en Asie du Sud (selon la classification américaine).

Le rôle de l'Europe dans l'action de l'OTAN en Afghanistan sera sujet à de vives discussions, mais une offre politique de long terme sur le dossier pakistanais est de l'ordre du possible pour les Européens. Il y a là matière à un vrai renouvellement.

27 sept. 2008

Débats présidentiels Acte I


Pas de vainqueur net, un débat assez ennuyeux mais qui avait le mérite d’une certaine tenue alors que les débats américains sont souvent très simplificateurs.
McCain, qui avait voulu repousser la rencontre avec Obama, n’a pas perdu de points et en a même gagné.
L’Arizonien s’est montré plus agressif et plus efficace dans le ton, répétant à de nombreuses reprises : « le sénateur Obama n’a pas l’air de comprendre ».
C’est que McCain ne s’est pas départi de cette habitude américaine consistant à simplifier et que le discours nettement plus structuré d’Obama a permis de contenir, de sorte que le débat dans son ensemble a été de qualité honorable.
Hélas, la simplification marche plus aux États-Unis qu’en Europe, et ainsi Obama, qui fut supérieur à son adversaire sur le fond, n’a pas réussi à se distancer ni à le mettre en difficulté.

Autre déception : l’économie fut le sujet de la première partie du débat, mais Obama n’a pas été capable – pas plus que McCain, mais cela était attendu – de se démarquer en faisant des propositions choc qui aurait vérifié l’idée commune selon laquelle les démocrates sont meilleurs sur les questions économiques. Cette fable répétée à l’envi s’est effondrée hier. Obama ne s’est pas imposé sur le terrain économique. J’ai rappelé dans mon message d’hier qu’il n’était pas plus économiste que McCain… Aucun n’a pu répondre à la question répétée du présentateur sur leurs recettes pour faire face à la crise.

Paradoxalement, la position d’Obama était meilleure sur les affaires de sécurité internationale, lorsqu’il a notamment pu opposer à McCain que lui n’avait pas soutenu l’invasion de l’Irak et qu’il avait dès le début des opérations indiqué que le Pakistan et l’Afghanistan étaient les zones de lutte antiterroriste prioritaires.
Obama est l’un des rarissimes hommes politiques américains à avoir eu la prescience et le courage politique de dénoncer l’invasion de l’Irak, et cela semble ne pas lui avoir beaucoup servi hier soir, chose extraordinaire alors que McCain a soutenu la politique de George W. Bush – s’en étant toutefois démarqué en prônant des renforts depuis bien avant que le président ne se décide au « surge » de 2007.

Obama a souligné les erreurs de jugement de McCain et de l’administration qu’il a soutenue, mais McCain a répondu par l’émotion en évoquant les soldats qui sont au front, leur patriotisme. Chaque candidat portait le bracelet d’un jeune soldat mort au combat – là-dessus, Obama a répondu du tac-au-tac à McCain.
Obama était à l’aise, expliquant avec clarté et maîtrise la complexité de la situation en Afghanistan-Pakistan. Pourtant, il n’a pas percé.

Sur l’Iran, McCain s’est montré très ferme, comme sur la Russie. Jeu égal sur la Russie, mais sur l’Iran, si Obama a pu clairement défendre sa position de vouloir par principe être ouvert à un dialogue, McCain a là encore recouru à l’émotion, évoquant Israël et un second holocauste – référence aux déclarations d’Ahmadinejad sur la disparition de l’Etat juif.
Obama a su balayer ces semi-arguments en mentionnant que le président iranien n’était pas l’homme le plus puissant à Téhéran.

Mais ses tirades n’ont pas été pleinement efficaces, et il n’a pas réussi, ayant parfaitement raison sur le fond et montrant qu’il saisissait les nuances des problèmes internationaux comme les Américains les expriment très rarement, à marginaliser son adversaire, à le clouer et à le caricaturer.
McCain a été meilleur à ce jeu-là. Obama est moins prisonnier que McCain de la vision binaire du monde extérieur, mais cela est trop compliqué aux États-Unis.

Au total, d’un point de vue américain, s’il n’y a pas de vainqueur, c’est bien McCain qui a tiré bénéfice de ce débat.
D’un point de vue européen, c’est Obama qui a montré une vision conceptuelle et juste des défis, notamment internationaux, et présenté un message cohérent de nécessaire intervention de l’Etat pour juguler les forces du marché et rappelé le besoin de « remettre les classes moyennes sur les rails ».

Un Européen vote forcément pour Obama, mais un Américain… ?

21 juil. 2008

Derrière l'Afghanistan, le Pakistan

Je sais que je me répète un peu, mais le Pakistan, qui occupe assez peu les informations françaises, est un danger qui me paraît de loin plus inquiétant que l'Iran. J'ai beaucoup évoqué le Pakistan. Aujourd'hui, l'excellent Christian Science Monitor publie un article dans lequel il rappelle que derrière le front afghan se cache le front pakistanais.

J'en profite pour souligner à mon tour l'initiative des sénateurs démocrate Biden (possible secrétaire d'Etat d'Obama) et républicain Lugar sur l'aide civile au Pakistan. Leur projet de loi, que j'évoque aussi dans mon livre à paraître en septembre, vise à renforcer le soutien américain aux infrastructures et aux écoles, triplant ainsi l'aide américaine sur les cinq prochaines années, comme le précise l'article du Monitor. Dans un pays où l'anti-américanisme est puissant, prêter attention aux conditions de la vie quotidienne permet de modérer l'hostilité répandue à l'endroit des Américains.

Les Etats-Unis ont largement négligé cela en Afghanistan après la victoire des Moudjahidin sur les Soviétiques, ce qui a joué en faveur des groupes extrémistes. Augmenter les fonds de l'aide civile au Pakistan est essentiel pour faire face aux tensions dangereuses qui s'y observent, car le Pakistan sera sûrement le problème le plus épineux à gérer dans les prochaines années : c'est un allié des Etats-Unis et en même temps la base arrière de leurs pires ennemis.

Qu'une attention nouvelle soit portée à ce front-ci de la lutte anti-terroriste, par des personnages de la stature de Biden et Lugar, mais aussi par les candidats eux-mêmes (en particulier Obama), est bon signe pour 2009 et cela dans un contexte politique et économique qui n'est pas vraiment encourageant.

7 juil. 2008

McCain, mauvais commandant en chef ?

Les Américains sont assez obsédés par une fonction que remplit le président des États-Unis, celui de commandant en chef. La militarisation de leur politique prend racine dans une vision militarisée du monde, assise sur leur statut de première puissance navale et militaire. L'article de Mikhaïl Gorbatchev et les alarmes d'Andrew Bacevich, ancien officier devenu professeur de relations internationales et auteur, déjà cités dans mon message précédent, illustrent cet aspect de la vie américaine. Les articles de presse et les débats évoquent constamment cette notion de commandant en chef et l'on ne saurait trouver d'autre pays où la dimension militaire des relations extérieures est aussi communément admise et évoquée, presque banalisée.

McCain garde normalement l'avantage dans ce domaine. Revenons cependant aux choix d'Obama, qui privilégie l'Afghanistan dans la lutte contre le terrorisme connue sous le nom de "guerre globale contre la terreur". Le récent attentat contre l'ambassade d'Inde à Kaboul remet en première ligne le front afghan. L'Inde soutient le gouvernement Karzai et est l'ennemi juré des Pakistanais qui l'ont agressée trois fois, et que rend furieux toute influence indienne dans un Afghanistan qu'ils entendent maintenir comme leur arrière-cour.

L'Irak est-il donc la bonne priorité, ou bien la prochaine administration ne devra-t-elle pas plutôt réévaluer le front afghan ? En ce cas, Obama aurait raison et McCain s'entêterait, comme Bush, à faire de l'Irak la clé de la lutte.

Tout comme McCain ne peut tout à fait être disqualifié sur les questions intérieures, par exemple sur l'environnement, Obama pourrait parvenir à faire jeu égal, ou mieux, face à McCain, dans le domaine de la sécurité nationale. Son programme consiste en un redéploiement de troupes en Afghanistan pour renforcer la contre-guérilla et privilégier les opérations de renseignement, et en l'augmentation des dépenses civiles au profit de la vie quotidienne des habitants pour les détourner des groupes armés, mesure soutenue au Sénat par Joe Biden, le président de la Commission des Affaires étrangères et possible secrétaire d'État. Obama a aussi déclaré ne pas écarter la possibilité de frappes au Pakistan, avec ou sans l'accord d'Islamabad, rappelant l'unilatéralisme clintonien...

Ainsi, les lignes bougent durant la campagne et rien n'est joué d'avance. Obama conserve l'avantage dans les sondages, mais tout est assez fragile et il reste encore quatre mois, qui seront les plus intenses. Ce seront ceux des débats présidentiels, après les investitures officielles des deux candidats par leur parti respectif. Les candidats apparaissent parfois où on ne les attend pas. En négligeant l'Afghanistan, McCain risque d'être caricaturé en continuateur de Bush, y compris sur le front militaire, et ce serait pour lui une très mauvais augure...



Cet article est une co-édition Politique Américaine / 20minutes

15 juin 2008

John, Barack et les Beach Boys

Obama a la cote à l'étranger. Ce n'est pas une surprise.

Le centre de sondage et de recherche Pew souligne l'amélioration de l'image des Etats-Unis à la faveur de la candidature démocrate, et le site d'Obama s'est empressé de répercuter la nouvelle reportée par ABC.

Mardi dernier un raid de l'aviation américaine contre les talibans à la frontière afghano-pakistanaise aurait tué une dizaine de militaires pakistanais, aggravant l'impopularité des Etats-Unis dans le pays.
C'est pourtant au Pakistan qu'Obama a dit et redit qu'il fallait frapper, y compris sans l'accord du gouvernement d'Islamabad. A juste titre, car c'est l'Afghanistan-Pakistan qui est le danger le plus grave pour la paix mondiale, plus que l'Iran.



Alors Obama, président unilatéraliste, serait-il aussi populaire dans le monde arabo-musulman? Je crois que oui, car les opinions arabes savent bien que le fondamentalisme ne résoudra pas leurs problèmes économiques et sociaux, surtout si elles entendent un discours nouveau sur la Palestine auquel elles seraient très sensibles de la part d'un président américain. Je crois que la popularité d'Obama est un atout majeur et que son élection permettrait un réel tournant dans les relations de l'Amérique avec cette partie du monde.

Quant à l'unilatéralisme tant décrié des Américains, il restera un trait de l'Amérique, même avec Obama, et pourrait être à bon escient, ce qui relégitimerait l'usage de la force par Washington.

En somme, la fin importe plus ici que les moyens.
En 2001, les alliés avaient soutenu les États-Unis dans leur campagne en Afghanistan et l'OTAN avait même pour la première fois de son histoire déclaré l'article 5, par lequel l'Alliance est autorisée à défendre un autre membre attaqué.

Au fond, McCain a eu tort sur une seule chose lorsqu'il s'est amusé à reprendre les Beach Boys en chantant "bomb bomb bomb, bomb Iran", c'est sur la fin.




Talibans à la place d'Iran et tout allait bien!

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



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