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9 avr. 2010

Yuan c. dollar ou le nouveau duopole global

La bataille yuan-dollar agite le Congrès depuis près de 15 ans. Elle a pris ce printemps un tour nouveau: le report des conclusions du Trésor américain sur la qualification de la valeur fixe yuan-dollar de "manipulation" à des fins de concurrence commerciale déloyale, et une visite-éclair du secrétaire Geithner au vice-Premier ministre chinois Wang en charge des questions monétaires. Il est attendu que le yuan pourra fluctuer dans une bande élargie de parité entre les deux monnaies. L'importance des relations économiques sino-américaines pour la stabilité mondiale s'affirme toujours davantage, et une parfaite continuité s'impose sur ce dossier de Bush à Obama.

La conclusion générale que l'on peut en tirer, et qui ne devrait pas surprendre, c'est qu'un duopole succède à celui de la Guerre froide entre l'Amérique et l'URSS. Ce duopole sino-américain que l'on avait vu se dessiner au G20 de Londres en avril 2009 s'installe dans le paysage. Economique plus que politique ou idéologique comme l'était celui des superpuissances américaine et soviétique, dont le nouvel accord START de réduction des arsenaux nucléaires vient de rappeler qu'il appartenait essentiellement à l'histoire, ce duopole nouveau peut être appelé G2.

L'autre observation que suggère la gestion délicate des questions monétaires entre Chine et USA est l'influence de l'intégration chinoise aux mécanismes de l'économie mondiale. Jusqu'à quand le régime chinois pourra-t-il contrôler la valeur de sa monnaie en imposant un taux de change fixe qui exige des interventions régulières sur le marché pour maintenir la parité? La réforme financière intérieure et l'évolution vers un taux du yuan flottant nous renseignera sur les débats internes au régime et la démocratisation économique de la Chine populaire. L'intervention de l'Etat pour encadrer la transformation économique et contenir notamment les risques inflationnistes est un accompagnement dans une transition du socialisme au capitalisme. Cet accompagnement doit logiquement desserrer son étreinte sur l'économie réelle et le pouvoir laisser les forces du marché agir un peu plus librement. L'intégration en douceur à l'économie-monde impose cette logique.

Le règlement des différends monétaires sino-américains représente une étape dans ce processus. Le G2 en gestation a une face cachée: la transformation du régime politique chinois.

1 juin 2009

Geithner à Pékin

Geithner a été reçu en Chine par le président et le Premier ministre. Cet accueil du plus haut niveau protocolaire marque l'importance accordée aux relations avec les USA, et singulièrement, en temps de crise, celle des relations économiques sino-américaines.

Geithner hérite du SED (Strategic Economic Dialogue) créé par son prédécesseur Hank Paulson, devenu Security and Economic Dialogue. Il n'est toutefois pas seul en charge, devant partager le dossier chinois avec un poids lourd politique, sa collègue du département d'Etat H. Clinton. Avec cette visite officielle en Chine, la première comme secrétaire au Trésor, Geithner fait ses premiers pas sur la scène internationale et affirme son rôle dans l'équipe Obama, où avait un temps flotté le sentiment que son inexpérience politique, révélée dans la gestion du plan de soutien aux institutions de crédit, pourrait devenir un problème.

S'agissant de Chine, les choses avaient mal commencé, notamment avec son audition devant le Sénat, où Geithner avait affirmé que la Chine manipulait son taux de change, créant des conditions de concurrence déloyale avec les US. Cheval de bataille d'une bonne partie des élus et de groupements divers, le taux de change était un point d'achoppement potentiel avec la nouvelle administration, mais il avait été rappelé que Geithner avait repris une formule utilisée par le président pendant sa campagne et qu'elle ne reflétait pas la politique du nouveau gouvernement. A Pékin, les sujets qui fâchent n'ont donc pas été évoqués, du moins en public.

La visite de Geithner confirme que le choc des prospérités entre Chine et USA exigent des efforts de part et d'autre. Les uns doivent réduire leur déficit et épargner plus. Les autres doivent consommer davantage et exporter moins.

Les questions posées par les étudiants de l'université de Pékin sur la valeur des avoirs chinois en bons du Trésor US ont mis en exergue la sensibilité des questions monétaires et financières entre les deux pays, et leur interdépendance.

Au total, la visite de Geithner est assez neutre d'un point de vue personnel, pour un ministre qui a besoin de trouver toute sa place dans la politique américaine. Disons qu'elle est plutôt un passage réussi. Mais elle expose la vulnérabilité nouvelle des USA face à la Chine et plus généralement à l'économie internationale. Même si les Etats-Unis conservent l'initiative au plan global, et même si la Chine a ses propres faiblesses structurelles, le rééquilibrage des rapports de force est patent; Geithner n'a pas obtenu grand chose sur une révision de la politique monétaire chinoise alors que Paulson avait réussi à amener une révision, certes très modeste, de la valeur du yuan (hausse d'environ 20% depuis juillet 2005). Aujourd'hui, les discussions portent plus facilement sur des réformes que chaque partie doit mener à domicile et c'est Geithner qui, comble d'ironie, a dû rassurer sur la valeur des créances chinoises (à l'occasion des vingt ans de Tiananmen, rappelons que les questions des étudiants au ministre américain étaient spontanées, cela va sans dire).

En un mot, la coordination est d'autant plus essentielle et il n'y a guère lieu de comparer la relation sino-américaine à celle avec l'URSS. Les conditions sont trop différentes et les enjeux économiques globaux, absents de la guerre froide, trop marqués, en particulier en 2009. Ce que cette visite établit, et que le sommet prévu cet été à Washington, confirmera, c'est l'intérêt mutuel à une sortie de crise en douceur qui voit les USA prudents.

Au fond, comme s'ouvre le siècle de l'Amérasie, les Etats-Unis voient leur puissance amoindrie mais leur approche des relations internationales l'emporte, celle qui joue l'ouverture, la coopération et l'interdépendance. Qui veut amener la Chine à se comporter en "stakeholder" du système mondial, à en devenir une partie prenante responsable. C'est là une réussite américaine incontestable, même si le chemin est encore long.

Déjà articles à ce jour sur ce blog.



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