La défection il y a deux semaines d’Arlen Specter au profit du parti démocrate a eu l’effet d’une onde de choc dans le microcosme politique washingtonien. Sénateur républicain qui accomplit son cinquième mandat, président de la commission des Lois, Specter passe au parti de l’âne, abandonnant celui de l’éléphant.
La raison de revirement politique majeur est simple : dans un GOP qui se radicalise, le centriste Specter n’a guère de chance de remporter les primaires qui l’opposeront pour les élections de 2010 à l’ancien président du « Club of Growth », association conservatrice et très libérale au plan économique. En outre, la Pennsylvanie, qu’il représente, fait partie des Etats industriels où l’étoile des républicains pâlit beaucoup à la faveur de la crise, quoique comme disent les Américains, entre Philadelphie et Pittsburgh se trouve un autre Alabama, allusion à l’Etat sudiste qui reste un bastion du GOP.
Ancien démocrate, Specter, 79 ans, fut rendu célèbre comme collaborateur de la Commission Warren qui établit la thèse du tireur isolé dans l’enquête sur l’assassinat de JFK. Peu de temps plus tard, c‘est comme républicain qu’il se présentait à des élections pour la magistrature judiciaire dans l’Etat. Le changement d’étiquette de Specter est très important car la majorité démocrate au Sénat est désormais de 59 sièges, or avec 60 sénateurs elle deviendrait une majorité absolue immunisée contre la technique du « flibustage » qui permet à la minorité de faire dérailler le processus d’adoption des textes de loi.
Ancien humoriste auteur d’un pamphlet anti-républicain sur « les mensonges et des menteurs qui les disent », Al Franken devrait devenir ce 60e sénateur, lorsque le recours engagé par son opposant républicain, le sortant Coleman, sera épuisé. Gagnant d’un cheveu, Franken devrait siéger à Washington pour le Minnesota, l’Etoile du Nord parmi les Etats américains.
Au vrai, d’autres défections pourraient venir, du Maine en particulier, dont les deux sénatrices modérées seraient tentées par l’abandon d’un GOP trop conservateur.
Car en filigrane de l’extraordinaire changement d’allégeance de l’opportuniste Specter, outre la constitution d’une imbattable majorité démocrate qu’il sera d’autant difficile à contrôler pour l’Exécutif, c’est l’avenir du GOP qui est en jeu.
Versera-t-il du côté d’une Sarah Palin ou de celui d’un Charlie Crist le gouverneur de Floride un moment pressenti comme candidat de McCain à la vice-présidence? La défection de Specter est un symptôme de la crise profonde que traversent les républicains.
17 mai 2009
Le Minnesota, étoile de la majorité ?
3 oct. 2008
Le débat public américain entre fantaisie et sobriété
La crise financière et l'élaboration d'un plan dit de sauvetage de l'industrie du crédit a créé un ennemi commun contre lequel les politiques s'acharnent lorsqu'ils veulent caresser les électeurs dans le sens du poil: Wall Street. Or, s'il est indéniable que des excès ont eu lieu et que les rémunérations en cours dans une industrie hier euphorique, sont indécentes, Main Street a aussi profité du système.
Le crédit facile offert par une banque dans des conditions de solvabilité douteuse a de quoi faire réfléchir quiconque. Et ce ne sont pas les cadres de Wall Street qui ont contracté les prêts immobiliers de supermarché qui ont donné le signal. Il semble que l'Amérique ordinaire de Sarah Palin soit aussi en cause que celle des ci-devant "as de la finance". Un train de démagogie souffle d'autant plus fort que l'on est en campagne, et qu'il est préférable de simlplifier à l'extrême et de parler protection de l'emploi, de l'épargne et du pouvoir d'achat. Mais qui taperait sur Mainstreet en pleine campagne présidentielle, et déclarerait avec force qu'il faut renflouer les caisses des vilains ? Pourtant, il faut bien s'y résoudre, dès lors que le problème est envisagé sérieusement, bien sûr qu'il faut maintenir debout les institutions considérées comme fautives.
Le débat public oscille ainsi entre fantaisie (l'ingénue Mainstreet habilement détroussée par Wall Street) et sobriété (les dirigeants se concertant pour éponger les pertes et relancer le commerce de l'argent).
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Un des phénomènes qui accompagnent les événements est l'évolution du parti républicain.
Le vote contre le plan Paulson d'une majorité des représentants républicains exprime la fureur de la base. Comme Palin et Biden incarnent deux Amériques, le parti républicain est traversé par une faille grandissante qui séparent grosso modo deux tendances. D'un côté, un électorat populaire qui fait contraste avec la tradition d'un parti républicain ami du business, et de l'autre un électorat modéré, attaché à la rigueur budgétaire et conscient de la nécessité pour l'Etat d'agir. La coalition qui a permis la réélection de George W. Bush ne lui survivra peut-être pas, même si le conservatisme lui est encore une force vive. La crise d'identité du parti sera un enjeu majeur des années à venir, que McCain gagne ou perde les élections.