La faillite de l'une des plus anciennes institutions financières du pays, la banque d'affaires Lehman Brothers, aujourd'hui en partie reprise par Barclays, après la nationalisation de Freddie Mac et Fanny Mae et le renflouement de Bear Sterns par l'État, voit les faits rattraper et submerger le débat et les discussions politiques.
Le capitalisme américain nécessite une remise en cause, un assainissement qui n'est pas seulement financier.
Les écarts de revenu, symptôme du malaise américain devant la financiarisation d'une économie hier industrielle, et le déficit public dont le manque d'une couverture maladie pour tous et la détérioration des infrastructures (via une garantie de 30 milliards de dollars au repreneur JPMorgan) du pays sont un résultat, exigeaient déjà de remédier aux déséquilibres du système par une création de richesse où l'ingénierie financière ne prenne pas le pas de façon démesurée sur la production - tangible (produits industriels et de consommation) ou intangible (services et matière grise).
La crise financière, plus grave que 1929 compte tenu notamment de la sophistication et de la massification des produits financiers qui portent la dette des ménages et des entreprises, vient exposer dans leurs plus inquiétants aspects ces déséquilibres. Il ne s'agit plus d'ajustement, même d'ampleur, il s'agit de crise générale.
Celle-ci n'est en effet pas seulement financière mais économique, car la solvabilité des institutions répond à tangibilité des actifs: la valorisation dérisoire des grands noms, à commencer par Lehman, en est la preuve. Longtemps à la surface, la nécessaire réinvention du contrat social américain, pendant de la restauration du leadership global des États-Unis, que j'ai évoquée dans Les Échos et qui est un des arguments de Après Bush, est exposée aujourd'hui avec une acuité inattendue.
Une dimension préoccupante est l'interdépendance internationale qui voit les États-Unis compter en partie sur des économies étrangères pour se refaire - les détenteurs de bonds, Japon et Chine, par exemple. Il n'est absolument pas certain qu'ils seront au rendez-vous.
Quant à l'État américain, aura-t-il les moyens d'intervenir? Le gouvernement a décidé de ne pas faire avec Lehman ce qu'il a fait avec Bear Sterns. Dès lors, la question n'est pas seulement le degré d'intervention, mais les limites de la possibilité d'intervenir.
Comme en Irak et en Afghanistan, l'Amérique atteint les limites de la puissance.
L'approche optimiste, c'est que les États-Unis conservent une force de rebondissement unique. Ne pas insuffler une culture de l'intervention et du sauvetage publics, comme l'écrivait hier le Financial Times, n'est pas un argument qui pèse lourd devant la gravité de la situation. Laisser tomber un banque est une chose, décider de la stratégie publique pour éviter la faillite généralisée en est une autre - à ce titre, il est heureux que le secrétaire au Trésor soit à son affaire dans les circonstances actuelles, comme ancien président de Goldman Sachs, la Rolls des grandes maisons mondiales d'investissement.
C'est la question à laquelle devront répondre les candidats. McCain a déclaré que les événements ne justifiaient pas de recourir à l'argent du contribuable pour sauver les mauvais investisseurs et réitéré que les bases de l'économie américaine étaient bonnes - à l'instar de Michael Bloomberg, fondateur de l'entreprise éponyme et maire de New York.
Il sera intéressant d'observer les discours politiques dans les jours à venir pour prendre plus sérieusement la mesure de la crise et articuler une stratégie publique pour 2009.
Affichage des articles dont le libellé est Fanny Mae. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fanny Mae. Afficher tous les articles
16 sept. 2008
L'autre crise
Mots-clés :
Barack Obama,
Barclays,
crise,
Fanny Mae,
Freddy Mac,
John McCain,
Lehman Brothers,
Merril Lynch,
Wall Street Journal
11 août 2008
Tir de nouvelles dans la torpeur aoutienne
C'est aujourd'hui 11 août, que les États-Unis doivent peut-être lever le nom de la Corée du Nord de la liste des États terroristes, si les négociations sur le nucléaire répondent aux exigences américaines de vérification des installations. Ce serait un leg précieux pour le prochain président qui aurait un dossier ultra-sensible de moins à débloquer et pourrait concentrer ses efforts sur le Pakistan et l'Irak.
Les événements de Géorgie confirment, s'il en était besoin, que les relations russo-américaines seront un thème majeur de la prochaine présidence. Il faudra réinventer les rapports américano-russes et tenter de sortir de la mentalité de guerre froide qui survit à la guerre froide elle-même, par les fautes des Occidentaux et aussi des Russes eux-mêmes.
Fannie Mae et Freddy Mac : les deux plus grandes caisses de refinancement du crédit hypothécaire ont rendu des chiffres plus préoccupants que prévu. Quelle doit-être la nature de l'intervention de l'État pour éviter leur faillite, avec des conséquences désastreuses pour l'économie américaine compte tenu des encours de ces deux institutions qui pèsent plus des deux tiers des crédits immobiliers du pays ? L'ironie est que la fin de la présidence Bush est ramenée aux préoccupations intérieures de ses débuts avec cet exercice pratique de "conservatisme de compassion", le slogan de campagne du gouverneur du Texas en 2000, pour protéger les plus vulnérables devant la crise.
J-15 pour la convention démocrate qui se tiendra à Denver, Colorado. Les encombrants Clinton seront là, bien sûr, pour signaler l'unité de la famille démocrate, mais tout en veillant à ne pas compromettre les chances de la sénatrice de New York pour 2012 au cas où Obama cédait à McCain en novembre. L'exercice sera intéressant à regarder.
Mots-clés :
Barack Obama,
Fanny Mae,
Freddy Mac,
George W. Bush,
Hillary Clinton,
nucléaire,
Russie
Inscription à :
Articles (Atom)