Barack Obama a annoncé sa candidature à un second mandat. Sa réélection, à ce stade, paraît largement envisageable : sa popularité personnelle a résisté à l’humeur publique contre ses réformes, le parti républicain est éclaté, et le président de la Commission des Finances de la Chambre, le jeune député Paul Ryan, pourrait avoir pris des risques en militant pour la rigueur en matière de dépenses sociales en raison du déficit budgétaire. Une candidature assez précoce a aussi l’avantage qu’avait eu McCain en 2008, celle du temps et de la préparation, face à la bataille épique à laquelle n’échappera pas le parti républicain pour désigner son champion.
Cette candidature suggère deux observations :
• Les critiques sur le manque de leadership du président américain sont erronées car le bilan diplomatique est plutôt positif.
• Le président est bien placé pour gagner au centre, comme il l’a fait en 2008.
En matière de politique étrangère, les événements de Libye ont montré une tempérance, un désir (et une nécessité bien comprise) d’agir collectivement qui correspond à l’esprit de la relation de l’Amérique au monde impulsée par Obama, tout en révélant les incertitudes inhérentes à une situation aussi imprévisible que soudaine. Il s’agit notamment, au risque de laisser penser que le président est indécis, de ne pas apparaître comme unilatéraliste et impérialiste, ce qui exige des précautions. Fallait-il soutenir les rebelles et s’engager militairement plus tôt ? Faut-il s’abstenir de toute interférence ? La politique suivie épouse les principes, la force est mobilisée pour une cause juste, la défense d’un peuple qui s’émancipe, et où les intérêts américains ne sont pas considérables, à l’inverse de l’Egypte ou des pays du Golfe, contribuant à la sincérité de l’action conduite.
Au plan intérieur, la capacité du président à prendre acte d’une situation et à agir en concertation avec son opposition (comme l’ont fait ses prédécesseurs Reagan et Clinton) montrent une résilience politique prometteuse pour 2012. Son positionnement actuel en faveur d’une concertation responsable pour s’accorder sur le budget fédéral et éviter une suspension du fonctionnement du gouvernement central, chose inimaginable en Europe, fait écho à ce que sera son axe politique en 2012 : le consensus américain (les Etats-Unis viennent ainsi d'éviter une suspension des opérations du gouvernement fédéral par un compromis budgétaire de dernière minute).
En 2012 comme en 2008, le social et l’économie seront au centre du débat, et l’esprit conciliateur du président, face une opposition intransigeante qui fait de l'orthodoxie budgétaire sa nouvelle religion, continuera d’animer son discours, répondant à un besoin de fond aux Etats-Unis qui explique sans doute la relative popularité personnelle d’Obama. Il sera difficile pour les républicains de le dépasser là-dessus. L’économie fera le reste, et est la seule vraie incertitude.
12 avr. 2011
En route vers la réélection
3 oct. 2008
Super Sarah c. Vénérable Joe
Sarah Palin, que l'on attendait lors du débat de cette nuit pour juger de sa capacité à assumer la campagne présidentielle, après que des doutes légitimes se soient exprimés à son endroit, a repris la main de façon assez magistrale. Absence d'hésitation, débit élevé, formules percutantes, la colistière de John McCain ne s'est pas ridiculisée, tout au contraire. Elle a su incarner l'Amérique ordinaire et a voulu s'identifier à elle.
Joesph Biden, dont on craignait aussi quelques écarts, de l'ordre de l'arrogance plus que de l'incompétence, a évité cet écueil et a confirmé son image et son statut de vénérable sénateur des Etats-Unis. Un homme de qualité, compétent, au vocabulaire articulé, bref un vice-président qui ressemble plus à Al Gore et George H. W. Bush qu'à Dan Quayle ou... Sarah Palin.
Au total, un débat qui a eu de la tenue et qui fait plutôt jeu égal, car malgré sa longue expérience Biden n'a pas su créer une vraie distance avec sa rivale.
Si l'ignorance de Sarah Palin a été compensée par une réactivité et une combativité hors pair, la perspective qu'elle devienne vice-présidente n'est pas rassurante car l'Alaskienne est un peu la version féminine de George W. Bush: instinct et certitude dictent son discours, pas l'analyse et la réflexion. Ces défauts-là se sont révélés avec la même force que son aptitude à faire face dans un débat difficile. Sarah Palin sait apprendre, combler ses lacunes et rebondir, mais elle incarne l'Amérique sûre d'elle-même, à tort ou à raison.
En réitérant des formules choc et simples, comme l'indépendance énergétique et les emplois créés par les baisses d'impôts, et en sachant faire d'une faiblesse (son manque d'expérience) une force (elle se déclare étrangère aux us et coutumes du monde politique washingtonien, aux "combines" et à la langue de bois), exploitant l'anti-élitisme débridé de l'opinion qui touche Washington et Wall Street, Palin parle à l'Amérique ordinaire, à "mainstreet" (je suis une mainstreeter, affirme-t-elle). Il est à craindre que son style soit électoralement plus efficace que celui, plus cérébral, de Biden.
Sur un point en tout cas l'émotion est venue au secours de Biden. Après que Palin ait évoqué les difficultés financières rencontrées par son jeune ménage, Biden a contre-attaqué en démontrant qu'un père de famille aussi avait un coeur. Le souvenir de la disparition de sa première femme et de l'éducation de ses enfants l'amis au bord des larmes, mais ce léger embarrassement a aussi pu attirer la sympathie du public et défaire le monopole de Palin sur les choses de la vie...
Biden a toutefois manqué une occasion de mettre à nu les lacunes de son adversaire. Un des enjeux de ce débat était de rester courtois. La démocratie américaine fut la grande gagnante. Mais il aurait été facile de souligner par exemple combien l'image des Etats-Unis dans le monde était dégradée en raison de politiques soutenues par McCain et, plus encore, par l'esprit bushien qui y a conduit et qui est si bien accepté et repris par Palin.
Les Américains considéreront peut-être que Biden a remporté ce débat. Souhaitons-le. Il faut souhaiter aussi que lors des prochaines rencontres, les 7 et 15 octobre, Obama fasse preuve de plus de punch face à McCain. Il faudrait pour cela qu'il s'inspire de Super Sarah plus que du Vénérable Joe.
29 sept. 2008
Débat présidentiel : suite
La presse américaine, ces derniers jours, s'est décidée à délivrer une sanction ferme contre Sarah Palin, notamment après sa prestation désastreuse sur CBS, avec des pharses inachevées et un vide de substance très inquiétant sur la Russie. Bob Herbert fut particulièrement sévère. Sa visite au bureau new-yorkais de Kissinger avec le "maître" de la diplomatie américaine a suscité une certaine compassion, tant elle paraissait décalée devant Dr Henry.
Le regain qu'elle a provoqué en faveur de la candidature républicaine semble s'épuiser. Ma première réaction fut de dire que le choix de Palin permettait à une bonne partie de l'électorat républicain de s'identifier à une femme porteuse de valeurs traditionnelles et d'une "certitude" toute bushienne, qui dédaigne l'analyse et la force des idées au profit du "gut feeling", c'est-à-dire de l'intuition. Il est heureux de constater que ce phénomène ne dure pas, car le choix de Sarah Palin est déconcertant et désespérant.
Venons-en maintenant au débat McCain-Obama de vendredi soir. Les sondages montrent qu'une majorité d'Américains désignent Obama vainqueur. Quelle heureuse surprise! Mon sentiment personnel, que j'ai eu l'occasion d'indiquer - à savoir qu'Obama fut bien meilleur mais que les simplifications et les tacles de McCain étaient une prestation plus efficace dans le contexte américain - semble être en phase, à mon étonnement, avec l'opinion d'une majorité d'Américains. Cette nouvelle me conforte dans l'idée qu'Obama et Biden peuvent remporter cette élection, scénario auquel je ne croyais pas jusqu'à la semaine dernière, c'est-à-dire jusqu'aux débats sur la crise financière face à laquelle la qualité des commentaires d'Obama était supérieurs à ceux de McCain. Un élan en faveur du ticket démocrate se dessine, y compris dans des États clés. Il serait cependant imprudent de crier victoire.
Souhaitons que ce petit basculement, qui laisse derrière nous un "effet Palin" aussi navrant que prévisible, se poursuive jusqu'au 4 novembre.
Mais pour gagner, il faudrait que le prochain débat nous révèle un Obama tout aussi articulé mais plus incisif, plus combattif face à McCain. Pour l'heure, nos regards se tournent vers Biden, qui pourrait entamer un peu plus la crédibilité de Sarah Palin.
Le flottement fugitif qui avait saisi le camp Obama-Biden, après les premiers pas très réussis de l'Alaskienne, pourrait céder à une euphorie à même d'amplifier le petit élan qui se dessine.
Une fois éloignée l'immédiateté du débat de vendredi, le filtre de l'analyse fait apparaître plus nettement la maîtrise des problèmes économiques et internationaux démontrée par Obama. Même les Américains semblent se ranger à ce jugement. C'est de bon augure. C'est la première bonne nouvelle de la campagne en ce qui me concerne.
27 sept. 2008
Débats présidentiels Acte I
Pas de vainqueur net, un débat assez ennuyeux mais qui avait le mérite d’une certaine tenue alors que les débats américains sont souvent très simplificateurs.
McCain, qui avait voulu repousser la rencontre avec Obama, n’a pas perdu de points et en a même gagné.
L’Arizonien s’est montré plus agressif et plus efficace dans le ton, répétant à de nombreuses reprises : « le sénateur Obama n’a pas l’air de comprendre ».
C’est que McCain ne s’est pas départi de cette habitude américaine consistant à simplifier et que le discours nettement plus structuré d’Obama a permis de contenir, de sorte que le débat dans son ensemble a été de qualité honorable.
Hélas, la simplification marche plus aux États-Unis qu’en Europe, et ainsi Obama, qui fut supérieur à son adversaire sur le fond, n’a pas réussi à se distancer ni à le mettre en difficulté.
Autre déception : l’économie fut le sujet de la première partie du débat, mais Obama n’a pas été capable – pas plus que McCain, mais cela était attendu – de se démarquer en faisant des propositions choc qui aurait vérifié l’idée commune selon laquelle les démocrates sont meilleurs sur les questions économiques. Cette fable répétée à l’envi s’est effondrée hier. Obama ne s’est pas imposé sur le terrain économique. J’ai rappelé dans mon message d’hier qu’il n’était pas plus économiste que McCain… Aucun n’a pu répondre à la question répétée du présentateur sur leurs recettes pour faire face à la crise.
Paradoxalement, la position d’Obama était meilleure sur les affaires de sécurité internationale, lorsqu’il a notamment pu opposer à McCain que lui n’avait pas soutenu l’invasion de l’Irak et qu’il avait dès le début des opérations indiqué que le Pakistan et l’Afghanistan étaient les zones de lutte antiterroriste prioritaires.
Obama est l’un des rarissimes hommes politiques américains à avoir eu la prescience et le courage politique de dénoncer l’invasion de l’Irak, et cela semble ne pas lui avoir beaucoup servi hier soir, chose extraordinaire alors que McCain a soutenu la politique de George W. Bush – s’en étant toutefois démarqué en prônant des renforts depuis bien avant que le président ne se décide au « surge » de 2007.
Obama a souligné les erreurs de jugement de McCain et de l’administration qu’il a soutenue, mais McCain a répondu par l’émotion en évoquant les soldats qui sont au front, leur patriotisme. Chaque candidat portait le bracelet d’un jeune soldat mort au combat – là-dessus, Obama a répondu du tac-au-tac à McCain.
Obama était à l’aise, expliquant avec clarté et maîtrise la complexité de la situation en Afghanistan-Pakistan. Pourtant, il n’a pas percé.
Sur l’Iran, McCain s’est montré très ferme, comme sur la Russie. Jeu égal sur la Russie, mais sur l’Iran, si Obama a pu clairement défendre sa position de vouloir par principe être ouvert à un dialogue, McCain a là encore recouru à l’émotion, évoquant Israël et un second holocauste – référence aux déclarations d’Ahmadinejad sur la disparition de l’Etat juif.
Obama a su balayer ces semi-arguments en mentionnant que le président iranien n’était pas l’homme le plus puissant à Téhéran.
Mais ses tirades n’ont pas été pleinement efficaces, et il n’a pas réussi, ayant parfaitement raison sur le fond et montrant qu’il saisissait les nuances des problèmes internationaux comme les Américains les expriment très rarement, à marginaliser son adversaire, à le clouer et à le caricaturer.
McCain a été meilleur à ce jeu-là. Obama est moins prisonnier que McCain de la vision binaire du monde extérieur, mais cela est trop compliqué aux États-Unis.
Au total, d’un point de vue américain, s’il n’y a pas de vainqueur, c’est bien McCain qui a tiré bénéfice de ce débat.
D’un point de vue européen, c’est Obama qui a montré une vision conceptuelle et juste des défis, notamment internationaux, et présenté un message cohérent de nécessaire intervention de l’Etat pour juguler les forces du marché et rappelé le besoin de « remettre les classes moyennes sur les rails ».
Un Européen vote forcément pour Obama, mais un Américain… ?