Les Nords-Coréens ont décidé de suspendre tout rapport avec le "régime fantoche" de Séoul dirigé le "traître" Lee Myungbak et son "gang", en réaction à la décision du Sud de suspendre toute relation commerciale et humanitaire après le torpillage d'un navire sud-coréen qui ne laisse pas de doute quant aux responsabilités de l'acte.
N'était-ce que le tragicomique du vocabulaire, la chose ferait rire. Cependant les tensions extrêmes entre les Corées peuvent conduire à un conflit. Le régime du Nord n'a rien à perdre, de sorte que ses calculs et sa rationalité ne se comparent en rien à celles des autres acteurs, en premier lieu la Corée du Sud.
En outre, ces tensions ont en filigrane l'ajustement de deux influences, l'une établie, celle des Etats-Unis, l'autre montante, celle de la Chine populaire, qui continue de cultiver l'équivoque à l'égard du Nord, recevant Kim il y a quelques semaines à Pékin et ne manifestant pas d'empressement à soutenir une action claire contre le régime.
A l'instar de John Pomfret dans le Washington Post du jour, certains voient dans l'incertitude causée par le Nord et l'ambiguïté chinoise un motif de regain d'influence des Etats-Unis. Qu'ils aient raison ou tort, il est certain que cette crise, qui intervient après de multiples épisodes de gravité variable comme les tirs de missile en mer du Japon ou l'essai nucléaire sous-terrain du régime du Nord, impose une double conclusion: la perception du danger n'est pas la même de part et d'autre et l'essor du rôle de la Chine, dans une région encore marquée par l'histoire contemporaine, ne fait pas pendant à la "réassurance stratégique" qui est la ligne américaine. Celle-ci s'applique certes à des alliés des Etats-Unis, sud-coréen et nippon, face à la modernisation militaire chinoise, mais elle est un facteur de stabilité dans la paix.
Outre les 46 marins disparus, l'autre victime de la destruction du bâtiment sud-coréen est la confiance sino-américaine. Le doute quant à l'attitude de la Chine et à son possible "leadership" en Asie sort conforté des tergiversations chinoises. La Chine a certes des intérêts, et l'on pouvait comprendre que la tyrannie nord-coréenne, sous le masque de la fraternité communiste, en fasse partie. Mais aujourd'hui l'intérêt chinois passe-t-il encore par ce jeu d'hier? Les exactions du Nord n'aboutissent-ils pas surtout à fragiliser la confiance dans l'influence chinoise?
26 mai 2010
Régime fantoche!
27 avr. 2010
Guerre de Corée?
Le probable torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan par le Nord, qui a causé la mort de la moitié de l'équipage au début du mois, montre la volatilité qui règne dans la région et le caractère extrême des agissements d'un régime tyrannique à bout de souffle. La paix en Asie Pacifique n'est pas garantie. Non que l'incident, qui semble avoir été sciemment provoqué, risque de voir les Etats-Unis entrer en guerre contre la Corée du Nord, voire son protecteur chinois, mais il crée une situation extaordinairement difficile pour le président sud-coréen.
Lee Myung-bak doit réagir sans créer les conditions d'un conflit qui pourrait, lui, dégénérer. La logique absurde qui fut à l'oeuvre après l'attentat de Sarajevo en 1914 montre que le danger est celui de l'engrenage et qu'il est à prendre au sérieux - même si les deux situations ne sont pas semblables et que les parties en présence, en particulier la Chine et les Etats-Unis, ne sont pas animées d'ambitions comparables à celles des puissances européennes il y a presque cent ans.
Partisan d'une ligne dure face au Nord, Lee a écarté l'éventualité d'une réponse militaire qui pourrait être recherchée par Pyongyang. Celle-ci aurait en tout cas des conséquences incalculables, tant la logique du Nord est étrangère à la rationalité entendue par les autres pays concernés par la tragédie. Pourtant, Lee ne peut tergiverser trop longtemps au risque de perdre la confiance de l'opinion à la veille d'élections locales en juin, et ne doit pas effrayer non plus les marchés.
La forte présomption qui pèse sur le Nord n'est pas encore étayée par des preuves, mais la gestion de l'épisode renseignera sur la probabilité d'une meilleure convergence sino-américaine face au programme nucléaire nord-coréen, et sur l'avenir des alliances américaines en Asie-Pacifique, avec la Corée du Sud, voire avec le Japon.
21 juin 2009
Deux défis en une semaine
Deux événements ont marqué la semaine, outre la réélection du président iranien; la visite à Washington du président sud-coréen Lee Myung-bak et la « réponse » de l’Israélien Netanyahou au discours du Caire.
Le second sujet est vite évacué, il suffit de lire le discours – c’est « niet », en particulier au gel effectif des colonisations, clé de tout progrès vers la paix. Une interprétation historique très personnelle et des conditions de discussion si inacceptables pour tout Palestinien et tout Arabe (pas de partage de Jérusalem, pas de contrôle de l’espace aérien et des frontières, pas de retour de réfugié - fût-il strictement symbolique, puisqu’il ne saurait en être autrement, etc.) qu’il est difficile de voir comment une avancée pourra être réalisée. Sans surprise donc, mais il reste à Obama, auquel ce discours était essentiellement dirigé, à réagir après son accueil très diplomatique de l’intervention du Premier ministre, jugée positive. C’est qu’Obama ne prendra pas le sujet de front. Il avancera probablement comme il l’a fait jusqu’ici, pas à pas. Il faudra voir quelle initiative diplomatique il prendra dans les mois à venir et comment les Etats arabes réagiront à leur tour aux récents échanges qui les concernent mais auxquels ils n’ont, pour l’heure, pris aucune part.
Plus loin de nous, Obama doit en revanche faire face à un dossier qui s’est imposé sur l’agenda présidentiel après les essais nucléaires souterrains du 24 mai, la Corée du Nord. La visite du président sud-coréen a mis en exergue la nécessité de résoudre deux sujets consubstantiels ; l’équilibre régional en Asie du nord-est et l’affaiblissement du régime de non –prolifération provoqué par les agissements de Pyongyang.
Le sommet américano-coréen a eu pour objet de réaffirmer la solidité de l’alliance entre les deux pays, élément clé du rôle et des intérêts américains en Asie-Pacifique avec l’alliance nippo-américaine et celle avec Taïwan. Le parapluie nucléaire américain couvre Japon et Corée du Sud. Lee a demandé qu’il soit confirmé par écrit. Même sans cela, l’alliance permet de garantir que les déclarations bellicistes de Pyongyang resteront un effet de manche, car si le Nord attaquait le Sud, une intervention US serait inévitable – ce fut le cas en 1950 (guerre de Corée).
S’ajoute à cela la crise économique et la ratification de l’accord bilatéral de libre-échange, que les circonstances politiques intérieures en Corée comme aux Etats-Unis rendent plus qu’incertaine. Le président Lee avait, au lendemain de son élection, levé l’embargo sur les importations de bœuf américain dans un geste de bonne volonté qui avait suscité l’ire d’une partie de l’opinion et des manifestations importantes à Séoul. Les Américains sont particulièrement sensibles aux obstacles commerciaux qui frappent leur industrie automobile en Corée – la déroute de cette industrie historique interdit une avancée rapide sur le libre commerce dans un avenir proche.
Ainsi l’importance de l’alliance américano-coréenne, qui pourrait être renforcée politiquement, et les enchevêtrements du politique (Corée du Nord, prolifération et équilibre stratégique régional) et de l’économique (le commerce comme moyen d’influence et de stabilité par la prospérité partagée) - ce dernier otage de la politique intérieure - sont-ils exposés par cette visite. Celle-ci passe inaperçue en Europe, mais elle affecte la paix mondiale dans ce qui, bien plus que la sage et prudente réorientation politique US en Palestine/Israël, représente le premier test de sécurité auquel est confrontée l’administration de Barack Obama.