Au moment où le président démocrate livre une bataille législative clé sur les deux sujets majeurs de la santé et de l'environnement, les démocrates pourraient donc aujourd'hui atteindre le seuil magique de 60 au Sénat avec l'arrivée d'Al Franken, sénateur-élu du Minnesota.
Célèbre animateur d'un talk show sur Air America Radio, observateur satirique de la politique et des républicains en particulier, Al Franken est l'auteur d'ouvrages tout aussi satiriques, mais qui cachent une réelle connaissance des rouages et des subtilités de la politique américaine. Il est aussi l'anti-Rush Limbaugh, caricaturale incarnation sur les ondes de l'Amérique conservatrice profonde dont Sarah Palin est le porte-drapeau. Franken n'est cependant pas l'alter-ego "libéral" (de gauche) de Limbaugh auquel il a consacré un ouvrage polémique, car il est bien moins militant - même s'il s'est lancé en politique - idéologue et déformateur dans ses propos.
Franken connaît les sujets et pourrait se révéler un excellent sénateur. Mais le plus important est que l'opposition farouche d'une solide majorité de républicains au "cap and trade", le projet de marché de carbone caricaturé en nouvel impôt déguisé mais adopté à une courte majorité à la Chambre ce vendredi 26 juin, pourrait être réduite à néant. Avec Franken, les démocrates atteignent le seuil de 60 sénateurs, qui interdit à l'opposition toute manoeuvre dilatoire et d'obstruction, en particulier le fameux "filibuster".
Obama aura besoin de toutes les ressources nécessaires pour faire adopter le projet au Sénat ainsi que la réforme de la sécurité sociale qui est l'absolue priorité en politique intérieure.
Obama est parfois accusé d'être trop révérencieux vis-à-vis du Congrès, ou trop prudent, prenant soin d'associer les parlementaires à l'adoption d'une assurance santé universelle qui représenterait un changement de grande d'ampleur - si le projet n'est pas dénaturé... au Congrès. La confirmation de l'élection d'Al Franken après des mois de procédure contre son adversaire, le sortant républicain, pourrait faciliter considérablement la tâche de l'Exécutif.
1 juil. 2009
Le Minnesota au secours d'Obama?
24 juin 2009
Morale et politique étrangère: Obama fossoyeur?
Le mécontentement est réel aux Etats-Unis après six mois de présidence Obama, car la rupture tant attendue ne vient pas. En matière de secret, de privilège, de situations extra-ordinaires, d'aucuns espèrent toujours une nette rupture avec la précédente administration.
Les photos de torturés que le président a finalement décidé de ne pas publier comme l'avaient été celles de la prison irakienne d'Abu Graib en 2004, et qui avaient provoqué un tollé (mais pas le départ du secrétaire à la Défense Rumsfeld), la prolongation de mesures de détention hors normes judiciaires et la continuation d'autres pratiques, tout cela suscite une déception, exprimée notamment par l'éditorialiste du NYT Bob Herbert. Le président a pourtant fermement condamné la torture et ferraillé avec Dick Cheney sur les mérites d'une approche de la sécurité nationale qui choisit de suspendre la normalité de l'état de droit et de la morale politique communément associée aux régimes de liberté individuelle.
Mais cela ne passe pas. Ce président noir, démocrate, ne parviendrait pas à marquer une "rupture" par des faits marquants dans ce domaine de la sécurité nationale qui a conduit ses prédécesseurs à de si terribles erreurs. Cette interprétation est sévère même si elle peut être juste dans telle ou telle circonstance, et Herbert sait de quoi il parle. On constate qu'Obama contrôle ses instincts, qu'il laisse le cérébral dominer, au risque de paraître trop prudent. Sur d'autres sujets importants comme le Moyen-Orient, directement lié à la sécurité nationale, les choses ne se passent pourtant pas comme d'habitude.
Il faut laisser le temps. Obama s'attaque à des montagnes comme la sécurité nationale, les relations israélo-américaines et, chaque jour, les affaires du monde qu'il incombe au président US de gérer. Obama pose ses marques et construit peu à peu sa politique. Il ne peut rejeter sans réfléchir des instruments créés par ses prédécesseurs, qui furent une exception historique dans des conditions
tout aussi exceptionnelles - le 11/9. Alors, si l'Amérique ne change pas comme le souhaiteraient beaucoup d'Américains, ignorant peut-être eux-mêmes les constances de leur caractère national, il faut encore attendre et voir.
Pour n'avoir pas souscrit à l'idée qu'un changement d'ampleur allait déferler sur l'Amérique d'Obama ("Pourquoi l'Amérique ne changera pas"), je reste paradoxalement plus optimiste que d'autres et fait confiance à la détermination d'un homme qui paraît très conscient de la situation et de la difficulté de faire coïncider ses convictions et la réalité, c'est-à-dire celle de l'art de gouverner.
21 juin 2009
Deux défis en une semaine
Deux événements ont marqué la semaine, outre la réélection du président iranien; la visite à Washington du président sud-coréen Lee Myung-bak et la « réponse » de l’Israélien Netanyahou au discours du Caire.
Le second sujet est vite évacué, il suffit de lire le discours – c’est « niet », en particulier au gel effectif des colonisations, clé de tout progrès vers la paix. Une interprétation historique très personnelle et des conditions de discussion si inacceptables pour tout Palestinien et tout Arabe (pas de partage de Jérusalem, pas de contrôle de l’espace aérien et des frontières, pas de retour de réfugié - fût-il strictement symbolique, puisqu’il ne saurait en être autrement, etc.) qu’il est difficile de voir comment une avancée pourra être réalisée. Sans surprise donc, mais il reste à Obama, auquel ce discours était essentiellement dirigé, à réagir après son accueil très diplomatique de l’intervention du Premier ministre, jugée positive. C’est qu’Obama ne prendra pas le sujet de front. Il avancera probablement comme il l’a fait jusqu’ici, pas à pas. Il faudra voir quelle initiative diplomatique il prendra dans les mois à venir et comment les Etats arabes réagiront à leur tour aux récents échanges qui les concernent mais auxquels ils n’ont, pour l’heure, pris aucune part.
Plus loin de nous, Obama doit en revanche faire face à un dossier qui s’est imposé sur l’agenda présidentiel après les essais nucléaires souterrains du 24 mai, la Corée du Nord. La visite du président sud-coréen a mis en exergue la nécessité de résoudre deux sujets consubstantiels ; l’équilibre régional en Asie du nord-est et l’affaiblissement du régime de non –prolifération provoqué par les agissements de Pyongyang.
Le sommet américano-coréen a eu pour objet de réaffirmer la solidité de l’alliance entre les deux pays, élément clé du rôle et des intérêts américains en Asie-Pacifique avec l’alliance nippo-américaine et celle avec Taïwan. Le parapluie nucléaire américain couvre Japon et Corée du Sud. Lee a demandé qu’il soit confirmé par écrit. Même sans cela, l’alliance permet de garantir que les déclarations bellicistes de Pyongyang resteront un effet de manche, car si le Nord attaquait le Sud, une intervention US serait inévitable – ce fut le cas en 1950 (guerre de Corée).
S’ajoute à cela la crise économique et la ratification de l’accord bilatéral de libre-échange, que les circonstances politiques intérieures en Corée comme aux Etats-Unis rendent plus qu’incertaine. Le président Lee avait, au lendemain de son élection, levé l’embargo sur les importations de bœuf américain dans un geste de bonne volonté qui avait suscité l’ire d’une partie de l’opinion et des manifestations importantes à Séoul. Les Américains sont particulièrement sensibles aux obstacles commerciaux qui frappent leur industrie automobile en Corée – la déroute de cette industrie historique interdit une avancée rapide sur le libre commerce dans un avenir proche.
Ainsi l’importance de l’alliance américano-coréenne, qui pourrait être renforcée politiquement, et les enchevêtrements du politique (Corée du Nord, prolifération et équilibre stratégique régional) et de l’économique (le commerce comme moyen d’influence et de stabilité par la prospérité partagée) - ce dernier otage de la politique intérieure - sont-ils exposés par cette visite. Celle-ci passe inaperçue en Europe, mais elle affecte la paix mondiale dans ce qui, bien plus que la sage et prudente réorientation politique US en Palestine/Israël, représente le premier test de sécurité auquel est confrontée l’administration de Barack Obama.
14 juin 2009
Le dilemme nord-coréen
L'administration Obama fait face à un problème qui hante les USA depuis plus de quinze ans, le programme nucléaire nord-coréen et les risques de prolifération qui lui sont associés. Ce problème est nettement pire que celui de l'Iran car la relative irrationalité et l'imprévisibilité du régime de Pyongyang détermine l'intensité du risque.
Depuis un accord de 1994 sur le démantèlement de son programme, la Corée n'a cessé de rompre ses engagements et de revenir aux négociations. En 2006, un premier essai sous-terrain a eu lieu. Le second date du 24 mai 2009. Malgré les ouvertures américaines, il est clair désormais que le régime n'a aucune intention de remettre en cause son programme d'armement nucléaire, et s'il n'est pas certain que la Corée soit déjà une puissance nucléaire, cet état de fait n'est pas loi de nous.
Les USA sont face à un dilemme. Intervenir militairement, au risque de dérégler l'équilibre stratégique en Asie Pacifique et de provoquer des tensions incontrôlables, en premier lieu dans la péninsule coréenne, ou poursuivre une diplomatie qui n'a jusqu'ici pas empêché la continuation des agissements de Pyongyang. Les dispositions de la Russie et de la Chine, protecteur d'une Corée du Nord dont elle craint avant tout un effondrement chaotique, semblent favoriser une action effective au Conseil de sécurité.
Mais l'incertitude grandissante quant à la paix ouvre une période fébrile. A la crise économique s'ajoute la réalité d'un potentiel de conflit croissant. La possible multiplication des puissances nucléaires, Japon en tête, et la décrédibilisation du régime de non prolifération - comment contester le programme iranien si l'on est demain devant le fait accompli d'une Corée du nord nucléarisée ? - rendent la paix fragile. L'administration Obama est devant le défi le plus considérable que les USA aient connu depuis la fin de la guerre froide.











