"Bill Clinton et les Nouveaux démocrates avaient annoncé la fin du big government, mais le rôle de l'Etat demeure un sujet central, car les besoins sociaux sont immenses et sont aggravés par les changements économiques", écris-je dans "Après Bush; Pourquoi l'Amérique ne changera pas".
La hantise d'un recul économique, d'une perte de pouvoir d'achat et de la couverture santé s'est répandue aux Etats-Unis depuis maintenant trois ans. Elle ne date pas de la crise bancaire. Celle-ci l'exacerbe et la porte à son paroxysme, et elle pourrait même décider de l'issue d'une élection qui devrait, selon toute vraisemblance, aller à Obama. C'est bien là la rencontre d'un homme et d'un discours, et d'une attente.
L'Amérique doit réinventer son modèle car les Américains ont conscience que quelque chose s'est brisé. Un lien général qui les lie ensemble, un sens de l'équité et la cohésion sociale qui s'est détérioré avec la stagnation des salaires, celle notamment du salaire médian. La période Bush a ajouté à ce sentiment diffus en favorisant une polarisation politique autour de valeurs qui divisent âprement les Américains. L'inimitié politique s'est beaucoup développée dans l'Amérique de George W. Bush et Dick Cheney, qui osa envoyer dans les roses un sénateur démocrate avec des mots que l'on ne peut répéter.
Pourquoi Obama? Parce que l'Amériqsue a besoin de se réconcilier, et de panser les plaies ouvertes par un capitalisme qui a ébranlé le contrat social américain. Le manque d'encadrement du capitalisme financier a atteint le reste. Il faut donc réinventer les règles pour rétablir un sens d'équité dans la société et ne plus s'occuper des moeurs comme champ de bataille politique. La priorité des Etats-Unis s'appellent emploi, éducation, et aussi infrastructures, comme au temps d'Eisenhower, républicain modéré, "libéral". Pourquoi Obama? Parce que les Américains attendent de retrouver espoir et confiance dans leur modèle.
Il n'est pas certain qu'Obama soit élu et qu'il soit un bon président, mais l'Amérique a sûrement besoin de retrouver un équilibre entre Etat et marché, et en homme de synthèse, il semble être le mieux placé pour offrir au pays ce nouveau compromis.
28 oct. 2008
Le capitalisme américain à l'épreuve
20 oct. 2008
Obama, la crise et le bazar
La presse américaine rapportait récemment des manifestations du bazar contre le gouvernement Ahmadinejad, qui vient d’imposer une TVA de 3%. Les commerçants sont très remontés contre cette mesure, et plus généralement contre la stagnation économique. Le mécontentement grandit en Iran, et l’ampleur de la fronde fait repenser à celle qui conduisit au renversement du chah en 1979. Le bazar s’était alors allié au clergé chiite dans la condamnation du régime répressif et une modernisation économique déséquilibrée, accusée de faire la part belle aux intérêts étrangers. La baisse des prix du pétrole, source essentielle du revenu public, ne va faire qu’aggraver les choses.
Les Etats-Unis et l’Iran ont en commun une situation économique difficile, que la crise bancaire rend aujourd’hui catastrophique aux Etats-Unis, mais qui pointait déjà depuis au moins deux ans. Cette situation porte-t-elle des bénéfices collatéraux ? Comme Obama l’a habilement souligné lors de son dernier débat avec McCain, Ahmadinejad n’est pas l’homme le plus puissant à Téhéran. Le mécontentement exprimé par le bazar expose la fragilité du président iranien, sinon du régime. La nécessité d’intégrer l’économie du pays au commerce international, et l’enjeu du dialogue avec Washington, pousseront-ils l’Iran à rechercher plus activement l’apaisement avec les Etats-Unis ? La perspective aujourd’hui sérieuse d’une victoire d’Obama, qui s’est dit favorable au dialogue avec l’Iran, devrait ajouter à cette tendance.
Trouver les moyens de sortir du marasme économique et apporter des réponses aux tensions politiques entre les deux pays, voilà une possibilité de bien commencer l’année 2009 à Téhéran et Washington.
19 oct. 2008
Changer le mode de vie américain?
Ce que la crise financière met en exergue, et que la campagne électorale américaine n'aborde pas, c'est le changement du mode de vie américain.
La soudaine et massive intervention de l'Etat est un tribut au pragmatisme caractéristique des Etats-Unis et à leur capacité d'adaptation, qui sacrifie - pour un temps - le credo économique du laisser-faire. Celui-ci, d'ailleurs, a été largement aménagé depuis l'expansion industrielle du début du XXe siècle avec le Square Deal de Theodore Roosevelt et surtout le New Deal de Franklin Roosevelt.
Le coeur du sujet est sans doute le manque d'épargne et une consommation effrénée, y compris pétrolière, dans un pays industriel où le litre d'essence est très bas. Jimmy Carter s'était essayé à prôner une restriction de la consommation après le second choc pétrolier avant d'y renoncer. George W. Bush a fustigé l'addiction des Américains au pétrole, mais sans proposer de mesures pour la réduire.
Sous l'effet des efforts de régulation imposés par la crise bancaire et la dénonciation parfois excessive de Wall Street, l'Amérique prend conscience que le modèle doit être amendé. Quel que soit le vainqueur de l'élection, je doute qu'il ignorera ce défi majeur. Ce ne semble être l'esprit ni d'Obama ni de McCain - malgré son revirement tactique vers le républicanisme le plus conventionnel depuis les dernières semaines. Peut-être la vraie rupture après Bush sera-t-elle celle-là? Un nouveau discours aux Américains sur ce qui doit changer dans leurs habitudes... Je n'y crois pas beaucoup mais on peut l'espérer sous la pression des événements.
Une chose est certaine à l'heure où l'on discute de refonte du système financier mondial, et qui semble une évidence mais dont les conséquences sont encore mal cernées: l'Amérique de 2009 ne sera pas celle de 1944. Les limites de la puissance américaine qui se sont fait sentir au plan politico-militaire, s'imposent maintenant au plan économique où la coopération internationale sera plus qu'un choix, une contrainte pour la prochaine administration.
La restauration de la santé économique et financière américaine pourra cependant permettre aux Etats-Unis de retrouver un rôle de prépondérance marquée dans le concert des nations, de rester la première d'entre toutes quelques décennies encore. La crise impose de jouer collectif et de faire profil bas en quelque sorte, mais je ne solderais pas trop vite le siècle américain, car jusqu'à preuve du contraire les Etats-Unis reste le point de mire de l'organisation et des équilibres mondiaux.
Pour finir, une remarque sur ce "leadership" dont il est tant question dans la politique américaine, et dont beaucoup aux Etats-Unis ont crédité George W. Bush, confondant la capacité de meneur et de visionnaire à celle conférée par l'autorité hiérarchique, renforcée par la certitude. Le "leadership" s'exerce plus facilement lorsqu'il s'agit d'unilatéralisme militaire que de multilatéralisme économique. George Bush s'est plu à jouer les commandants en chef, mais sa prestation face à la crise financière a été piteuse.
6 oct. 2008
Chômage en flèche
Le ministère du Travail indique une poursuite de la hausse du chômage aux États-Unis en septembre. Au cours des 12 derniers mois, le taux de chômage aurait augmenté de 1.4 point à 6,1%, soit une hausse de 2,2 millions. 160 000 personnes supplémentaires en septembre ont quitté le marché du travail, le plus fort bond enregistré depuis mai 2007, les licenciements ayant depuis avoisiné la moyenne de 70 000.
Les chômeurs de longue durée sont 2 millions désormais, avec une hausse de 730 000 environ depuis un an. Le nombre total de chômeurs atteint 9,5 millions aujourd'hui contre moins de 7 millions en septembre 2006.
La hausse constante du chômage remonte à avant la crise du crédit immobilier de l'été 2007, mais ce que révèle les chiffres est une nette accélération du phénomène.
Les effets de la crise se font donc rapidement sentir, après que plus de 2 millions de foyers aient perdus leur logement suite la crise du crédit en 2007.
Tout ceci continue de jouer en faveur d'Obama, aidé en cela par le manque de succès de McCain à occuper le terrain de la crise et formuler un message à la fois percutant et simple - ce que Sarah Palin, dans une certaine mesure, parvient mieux à faire. Mais les démocrates ont sur les affaires sociales un crédit que ne se dément pas et que les positions interventionnistes d'Obama depuis le début de la crise financière confirment auprès d'un électorat à la fois furieux et anxieux. Ce sont les "swing states" qu'il faut regarder, bien sûr. McCain vient de renoncer au Michigan, terre démocrate où ses chances étaient déjà minces, et qui aurait donc été hautement symbolique. La Pennsylvanie donne aussi avantage à Obama-Biden.
Crise sociale ? Il reste encore quatre semaines, et McCain est capable de rebondir. Une crise sociale avec une hausse accélérée du chômage pourrait lui en offrir l'occasion.
3 oct. 2008
Le débat public américain entre fantaisie et sobriété
La crise financière et l'élaboration d'un plan dit de sauvetage de l'industrie du crédit a créé un ennemi commun contre lequel les politiques s'acharnent lorsqu'ils veulent caresser les électeurs dans le sens du poil: Wall Street. Or, s'il est indéniable que des excès ont eu lieu et que les rémunérations en cours dans une industrie hier euphorique, sont indécentes, Main Street a aussi profité du système.
Le crédit facile offert par une banque dans des conditions de solvabilité douteuse a de quoi faire réfléchir quiconque. Et ce ne sont pas les cadres de Wall Street qui ont contracté les prêts immobiliers de supermarché qui ont donné le signal. Il semble que l'Amérique ordinaire de Sarah Palin soit aussi en cause que celle des ci-devant "as de la finance". Un train de démagogie souffle d'autant plus fort que l'on est en campagne, et qu'il est préférable de simlplifier à l'extrême et de parler protection de l'emploi, de l'épargne et du pouvoir d'achat. Mais qui taperait sur Mainstreet en pleine campagne présidentielle, et déclarerait avec force qu'il faut renflouer les caisses des vilains ? Pourtant, il faut bien s'y résoudre, dès lors que le problème est envisagé sérieusement, bien sûr qu'il faut maintenir debout les institutions considérées comme fautives.
Le débat public oscille ainsi entre fantaisie (l'ingénue Mainstreet habilement détroussée par Wall Street) et sobriété (les dirigeants se concertant pour éponger les pertes et relancer le commerce de l'argent).
***
Un des phénomènes qui accompagnent les événements est l'évolution du parti républicain.
Le vote contre le plan Paulson d'une majorité des représentants républicains exprime la fureur de la base. Comme Palin et Biden incarnent deux Amériques, le parti républicain est traversé par une faille grandissante qui séparent grosso modo deux tendances. D'un côté, un électorat populaire qui fait contraste avec la tradition d'un parti républicain ami du business, et de l'autre un électorat modéré, attaché à la rigueur budgétaire et conscient de la nécessité pour l'Etat d'agir. La coalition qui a permis la réélection de George W. Bush ne lui survivra peut-être pas, même si le conservatisme lui est encore une force vive. La crise d'identité du parti sera un enjeu majeur des années à venir, que McCain gagne ou perde les élections.
Super Sarah c. Vénérable Joe
Sarah Palin, que l'on attendait lors du débat de cette nuit pour juger de sa capacité à assumer la campagne présidentielle, après que des doutes légitimes se soient exprimés à son endroit, a repris la main de façon assez magistrale. Absence d'hésitation, débit élevé, formules percutantes, la colistière de John McCain ne s'est pas ridiculisée, tout au contraire. Elle a su incarner l'Amérique ordinaire et a voulu s'identifier à elle.
Joesph Biden, dont on craignait aussi quelques écarts, de l'ordre de l'arrogance plus que de l'incompétence, a évité cet écueil et a confirmé son image et son statut de vénérable sénateur des Etats-Unis. Un homme de qualité, compétent, au vocabulaire articulé, bref un vice-président qui ressemble plus à Al Gore et George H. W. Bush qu'à Dan Quayle ou... Sarah Palin.
Au total, un débat qui a eu de la tenue et qui fait plutôt jeu égal, car malgré sa longue expérience Biden n'a pas su créer une vraie distance avec sa rivale.
Si l'ignorance de Sarah Palin a été compensée par une réactivité et une combativité hors pair, la perspective qu'elle devienne vice-présidente n'est pas rassurante car l'Alaskienne est un peu la version féminine de George W. Bush: instinct et certitude dictent son discours, pas l'analyse et la réflexion. Ces défauts-là se sont révélés avec la même force que son aptitude à faire face dans un débat difficile. Sarah Palin sait apprendre, combler ses lacunes et rebondir, mais elle incarne l'Amérique sûre d'elle-même, à tort ou à raison.
En réitérant des formules choc et simples, comme l'indépendance énergétique et les emplois créés par les baisses d'impôts, et en sachant faire d'une faiblesse (son manque d'expérience) une force (elle se déclare étrangère aux us et coutumes du monde politique washingtonien, aux "combines" et à la langue de bois), exploitant l'anti-élitisme débridé de l'opinion qui touche Washington et Wall Street, Palin parle à l'Amérique ordinaire, à "mainstreet" (je suis une mainstreeter, affirme-t-elle). Il est à craindre que son style soit électoralement plus efficace que celui, plus cérébral, de Biden.
Sur un point en tout cas l'émotion est venue au secours de Biden. Après que Palin ait évoqué les difficultés financières rencontrées par son jeune ménage, Biden a contre-attaqué en démontrant qu'un père de famille aussi avait un coeur. Le souvenir de la disparition de sa première femme et de l'éducation de ses enfants l'amis au bord des larmes, mais ce léger embarrassement a aussi pu attirer la sympathie du public et défaire le monopole de Palin sur les choses de la vie...
Biden a toutefois manqué une occasion de mettre à nu les lacunes de son adversaire. Un des enjeux de ce débat était de rester courtois. La démocratie américaine fut la grande gagnante. Mais il aurait été facile de souligner par exemple combien l'image des Etats-Unis dans le monde était dégradée en raison de politiques soutenues par McCain et, plus encore, par l'esprit bushien qui y a conduit et qui est si bien accepté et repris par Palin.
Les Américains considéreront peut-être que Biden a remporté ce débat. Souhaitons-le. Il faut souhaiter aussi que lors des prochaines rencontres, les 7 et 15 octobre, Obama fasse preuve de plus de punch face à McCain. Il faudrait pour cela qu'il s'inspire de Super Sarah plus que du Vénérable Joe.
1 oct. 2008
L'Amérique réelle ?
Le rejet du plan du secrétaire au Trésor Paulson par la Chambre a été un choc pour beaucoup, mais il exprime un décalage entre l'Amérique des cercles dirigeants et le "pays réel".
De même que les forces sous-jacentes à la société américaine font que l'Amérique est un pays très distinct de l'Europe en dépit de points communs considérables, et que les changements attendus de l'après-Bush doivent être modérés, y compris dans le cas d'une présidence Obama, l'Amérique en colère n'a pas été bien perçue par les dirigeants américains, occupés à sortir le pays de l'autre bourbier, celui causé par les dérives de l'industrie du crédit.
Dans son édition internationale, le New York Times écrit aujourd'hui que "les dirigeants à Washington et les observateurs dans le monde, peu familiers des courants de pensée à travers les États-Unis, ont été stupéfaits de voir que l'avalanche d'objections et de ressentiment à l'endroit de Wall Street a été puissante au point de faire dérailler le train de mesures [présenté à la Chambre], du moins temporairement."
Pas de doute en effet qu'un nouveau projet sera soumis après le vote du Sénat aujourd'hui. Mais il est à retenir que la crainte de se présenter le 4 novembre devant des électeurs très remontés contre les puissants de tous ordres, en défendant un plan de renflouement (pas de sanction pour les fautifs) qui aurait dû être baptisé plan de sauvetage (l'économie américaine en danger), à convaincu une majorité de représentants, notamment républicains, de rejeter le plan de l'administration.
Ils se sont en outre moqués des injonctions présidentielles comme de leur première chemise, offrant un exemple "live" du fameux "lame duck president", le canard boiteux qui ne fait plus peur à personne... Cette expression ne veut pas dire que la fin d'ui mandat réduit systématiquement un président à l'impuissance. Dans les circonstances présentes, il est extraordinaire de constater que M. Bush n'ait pas su entraîner le pays et sa majorité. Ses qualités de "leadership" tant vantées aux États-Unis lors de l'invasion (facile) de l'Irak se révèlent être nettement moins performantes dans une situation de crise bien plus complexe comme la crise financière et, probablement, économique.
Les événements viennent affaiblir les chances de victoire du ticket républicain. mais jusqu'ici, une défaite démocrate, aussi incroyable que cela soit, était très probable. C'est que, comme je l'écris dans Après Bush, la force du conservatisme dans la société américaine est sous-estimée.
De même qu'a été sous-estimée par les dirigeants américains eux-mêmes la force du ressentiment contre les dérives du système économique et contre les politiques.
Comme il y a eu coup de sang nationaliste en 2003, le vote du Congrès a représenté un coup de sang populiste. Non dans le sens péjoratif qui est toujours donné à ce mot en France, mais au sens d'une réaction décisive de l'opinion ordinaire - celle-ci d'ailleurs, comme le nationalisme, à tort ou à raison...
L'échec du plan est bien sûr désastreux. Il y aura un autre vote, mais la partie est loin d'être gagnée. Et dans le marasme, quelques signes encourageants apparaissent, comme le rapprochement de Goldamn Sachs et de Berkshire Hathaway, le groupe de Warren Buffett.
Pas assez pour ne pas craindre la suite des événements.
Une chose est certaine, Obama a montré dans ce contexte une compréhension, ne serait-ce qu'intuitive, des problèmes, expliquant l'effet en chaîne qui menace d'assécher le crédit dans l'ensemble du pays.
Obama flirte avec une certain démagogie mais c'est de bonne guerre. L'essentiel de son discours est structuré et argumenté.
Ce qui en fait un candidat nettement supérieur à son concurrent.
26 sept. 2008
La crise financière et le « président » Obama ?
La conjonction de facteurs économiques et politiques extraordinaires vient rendre à la campagne toute la lumière que lui avait un instant ravie la nouvelle des faillites des plus grands banques d’affaires de New York.
Élection présidentielle d’un côté, qui entre dans sa phase la plus sensible avec les premiers débats, et intervention non seulement de l’Etat mais aussi du Congrès, avec l’approbation des mesures proposées par le secrétaire au Trésor ; les événements se mêlent, et l’influence des enjeux économiques sur les enjeux politiques et vice-versa, se joue sous nos yeux.
La difficulté pour le Congrès est de voter un paquet de mesures de 700 milliards pour sauver le système financier, et partant, solder les frais des emballements commis par les établissements de crédit et d'investissement, à moins de deux mois des élections parlementaires (un tiers des sénateurs et la totalité des représentants le 4 novembre).
Le mécontentement des Américains n’a d’égal que leur anxiété qui monte de jour en jour depuis des mois, et que la crise actuelle vient exacerber. Ils sont d’autant moins disposés à régler la note que la situation économique exige des investissements publics importants dans la santé et l’éducation. L’humeur est anti-New-York et anti-Washington.
Les élus sont donc entre le marteau et l’enclume, obligés de répondre à la crise par une action forte, tout en craignant la réaction des électeurs. Pourtant, il était urgent d’agir pour rassurer les acteurs économiques, car le Congrès s’apprête à prendre congé.
Il n’y a pas que le président sortant qui est un « lame duck » (canard boiteux) aux États-Unis ; un Congrès finissant est aussi réduit à l’impuissance pendant les trois mois de quasi-vacance, avant l’intronisation des nouveaux élus à Washington en janvier.
Quelques remarques sur les événements des derniers jours :
- Pari perdu pour McCain : radio méditerranée international m’a interrogé hier sur la stratégie de McCain et j’ai pensé que son annonce de suspendre sa campagne, comme il avait suspendu la convention du parti pour cause d’ouragan dans le sud, ne lui était pas si défavorable, même si une majorité d’Américains semblait considérer qu’il ne s’agissait là que de « posture » et que le coup n’avait pas vraiment pris. A la réflexion, je crois que le retour négatif de cette approche est plus important et qu’il apparaît non comme le père de la nation rassembleur que cette décision voulait présenter aux Américains, mais comme un politicien qui tente de se refaire et qui manque de flaire. Sa requête de reporter le débat d'aujourd'hui, très insolite, n'a, sans surpise, pas été retenue.
- Pour la première fois, je pense qu’une victoire d’Obama devient une option sérieuse, ayant toujours pensé que McCain serait élu. Les sondages du jour montrent certes un écart significatif en faveur d'Obama, mais il est clair que le démocrate a su tenir un discours plus percutant sur la crise en soulignant très vite que le manque de liquidités devait absolument être évité, et avec lui la crise de confiance.
- Obama n’est pas plus que McCain un économiste, mais il laisse voir une préoccupation plus marquée pour les questions économiques que son rival, et ce conformément à l’idée communément admise selon laquelle les démocrates ont un avantage dès qu’il s’agit d’économie.
- Dans son allocution, le président Bush a mentionné le fait qu’il n’était pas dans ses convictions de soutenir une intervention de l’Etat mais que la gravité de la situation l’exigeait. C’est là une parfaite illustration d'une différence essentielle entre l’Europe continentale et les États-Unis : l’interventionnisme reste très éloigné de la culture économique américaine. Ne pas créer une culture du sauvetage public avait été l’un des arguments de Paulson pour ne pas venir au secours de Lehman Brothers, et les candidats à la présidence ne s’étaient pas empressés de soutenir un « bail out » aux frais du contribuable. Même le langage d’Obama, favorable à une intervention depuis le début, a été précautionneux.
- Le fait est, indéniable, qu’à ce stade la crise bénéficie à Obama. Cela est réjouissant, mais il ne faut pas s’enthousiasmer trop vite car les hauts et les bas des campagnes sont typiques, et très sensibles aux événements extérieurs. Obama a l’avantage après que Palin l’ait donné à McCain. Attendons de voir les débats et n’oublions pas qu’il reste encore cinq semaines avant le jour-J.
Si un président Obama devait prendre en mains les destinés des États-Unis en janvier 2009, il aurait non seulement tous les leviers du pouvoir à sa disposition avec le Congrès et la présidence, mais aussi une bienveillance aussi forte dans le pays qu’est profonde l’attente d’une rupture. Au plan économique comme au plan international, les cent premiers jours pourraient représenter un moment hautement historique pour l’Amérique.
Un président Obama, porté par la crise financière, serait-il à la hauteur ?
22 sept. 2008
Le jour d'Henry Paulson
L'intervention spectaculaire de l'État américain vient d'être dévoilée pleinement par le secrétaire au Trésor Hank Paulson (qui dirige aussi le SED). Cet ancien président de Goldman Sachs explique la situation avec clarté dans Meet the Press, émission phare du PAF américain sur MSNBC.
"King Henry", ainsi que l'appelle cette semaine l'hebdomadaire Newsweek, parle des erreurs commises par les emprunteurs et les prêteurs et de la nécessaire intervention d'un régulateur à l'avenir, d'AIG à quelques heures de se déclarer en banqueroute, etc.
Pour ma part, j'ai eu l'occasion d'établir un lien entre la crise actuelle et les préoccupations des Américains dans Les Échos d'aujourd'hui, autrement dit le lien entre les événements financiers et la sphère politique et la responsabilité des dirigeants publics, un instant relégués à l'arrière-scène par l'ampleur de la crise.
Obama a cependant eu une bien meilleure réaction que McCain, insistant sur la notion de confiance indispensable à l'économie et sur l'importance vitale de liquidités, quand le républicain réitérait que les fondamentaux étaient bons.
18 sept. 2008
Les deux fronts

Quel discours les candidats doivent-ils adopter devant la complexité et l'incertitude de la situation? La réaction en chaîne qui voit le crédit hypothécaire dévoiler l'ampleur de bilans tronqués, dont la valorisation reste une inconnue, rend l'exercice difficile. Prétendre protéger les citoyens contre les excès de Wall Street, cela peut fonctionner en campagne, mais la formulation de politiques sérieuses reste indispensable, car le rôle des politiques est d'entretenir la confiance ou de prévenir la spirale de la peur dans l'économie qui accélère celle de la crise de liquidité, mortelle pour l'activité économique. Ni McCain ni Obama n'ont pour l'instant trouver la parade. ![]()
Le Pakistan de l'ineffable Zardari entend réagir militairement à toute incursion sur son territoire. Cet avis lancé aux Etats-Unis montre que le front afghano-pakistanais est loin de se simplifier et que de nouveaux efforts américains pour se concilier "l'allié" pakistanais devront être consentis par le prochain président.
Les déclarations pakistanaises répondent à l'indignation provoquée dans le pays par les incursions américaines au début du mois et n'indiquent pas un changement de cap, mais les relations entre les deux pays, on le voit, ne sont pas servies par le départ de Mousharraf, particulièrement à l'heure où les Etats-Unis deviennent plus exigeants quant à l'action du Pakistan sur sa frontière avec l'Afghanistan et que cette orientation sera celle du prochain président, quel qu'il soit.
Les frictions à prévoir entre les deux pays ne seront que l'écho de la tendance islamiste au Pakistan, dont il y a à penser que les jours sont comptés. Le basculement dans la crise civile serait une catastrophe mais c'est un scénario à prévoir. Les hommes aux commandes, Zardari et Sharif, sauront-ils la prévenir? Pas confiance...











