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29 mai 2011

Obama en Europe

Quelle leçon tirer de la visite d’Obama en Europe ?

Celui-ci a pris soin de cultiver la relation spéciale avec la Grande-Bretagne et paraît s’entendre avec David Cameron, ce qui mérite d’être souligné compte tenu de la personnalité du président américain, assez froid, plus attaché aux idées qu’aux personnes. Le double arrêt en Irlande et en Angleterre marque aussi une volonté de compenser le manque d’attention à la relation euro-américaine qui a suivi son élection, après son discours de campagne à Berlin par exemple. Obama est populaire en Europe quoiqu’il arrive, mais il semble que l’importance du geste ait été pris plus au sérieux, convaincant la Maison-Blanche de la pertinence d’un passage prolongé et non d’une simple visite-éclair pour le G8 en France.

Après la mort de ben Laden, qui tourne la page de l’héritage Bush et permet une révision plus nette des priorités américaines, il est vrai aussi que les Etats-Unis doivent bien faire le constat qu’en dépit de moyens de plus en plus limités, les Européens restent leurs meilleurs alliés, et que leurs continuels efforts vers une politique étrangère coordonnée avec la création du Service extérieur européen établi par le traité de Lisbonne, va dans le sens d’une coopération plus efficace. Devant les événements arabes, c’est avec les responsables européens, les Britanniques et les Français notamment, que les Américains sont instinctivement en phase. Avec la France ils trouvent même un partenaire qui ne déteste pas le prosélytisme démocratique des néoconservateurs de l’équipe Bush-Cheney-Wolfowitz - quoique beaucoup mieux avisé que celui des militants de l’invasion de l’Irak…

Enfin, Obama a voulu tirer le trait sur la remarque de Rumsfeld à propos de la vieille et de la nouvelle Europe, et sur ses propres négligences vis-à-vis des Européens de l’Est en se rendant en Pologne. Depuis toutes ces années les Européens de l’Ouest, et singulièrement les Français, ont lamentablement raté la réconciliation avec les anciens pays communistes, en particulier la Pologne, manquant une occasion de se faire un allié dans le contexte européen où le poids politique relatif de la France et de l’Allemagne évolue au détriment de la première. On a vu que les Polonais savent ne devoir compter que sur eux-mêmes et restent ardemment favorables aux Etats-Unis, qu’ils voient comme le plus sûr allié de leur liberté recouvrée. La Pologne a aussi besoin de cette reconnaissance et les Américains ont saisi une excellente occasion.

Cette visite offre donc ce que les Européens s’étaient cru en bon droit d’attendre de leur héros post-Bush, c’est-à-dire une démonstration d’inaliénable amitié. Mais pour l’avenir, quel message les Européens doivent-ils retenir d’Obama ?

C’est l’objet de l’épilogue du Monde d’Obama paru cette semaine : retrouver confiance dans la politique et redécouvrir les vertus d’un patriotisme qui s’appelle réforme. A un an d’élections présidentielles en France et aux Etats-Unis, c’est l’élan d’espoir provoqué par Obama en 2008 que les Européens devraient éprouver pour eux-mêmes, ranimant aussi la même flamme patriotique qu’Obama entretient aux Etats-Unis, et qui passe par la réforme pour donner plus d’influence à l’Europe dans un monde où elle a tout son sens. Les révoltes arabes en témoignent, qui aspirent à la prospérité et à la paix. Nos voisins méditerranéens, fatigués par l’histoire, aspirent à un âge européen de tranquillité et d’émancipation. Mais pour peser sur le cours des choses, autant que possible en symbiose avec l’Amérique d’Obama, l’Europe doit retrouver une force intérieure qui depuis longtemps cède au doute et au pessimisme.

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